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Opera ou Pastorale en Musique imité(e) des Amours de Diane & d'Endimion divisé(e) en III Parties, meslé(e) de II Intermedes representée devant sa Maiesté, en son Chasteau de S. Germain en Laye au mois de Fevrier 1672 livret de Jean Galbert de Campistron musique de: Jean-Baptiste Lully |
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les personnages de la Pastorale: Diane Suite de
l'Amour
Marsias,
Corimon & Alcandre,
Satyres Suivans de Bachus |
Le
Prologue est lié à la Piece. Le
Theatre represente une Forest, dont plusieurs Termes
marquent les routes, & des Faunes qui attendent Pan,
occupent les Arbres. Ce Dieu sort du fond de la Forest,
suivy d'autres Faunes, apres un bruit de Cors qui se fait
entendre.
Pan: [ils
joüent ensemble l'Ouverture] Dans ses
sombres Valons, [les
uns dansent, pendant que les autres joüent des
Instrumens, & chantent apres les loüanges de
Diane] Les
Faunes: Dedans le
celeste sejour [des
Driades, & des Amadriades, attirées par ces
Chants, y viennent mesler les leurs] Une
Amadriade: Une
Driade: Pan: Deux
Faunes: Les
Driades & les Amadriades: Les
Faunes: Les
Driades: Les
Faunes: Les
Driades: Les
Faunes: Les
Driades: Les
Faunes: Tous
ensemble: Les
Driades: Les
Faunes: Tous
ensemble: Les
Driades: Les
Faunes: Tous
ensemble: [les
Driades se retirent dans le fond de la Forest, doù
elles sont sorties, & un bruit de cors se fait encore
entendre] Pan: [comme
ils veulent sortir, des chasseurs viennent à la
rencontre] Pan: Un
Chasseur: Pan: Le
Chasseur: Pan: Le
Chasseur: Pan: Le
Chasseur: Pan &
le Chasseur: [Diane
avec ses Nymphes avancent plustost qu'ils n'avoient
crû sur une fanfare de Haut-bois, & de Violons.
Les Faunes, & les Chasseurs, la salüent d eleurs
Tirces, a de leur demy-Piques; dancent, & chantent
devant elle pour la divertir] Pan: On
s'assemble dés le matin Les Faunes
& les Chasseurs: Diane: La Chasse
fait mon soin, La Chasse
fait mon soin, Ie
sçay conserver ma franchise, La Chasse
fait mon soin, [Diane
fait signe aux Faunes de se retirer, afin des'entretenir en
liberté avec ses Nymphes] Caliste,
Nymphe de Diane: Diane: Phenice,
autre Nymphe de Diane: Diane: Les
Nymphes ensemble: Diane: Les
Nymphes: Diane: [les
Piqueurs de Diane amenent son équipage de Chasse,
& elle rentre dans le Bois avec la resolution de chasser
toûjours, & de n'aymer jamais] Diane:
I'ay veu Diane dans ces Bois,
Qui se prepare pour la Chasse,
Et déja ses Piqueurs, du Cors, & de la Voix,
Suivent une Beste à la trace:
Silvains, preparez-vous außi
A divertir la Déesse,
Meslez des Chants d'allegresse
Aux innocens plaisirs, qu'Elle vient prendre icy.
Dans ses Antres profons,
Que tout se remplisse,
Que tout retentisse
Du bruit de vos sons:
Accordez en cadence
Vos pas à la Danse,
Vos voix, & vos Chansons.
Qu'Elle est belle ! qu'Elle a d'appas
Cette Déesse incomparable !
Il n'en est point de plus aimable,
Le mal est qu'Elle n'aime pas.
Elle remporte l'avantage,
Tout luy céde dans ce Boccage;
Mais il luy manque un peu d'amour.
Faunes, nous la suivons, comme vous, dans ces Bois,
Et reconnoissons son empire;
Mais afin de goûter la douceur de ses loix,
Nous fuyons d'Amour le martyre.
Diane veut qu'on chasse, & l'Amour qu'on
soûpire,
Ce sont de differens emplois,
Si vous voulez goûter la douceur de ses loix,
Fuyez de l'Amour le martyre.
C'est une difference vaine,
Et l'on peut la regler par un mesme desir,
Ces emplois ont chacun leur peine;
Mais la peine en fait le plaisir.
Quand on veut partager sa chaisne,
On en est bien souvent quitte pour un soûpir,
Ces emplois ont chacun leur peine;
Et la peine en fait le plaisir.
Heureuse solitude !
Charmante inquitude !
Où l'on garde sa liberté:
Qui nous tient en captivité.
Point d'esclavage:
Un doux servage:
Fait des mal-heureux:
Peut nous rendre heureux.
