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Giovanni Battista Bononcini
L'Ennemie de l'Amour rendue Amoureuse
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Sérénade
à 3 livret de Silvio Stampiglia musique de: Giovanni Battista Bononcini [1670 - 1747] |
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Chloris,
(Clori)
Nymphe, soprano |

Récitatif Chloris
Moi,
l'ennemie de l'Amour,
Qui n'ai pas voulu sentir son feu en mon sein,
Moi qui, à l'acerbe douleur de Thirsis et de
Filène,
Ai refusé d'accorder grâce,
Je brûle d'amour.
Ah, qui va m'aider ? Ah, hélas,
Qui va me secourir, ou me donner la mort ?
Dites, dites à celui qui passe,
O Ruisseaux, ô Arbres,
Que par son cruel sort,
L'ENNEMI DE L'AMOUR EST DEVENUE AMOUREUSE.
Air Chloris Tourmentée
en mon âme Tourmentée,
etc.
Elle meurt peu à peu; cette souffrance aussi
cruelle.
Ah, elle est celle de mon erreur, parce que
De l'Amour je me suis moquée.
Récitatif Thirsis Chloris Thirsis Chloris Thirsis Chloris Thirsis Chloris Thirsis Chloris Thirsis Chloris
Outrages-tu de douloureuses larmes,
Les lueurs de tes yeux charmants ?
A un regard ainsi brillant,
Que deviennent la sérénité
première,
Et que tes yeux ne soient plus opprimés
Par les nuages de la détresse.
Laisse-moi, Thirsis, pleurer.
Et quel malheur tire de tes yeux
Des pleurs si abondants ?
A moi, toujours affligé de souffrances
torturantes
Par un amour cruel, il convient de pleurer.
Chloris, ne pleure plus autant,
Sèche tes yeux,
Toi qui ne sait comment blesse,
Ni combien est tyrannique
Le dieu aveugle.
Thirsis, laisse-moi pleurer: j'aime, moi aussi.
Tu aimes ?
Oui.
Ceci ne peut être vrai !
Tu uses d'un charme séduisant
Pour plaisanter ainsi.
J'aime moi aussi.
Mais, qui ?
Et tu ne peux me comprendre ?
Oh Dieux, j'ai perdu la liberté,
J'ai été l'ennemie de l'Amour,
A présent, je ne suis plus: j'aime.
Mais qui ?
Mon idole, c'est toi.
Air Thirsis Prisonnière
de faux liens Prisonnière,
etc.
Tu tentes de me railler
En disant que tu m'aimes;
Je sais bien, moi,
Que tu n'as qu'un désir:
Que je m'abandonne aux pleurs
En t'appelant cruelle.
Récitatif Chloris Thirsis Chloris Thirsis Chloris Thirsis
Estimes-tu comme chimères les liens
Et la rigueur de leurs nuds
Narrés par mes soupirs ?
Ce sont des tromperies.
Vois si mes yeux reflètent de faux tourments
Que je renfermerai dans mon cur.
Et tu ne me crois toujours pas ?
Non, tu me trompes.
Dis-moi, Thirsis,
Pourquoi refuses-tu d'accorder foi
A un sentiment si véridique ?
Parce que, si jamais ton sein avait reçu
Le poison de l'amour,
Tu te serais toi-même transpercé le
cur.
Air Chloris Méprise-moi
ainsi, Méprise-moi,
etc.
D'autant que je te pardonne.
Hâte-toi dexercer contre moi
Une vengeance cruelle.
Mais puisque je semble coupable,
Et mérite, hélas,Tes fureurs.
Récitatif Thirsis Chloris Thirsis Chloris Thirsis Chloris Thirsis Chloris Thirsis Chloris Thirsis Chloris
Celui qui t'adore
Ne te peut mépriser.
Et en attendant,
Tu railles mes souffrances;
Tu ne veux m'accorder grâce
Pour tarir mes pleurs,
Mais, alors, par pitié,
Donne-moi la mort.
Que le ciel me foudroie à l'instant.
Alors rends-moi terrible
La force de cette atroce douleur,
Si tu ne veux pas, cruel,
Que je souffre pour toujours.
Tu es si belle dans la feinte !
Oh Dieu !
