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L'Union d'Hébé avec Minerve,
ou
Le Jeune Daphnis, Chef des Bergers d'Oenotrie
Pastorale héroïque avec des intermedes en Musique
qui sera représentée
par les Écoliers du Collége de Dijon

le 20. Août 1754

en présence de son Altesse Serenissime,
Monseigneur le PRINCE DE CONDÉ,
Gouverneur de Bourgogne,
tenant pour la premiére fois les États de la Province

les personnages de la Pastorale:

Minerve, Déesse de la Sagesse
Hebé, Déesse de la Jeunesse
Le Genie d'Oenotrie
Daphnis, Fils des Chefs de l'Oenotrie

Les Bergs d'Oenotrie:
Thyrsis
Atys
Damon
Amynte
Mopsus
Melibée
Myrtile
Lycas
Sylvandre
Menalque
Corydon

La Scene est dans un Vallon d'Oenotrie prés d'un Temple de Minerve


La Musique est de la composition de Mr Jolivet, Architecte des Etats de Bourgogne;
& l'excécution en a été conduite par le Sieur Chauvereiche, Musicien de la Ste Chapelle du Roi

PROLOGUE

Le Prologue est dit par Claude-Denis Rigoley

BOURBON, que votre vûë enchante nos regards !
Qu'elle inspire à nos coeurs de respect, de tendresse !
Grand Prince ! sur vos pas volent de toutes parts
Les Ris, les Jeux, & l'Alégresse.
Votre augustre présence enorgueillit ces lieux
Déja fiers d'avoir vû tant de fois vos Ayeux:
Elle y répand l'éclat de portaient avec elles
Les sublimes Vertus de ces rares modeles,
Dont la bonté, bien mieux que leurs plus grands exploits,
Annonçoit des Héros du beau Sang de nos Rois.
Ah ! que n'est-il permis à la timide Enfance
D'écouter un noble transport.

Ouï, Prince, si votre indulgence
Pouvoit nous pardonner un téméraire effort;
Pour vous peindre tel que vous êtes,
Nous oserions être Poëtes.
Un spectacle frappant s'offriroit dans nos vers.
De la Divinité portant l'auguste empreinte,
Vous montrer sur son char aux yeux de l'Univers !
CONDE, vous seriés peint près de cette Immortelle,
Déposant à ses pieds le faste, la grandeur,
Et préferant ne nom de son sujet fidèle
Au titre ébloüissant de Héros, de Vainqueur.
On vous verroit, épris de l'ardeur la plus pure,
Au faîte des honneurs, dans l'âge florissant,
De mille dons qu'en vous réünit la nature,
Eriger à sa gloire un trophée éclatant.
Elle, de vos vertus composant son cortege,
Triomphante aux yeux des Mortels,
A l'Impiété sacrilege
Diroit: vien, confond-toi, respecte mes autels,
Mais d'un si grand tableau l'entreprise hardie,
PRINCE, nous le sentons, demande d'autres mains:
Et votre austere modestie,
Si nous l'osions tenter, combattroit nos desseins.
Daignés au moins souffrir que sous une autre image
Se montrent à vos yeux nos secrets sentimens:
Et que d'heureux Bergers nous pr^tent leur langage
Pour peindre notre ardeur dans leurs empressemens.
Aux vertus de Daphnis quand ils rendront hommage,
S'ils blessoient, sans l'avoir voulu,
Une délicatesse extrême:
Daignés leur pardonner: comment auroient-ils pû
Rendre justice à la Vertu,
CONDE, sans vous loüer vous-même.

ACTE PREMIER

Scene premiere
Thyrsis, Amynte, Damon, Atys

Atys:
Eprouvez-vous, Thyrsis, ce que je sens moi-même ?
Je ne sçais; un aimable, un tendre sentiment,
Me fait trouver ce jour charmant:
Je goûte, à voir ces lieux, une douceur extrême:
Tout m'y cause un plaisir nouveau.
Ce côteau, ces bosquets, ce temple, ces prairies,
Ce vallon, ces rives fleuries
Qu'avec mille détour arrose ce ruisseau,
Tout me rend ce séjour plus riant & plus beau.
Tout me flatte, & semble me dire:
C'est ici l'heureux jour que votre coeur desire.

Thyrsis:
Suivez, Atys, suivez de si doux mouvemens,
Des célestes faveurs secrets pressentimens.
Non, Bergers, l'heureuse Oenotrie
Jamais ne fut des Dieux plus tendrement chérie.
Et bientôt au milieu de nous
Leur attentive bienveillance
Va fixer avec l'abondance,
Les plaisirs les plus purs, le repos le plus doux.

Amynte:
Pensez qu'il n'est qu'un bien dont l'attente flatteuse
Excite nos voeux, nos ardeurs:
Et gardez-vous, Thyrsis, de séduire nos coeurs
Par une illusion trompeuse.

