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sérénades

 

 

Tomaso Albinoni

La Naissance de l'Aurore

 

 

 

Il Nascimento dell' Aurora

Sérénade

livret de Pietro Pariati, d'après Ovide

musique de: Tomaso Albinoni [1671 - 1751]

 

 

Sinfonia

Chœur

Que le Temps se réjouisse
Et sur les bords agréables du Pénée,
accourez aux festivités, nymphes et bergers.
Aujourd'hui la brise est plus sereine,
aujourd'hui plus douces sont les vagues du ruisseau
et plus gracieuses les fleurs du pré.


Récitatif

Pénée:
Si j'ai exposé mon front joyeux
à ces rives
et si mes eaux
sont sorties de l'urne pour offrir a la mer son tribut
que le Temps me voie et admire ma joie
en mon apparence.
Dans cette algue innocente et belle
qui me ceint les cheveux
plus qu'il n'est coutume, se manifeste mon cœur
et le clair murmure que font ces ondes
montre un plaisir qui répond a mon plaisir.

Ritournelle

Air

Pénée

Honorons aujourd'hui le Ciel
de nos vœux pieux et reconnaissants
et adorons aujourd'hui, avec des applaudissements,
la faveur de ses dons.

Chœur

Que le Temps se réjouisse
et sur les bords agréables du Pénée
accourez aux festivités, nymphes et bergers.
Aujourd'hui la brise est plus sereine,
aujourd'hui plus douces sont les vagues du ruisseau
et plus gracieuses les fleurs du pré.

 

Récitatif

Daphné:
Bergers et nymphes, votre vœu est juste,
la Thessalie a donné aujourd'hui au Ciel
le plus grand de ses fastes. C'est le jour où est née l'Aurore,
honneur de la Tempé et beauté du monde.
L'Aurore est née, et avec elle,
la grâce plus douce et le rire plus noble
sont venus à nous pour notre ornement; elle a enseigné à nos cœurs
les chastes flammes et les affections innocentes
De même que, détruite par un rayon serein,
la nuée fuit dans le ciel et la vapeur sur le sol, de même, a un éclair de ce fils,
tout bas désir a disparu de toutes les âmes et la Tempé a appris
de ses lumières célestes que, s'il aime la vertu, un cœur aime bien,
et que s'il cherche la gloire, l'amour est gloire.

Air

Daphné

S'il n'aime la vertu
l'amour ne se nomme pas amour,
mais délire et frénésie;
s'enflammer d'une basse ardeur
est une indigne servitude
et une misérable folie.

Récitatif

Apollon:
Daphné, trop sévères sont les lois de ton amour.
Aime si tu le veux pour ton faste l'honneur,
la gloire, le mérite, et cherche en cet objet
qui bride pour tes beaux yeux, nom et vertu,
mais, avec ta paix, aime encore en son visage
et aime en lui ton plaisir de l'aimer.

Daphné:
Pardonne, Apollon; une autre pensée plus sage
m'emplit l'esprit: si tu désires maintenant que je fasse
d'un bas et vil plaisir l'objet de mon cœur,
je ne comprends pas, je ne connais pas l'amour.

Apollon:
Tu ne connais pas l'amour ?
Il est né de tes lumières
et tu ne le connais pas ?
Il parle par ta lèvre
et tu ne le comprends pas ?

Daphné:
Vaines flatteries ! Le jour présent nous réclame
d'autres affections et d'autres devoirs;
aux auspices de l'Aurore,
présentons aujourd'hui nos respects:
et aujourd'hui chantons-la.

Apollon:
Chantons-la, mais sache qu'elle ne dédaigne
pas qu'à ses triomphes se mêlent aussi
les trophées de l'amour;
oui, chantons-la: les plantes,
les fontaines, le ruisseau, les petites herbes
et les fleurs te diront bien
que l'Aurore ne hait point les douces amours.

Ritournelle

Air

Apollon

Si elle est agréable et pleine de pitié,
elle ne dédaigne pas l'amour.
Alors la beauté
plus belle s'appelle,
comme la rose
se fait plus gracieuse
tandis qu'elle recueille,
dans le giron de ses feuilles,
l'abeille qui l'aime.

