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ou Le Jeune Daphnis, Chef des Bergers d'Oenotrie Pastorale héroïque avec des intermedes en Musique qui sera représentée par les Écoliers du Collége de Dijon le 20. Août 1754 en
présence de son Altesse Serenissime, |
les
personnages de la Pastorale: Minerve,
Déesse de la Sagesse Les Bergs
d'Oenotrie:
Hebé, Déesse de la Jeunesse
Le Genie d'Oenotrie
Daphnis, Fils des Chefs de l'Oenotrie
Thyrsis
Atys
Damon
Amynte
Mopsus
Melibée
Myrtile
Lycas
Sylvandre
Menalque
Corydon
La
Scene est dans un Vallon d'Oenotrie prés d'un Temple
de Minerve La
Musique est de la composition de Mr Jolivet,
Architecte des Etats de Bourgogne;
& l'excécution en a été conduite
par le Sieur Chauvereiche, Musicien de la Ste
Chapelle du Roi
BOURBON,
que votre vûë enchante nos regards ! Ouï,
Prince, si votre indulgence
Qu'elle inspire à nos coeurs de respect, de tendresse
!
Grand Prince ! sur vos pas volent de toutes parts
Les Ris, les Jeux, & l'Alégresse.
Votre augustre présence enorgueillit ces lieux
Déja fiers d'avoir vû tant de fois vos
Ayeux:
Elle y répand l'éclat de portaient avec
elles
Les sublimes Vertus de ces rares modeles,
Dont la bonté, bien mieux que leurs plus grands
exploits,
Annonçoit des Héros du beau Sang de nos
Rois.
Ah ! que n'est-il permis à la timide Enfance
D'écouter un noble transport.
Pouvoit nous pardonner un téméraire
effort;
Pour vous peindre tel que vous êtes,
Nous oserions être Poëtes.
Un spectacle frappant s'offriroit dans nos vers.
De la Divinité portant l'auguste empreinte,
Vous montrer sur son char aux yeux de l'Univers !
CONDE, vous seriés peint près de cette
Immortelle,
Déposant à ses pieds le faste, la
grandeur,
Et préferant ne nom de son sujet fidèle
Au titre ébloüissant de Héros, de
Vainqueur.
On vous verroit, épris de l'ardeur la plus pure,
Au faîte des honneurs, dans l'âge
florissant,
De mille dons qu'en vous réünit la nature,
Eriger à sa gloire un trophée
éclatant.
Elle, de vos vertus composant son cortege,
Triomphante aux yeux des Mortels,
A l'Impiété sacrilege
Diroit: vien, confond-toi, respecte mes autels,
Mais d'un si grand tableau l'entreprise hardie,
PRINCE, nous le sentons, demande d'autres mains:
Et votre austere modestie,
Si nous l'osions tenter, combattroit nos desseins.
Daignés au moins souffrir que sous une autre
image
Se montrent à vos yeux nos secrets sentimens:
Et que d'heureux Bergers nous pr^tent leur langage
Pour peindre notre ardeur dans leurs empressemens.
Aux vertus de Daphnis quand ils rendront hommage,
S'ils blessoient, sans l'avoir voulu,
Une délicatesse extrême:
Daignés leur pardonner: comment auroient-ils
pû
Rendre justice à la Vertu,
CONDE, sans vous loüer vous-même.

Thyrsis, Amynte, Damon, Atys
Atys: Thyrsis: Amynte: Damon: Atys: Thyrsis: Atys: Amynte: Damon: Amynte: Thyrsis: Damon: Atys: Thyrsis:
Eprouvez-vous, Thyrsis, ce que je sens moi-même ?
Je ne sçais; un aimable, un tendre sentiment,
Me fait trouver ce jour charmant:
Je goûte, à voir ces lieux, une douceur
extrême:
Tout m'y cause un plaisir nouveau.
Ce côteau, ces bosquets, ce temple, ces prairies,
Ce vallon, ces rives fleuries
Qu'avec mille détour arrose ce ruisseau,
Tout me rend ce séjour plus riant & plus
beau.
Tout me flatte, & semble me dire:
C'est ici l'heureux jour que votre coeur desire.
Suivez, Atys, suivez de si doux mouvemens,
Des célestes faveurs secrets pressentimens.
Non, Bergers, l'heureuse Oenotrie
Jamais ne fut des Dieux plus tendrement chérie.
Et bientôt au milieu de nous
Leur attentive bienveillance
Va fixer avec l'abondance,
Les plaisirs les plus purs, le repos le plus
doux.
Pensez qu'il n'est qu'un bien dont l'attente flatteuse
Excite nos voeux, nos ardeurs:
Et gardez-vous, Thyrsis, de séduire nos coeurs
Par une illusion trompeuse.