Damon:
Oüi, parlez-nous du jeune & vertueux Berger,
Dont le nom respecté, chéri dans nos campagnes,
Réveille si souvent l'Echo de ces montagnes:
Dites que sous ses loix ce jour doit nous ranger:
Que pour lui confier plutôt nos destinées
Les Dieux ont par leurs dons prevenus ses années:
Alors, Thyrsis, alors je conçois des plaisirs,
Qui répondent à nos desirs.

Atys:
MAis si vous nous flattés de quelqu'autre esperance,
Connoissez-vous l'objet dont nous sommes épris ?
Nos voeux & notre impatience
Ne veulent pas moins de Daphnis.

Thyrsis:
Bergers, votre ame satisfaite
Peut se promettre enfin le bien qu'elle souhaite/

Atys:
Que dites-vous ? ô joye !

Amynte:
O plaisir ?

Damon:
O bonheur !

Amynte:
Mais quel est garant d'un espoir si flatteur ?

Thyrsis:
Le Dieu dont l'Oenotrie adore la puissance
S'empresse à seconder nos voeux.
De nos coeurs à Daphnis il peint l'impatience,
Et l'invite à nous rendre heureux.
Ce jour même doit nous apprendre
De ses soins bienfaisans le succés espéré.
Ce qu'avec tant d'ardeur nous l'avons desiré,
Bergers, osons enfin l'attendre.

Damon:
Puissions-nous en ce jour voir nos voeux accomplis !

Atys:
Ah ! puisse le Dieu qui nous aime
Nous rendre aussi chers à Daphnis,
Que Daphnis nous est cher lui-même !

Thyrsis:
Mais le Dieu vient nous voir. O quel bonheur extrême !


Scene 2
Le Génie d'Oenotrie, Daphnis,
Suite de Bergers & de Bergeres

Le Génie:
Bergers, qui m'êtes chers, joüissez du bonheur
Dont le juste désir enflammoit votre coeur:
Voyez Daphnis: voyez l'objet de votre attente.
Il connoît de vos coeurs l'ardeur impatiente:
Et c'est pour l'engager à remplir vos desirs,
Que je le rends ici témoin de vos soupirs.

Thyrsis:
Vous connoissés , ô Dieu, notre desir extrême:
Qu'en nous guidant, Daphnis nous prouve qu'il nous aime

Daphnis:
Bergers, Je me croirois heureux
De répondre à votre esperance:
Mais je dois craindre dans vos voeux
Une trop prompte impatience.

Corydon:
En différant notre bonheur
Craingez, craignez plûtôt d'accabler nos coeurs.

Le Génie:
N'écoutez point , Daphnis, une vertu trop sage,
Qui vous conseilleroit d'inutiles délais:
Des hommes & des Dieux quand on a le suffrage,
La modestie alors doit passer pour excés.
Vous sçavés, de ces lieux quelle est la juste attente.
Déja depuis long-temps vous leur fûtes promis:
Quand un coup trop fatal leur enleva Cléanthe,
Pan, pour les consoler, leur destiné Daphnis.
De ce Dieu des Bergers la sage prévoiance
Connoissoit bien les mains qui doivent vous former:
Et dés-lors il conçut la solide espérance,
Que par l'événement il voit se confirmer.
Aujourd'huy de son choix approuvant la sagesse,
Charmé de vos vertus qui préviennent les ans,
Du bonheur de ces lieux, fidéle à sa promesse,
Il veut qu'aucun délai ne retarde le tems.
De cet aimable Dieu que mes Bergers honorent,
La bonté, qu'à l'envi tous ses Sujets adorent,
Eclate tous les jours de plus prés à vos yeux.
Le plus precieux don que lui-même ait pû faire,
Celui de son amour, celui de sa faveur,
Il vous l'a fait, Daphnis, même jusqu'à se plaire
A vous voir dans son ame épancher votre coeur.
Qui connoît mieux que vous sa prudence divine ?
Sans doute, du mérite il est Juge éclairé:
Croyez donc mériter le rang qu'il vous destine:
Son choix en est pour vous un garant assûré.
Enfin de mes Bergers voyez l'impatience:
Vous pouvés d'un seul mot les rendre tous heureux:
Vous refuseriez-vous à leur juste espérance ?

Ménalque:
Oüi, prononcez, Daphnis, & vous comblés nos voeux.

Daphnis:
Appui de ces Bergers, & leur Dieu Tutelaire,
Croyez qu'ils sont chers à mon coeur.
J'écoute votre voix, à leurs voeux je défére,
Si je puis faire leur bonheur.
Mais, Bergers, c'est un art que Pallas ne réserve
Qu'aux plus chers de ses favoris.
Quand je verrai vos voeux approuvés de Minerve,
Vous sçaurés si je vous chéris.