Récitatif

Zéphyr:
Et le sage amant apprend de l'abeille:
il aime dans le bel aspect les dons du Ciel
et il s'en orne lui-même, mais il ne va pas outre,
afin qu'aucun désir n'offense la renommée
et l'honnêteté de la beauté que l'on aime.

Flore:
Si elle veut aimer, l'Aurore aime ainsi,
et ainsi, je ne le tais point, aime aussi Flore.

Air

Flore

De l'Aurore, Ô nymphes aimées,
apprenez comment la beauté a donné a aimer.
Elle répand en chaque branche
la sève qui la rend féconde,
mais elle ne diminue en rien
sa belle majesté.

Récitatif

Daphné:
Ceci, Apollon, est l'amour auquel attache du prix
celui qui s'enflamme et aime bien.

Zéphyr:
Et ceci je le dois à l'Aurore
A qui j'offre un respect vassal. Elle m'inspire
des affections de cette pureté,
et en ce jour je sens, à son exemple,
mes amours devenir plus heureuses.

Air

Zéphyr

Je n'espère ni ne désire rien
de cette beauté qui me rend amoureux.
Je suis content parce que je l'aime,
et a voir un amour aussi pur,
ce cœur l'aime davantage encore.

Récitatif

Pénée:
Pendant ce temps, allez, eaux, plus joyeuses,
et jointes à votre mer, hâtez votre cours,
si cela vous est permis,
là où l'Ibère et le Tage
rendent précieuses les rives a son Neptune,
que chaque nymphe,
tandis qu'elle vous regarde,
vous si claires et si heureuses,
salue la divinité de l'Aurore qui est née,
et que tout en vous reflète sa belle lumière.

Air

Pénée

Si vous rencontrez des orages
ou des tempêtes, dites a la mer:
"c'est le jour où est née
l'auguste splendeur de l'Aurore".
Vous aurez ainsi les étoiles propices
et vous verrez se calmer
l'implacable fureur des vents et des eaux.

Récitatif

Daphné:
Moi la première donc, par un vœu,
je promets mon âme pure à la divinité sacrée.
A l'autel très haut qui surgit parmi ces myrtes
je pendrai mon voile intact et blanc,
gage de mon honnêteté;
je répandrai ensuite le simulacre des lys,
et sur l'un d'eux,
que j'offrirai à son pied avec un cœur pieux,
j'écrirai: "ceci est un vœu de Daphné".

Air

Daphné

Parce qu'un lys est en sa candeur,
belle déesse,
je te consacre mon cœur.
Écoute le vœu respectueux
d'un innocent désir
et en lui prends ma foi.

Récitatif

Apollon:
Vœu cruel, qui dévoile toute l'espérance
de mon fidèle amour...

Pénée:
Je loue, ma fille, cette offrande, et j'y consens.

Daphné:
Père, ton applaudissement est ma gloire.
Flore, que promets-tu à la déesse ?

Air

Flore

La rose, pour régner, croit dans le sol,
et l'Aurore, dans le ciel, naît pour régner.
Le pôle clair fait à l'Aurore un beau trône,
la verte tige offre à la rose un beau socle.

Récitatif

Apollon:
Ainsi la déesse saura si un diadème royal
orne les cheveux de cette fleur souveraine:
les pierres précieuses des Indes
et les sables du Pérou croissent en sa vassalité.

Daphné:
Mais si je te défie de célébrer
la déesse par tes chants ?

Apollon:
Son grand nom me réclame une lyre
meilleure: je prépare déjà,
afin que l'éther se réjouisse aussi à la joie du soleil,
un autre chant, une autre voix et une autre lyre.

Air

Apollon

C'est avec une lyre plus sonore
qu'Apollon chantera
les fastes de l'Aurore.

Alors le monde plus satisfait
qui en elle maintenant se recrée,
de ma bouche éloquente
écoutera le nom
de cette auguste déesse.

Récitatif

Pénée:
Zéphyr se tait ?

Zéphyr:
Une impuissance pleine d'humilité fait mon remords:
que puis-je offrir à notre très haute divinité ?

Daphné:
Parmi les autres belles vertus où s'illustre l'Aurore,
la clémence tient la première place:
malgré sa grandeur,
la déesse accueille les plus petits vœux.