Oüi, parlez-nous du jeune & vertueux Berger,
Dont le nom respecté, chéri dans nos
campagnes,
Réveille si souvent l'Echo de ces montagnes:
Dites que sous ses loix ce jour doit nous ranger:
Que pour lui confier plutôt nos destinées
Les Dieux ont par leurs dons prevenus ses années:
Alors, Thyrsis, alors je conçois des plaisirs,
Qui répondent à nos desirs.
MAis si vous nous flattés de quelqu'autre
esperance,
Connoissez-vous l'objet dont nous sommes épris ?
Nos voeux & notre impatience
Ne veulent pas moins de Daphnis.
Bergers, votre ame satisfaite
Peut se promettre enfin le bien qu'elle souhaite/
Que dites-vous ? ô joye !
O plaisir ?
O bonheur !
Mais quel est garant d'un espoir si flatteur ?
Le Dieu dont l'Oenotrie adore la puissance
S'empresse à seconder nos voeux.
De nos coeurs à Daphnis il peint l'impatience,
Et l'invite à nous rendre heureux.
Ce jour même doit nous apprendre
De ses soins bienfaisans le succés
espéré.
Ce qu'avec tant d'ardeur nous l'avons desiré,
Bergers, osons enfin l'attendre.
Puissions-nous en ce jour voir nos voeux accomplis
!
Ah ! puisse le Dieu qui nous aime
Nous rendre aussi chers à Daphnis,
Que Daphnis nous est cher lui-même !
Mais le Dieu vient nous voir. O quel bonheur extrême
!
Le Génie d'Oenotrie, Daphnis,
Suite de Bergers & de Bergeres
Le
Génie: Thyrsis: Daphnis: Corydon: Le
Génie: Ménalque: Daphnis: Le
Génie:
Bergers, qui m'êtes chers, joüissez du
bonheur
Dont le juste désir enflammoit votre coeur:
Voyez Daphnis: voyez l'objet de votre attente.
Il connoît de vos coeurs l'ardeur impatiente:
Et c'est pour l'engager à remplir vos desirs,
Que je le rends ici témoin de vos soupirs.
Vous connoissés , ô Dieu, notre desir
extrême:
Qu'en nous guidant, Daphnis nous prouve qu'il nous
aime
Bergers, Je me croirois heureux
De répondre à votre esperance:
Mais je dois craindre dans vos voeux
Une trop prompte impatience.
En différant notre bonheur
Craingez, craignez plûtôt d'accabler nos
coeurs.
N'écoutez point , Daphnis, une vertu trop sage,
Qui vous conseilleroit d'inutiles délais:
Des hommes & des Dieux quand on a le suffrage,
La modestie alors doit passer pour excés.
Vous sçavés, de ces lieux quelle est la juste
attente.
Déja depuis long-temps vous leur fûtes
promis:
Quand un coup trop fatal leur enleva Cléanthe,
Pan, pour les consoler, leur destiné Daphnis.
De ce Dieu des Bergers la sage prévoiance
Connoissoit bien les mains qui doivent vous former:
Et dés-lors il conçut la solide
espérance,
Que par l'événement il voit se confirmer.
Aujourd'huy de son choix approuvant la sagesse,
Charmé de vos vertus qui préviennent les
ans,
Du bonheur de ces lieux, fidéle à sa
promesse,
Il veut qu'aucun délai ne retarde le tems.
De cet aimable Dieu que mes Bergers honorent,
La bonté, qu'à l'envi tous ses Sujets
adorent,
Eclate tous les jours de plus prés à vos
yeux.
Le plus precieux don que lui-même ait pû
faire,
Celui de son amour, celui de sa faveur,
Il vous l'a fait, Daphnis, même jusqu'à se
plaire
A vous voir dans son ame épancher votre
coeur.
Qui connoît mieux que vous sa prudence divine ?
Sans doute, du mérite il est Juge
éclairé:
Croyez donc mériter le rang qu'il vous destine:
Son choix en est pour vous un garant
assûré.
Enfin de mes Bergers voyez l'impatience:
Vous pouvés d'un seul mot les rendre tous
heureux:
Vous refuseriez-vous à leur juste espérance
?
Oüi, prononcez, Daphnis, & vous comblés nos
voeux.
Appui de ces Bergers, & leur Dieu Tutelaire,
Croyez qu'ils sont chers à mon coeur.
J'écoute votre voix, à leurs voeux je
défére,
Si je puis faire leur bonheur.
Mais, Bergers, c'est un art que Pallas ne réserve
Qu'aux plus chers de ses favoris.
Quand je verrai vos voeux approuvés de Minerve,
Vous sçaurés si je vous
chéris.
Consultez, j'y consens, consultez le Déesse:
Dans le Temple voisin elle dicte ses loix.
Mes Bergers lui sont chers: & dolcile à sa
voix
Bientôt vous vous rendrés au désir qui
les presse.