Le Génie:
Consultez, j'y consens, consultez le Déesse:
Dans le Temple voisin elle dicte ses loix.
Mes Bergers lui sont chers: & dolcile à sa voix
Bientôt vous vous rendrés au désir qui les presse.


Scene 3
Le Génie d'Oenotrie,
Suite de Bergers & de Bergeres

Le Génie:
Eh bien, vous l'avés vû, Bergers, le digne Fils
De ces Chefs tendrement chéris,
Dont si long-tems l'aimable empire
Fit le bonheur de vos hameaux.
Il est né du sang des Héros,
Son air seul a pû vous le dire.

Atys:
A l'aimable douceur, au feu de ses regards
Où respirent ensemble & les graces & Mars,
A ses charmes dont le tendresse
S'allie avec tant de noblesse,
A ses traits enfin, à son port,
Qui ne l'eût reconnu d'abord ?

Le Génie:
Les transports de votre ame émüe,
Que je lis dans vos yeux enchantés & ravis,
Me témoignent assez qu'à sa premiere vüe
Vos coeurs vous ont dit: c'est Daphnis.

Damon:
Quel autre en nos coeurs eût fait naître
Des plaisirs si doux, si charmans ?
A de si tendre sentimens
Aurions-nous pû le méconnoître ?

Le Génie:
Ce qui surprend en lui vos regards enchantés
N'est toutefois, Bergers, qu'une imparfaite image
Des dons plus précieux, des rares qualités
Dont le Ciel mit en lui le plus bel assembalge.
Si son coeur à vos yeux étaloit ses trésors,
A quel excés iroit l'ardeur qui vous enflamme !
Les graces, diriés-vous, ont fait un si beaux corps,
Les Vertus une si belle ame.
Et les plus doux attraits que l'un déploie aux yeux,
Sont des beautés de l'autre une foible peinture:
Ainsi dans le crystal d'une onde calme & pure
Se trace foiblement l'astre qui règne aux Cieux.
Oüi, sans appréhender de n'être point sincéres,
Vous peindriés Daphnis des traits les plus charmans:
Vous diriés pour marquer vos justes sentimens:
Daphnis fait revivre ses Peres.
Bergers, vous diriés vrai: pour connoître son coeur,
Il faut en juger le leur.

Thyrsis:
Il a donc la douceur affable
De ces Mortels tendrement révérés:
Il a donc la candeur aimable
De ces Bergers parmi nous adorés.

Le Génie:
Il a ce beau penchant à répandre les graces,
Qui par tout semoit sur leurs traces
Mille faveurs, mille bienfaits:
Cette tendresse prévenante,
Et cette pensée prévoiante
Qui les faisoit voler au devant des souhaits.

Damon:
Qu'avec plaisirs encor e on en cite les traits !

Amynte:
Connoissoinet-ils quelque misére
Qu'ils n'eussent voulu soulager ?

Atys:
En leur montrant du bien à faire
On paroissoit les obliger.

Melibée:
Un refus même nécessaire
Avoit de quoi les affliger.

Le Génie:
Si dans l'ame vous pouviés lire,
Vous feriés de Daphnis un semblable portrait.

Myrtile:
Ah ! qu'il daigne donc nous conduire,
Ou qu'il ne soit pas si parfait !

Le Génie:
De Minerve pour vous la tendre bienveillance,
Bergers, peut vous donner une juste espérance.
Je vais moi-même encor, touché de vos besoins,
Au succés de vos voeux donner de nouveaux soins.
Peut-être à vos desirs Hébé seroit contraire:
Mais s'il faut la calmer, Pallas le sçaura faire.
Seulement, de Minerve implorez la faveur:
C'est d'elle qu'en ce jour dépend votre bonheur.

Thyrsis:
Dieu, prêtez-nous toujours votre aimable assistance,
Et rien n'égalera notre reconnoissance.

PREMIER INTERMEDE

Le Choeur des Bergers:
Venez, Pallas, venez seconder nos desirs:
Venez, rendez Daphnis sensible à nos soupirs.

Un Berger:
Autant qu'une riante Aurore
Qui nous promet le plus beau jour,
Dans nos Campagnes fait éclore
De Ris, de Jeux par son retour:
Autant Daphnis sous son empire
Nous promet de charmans plaisirs:
Espérons, s'il veut nous conduire,
De goûter les plus doux loisirs.

Le Choeur:
Venez, Pallas, &c.

Un Berger:
D'une Nymphe aimable
Les nobles attraits
Ont porté les traits
D'un amour durable
Au coeur de Daphnis:
Il se sent épris
Des Vertus, des Graces
Qui suivent ses traces.
La Nymphe à son tour
Que Daphnis enflamme,
Répond à sa flamme
Par un doux retour.
Qu'ainsi puisse plaire
Notre ardeur sincére
Au jeune Daphnis,
Comme il fait lui-même
Le plaisir extrême
De nos coeurs ravis.

Le Choeur:
Venez, Pallas, &c.