Les fatales flammes de l'Amour
Sont nées dans mon cur;
Ah, ne m'en afflige point davantage,
Et crois-moi et ne parle plus.
Ah, que je suis heureux,
Mon cur ne désire rien d'autre.
Donne ta confiance à qui t'aime,
Et réconforte-moi.
Chloris.
Thirsis.
Je languis.
Et moi, je suis morte.
Duo Thirsis Chloris Thirsis Chloris Pour
toi, etc.
Pour toi, je souffre.
Pour toi, je meurs.
Belle joie en mon cur.
Trésor adoré.
Récitatif Filène
Chloris, cruelle Chloris,
Peut-être ne t'en souviens-tu pas,
Combien, contre Amour, contre Thirsis,
Tu répandis un jour dinjurieux accents ?
Sur ces mêmes plages,
Je les ai bien entendus,
Et tes lèvres les exprimèrent:
A présent que tu es amoureuse,
Thirsis souffre pour toi, et tu meurs pour lui ?
Chloris, Chloris cruelle.
Air Filène Âme
infidèle Âme
infidèle, etc.
Toute de tromperie,
Comment les étoiles
Ne sunissent-elles contre moi?
Mais le Dieux te tolèrent,
Parce que tu es la plus belle d'entre les
belles.
Récitatif Chloris Filène Chloris
J'abrite le feu de l'amour.
Tous les Astres en colère
Vont conjurer à me dépends.
Toute la lumière brûle dans le Ciel,
Et seul, le vif flambeau d'Amour
Est celui qui scintille
D'étoiles en étoiles.
Chloris, si les Astres te concèdent la
pitié
Que tu ne mérites pas,
La Terre s'ouvrira.
La terre aussi nourri
Des flammes amoureuses;
Les Herbes, les Roses, les Violettes,
Et les Lys sont tous enfants de l'amour;
La Terre produit tant de fruits,
Et dans des plantes variées,
L'Amour étincelle dans les Pierres,
Brûle dans les Ruisseaux,
Les Bêtes féroces le ressentent,
Et pourtant celles-ci sont privée d'esprit,
Et ceux-là de sentiments.
En nous, à qui le Ciel fit le don
D'une Âme élue à la vie immortelle
Et auréolée d'une grande lumière,
Il convient, à plus forte raison,
Que la suave flèche se décoche
Par le regard, les yeux dans les yeux.
Air Chloris Seul
sera heureux Si
quelqu'un dit Seul
sera heureux, etc.
Celui qui est touché
Par un regard
Lançant des flèches.
Que le Dieu bandé
Est toujours cruel,
Il ne dit que la vérité.
Récitatif Filène Thirsis Chloris
L'arc de l'enfant-dieu,
Tu méprisas de mille façons hardies
Et maintenant tu défends
Ses traits et tu les loues ?
Importun Filène,
Tu en as trop dit
Et moi, j'en ai supporté beaucoup;
De laimable Nymphe,
Qui te conseille d'aimer les yeux,
Et qui te l'interdit ?
Dis-le moi.
Thirsis, calme-toi, Thirsis.
Air Thirsis Je
vais me taire, Car
vous enchaînez ma volonté Je
vais me taire, etc.
O doux yeux tant aimés,
Bien que ce soit un faute;
Plus que les lèvres de l'aimée.
Récitatif Filène Chloris
Un jour, tu étais fière
D'avoir un sein dépourvu
De toute blessure,
Et tu veux souffrir,
Au détriment de ta gloire,
Et au péril de ta vie,
Les fatales et barbares
Flèche d'Amour ?
Pauvre bergère !
Rien: tu ne peux rien
Avec tes reproches, contre mon âme.
Car ton élan
N'est pas la préoccupation,
Mais la jalousie.
Air Filène Moi,
jaloux ? Comment
se peut-il, Moi,
jaloux, etc. Chloris
Tu mens, cruelle.
A l'instant où tu te fais amante,
Que tu deviennes
Mensongère et hautaine ?
Moi menteuse ?
Quelle hardiesse !
Récitatif Chloris Filène Chloris Filène Chloris Filène Chloris
La Lune a déjà six fois
Répandu dans son Ciel étoilé
Ses rayons d'argent,
Depuis le jour où j'ai montré
A Thirsis mon esprit dédaigneux.