Le Génie d'Oenotrie,
Suite de Bergers & de Bergeres
Le
Génie: Atys: Le
Génie: Damon: Le
Génie: Thyrsis: Le
Génie: Damon: Amynte: Atys: Melibée: Le
Génie: Myrtile: Le
Génie: Thyrsis:
Eh bien, vous l'avés vû, Bergers, le digne
Fils
De ces Chefs tendrement chéris,
Dont si long-tems l'aimable empire
Fit le bonheur de vos hameaux.
Il est né du sang des Héros,
Son air seul a pû vous le dire.
A l'aimable douceur, au feu de ses regards
Où respirent ensemble & les graces &
Mars,
A ses charmes dont le tendresse
S'allie avec tant de noblesse,
A ses traits enfin, à son port,
Qui ne l'eût reconnu d'abord ?
Les transports de votre ame émüe,
Que je lis dans vos yeux enchantés & ravis,
Me témoignent assez qu'à sa premiere
vüe
Vos coeurs vous ont dit: c'est Daphnis.
Quel autre en nos coeurs eût fait naître
Des plaisirs si doux, si charmans ?
A de si tendre sentimens
Aurions-nous pû le méconnoître
?
Ce qui surprend en lui vos regards enchantés
N'est toutefois, Bergers, qu'une imparfaite image
Des dons plus précieux, des rares qualités
Dont le Ciel mit en lui le plus bel assembalge.
Si son coeur à vos yeux étaloit ses
trésors,
A quel excés iroit l'ardeur qui vous enflamme !
Les graces, diriés-vous, ont fait un si beaux
corps,
Les Vertus une si belle ame.
Et les plus doux attraits que l'un déploie aux
yeux,
Sont des beautés de l'autre une foible peinture:
Ainsi dans le crystal d'une onde calme & pure
Se trace foiblement l'astre qui règne aux Cieux.
Oüi, sans appréhender de n'être point
sincéres,
Vous peindriés Daphnis des traits les plus
charmans:
Vous diriés pour marquer vos justes sentimens:
Daphnis fait revivre ses Peres.
Bergers, vous diriés vrai: pour connoître son
coeur,
Il faut en juger le leur.
Il a donc la douceur affable
De ces Mortels tendrement révérés:
Il a donc la candeur aimable
De ces Bergers parmi nous adorés.
Il a ce beau penchant à répandre les
graces,
Qui par tout semoit sur leurs traces
Mille faveurs, mille bienfaits:
Cette tendresse prévenante,
Et cette pensée prévoiante
Qui les faisoit voler au devant des souhaits.
Qu'avec plaisirs encor e on en cite les traits !
Connoissoinet-ils quelque misére
Qu'ils n'eussent voulu soulager ?
En leur montrant du bien à faire
On paroissoit les obliger.
Un refus même nécessaire
Avoit de quoi les affliger.
Si dans l'ame vous pouviés lire,
Vous feriés de Daphnis un semblable
portrait.
Ah ! qu'il daigne donc nous conduire,
Ou qu'il ne soit pas si parfait !
De Minerve pour vous la tendre bienveillance,
Bergers, peut vous donner une juste espérance.
Je vais moi-même encor, touché de vos
besoins,
Au succés de vos voeux donner de nouveaux soins.
Peut-être à vos desirs Hébé
seroit contraire:
Mais s'il faut la calmer, Pallas le sçaura faire.
Seulement, de Minerve implorez la faveur:
C'est d'elle qu'en ce jour dépend votre
bonheur.
Dieu, prêtez-nous toujours votre aimable
assistance,
Et rien n'égalera notre reconnoissance.

Le Choeur
des Bergers: Un
Berger: Le
Choeur: Un
Berger: Le
Choeur: Un
Berger: Le
Choeur: Un
Berger:
Venez, Pallas, venez seconder nos desirs:
Venez, rendez Daphnis sensible à nos
soupirs.
Autant qu'une riante Aurore
Qui nous promet le plus beau jour,
Dans nos Campagnes fait éclore
De Ris, de Jeux par son retour:
Autant Daphnis sous son empire
Nous promet de charmans plaisirs:
Espérons, s'il veut nous conduire,
De goûter les plus doux loisirs.
Venez, Pallas, &c.
D'une Nymphe aimable
Les nobles attraits
Ont porté les traits
D'un amour durable
Au coeur de Daphnis:
Il se sent épris
Des Vertus, des Graces
Qui suivent ses traces.
La Nymphe à son tour
Que Daphnis enflamme,
Répond à sa flamme
Par un doux retour.
Qu'ainsi puisse plaire
Notre ardeur sincére
Au jeune Daphnis,
Comme il fait lui-même
Le plaisir extrême
De nos coeurs ravis.
Venez, Pallas, &c.
Hébé sur notre bonheur
Prendroit-elle des allarmes ?