Un Berger:
Hébé sur notre bonheur
Prendroit-elle des allarmes ?
Faites-la céder aux charmes
De votre aimable douceur.
Minerve, assurez votre gloire,
Donnez-nous Daphnis aujourd'ui,
Et par une double victoire
Triomphez & d'elle & de lui.

Le Choeur:
Assurez votre gloire, &c.

Un Berger:
Que sens-je, & dans mon coeur soudain quelle alégresse ?
Sommes-nous exaucés ? oüi, voici la Déesse.

ACTE SECOND

Scene premiere
Minerve, Suite des Bergers

Minerve:
Bergers, espérez tout: je seconde vos voeux.

Thyrsis:
O divine Pallas, vous nous rendés heureux !

Minerve:
A ma voix se montrant docile
Daphnis se dispose à céder:
A vos empressemens ilest prê d'accorder,
Par mes soins, un aveu facile.
Ce jour en doux transports va changer vos soupirs:
Que votre joye égale vos desirs.
Si quelque tems je la différe,
C'est pour la rendre plus entiére.
D&ja depuis long-tems veillant sur vos besoins
J'avois fait de Daphnis l'objet de tous mes soins.
De ma faveur un nouveau gage
Doit dans ce jour même à vos yeux
La faire éclater encore mieux,
Et, pour votre bonheur, consommer votre ouvrage.
Mais sçavez-vous combien déja vous me devés ?

Lycas:
Ah ! vous seule, Pallas, vous seule le sçavés ?

Minerve:
Eh bien, connoissez un mystére
Dont le secret manifesté
Doit vous dire à quel point m'est chére
De ces lieux votre félicité:
Apprenez, pour Daphnis jusqu'où va ma tendresse:
C'est moi qui formai sa jeunesse.

Sylvandre:
Des rares vertus de Daphnis
Il ne faut plus être surpris.

Minerve:
Il vous souvient encor de la perte affligeante
Que Daphnis avec vous fit en perdant Cléanthe.
Dpahnis à peine alors connoissoit son malheur.
Que le vôtre fut grand ! qu'il toucha votre coeur !
Mais peu de tems après cesserent vos allarmes,
Et vous essuïates vos larmes
PAr l'espoir dont bientôt se flattèrent vos voeux.
Vous vîtes de Cléanthe un tendre & digne Frere
A Daphnis tenir lieu de Pere,
Et le former à l'art de faire des Heureux.
De ses soins chaque jour le succés plus rapide
Vous faisoit admirer le sage & l'heureux Guide.
Vous m'admiriés dans lui sans le sçavoir.

Amynte:
Ah ! nous aurions bien dû nous en appercevoir.

Minerve:
Comme autrefois, pour le bonheur d'Ithaque,
Voulant que de mes propres mains
Fût élevé le jeune Télémaque
J'empruntai des dehors humains:
Ainsi j'ai de Daphnis guidé le premier âge,
Voilant à vos yeux mes bontés
Sous l'air & les traits empruntés
D'un Mortel vertueux & sage.
Mais lui servant moi-même & de guide & d'appui,
Je parlois par sa bouche, & j'agissois en lui.
Chaque jour il voioit l'objet de sa tendresse
Montrer plus de vertus, montrer plus de talens:
Dans le coeur, généreux & bobles sentimens;
Dans l'esprit, agrément, solidité, justesse:
De ses sages leçons tel étoit l'heureux fruit,
Mais lui-même il étoit divinement instruit.
Daphnis enfin est mon ouvrage;
Jusques dans ses Jeux même, & dans les premiers Arts
Qui préparent dès le jeune âge
Aux glorieux travaux de Mars,
Ce qu'il faisoit briller de graces, de décence,
De facilité, d'élégance,
Il l'empruntoit de mes regards.

Sylvandre:
De tous vos dons en lui quelle union charmante !

Minerve:
Au doux plaisir je voiois chaque jour
S'augmenter pour lui votre amour:
Je voiois croître votre attente.
Mes soins s'applaudissoient d'enflammer tous vos voeux.
Qu'il vive, didiés-vous, & nous serons heureux !
Qu'il vive, & que bientôt au bonheur de sa vie
S'unisse une Epouse accomplie !
Mes soins vous avoient prévenus.
Vous jugés aujourd'hui si j'ai bien sçû le faire;
Et si le tendre Amour, les Graces, les Vertus
Jamais ont vû serrer des mains de la constance
Les noeuds d'une plus douce & plus belle alliance.

Lycas:
Pallas, jamais votre faveur
Ne fit plus pour notre bonheur.

Damon:
Ah ! que tant de bonté nous ravit, nous enchante !

Minerve:
Mais il est tems enfin de remplit votre attente.
Je ne différe plus: ce moment en Daphnis
Va voir tous mes dons réünis.
Sans mesure en son sein coulera la sagesse
Qui forme les Guides parfaits.
Par ce nouveau trait de ma tendresse
Veut, pour votre bonheur, couronner mes bienfaits.