Zéphyr:
Ton conseil, Daphné, me donne de l'audace,
moi qui depuis sa naissance connais
des soupirs plus doux et agréables.
Je les mettrai à son pied,
s'il advient qu'elle jette un regard
qui sera pour ces plages une fortune.
Toutes les brises, à un signe de moi,
rencontreront l'honneur souverain
et mille petits zéphyrs suaves
tempèrent les chaudes ardeurs du midi.
Si elle tourne son noble pied vers la mer voisine,
je gonflerai ses voiles,
placide et respectueux;
et comme il convient,
je répandrai tout autour d'elle
des senteurs d'Arabie
et des encens odoriférants.

Air

Zéphyr

Petits zéphyrs amoureux,
vous serez heureux
lorsque vous irez près d'elle.
Si elle vous demande
qui vous êtes, pour ma gloire
vous pourrez dire au moins
que vous êtes miens.

Récitatif

Daphné:
Il convient d'applaudir
à un si beau jour avec des chants joyeux.

Zéphyr:
Qu'Apollon ait l'honneur d'être le premier.

Apollon:
Je cède à Daphné un faste si digne.

Daphné:
Écoutez.
Que le sort en décide et que l'on fasse un jeu.
Que chacun de nous choisisse une fleur.

Apollon:
Je choisis une violette,
en sa couleur pâle toujours amoureuse.

Zéphyr:
Et moi la belle-de-nuit.

Flore:
Et moi la rose.

Pénée:
Je prends la jacinthe.

Daphné:
Et moi je veux le jasmin.
Que chacun de vous se souvienne bien
de la fleur qu'il a choisie, quand je dirai:
"que manque-t-il au jasmin, ornement des autres fleurs ?3
Alors que l'on se réponde l'un a l'autre
avec la fleur nommée.
Celui qui ne répond pas tout de suite,
ou qui répond mal, celui qui oublie le nom des fleurs
ou qui donne le nom d'une fleur qui n'a pas été choisie,
devra chanter aussitôt les louanges de l'Aurore.
Je commence. Attention !
Le jasmin serait plus beau
s'il avait la belle pâleur de la violette.

Apollon:
La violette est belle, mais elle ne possède
point d'épines comme la rose.

Flore:
Celle-ci serait plus belle si elle avait
une odeur semblable à celle du jasmin.

Daphné:
Mais qui répond ?

Apollon:
Tu es le jasmin,
et tu n'as pas répondu assez vite:
maintenant, chante, ô belle !

Daphné:
C'est moi qui ai oublié de répondre ?

Flore:
Oui, c'est toi.

Air

Daphné

Toute la beauté de tes fleurs,
belle Aurore, se voit en toi;
cette rose cède ses couleurs
à la lèvre vermeille, et ton sein, ô belle,
dépasse les blancheurs de ce lys.

Récitatif

Daphné:
Maintenant, reprenons notre jeu.
Le jasmin est beau,
mais il ne le semble pas,
car il ne possède pas
la couleur de la belle jacinthe.

Pénée:
C'est vrai, mais de pourpre et d'or
celle-ci n'est pas ceinte comme je vois la rose.

Flore:
La rose possède l'or et le pourpre,
mais la violette est plus belle en son humilité.

Apollon:
La violette est humble, mais la belle-de-nuit
a plus de charme pour sa résistance.

Zéphyr:
La belle-de-nuit est ainsi,
mais elle n'a pas la majesté de la rose.

Flore:
Daphné, réponds.

Daphné:
Je suis le jasmin,
et il parle à la rose.

Flore:
Quoi ? Je me serais peut-être trompée ?

Apollon:
Il a nommé la rose: c'est toi.

Air

Flore

Lorsque naît dans le ciel l'Aurore
d'abord par son chant puis par son vol
le rossignol la salue
et lui dit: "tu es vraiment belle".
A la voir il se réconfort
de l'être bien-aimé perdu
et la triste tourterelle
oublie ses peines.

Récitatif

Apollon:
Tant il est vrai
que là où l'Auror
tourne ses regards, le plaisir se répand.

Flore:
Que le concours continue.

Daphné:
Il est cher aux Grâces,
mais le symbole d'amour est la violette.

Apollon:
Daphné parle d'amour.

Daphné:
Tu as choisi la violette, et tu ne réponds pas.