Faites-la céder aux charmes
De votre aimable douceur.
Minerve, assurez votre gloire,
Donnez-nous Daphnis aujourd'ui,
Et par une double victoire
Triomphez & d'elle & de lui.
Assurez votre gloire, &c.
Que sens-je, & dans mon coeur soudain quelle
alégresse ?
Sommes-nous exaucés ? oüi, voici la
Déesse.

Minerve, Suite des Bergers
Minerve: Thyrsis: Minerve: Lycas: Minerve: Sylvandre: Minerve: Amynte: Minerve: Sylvandre: Minerve: Lycas: Damon: Minerve:
Bergers, espérez tout: je seconde vos
voeux.
O divine Pallas, vous nous rendés heureux
!
A ma voix se montrant docile
Daphnis se dispose à céder:
A vos empressemens ilest prê d'accorder,
Par mes soins, un aveu facile.
Ce jour en doux transports va changer vos soupirs:
Que votre joye égale vos desirs.
Si quelque tems je la différe,
C'est pour la rendre plus entiére.
D&ja depuis long-tems veillant sur vos besoins
J'avois fait de Daphnis l'objet de tous mes soins.
De ma faveur un nouveau gage
Doit dans ce jour même à vos yeux
La faire éclater encore mieux,
Et, pour votre bonheur, consommer votre ouvrage.
Mais sçavez-vous combien déja vous me
devés ?
Ah ! vous seule, Pallas, vous seule le sçavés
?
Eh bien, connoissez un mystére
Dont le secret manifesté
Doit vous dire à quel point m'est chére
De ces lieux votre félicité:
Apprenez, pour Daphnis jusqu'où va ma tendresse:
C'est moi qui formai sa jeunesse.
Des rares vertus de Daphnis
Il ne faut plus être surpris.
Il vous souvient encor de la perte affligeante
Que Daphnis avec vous fit en perdant Cléanthe.
Dpahnis à peine alors connoissoit son malheur.
Que le vôtre fut grand ! qu'il toucha votre coeur
!
Mais peu de tems après cesserent vos allarmes,
Et vous essuïates vos larmes
PAr l'espoir dont bientôt se flattèrent vos
voeux.
Vous vîtes de Cléanthe un tendre & digne
Frere
A Daphnis tenir lieu de Pere,
Et le former à l'art de faire des Heureux.
De ses soins chaque jour le succés plus rapide
Vous faisoit admirer le sage & l'heureux Guide.
Vous m'admiriés dans lui sans le
sçavoir.
Ah ! nous aurions bien dû nous en
appercevoir.
Comme autrefois, pour le bonheur d'Ithaque,
Voulant que de mes propres mains
Fût élevé le jeune
Télémaque
J'empruntai des dehors humains:
Ainsi j'ai de Daphnis guidé le premier âge,
Voilant à vos yeux mes bontés
Sous l'air & les traits empruntés
D'un Mortel vertueux & sage.
Mais lui servant moi-même & de guide &
d'appui,
Je parlois par sa bouche, & j'agissois en lui.
Chaque jour il voioit l'objet de sa tendresse
Montrer plus de vertus, montrer plus de talens:
Dans le coeur, généreux & bobles
sentimens;
Dans l'esprit, agrément, solidité,
justesse:
De ses sages leçons tel étoit l'heureux
fruit,
Mais lui-même il étoit divinement instruit.
Daphnis enfin est mon ouvrage;
Jusques dans ses Jeux même, & dans les premiers
Arts
Qui préparent dès le jeune âge
Aux glorieux travaux de Mars,
Ce qu'il faisoit briller de graces, de décence,
De facilité, d'élégance,
Il l'empruntoit de mes regards.
De tous vos dons en lui quelle union charmante !
Au doux plaisir je voiois chaque jour
S'augmenter pour lui votre amour:
Je voiois croître votre attente.
Mes soins s'applaudissoient d'enflammer tous vos voeux.
Qu'il vive, didiés-vous, & nous serons heureux
!
Qu'il vive, & que bientôt au bonheur de sa vie
S'unisse une Epouse accomplie !
Mes soins vous avoient prévenus.
Vous jugés aujourd'hui si j'ai bien sçû
le faire;
Et si le tendre Amour, les Graces, les Vertus
Jamais ont vû serrer des mains de la constance
Les noeuds d'une plus douce & plus belle
alliance.
Pallas, jamais votre faveur
Ne fit plus pour notre bonheur.
Ah ! que tant de bonté nous ravit, nous enchante
!
Mais il est tems enfin de remplit votre attente.
Je ne différe plus: ce moment en Daphnis
Va voir tous mes dons réünis.
Sans mesure en son sein coulera la sagesse
Qui forme les Guides parfaits.
Par ce nouveau trait de ma tendresse
Veut, pour votre bonheur, couronner mes
bienfaits.