Scene 2
Hébé, Minerve, Suite des Bergers

Hebé:
Quel est donc ce dessein que Minerve médite ?

Minerve:
Eh quoi ! charmante Hebé, quel trouble vous agite ?

Hebé:
C'est de vous, oüi, Pallas, de vous que je me plains:
Je vous trouve toujours contrainre à mes desseins.

Minerve:
Déesse, de Minerve avez-vous donc à craindre ?
Quel sujet, je vous prie, avez-vous de vous plaindre ?

Hebé:
Voulez-vous sur Daphnis usurper tous mes droits,
Et n'est-il pas déja trop soumis à vos loix ?
Minerve, pensez-y: des Bergers de son âge
Les soins & le travail ne sont point le partage.
Les Plaisirs & les Jeux qui volent sur mes pas
Doivent, dans les beaux jours, seuls avoir des appas.
Votre saison viendra: c'est maintenant la mienne:
Il est juste, en ses droits que chacun se contienne.
Comme moi déférez à l'ordre des destins:
Mes Sujets sont à vous au sortir de mes mains.
Mais faut-il arracher Daphnis à la Jeunesse,
Et d&ja le livrer aux soins de la Sagesse ?
Non non, épargnez-lui d'onéreuses faveurs,
Et laissez le joüir en paix de mes douceurs.

Minerve:
J'en fais goûter, Hébé, qui remplacent les vôtres,
Et déja, croiez-moi, Daphnis en connoît d'autres.
Non, pour lui mes faveurs n'auront rien d'onéreux:
Les soins font ses plaisirs, quand ils font des heureux.

Hébé:
Oüi, faire des heureux est un plaisir sans doute:
Mais en est-ce un aussi que les soins qu'il en coûte ?

Minerve:
Je le vois, sur Daphnis, vous vous abusés fort,
Et vous connoissés peut les Héros dont il sort.
Vous voulés juger d'eux par les regles vulgaires,
Et les mettre au niveau des Bergers ordinaires.
Hébé, ces mêmes soins, qui vous semblent si durs,
Font de leurs jeunes ans les plaisirs les plus purs.
Ce que donne l'usage, avec eux semble naître:
Et leurs premiers essais font voir des coups de maître:
Soit qu'il faille guider par leurs voix les Bergers,
Ou par de prompts secours écarter leurs dangers.
Et qui ne sçait qu'un d'eux, dès son cinquiéme lustre,
A ses exploits déja devoit un nom illustre ?

Hébé:
Déesse, je le sçais. C'est depuis trop long-tems
Que vous me dérobés les plus beaux de leurs ans:
Ce sont-là contre vous mes plaintes ordinaires.
Mais pour m'avoir ravi la jeunesse des Peres
Avez-vous le droit, Pallas, de vouloir dans le Fils
Détruire encor mes dons par vos dons ennemis ?

Minerve:
J'ai pris plaisir, Déesse, au récit de ces plaintes:
Mais il est tems enfin de dissiper vos craintes.
Mon coeur chérit Daphnis: mais sans être jaloux,
Et sans craindre, en l'aimant, qu'il soit aimé de vous.
Non, je ne prétends pas, disputant la victoire,
En rivale orguëilleuse éclipser votre gloire.
Il peut m'appartenir sans vous être ravi:
Conspirons à l'aimer l'un & l'autre à l'envi.

Hébé:
Quoi ! vous voulés qu'ensemble on soit jeune & sage ?
Vous le sçavés, Pallas, ce n'est point-là l'usage.

Minerve:
J'en conviens. Cependant, Déesse, je le voi,
Daphnis va pour long-tems vous unir avec moi.
Me trompé-je ? A vous rendre, Hébé, vous êtes prête:
Un peu de crainte encore peut-être vous arrête.

Hébé:
Puis-je me rassurer ? Et me promettez-vous
Que votre amour du mien ne sera point jaloux ?

Minerve:
Il sera doux pour moi, comptez sur mes promesses,
De vous voir à Daphnis prodiguer vos caresses.
Vos dons même & les miens par l'accord le plus beau,
Brilleront en Daphnis d'un éclat tout nouveau.
C'est Hébé, dira-t-on, qu'il a cet air aimable:
C'est de Pallas qu'il tient sa prudence admirable.
Mais c'est par le concert de leurs dons réünis
Qu'en ravissant les coeurs, il charme les esprits.
Ainsi mêlera-t-on mes loüanges aux vôtres,
Et les unes toujours rappelleront les autres.
Hébé, que tardons-nous ? aller serrer des noeuds
Dignes par leur beauté de plaire à toutes deux.
Venez, & que Daphnis, qui m'attend dans mon Temple,
De l'accord de nos dons soit un illustre exemple.