Apollon:
Entendre le nom d'amour
dans la bouche de Daphné me stupéfie.
Si je me suis trompé, je ne parle plus.

Daphné:
Comment plus ?
Apollon a commis l'erreur, et c'est toi.

Air

Apollon

Montre seulement ton front serein,
belle déesse, le ciel tout entier est plus clair,
et la terre se fait plus gaie.

L'herbe gui croît plus agréable se réjouit,
la fleur qui naît plus chère rit,
le ruisseau qui s'en va plus frais badine.

Récitatif

Daphné:
A d'autres épreuves !

Apollon:
Aimante est la violette,
mais le miroir de la constance est le jasmin.

Pénée:
Qu'il soit constant, je le sais;
s'il était au moins protégé comme la rose.

Daphné:
Elle est défendue, certes; mais, refermée sur elle,
la belle-de-nuit ne veut se défendre contre autrui.

Zéphyr:
Celle-ci est fermée, mais l'amarante
recueille en son sein encore plus de rosées.

Flore:
Zéphyr, tu t'es trompé.

Zéphyr:
En quoi ?

Daphné:
Qui a l'amarante ? où est cette fleur ?
Allons: le gage t'oblige à louer l'Aurore.

Pénée:
C'est juste.

Zéphyr:
Je m'amende, et de m'être trompé,
j'assume la douce peine.

Air

Zéphyr

Allez, brises,
et baisez le pied royal de L'Aurore.

Puis, emplies du grand objet, je vous attends.
Ô mes brises, revenez vers moi.

Récitatif

Pénée:
Je veux seulement dire que sa plus grande dignité
est l'espérance du monde:
et son plus grand mérite,
resplendissant en elle,
réside en la valeur du bien
qu'ensuite on en attend.

Ritournelle

Air

Pénée

De l'aube qui naît
le mérite le plus véritable
est d'être l'annonciatrice
du soleil que l'on attend.

Et le cœur qui se nourrit
du bien qu'il désire ardemment
l'appelle sa divinité
et la presse de ses vœux.

Récitatif

Daphné:
Applaudissons au vœu:
ce que je dirai de l'aube,
je le dirai aussi d'Élisa,
car ils vont de pair
le beau nom d'Élisa et celui de l'Aurore.

Ritournelle

Air

Daphné

Ceinte désormais de frais oliviers,
vis heureuse, vis éternelle,
toujours auguste, très haute déesse,
et en ce soleil que tu nous donneras,
fais que je voie de tes rayons
la déesse désirée et chère.

Récitatif

Flore:
Que le Destin heureux m'entende.
Allez, mes fleurs:
que la pensée en soit un immortel présage,
que d'autres fois Flora a ainsi composé
un berceau de roses au petit enfant Amour.

Air

Flore

Qu'Hymen secoue son flambeau
vif et amoureux,
et allume pour toi
la foi de Junon.

Qu'ainsi l'auguste épouse,
qu'ainsi la mère auguste
en toi resplendissent.

Récitatif

Apollon:
Qu'aujourd'hui, aux vœux de l'Espagne,
les vœux de la Tempé fassent un écho fidèle.

Air

Apollon

Plus d'un monde veut
le sein fécond d'Élisa,
et il le verra fécond.

De ce ciel et de ce soleil,
avec sa progéniture,
elle sera la belle aurore.

Récitatif

Apollon:
Zéphyr, quels souhaits formes-tu pour Élisa ?

Zéphyr:
J'ai vu, il n'y a guère longtemps,
les ailes tout humectées d'ambroisie,
une brise légère tourner autour de moi;
questionnée sur son vol:
"Écoute"répondit-elle,
"sur ces plages encore la naissance d'une autre Aurore
a ses vœux, ses fastes et ses louanges".
Elle a dit, et elle est partie.
Maintenant je comprends bien et je vois
qu'elle m'a parle d'Élisa: et le même cœur,
avec de semblables applaudissements
et de semblables souhaits,
honore sur l'Ebre Élisa,
et sur le Pénée l'Aurore.

Air

Zéphyr

Belle est l'aube,
Élisa est belle,
déesse est celle-ci,
déesse est celle-là;
leurs mérites sont égaux.

Si de l'une dépend le jour,
si de l'autre on attend le soleil,
de toutes deux j'honore le nom.