Hébé, Minerve, Suite des
Bergers
Hebé: Minerve: Hebé: Minerve: Hebé: Minerve: Hébé: Minerve: Hébé: Minerve: Hébé: Minerve: Hébé: Minerve: Hébé: Minerve:
Quel est donc ce dessein que Minerve médite
?
Eh quoi ! charmante Hebé, quel trouble vous agite
?
C'est de vous, oüi, Pallas, de vous que je me
plains:
Je vous trouve toujours contrainre à mes
desseins.
Déesse, de Minerve avez-vous donc à craindre
?
Quel sujet, je vous prie, avez-vous de vous plaindre
?
Voulez-vous sur Daphnis usurper tous mes droits,
Et n'est-il pas déja trop soumis à vos loix
?
Minerve, pensez-y: des Bergers de son âge
Les soins & le travail ne sont point le partage.
Les Plaisirs & les Jeux qui volent sur mes pas
Doivent, dans les beaux jours, seuls avoir des appas.
Votre saison viendra: c'est maintenant la mienne:
Il est juste, en ses droits que chacun se contienne.
Comme moi déférez à l'ordre des
destins:
Mes Sujets sont à vous au sortir de mes mains.
Mais faut-il arracher Daphnis à la Jeunesse,
Et d&ja le livrer aux soins de la Sagesse ?
Non non, épargnez-lui d'onéreuses faveurs,
Et laissez le joüir en paix de mes douceurs.
J'en fais goûter, Hébé, qui remplacent
les vôtres,
Et déja, croiez-moi, Daphnis en connoît
d'autres.
Non, pour lui mes faveurs n'auront rien
d'onéreux:
Les soins font ses plaisirs, quand ils font des
heureux.
Oüi, faire des heureux est un plaisir sans doute:
Mais en est-ce un aussi que les soins qu'il en coûte
?
Je le vois, sur Daphnis, vous vous abusés fort,
Et vous connoissés peut les Héros dont il
sort.
Vous voulés juger d'eux par les regles vulgaires,
Et les mettre au niveau des Bergers ordinaires.
Hébé, ces mêmes soins, qui vous semblent
si durs,
Font de leurs jeunes ans les plaisirs les plus purs.
Ce que donne l'usage, avec eux semble naître:
Et leurs premiers essais font voir des coups de
maître:
Soit qu'il faille guider par leurs voix les Bergers,
Ou par de prompts secours écarter leurs dangers.
Et qui ne sçait qu'un d'eux, dès son
cinquiéme lustre,
A ses exploits déja devoit un nom illustre
?
Déesse, je le sçais. C'est depuis trop
long-tems
Que vous me dérobés les plus beaux de leurs
ans:
Ce sont-là contre vous mes plaintes ordinaires.
Mais pour m'avoir ravi la jeunesse des Peres
Avez-vous le droit, Pallas, de vouloir dans le Fils
Détruire encor mes dons par vos dons ennemis
?
J'ai pris plaisir, Déesse, au récit de ces
plaintes:
Mais il est tems enfin de dissiper vos craintes.
Mon coeur chérit Daphnis: mais sans être
jaloux,
Et sans craindre, en l'aimant, qu'il soit aimé de
vous.
Non, je ne prétends pas, disputant la victoire,
En rivale orguëilleuse éclipser votre
gloire.
Il peut m'appartenir sans vous être ravi:
Conspirons à l'aimer l'un & l'autre à
l'envi.
Quoi ! vous voulés qu'ensemble on soit jeune &
sage ?
Vous le sçavés, Pallas, ce n'est
point-là l'usage.
J'en conviens. Cependant, Déesse, je le voi,
Daphnis va pour long-tems vous unir avec moi.
Me trompé-je ? A vous rendre, Hébé,
vous êtes prête:
Un peu de crainte encore peut-être vous
arrête.
Puis-je me rassurer ? Et me promettez-vous
Que votre amour du mien ne sera point jaloux ?
Il sera doux pour moi, comptez sur mes promesses,
De vous voir à Daphnis prodiguer vos caresses.
Vos dons même & les miens par l'accord le plus
beau,
Brilleront en Daphnis d'un éclat tout nouveau.
C'est Hébé, dira-t-on, qu'il a cet air
aimable:
C'est de Pallas qu'il tient sa prudence admirable.
Mais c'est par le concert de leurs dons
réünis
Qu'en ravissant les coeurs, il charme les esprits.
Ainsi mêlera-t-on mes loüanges aux
vôtres,
Et les unes toujours rappelleront les autres.
Hébé, que tardons-nous ? aller serrer des
noeuds
Dignes par leur beauté de plaire à toutes
deux.
Venez, & que Daphnis, qui m'attend dans mon Temple,
De l'accord de nos dons soit un illustre exemple.