Hébé:
Je sens, à votre voix, se calmer mes soucis:
Vous me persuadés, Minerve, & je vous suis.
J'oublie à ce moment mes craintes inquiétes:
Rassemblons nos faveurs, rendons-les plus parfaites:
Et par leur union allons, dans ce beau jour,
De concert pour Daphnis signaler notre amour.

Minerve:
Vous, Bergers, livrez-vous à la douce alégresse:
Célébrez un accord où tout vous interesse.
Daphnis va plus parfait reparoître à vos yeux:
Le Ciel ne peut vous faire un don plus precieux.

SECOND INTERMEDE

Un Berger:
Quel bonheur le Ciel nous réserve !
Aujourd'hui pour combler nos voeux
Hébé s'unit avec Minerve,
Chantons, chantons de si beaux noeuds.

Le Choeur:
Chantons, chantons de si beaux noeuds.

Un Berger:
D'une si charmante concorde
C'est Daphnis qui fait le lien:
Le beau, l'heureux jour où s'accorde
Notre bonheur avec le sien.

Le Choeur:
Chantons, chantons de si beaux noeuds !
Chantons Daphnis qui va nous rendre heureux.

Deux Bergers:
Puisse une union si belle
Durer long-tems !
Que nos voeux ardens
La rendent éternelle !

Un des deux mesmes:
Charmante Hébé !

L'autre:
Sage Pallas !

Ensemble:
Puissiez-vous de Daphnis ne vous séparer pas !

Le Second:
Pallas, qu'il soit toujours guidé par vos lumieres ?

Le Premier:
Hébé, semez long-tems des fleurs sur tous ses pas.

Ensemble:
De nouvelles faveurs augmentez les premiéres.

Le Choeur:
Charmante Hébé, Sage Pallas,
Puissiez-vous de Daphnis ne vous séparer pas.

ACTE TROISIEME

Scene premiere
Mopsus, Thyrsis, Amynte, Damon, &c.

Mopsus:
Qu'ai-je entendu, Bergers, & quels sont ces concerts
Dont les sons éclatans font retentir les airs ?

Thyrsis:
Eh quoi ! vous ignorés la charmante nouvelle !

Mopsus:
Je l'ignore, Thyrsis; mais, parlez, quelle est-elle ?

Thyrsis:
Daphnis est en ces lieux.

Mopsus:
Daphnis ! O quel bonheur !
Ne me flattez-vous point d'une trop douce erreur ?

Amynte:
Il n'est rien de plus vrai: Nous l'avons vû lui-même.

Mopsus:
J'envie, heureux Bergers, votre bonheur extrême.

Damon:
Il a même daigné converser avec nous,
Et nous favoriser des regards les plus doux.

Mopsus:
Malheureux ! que faisois-je alors en nos montagnes ?
Oüi, les plus doux plaisirs que m'offrent nos campagnes
Me sont moins precieux qu'un coup d'oeil de Daphnis.

Atys:
Consolez-vous, Berger, vos voeux seront remplis.

Mopsus:
Quoi ! d'un si doux espoir je puis flatter mon ame !
Ah ! que vous irrités le desir qui m'enflamme !

Myrtile:
Oüi, Daphnis va bientôt reparoître en ces lieux,
Et sa vûë à loisir pourra charmer vos yeux.

Melibée:
Mais apprenez, Mopsus, jusqu'où va notre joye;
Connoissez les faveurs que le Ciel nous envoye.
C'est Minerve elle-même avec Hébé d'accord,
Qui par un tendre amour veillant sur notre sort,
A pris soin de Daphnis, veut ici le conduire,
Et doit de nos hameaux lui confier l'empire.

Mopsus:
C'est un jour, je le vois, c'est lui que m'annonçoient
Cent présages heureux dont mes sens s'étonnoient.
Je vois pourquoi dans nos bocages
Ce matin les Oiseaux, de mille chants divers
Remplissant à l'envi les airs,
Charmoient les lieux voisins par les plus doux ramages.
Ah ! que d'un si beau jour, qu'il nous montroit de loin,
Le sage Hylas n'est-il témoin !
Ses ravissans accords étoient autant d'augures,
Et ses prédictions ont toujours été sûres.
"Bergers, nous disoit-il, ô trop heureux Bergers !
"Que pour l'avenir offre à mes yeux de charmes !
"Que je vois pour long-tems fuir d'ici les dangers,
"Et nos hameux exempts d'allarmes !
"Sous un jeune Berger, dans la fuite des ans,
"Vous deviendrés heureux, & le serés long-tems.
"Non que le doux sort de ma vie
"Ne vous inspire point d'envie.
"Sous des Pasteurs chéris des Cieux,
"Il est vrai, j'ai coulé des jours delicieux.
"Cent fois j'ai béni la lumiere
"Qui sous eux éclaira mon heureuse carriere.
"Comment a-t-elle fuit d'un si rapide cours ?
"Que sous nos humbles toits nous passions d'heureux jours !
"Mais des destins non moins propéres,
"Bergers, déja vous sont promis:
"Ce siécle fortuné que nous firent les Peres,
"Renaîtra pour vous sous le Fils:
"Comme eux, il portera le beau nom de Daphnis.
"Oüi, je le vois paroître, & les Parques d'avance
"S'empressent à filer vos jours du plus bel or:
"Près de lui je vois l'Abondance
"Epuiser pour nous son trésor.
"Je vois les flots de lait inonder vos campagnes,
"Les ruisseaux de nectar couler de vos montagnes:
"Je vois l'Alégresse en tous lieux
"Entraîner sur ses pas & les Ris & les Jeux.
"
Eh bien ! ces jours qu'Hylas aimoit à prédire,
Ces heureux jours, Bergers, commencent donc à luire:
Et moi-même, ô bonheur ! je pourrai voir Daphnis !