Récitatif

Pénée:
Que Pénée ne le cède donc pas à I'Ebre
en respect qu'avec les années de l'Aurore
un juste faste compte aussi celles d'Élisa.
Que Pénée dresse à celle-la arcs et triomphes;
que I'Ebre élève à celle-ci triomphes et arcs.
Qu'en un concours plein d'humilité l'Ister
et le Rhin, l'Adda et le Pô, l'Ebre et le Sebethos, le Tage
et le Manzanares fêtent cette belle journée,
et qu'autant de fleuves
versent leurs eaux vassales à ses commandements.
Et qu'en une juste mémoire l'honneur d'Élisa
et celui de l'aube ne soient pas dissociés,
pas plus que la gloire.

Air

Pénée

Si j'aperçois l'aube
ouvrir les portes au jour,
je dirai qu'Élisa est belle à son égal.

Et lorsque j'entendrai
que le soleil naît d'Élisa,
belle aube je te dirai
qu'à l'égal de sa beauté,
tu es belle.

Récitatif

Daphné:
Le cri d'éloges légers ne suffit pas à tant de joies:
je veux que l'on conserve une mémoire
plus constante de ce jour.
On couronne mal le nom d'Élisa
et de l'Aurore avec des branches
peu sûres et des fleurs malades.
Dieux, écoutez:
Si ces déesses vous sont chères,
qu'ici pousse et croisse
de mes pudiques membres dévoués,
une plante immortelle dont la branche
soit une immortelle frondaison.
Qu'elle ceigne les cheveux de l'Aurore et ceux d'Élisa:
qu'elle soit d'une haute vertu
le digne ornement et qu'elle soit le gage sûr
et le faste fidèle des victoires et des triomphes.
Ô dieux, écoutez mon vœu: que les grâces vous soient rendues.
Je sens dans mes fibres votre faveur,
et mon contentement naît de la vie qui me quitte.

Air

Daphné

Que cette branche
qui, immortelle
déjà m'entoure
soit pour l'aube
et pour Élisa
le gage éternel
de mon amour.

Et que ses branches soient
les auspices toujours heureux
et les armes de la gloire et de la valeur.

Récitatif

Apollon:
Hélas, que fait-elle ?

Flore:
Douce amie !

Zéphyr:
Ô dieux, que vois-je ?

Pénée:
Amis, ne vous affligez pas;
on peut bien perdre une nymphe
pour honorer de si grandes déesses.
Il est vil de se plaindre en un si beau jour:
que l'amant soit en paix,
si en paix souffre un père,
et que tous les pasteurs
et les nymphes n'éprouvent que deuil,
et non pas jalousie.

Ritournelle

Air

Pénée

Si la beauté de mes fleurs
ne peut être immortelle,
immortelle sera ma foi.

Et parce que tu es ma déesse, grande Élisa,
je saurai offrir d'éternels baisers
à ton beau pied.

Récitatif

Zéphyr:
Si le langage se conforme aux prodiges pour la gloire d'Élisa,
pour la gloire de Carlo je le cède au Ciel.

Apollon:
Hélas ! Parce que je me tais et parce que je souffre,
Ô Jupiter, garde au moins cette plante à l'abri de tes foudres
et qu'elle s'appelle Laurier
en témoignage de sa vie immortelle:
qu'elle forme cent couronnes dignes et justes
sur le sein d'Élisa
et sur les tempes augustes de son époux vainqueur.

Air

Apollon

Belle plante, plante aimée
où gît la beauté que j'adore,
tu me seras toujours chère.

Que le Ciel en courroux te pardonne,
que l'orage et le froid te respectent
et que ta beauté ne fasse jamais défaut.

Récitatif

Apollon:
Que le destin contraire ne te touche pas:
qu'en toi l'oiseau rapace ne fasse pas son nid,
que la grêle ne t'atteigne pas,
et qu'on ne te voie jamais,
coupée par le fer profanateur,
mais que ta frondaison heureuse,
qui est celle de l'honneur,
soit sacrée à I'Aurore et sacrée à Élisa.

Le Choeur

Vive l'Aurore !
Vive Élisa !
Qu'apparaisse ce soleil
qu'espère l'Espagne.

Et qu'alors joyeuse,
une paix sincère
réjouisse chaque rive.

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