Je sens, à votre voix, se calmer mes soucis:
Vous me persuadés, Minerve, & je vous suis.
J'oublie à ce moment mes craintes
inquiétes:
Rassemblons nos faveurs, rendons-les plus parfaites:
Et par leur union allons, dans ce beau jour,
De concert pour Daphnis signaler notre amour.
Vous, Bergers, livrez-vous à la douce
alégresse:
Célébrez un accord où tout vous
interesse.
Daphnis va plus parfait reparoître à vos
yeux:
Le Ciel ne peut vous faire un don plus precieux.

Un
Berger: Le
Choeur: Un
Berger: Le
Choeur: Deux
Bergers: Un des
deux mesmes: L'autre: Ensemble: Le
Second: Le
Premier: Ensemble: Le
Choeur:
Quel bonheur le Ciel nous réserve !
Aujourd'hui pour combler nos voeux
Hébé s'unit avec Minerve,
Chantons, chantons de si beaux noeuds.
Chantons, chantons de si beaux noeuds.
D'une si charmante concorde
C'est Daphnis qui fait le lien:
Le beau, l'heureux jour où s'accorde
Notre bonheur avec le sien.
Chantons, chantons de si beaux noeuds !
Chantons Daphnis qui va nous rendre heureux.
Puisse une union si belle
Durer long-tems !
Que nos voeux ardens
La rendent éternelle !
Charmante Hébé !
Sage Pallas !
Puissiez-vous de Daphnis ne vous séparer pas
!
Pallas, qu'il soit toujours guidé par vos lumieres
?
Hébé, semez long-tems des fleurs sur tous ses
pas.
De nouvelles faveurs augmentez les
premiéres.
Charmante Hébé, Sage Pallas,
Puissiez-vous de Daphnis ne vous séparer
pas.

Mopsus, Thyrsis, Amynte, Damon, &c.
Mopsus: Thyrsis: Mopsus: Thyrsis: Mopsus: Amynte: Mopsus: Damon: Mopsus: Atys: Mopsus: Myrtile: Melibée: Mopsus: Lycas:
Qu'ai-je entendu, Bergers, & quels sont ces concerts
Dont les sons éclatans font retentir les airs
?
Eh quoi ! vous ignorés la charmante nouvelle
!
Je l'ignore, Thyrsis; mais, parlez, quelle est-elle
?
Daphnis est en ces lieux.
Daphnis ! O quel bonheur !
Ne me flattez-vous point d'une trop douce erreur
?
Il n'est rien de plus vrai: Nous l'avons vû
lui-même.
J'envie, heureux Bergers, votre bonheur
extrême.
Il a même daigné converser avec nous,
Et nous favoriser des regards les plus doux.
Malheureux ! que faisois-je alors en nos montagnes ?
Oüi, les plus doux plaisirs que m'offrent nos
campagnes
Me sont moins precieux qu'un coup d'oeil de
Daphnis.
Consolez-vous, Berger, vos voeux seront remplis.
Quoi ! d'un si doux espoir je puis flatter mon ame !
Ah ! que vous irrités le desir qui m'enflamme
!
Oüi, Daphnis va bientôt reparoître en ces
lieux,
Et sa vûë à loisir pourra charmer vos
yeux.
Mais apprenez, Mopsus, jusqu'où va notre joye;
Connoissez les faveurs que le Ciel nous envoye.
C'est Minerve elle-même avec Hébé
d'accord,
Qui par un tendre amour veillant sur notre sort,
A pris soin de Daphnis, veut ici le conduire,
Et doit de nos hameaux lui confier l'empire.
C'est un jour, je le vois, c'est lui que
m'annonçoient
Cent présages heureux dont mes sens
s'étonnoient.
Je vois pourquoi dans nos bocages
Ce matin les Oiseaux, de mille chants divers
Remplissant à l'envi les airs,
Charmoient les lieux voisins par les plus doux ramages.
Ah ! que d'un si beau jour, qu'il nous montroit de loin,
Le sage Hylas n'est-il témoin !
Ses ravissans accords étoient autant d'augures,
Et ses prédictions ont toujours été
sûres.
"Bergers, nous disoit-il, ô trop heureux Bergers
!
"Que pour l'avenir offre à mes yeux de charmes !
"Que je vois pour long-tems fuir d'ici les dangers,
"Et nos hameux exempts d'allarmes !
"Sous un jeune Berger, dans la fuite des ans,
"Vous deviendrés heureux, & le serés
long-tems.
"Non que le doux sort de ma vie
"Ne vous inspire point d'envie.
"Sous des Pasteurs chéris des Cieux,
"Il est vrai, j'ai coulé des jours delicieux.
"Cent fois j'ai béni la lumiere
"Qui sous eux éclaira mon heureuse carriere.
"Comment a-t-elle fuit d'un si rapide cours ?