Lycas:
Nous allons le revoir. Minerve l'a promis.
N'est-ce point son retour que l'on vient nous apprendre ?


Scene 2
Corydon, Menalque, Mopsus, Thyrsis, Amynte, Damon, &c.

Corydon:
A nos désirs enfin Daphnis daigne se rendre.
Voyez, il en est tems, ce qu'à le recevoir
Peut apporter de soins le plus juste devoir.

Thyrsis:
Il se rend à nos voeux ! ô l'heureuse nouvelle !

Menalque:
Mais, Thyrsis, c'est à vous de servir notre zéle.
Pour bien loüer Daphnis il nous faut ces beaux airs,
Qui vous font écouter du Dieu même des Vers.

Corydon:
Loüer Daphnis n'est pas le moïen de lui plaire:
Et ce seroit tenter un destin téméraire.

Thyrsis:
Qui de nous peut former sur ses frêles pipeaux,
Pour un goût aussi fin, des accords assez beaux ?
Par prudence du moins respectons des oreilles,
Qui des Muses sans cesse entendent les merveilles.

Sylvandre:
J'adopte votre avis. La naïve candeur
Qui lui peindra sans art nos voeux & notre ardeur,
Seule doit à ses yeux faire notre mérite.
Le coeur parle assez bien, lorsque l'amour l'excite.

Menalque:
Oüi, dût-on m'accuser d'un imprudent excès,
Attiré vers Daphnis par les charmes secrets
Qu'emprunte sa bonté des graces de son âge,
J'oserai de mon coeur lui parler le langage.

Corydon:
Vainement dirons-nous tout ce que nous pourrons:
Nous n'exprimerons pas tout ce que nous sentons.

Mopsus:
N'importe: nos effortrs prouveront notre zéle.
Pallas les aidera: reposons-nous sur elle.

[Symphonie]

Atys:
Qu'entends-je ? O doux ravissement !

Thyrsis:
Enfin voici l'heureux moment.


Scene 3
Minerve, Hébé, le Genie d'Oenotrie, Daphnis,
Corydon, Menalque, Mopsus, Thyrsis, Amynte, Damon, &c.

Minerve:
Voïez votre ardeur satisfaite,
Bergers, Daphnis se rend à vos empressemens:
Vos voeux l'ont desiré long-tems:
Que la joïe en vos coeurs n'en soit que plus complette.
Pour réhausser l'éclat de ses perfections
Je viens d'enchérir sur moi-même:
Et dans lui mon amour extrême
M'a fait épuiser tous mes dons.

Hébé:
Et moi pour fruit de l'alliance
Qui m'unit à Pallas par des liens si beaux,
Je veux par des attraits qui soient toujours nouveaux,
De ses dons en Daphnis relever l'excellence.

Le Genie:
Déesses, mes Bergers trouvent dans vos faveurs
De vos aimables soins le plus precieux gage.
Agrées, par ma voix que s'expliquent leurs coeurs:
Si leur sort les ravit, ils vous en font hommage.
Vos bontés pour Daphnis sont des bienfaits pour eux:
En le rendant parfait, vous les rendés heureux.

Minerve:
Oüi, que de leur bonheur & de notre tendresse
Ils reçoivent enfin le garant de nos mains.
Pour répondre, Daphnis, au desir qui les presse,
Vous-mêmes assûrez-les de leurs heureux destins.

Daphnis:
J'attends, sage Pallas, de vos bontés propices,
Pour guider ces Bergers, les secours assurés:
Et je consens sous vos auspices
A leur donner les loix que vous me dicterés.

Atys:
Rien ne manque au bonheur que le Ciel nous envoye:
Eclatez doux concerts, & marquez notre joie.

[Simphonie]

Le Genie, présentant une houlette à Minerve:
De votre main, Pallas, Daphnis doit recevoir
Ce symbole de son pouvoir.