Il languissait pour moi;
Alors que sur ce rivage,
Tandis qu'il pleurait pour obtenir grâce,
Tu enseignais avec sagesse
A mépriser les amours.
Est-il vrai ?
Oui.
Mais tu sais pourquoi,
Et Chloris le sait aussi.
Parce que l'on ne peut supporter
L'injuste tyrannie du Dieu de Cnide.
Non, par crainte
Que je ne cède à Thirsis;
Dissimulateur, tu cachas à ses yeux
Ta trop grande douleur;
Puis, une fois seul,
Tu demandas pitié.
J'ai tenté ta constance,
Pour découvrir le mérite de sa force;
Si tu t'étais rendue aux pleurs qui,
Sans peine, sortaient de mes yeux,
J'aurais alors blâmé ta chute.
Tu oses soutenir encore ce mensonge ?
Air Chloris Si
je devenais ton amante,
Clair et doux était l'amour.
Mais si j'aimais un autre visage,
Tu devenais alors un monstre de rigueur.
Récitatif Chloris Filène Chloris Filène Chloris Filène Thirsis Chloris Filène Chloris Filène Chloris Filène Thirsis
Donc, selon ta guise,
L'Amour change de costume;
Pour certains il est une Furie,
Et pour toi il est dieu.
Filène...
Dis-moi ce que tu veux ?
Éloigne-toi de nous.
Au moins, écoute, ô ma belle.
Ta langue ne peut plus
Que formuler de trompeuses paroles.
Impitoyable.
Perfide.
Tais-toi.
Avant que je ne parte,
Tourne tes yeux vers moi.
Insensé, tu présumes trop.
Je ne veux pas de tes yeux,
Cet éclat de lumière qui pour moi
resplendisse,
Mais un trait qui me blesse,
Et m'enflamme.
Barbare !
Ah, ma tyrannique aimée.
Ah, traître !
Duetto Chloris:
Ta faute suffit à me lacérer le
cur. Filène:
Ton regard suffit à me lacérer le
cur.
Récitatif Thirsis Filène Chloris Thirsis
Tu ne l'aimes plus,
Et tes lèvres peuvent
Tenir tel langage ?
Pardonne, Thirsis, et toi aussi, Chloris.
L'audace de ma faute,
Et de mes lourdes erreurs,
Inculpe l'Amour.
S'il n'y a pas de délit dans mes fautes,
Tu dois, à juste titre,
Calmer la rigueur que tu as pour moi.
Oublie ton espérance,
Car déjà Thirsis appartient à
Chloris.
Et Chloris est mienne.
Air Thirsis 1)
Celui qui désire obtenir la pitié 2)
Avec la peine et la souffrance
De la tendre idole qu'il adore,
Qu'il souffre toujours,
Et toujours démontre
Constance et fidélité.
On obtient ensuite la récompense,
Car le cur qui sait languir
Reçoit un Grand mérite pour sa
fidélité.
Récitatif Chloris Filène Chloris Filène Chloris Filène Chloris Filène Chloris
Va, Filène, et apprends avec quelle loi
Il convient d'être Amant;
A ta souffrance amère,
Si tu désires recevoir de la pitié,
Demandes-la à un autre Nymphe,
Et non plus à moi.
C'est trop de rigueur.
Pour tes fautes, c'est peu !
De quoi suis-je donc coupable ?
Et de quoi n'es-tu pas coupable ?
Seulement contre moi ?
J'invoque du Ciel la colère.
Pourquoi, cruelle ?
Je te souhaiterais mort.
Air Thirsis Pour
détruire un cur
Si barbare, que le Ciel lance ses flèches
Les plus terribles.
Et si mon désir n'est point juste,
Contre moi, tournez-vous, ô Astres !
Récitatif Filène Chloris Filène Chloris Filène Chloris
Si tu veux me voir mort,
Tes armes suffisent,
N'en invoquent point d'autres;
Soit: avec tes propres yeux,
Tue-moi, ou console
Ce cur opprimé.
Éloigne-toi de moi.
Au milieu de tant de douleurs,
Donne-moi la Mort,
A défaut de la pitié.
Pourquoi ne meurs-tu point ?
Oui, je mourrai, mais d'abord,
Aux Nymphes, aux Pasteurs,
Je dirai que Chloris est amante,
Cette fameuse Chloris
Qui à l'Amour se vantait d'être rebelle
!