"Que sous nos humbles toits nous passions d'heureux jours
!
"Mais des destins non moins propéres,
"Bergers, déja vous sont promis:
"Ce siécle fortuné que nous firent les
Peres,
"Renaîtra pour vous sous le Fils:
"Comme eux, il portera le beau nom de Daphnis.
"Oüi, je le vois paroître, & les Parques
d'avance
"S'empressent à filer vos jours du plus bel or:
"Près de lui je vois l'Abondance
"Epuiser pour nous son trésor.
"Je vois les flots de lait inonder vos campagnes,
"Les ruisseaux de nectar couler de vos montagnes:
"Je vois l'Alégresse en tous lieux
"Entraîner sur ses pas & les Ris & les
Jeux."
Eh bien ! ces jours qu'Hylas aimoit à
prédire,
Ces heureux jours, Bergers, commencent donc à
luire:
Et moi-même, ô bonheur ! je pourrai voir Daphnis
!
Nous allons le revoir. Minerve l'a promis.
N'est-ce point son retour que l'on vient nous apprendre
?
Corydon, Menalque, Mopsus, Thyrsis, Amynte, Damon,
&c.
Corydon: Thyrsis: Menalque: Corydon: Thyrsis: Sylvandre: Menalque: Corydon: Mopsus: [Symphonie] Atys: Thyrsis:
A nos désirs enfin Daphnis daigne se rendre.
Voyez, il en est tems, ce qu'à le recevoir
Peut apporter de soins le plus juste devoir.
Il se rend à nos voeux ! ô l'heureuse nouvelle
!
Mais, Thyrsis, c'est à vous de servir notre
zéle.
Pour bien loüer Daphnis il nous faut ces beaux
airs,
Qui vous font écouter du Dieu même des
Vers.
Loüer Daphnis n'est pas le moïen de lui
plaire:
Et ce seroit tenter un destin
téméraire.
Qui de nous peut former sur ses frêles pipeaux,
Pour un goût aussi fin, des accords assez beaux ?
Par prudence du moins respectons des oreilles,
Qui des Muses sans cesse entendent les
merveilles.
J'adopte votre avis. La naïve candeur
Qui lui peindra sans art nos voeux & notre ardeur,
Seule doit à ses yeux faire notre mérite.
Le coeur parle assez bien, lorsque l'amour
l'excite.
Oüi, dût-on m'accuser d'un imprudent
excès,
Attiré vers Daphnis par les charmes secrets
Qu'emprunte sa bonté des graces de son âge,
J'oserai de mon coeur lui parler le langage.
Vainement dirons-nous tout ce que nous pourrons:
Nous n'exprimerons pas tout ce que nous sentons.
N'importe: nos effortrs prouveront notre zéle.
Pallas les aidera: reposons-nous sur elle.
Qu'entends-je ? O doux ravissement !
Enfin voici l'heureux moment.
Minerve, Hébé, le Genie d'Oenotrie,
Daphnis,
Corydon, Menalque, Mopsus, Thyrsis, Amynte, Damon,
&c.
Minerve: Hébé: Le
Genie: Minerve: Daphnis: Atys: [Simphonie] Le Genie,
présentant une houlette à Minerve: Minerve,
donnant la houlette à Daphnis: Daphnis,
recevant la houlette: Damon: [Symphonie] Minerve: Thyrsis: Daphnis: Le
Genie:
Voïez votre ardeur satisfaite,
Bergers, Daphnis se rend à vos empressemens:
Vos voeux l'ont desiré long-tems:
Que la joïe en vos coeurs n'en soit que plus
complette.
Pour réhausser l'éclat de ses perfections
Je viens d'enchérir sur moi-même:
Et dans lui mon amour extrême
M'a fait épuiser tous mes dons.
Et moi pour fruit de l'alliance
Qui m'unit à Pallas par des liens si beaux,
Je veux par des attraits qui soient toujours nouveaux,
De ses dons en Daphnis relever l'excellence.
Déesses, mes Bergers trouvent dans vos faveurs
De vos aimables soins le plus precieux gage.
Agrées, par ma voix que s'expliquent leurs
coeurs:
Si leur sort les ravit, ils vous en font hommage.
Vos bontés pour Daphnis sont des bienfaits pour
eux:
En le rendant parfait, vous les rendés
heureux.
Oüi, que de leur bonheur & de notre tendresse
Ils reçoivent enfin le garant de nos mains.
Pour répondre, Daphnis, au desir qui les presse,
Vous-mêmes assûrez-les de leurs heureux
destins.
J'attends, sage Pallas, de vos bontés propices,
Pour guider ces Bergers, les secours assurés:
Et je consens sous vos auspices
A leur donner les loix que vous me
dicterés.
Rien ne manque au bonheur que le Ciel nous envoye:
Eclatez doux concerts, & marquez notre joie.