Minerve, donnant la houlette à Daphnis:
A ce signe de votre empire
Sur les Troupeaux & les Bergers,
Je joins le don de les conduire,
Et d'écarter d'eux les dangers.

Daphnis, recevant la houlette:
Je tiendrai la houlette: en bien régler l'usage,
Pallas, ce sera votre ouvrage.

Damon:
Eclatez, éclatez concerts
A nos joïeux trnasports, prêtez vos plus beaux airs.

[Symphonie]

Minerve:
Daphnis est votre chef: il est digne de l'être:
Que vos respects, Bergers, égalent ses vertus:
Par les honneurs qui lui sont dûs
Commencez à le reconnoître.
Ce qu'ne secret le coeur dicte à chacun de vous,
Qu'un seul l'exprime au nom de tous.

Thyrsis:
Daphnis, en daignant nous conduire,
Qu'aujourd'huy vous faites d'heureux !
Vovre sous votre aimable empire
Etoit l'onjet de tous nos voeux.
Nous voïons moins dans notre hommage
Notre devoir qu'un doux plaisir:
Vous obeir est l'avantage
Qu'anticipoit notre desir.

Daphnis:
Ma tendresse, Bergers, de votre zéle extrême
Meritera la vive ardeur.
Puissiez-vous dans mes soins trouver votre bonheur !
Si je vous rends heureux, je le serai moi-même.

Le Genie:
Bergers, mes desseins sont remplis:
Voilà dans ce moment tous vos voeux accomplis.
Donnez à vos transports une libre carriére:
Vos chants n'auront jamais de plus digne matiére.

TROISIEME INTERMEDE

Le Choeur de Bergers:
Sur nos hautbois, sur nos musettes,
Chantons à l'envi ce beau jour,
Et puissions-nous long-tems dans ces douces retraites
Célébrer son heurex retour.
Sur nos hautbois, sur nos musettes,
Chantons à l'envi ce beau jour.

Les memes, tour à tour:
Doux plaisirs, que ramene Flore
Quand renaît le temms de ses fleurs,
Valez-vous ceux que dans nos coeurs
Daphnis en ce jour fait éclore ?
Qu'il vive l'objet de nos voeux,
Le Berger qui nous rend heureux !

Cette félicité charmante,
Dieux, est le fruit de vos bienfaits:
Mettez le comble a nos souhaits:
Que votre faveur soit constante:
Qu'il vive l'objet de nos voeux,
Le Berger qui nous rend heureux !

Qu'il vive, & que la Nymphe aimable
Qui fait la douceur de ses jours,
Nous rende encor plus beau le cours
D'un bonheur parfait & durable:
Qu'ils vivent les heureux Epoux,
Pour remplir nos voeux les plus doux.

Que bientôt Daphnis, heureux Pere,
Se complaise en un digne Fils,
Dans qui se trouvent réünis
Les touchans attraits de sa Mere:
Qu'ils vivent les heureux Epoux,
Pour remplir nos voeux les plus doux. !

Vous, dont se servit la Sagesse
Pour serrer des noeuds si charmans,
De votre amour sentez long-tems
S'applaudir en eux la tendresse.
Qu'ils vivent les heureux Epoux,
Pour remplir nos voeux les plus doux ?

Bergers, qu'ici tout nous rapelle
Le souvenir d'un jour sibeau jour.
Qu'à tous les Echos d'alentour
Redise sans fin notre zéle:
Qu'il vivent les heureux Epoux !
De nos voeux, ce sont les plus doux.

EPILOGUE

PRINCE, excusez notre indiscrete Muse:
De vos bontés trop long-tems elle abuse.
Daignez encor la souffrir un instant.
L'objet pourra vous paroître important.
Tous nos Bergers dans leur séjour champêtre
Sont enchantés d'avoir DAPHNIS pour Maître.
Dans leurs chansons, leurs fêtes, & leurs ris,
L'air retentit du beau nom de DAPHNIS.
Dans tous les coeurs l'Alégresse est entiére;
Tout la ressent, la marque à sa maniére:
Et la gaîté qui regne en nos hameaux,
Semble passer des Bergers aux troupeaux.
On a beau faire: il faut, sans qu'on les mene,
Les laisser seuls s'ébattre dans la plaine.
On les voit donc, folâtres & légers,
Libres de crainte, & loin d eleurs Bergers,
Courir, sauter, bondir dans les prairies,
Sans mettre fin à leurs douces folies.
D'un sort si beau, PRINCE, au milieu de nous
J'en connois maints, qui sont un peu jaloux:
Tendres moutons, qu'une crainte inquiéte
Fait à regret rester sous la houlette.
De votre coeur écoutez la bonté,
Donnez-leur, PRINCE, un peu de liberté,
Vous les verrés pleins de reconnoissance
Aller chantant votre magnificence.
Ils diront tous, en troupe réünies,
Vive CONDÉ: vive notre DAPHNIS.