Raconte, mais narre donc
Que Filène sait trahir ses amis,
Et qu'il a des paroles
Peines de venin,
Parce que Chloris ne l'aime pas.
Air Filène Tout
le sang que je possède dans ma
poitrine, Tout
le sang, etc.
A
Tisiphone, à Alecto,
Je
le consacrerai volontiers,
Pour qu'elles troublent ta paix;
Et, saisissant le flambeau malfaisant,
Pour faire la guerre à ton Plaisir,
Ombre féroce, et horrible spectre,
L'impossible, je tenterai.
Récitatif Thirsis Chloris Thirsis Chloris Thirsis Chloris
A présent, que personne n'observe
Ce que fait l'amant Thirsis,
Ce que dit l'amante Chloris.
Il convient de tempérer
Nos peines et nos ardeurs.
Rien qui n'observe
lHonnêteté de Chloris.
Cette ardente flèche qui,
Sans m'ouvrir le sein,
A blessé mon cur,
C'est Amour qui l'a décochée,
Mais lHonnêteté de Chloris
L'a enflammée.
Thirsis te demande seulement
Des joies permises et une foi pure.
Entre les liens de l'Hyménée,
Prends, si tu m'aimes,
Ce plaisir et cette foi.
J'étreins ta main,
Et tu enchaînes mon âme.
Déjà de chacun de mes désirs
La palme t'appartient.
Air Thirsis Pourtant,
je te revois encore, Qui
aurait pu donc croire Pourtant,
je te revois, etc.
Plus belle en ma faveur,
Et moins hautaine;
Que Chloris, la sévère,
Eût pu s'apaiser ainsi.
Récitatif Chloris Thirsis Chloris Thirsis Chloris Thirsis Chloris Thirsis
Ne vis-tu jamais, Thirsis,
Comment le soleil, de ses rayons,
Fait fondre la glace dans l'onde ?
Je le vis sur le Mont,
Et dans le pré.
De même, l'Archer aux yeux bandés,
Avec l'ardeur de son dard, a fait fondre
Ma glace en larmes d'amour.
Et toi, au milieu des éclairs de
l'été,
As-tu jamais vu comment
Languit la fleur ?
Je l'ai vu maintes fois.
Comme devant ta splendeur,
Oh Dieu,
Je languis ainsi d'Amour.
Sans crainte de jalousie,
Pourrais-je vivre ?
En ma foi repose-toi.
Et moi, en ta constance,
Pourrais-je nourrir
Une espérance immortelle ?
Air Chloris L'amoureuse
tourterelle Si,
par le vouloir d'un sort ingrat, L'amoureuse
tourterelle, etc.
Ne sait trahir que son bien-aimé;
Elle se voit un jour égarée,
Toute pleurs, et toute foi,
Elle s'en va, cherchant son amour.
Récitatif Thirsis Chloris Thirsis Chloris Thirsis Chloris Thirsis Chloris
Mon trésor.
Mon bien.
Mon cur se détruit.
Le mien se défait.
Dans une intense douleur.
Dans les souffrances.
Toi, tu es ma vie.
Toi, tu es ma paix.
Air Thirsis Si
un grand plaisir Une
joie qu'un cur Si
un grand plaisir, etc.
Peur faire ainsi mourir,
Ma joie me tuera.
Ne peut souffrir,
Se nommera joie impitoyable.
Récitatif Chloris
Tu as
donc peur de mourir ?
Ah, tu crains en vain;
Avec un plaisir inhumain,
La malfaisante Sirène
Invite aux délices.
Toi, tu dois jouir, et jouir joyeusement,
Car Amour, pour le Monde,
Est Nourriture et vie.
Louons donc Amour
Mais seulement celui qui allume,
Au moyen de pures flammes,
Un limpide désir;
Et que de mon exemple,
Tout cur, le plus pur,
Et le plus glacé,
Apprenne à ne pas tourner
En dérision l'Amour.
Air Chloris Celui
qui, de l'Amour,
Méprise la flèche,
D'un regard, l'Amour, doucement,
D'une plaie le blesse;
Puis, cruel, il s'en venge
Avec une flèche
D'autant plus terrible,
Qu'elle a de charme.