De votre main, Pallas, Daphnis doit recevoir
Ce symbole de son pouvoir.
A ce signe de votre empire
Sur les Troupeaux & les Bergers,
Je joins le don de les conduire,
Et d'écarter d'eux les dangers.
Je tiendrai la houlette: en bien régler l'usage,
Pallas, ce sera votre ouvrage.
Eclatez, éclatez concerts
A nos joïeux trnasports, prêtez vos plus beaux
airs.
Daphnis est votre chef: il est digne de l'être:
Que vos respects, Bergers, égalent ses vertus:
Par les honneurs qui lui sont dûs
Commencez à le reconnoître.
Ce qu'ne secret le coeur dicte à chacun de vous,
Qu'un seul l'exprime au nom de tous.
Daphnis, en daignant nous conduire,
Qu'aujourd'huy vous faites d'heureux !
Vovre sous votre aimable empire
Etoit l'onjet de tous nos voeux.
Nous voïons moins dans notre hommage
Notre devoir qu'un doux plaisir:
Vous obeir est l'avantage
Qu'anticipoit notre desir.
Ma tendresse, Bergers, de votre zéle
extrême
Meritera la vive ardeur.
Puissiez-vous dans mes soins trouver votre bonheur !
Si je vous rends heureux, je le serai
moi-même.
Bergers, mes desseins sont remplis:
Voilà dans ce moment tous vos voeux accomplis.
Donnez à vos transports une libre
carriére:
Vos chants n'auront jamais de plus digne
matiére.

Le Choeur
de Bergers: Les memes,
tour à tour: Cette
félicité charmante, Qu'il
vive, & que la Nymphe aimable Que
bientôt Daphnis, heureux Pere, Vous, dont
se servit la Sagesse Bergers,
qu'ici tout nous rapelle
Sur nos hautbois, sur nos musettes,
Chantons à l'envi ce beau jour,
Et puissions-nous long-tems dans ces douces retraites
Célébrer son heurex retour.
Sur nos hautbois, sur nos musettes,
Chantons à l'envi ce beau jour.
Doux plaisirs, que ramene Flore
Quand renaît le temms de ses fleurs,
Valez-vous ceux que dans nos coeurs
Daphnis en ce jour fait éclore ?
Qu'il vive l'objet de nos voeux,
Le Berger qui nous rend heureux !
Dieux, est le fruit de vos bienfaits:
Mettez le comble a nos souhaits:
Que votre faveur soit constante:
Qu'il vive l'objet de nos voeux,
Le Berger qui nous rend heureux !
Qui fait la douceur de ses jours,
Nous rende encor plus beau le cours
D'un bonheur parfait & durable:
Qu'ils vivent les heureux Epoux,
Pour remplir nos voeux les plus doux.
Se complaise en un digne Fils,
Dans qui se trouvent réünis
Les touchans attraits de sa Mere:
Qu'ils vivent les heureux Epoux,
Pour remplir nos voeux les plus doux. !
Pour serrer des noeuds si charmans,
De votre amour sentez long-tems
S'applaudir en eux la tendresse.
Qu'ils vivent les heureux Epoux,
Pour remplir nos voeux les plus doux ?
Le souvenir d'un jour sibeau jour.
Qu'à tous les Echos d'alentour
Redise sans fin notre zéle:
Qu'il vivent les heureux Epoux !
De nos voeux, ce sont les plus doux.

PRINCE,
excusez notre indiscrete Muse:
De vos bontés trop long-tems elle abuse.
Daignez encor la souffrir un instant.
L'objet pourra vous paroître important.
Tous nos Bergers dans leur séjour champêtre
Sont enchantés d'avoir DAPHNIS pour Maître.
Dans leurs chansons, leurs fêtes, & leurs ris,
L'air retentit du beau nom de DAPHNIS.
Dans tous les coeurs l'Alégresse est
entiére;
Tout la ressent, la marque à sa maniére:
Et la gaîté qui regne en nos hameaux,
Semble passer des Bergers aux troupeaux.
On a beau faire: il faut, sans qu'on les mene,
Les laisser seuls s'ébattre dans la plaine.
On les voit donc, folâtres & légers,
Libres de crainte, & loin d eleurs Bergers,
Courir, sauter, bondir dans les prairies,
Sans mettre fin à leurs douces folies.
D'un sort si beau, PRINCE, au milieu de nous
J'en connois maints, qui sont un peu jaloux:
Tendres moutons, qu'une crainte inquiéte
Fait à regret rester sous la houlette.
De votre coeur écoutez la bonté,
Donnez-leur, PRINCE, un peu de liberté,
Vous les verrés pleins de reconnoissance
Aller chantant votre magnificence.
Ils diront tous, en troupe réünies,
Vive CONDÉ: vive notre DAPHNIS.