Un chacun suit l'envie
Où son penchant le porte, & le convie.
Chassons:
Aimons:
Et passons tout le jour:
A la chasse:
A l'Amour.
Un chacun suit l'envie
Où son penchant le porte, & le convie.
Pour la seconde fois j'entens que l'on l'apelle,
Sans doute que Diane approche de ces lieux.
Allons luy rendre hommage, allons offrir nos voeux
A cette charmante immortelle.
Chasseurs, la Déeße vient-elle ?
Non, elle ne vient pas,
Nous suivions d'assez prés ses pas,
Par un malheur estrange
Nos chiens ont pris le change.
A la chasse, comm'en Amour,
Chacun prend le change à son tour:
Mais, en atendant qu'elle vienne,
Ioignez vostre Troupe, à la mienne.
Je le veux, je le veux.
Sus, sus:
Silvains:
Chasseurs:
Monstrez vostre souplesse,
Faites à qui mieux mieux.
Le prix de vostre adresse
Est de plaire à ses yeux.
Il n'est rien qui se puisse égaler
Nos Bois, nos Prez, & nos Fougeres,
Mais tout cela ne parle gueres,
Si l'Amour ne les fait parler.
Sur les bords de claires Fontaines;
Mais on n'y finit point les peines,
Si l'amour n'y met pas la main.
Employons bien le temps qui passe,
Suivont le cours de nos tendres desirs,
Dedant les Bois il est d'autres plaisirs
Que ceux que l'on prend à la Chasse.
Le doux chant des Oiseaux,
Le murmure des Eaux,
Le Cristal des Fontaines
Font tous mes desirs,
I'y trouve des plaisirs,
Et n'y sens point de peines.
Elle fait mes delices,
Elle a des artifices,
Qui m'embarassent point.
A surprendre des Bestes,
Je borne mes Conquestes,
Sans en faire plus loing.
Et par un sort qui m'est bien doux,
Ie prends, sans estre prise,
Ie blesse, & ne sens point les coups.
Et je passe ma vie
Sans chagrin, sans envie,
Avec mes Chiens, & sans Témoin.
En vain avez-vous en partage
Tant e charmes, & tant d'appas,
Si vous n'en voulez pas
Faire un meilleur usage;
On répond à l'Amour, lorsque l'on sçait
charmer,
Du temps que l'on perd sans aimer.
Moy, répondre à l'Amour ! il ne peut rien
pretendre
Sur un coeur qui se veut deffendre ?
On a beau resister, plus un coeur se deffend,
Plus il souffre quand il se rend;
Quoy que l'on die, & que l'on fasse,
Puisque l'on doit ce tribut à l'Amour,
Acquittons-nous de bonne grace,
Et prévenons le tenps qui passe,
On perd beaucoup, lorsque l'on perd un jour.
Pourquoy ? Nymphes, pourquoy ce tribut volontaire ?
Ce n'est point un mal necessaire,
Et, qui veut, le peut éviter.
On croit l'éviter, on y donne,
C'est un abus de contester,
Et l'Amour n'épargne personne.
Helas ! pour quelques bons momens,
Il fait souffrir mille tourmens.
Un moment de plaisir repare un an de peine,
Et quand on ayme bien,
On ne sent point sa chaisne,
Et l'on ne souffre rien.
Non, non, j'abhorre son empire,
Et vous avez beau dire,
Quand onest sous sa loy,
On se plaint, on soûpire,
Et quelques doux qu'on trouve son martyre,
C'est toûjours un martyre, & l'on n'est plus
à soy.
Chassons, tout est prest pour la Chaße,
Et troublons de ces bois le repos & la paix,
Pendant que nostre coeur joüit de la bonace,
Chassons toûjours, n'aymons jamais.

[Marsias
ayant entendu la conversation de Diane, sans estre vu,
paroist seul, aussi-tost qu'elle est
rentrée] Marsias: En ce
point on s'abuse, Il faut
que tout le monde y mette un peu du sien, [Comme
Marsias se retire, Alcandre, & Corimon, viennent presser
une Bergere qu'ils obsedent, de se rendre à leurs
poursuites] Argine: Marsias: Alcandre: Argine: Corimon: Argine: Alcandre: Corimon: Alcandre: Corimon: Argine: Alcandre: Corimon: Alcandre: Corimon: Alcandre: Corimon: Alcandre: Corimon: Alcandre: Marsias,
se joignant à eux, Argine: Corimon
& Alcandre, comme s'accordant contre le tiers: Marsias: Argine: [les
Fées sortent du milieu des Arbres, sans estres
veües des Satyres, pour secourir
Argine] Les Trois
Satyres, levans leurs massuës pour la disputer,
repetent: [pendant
cette contestation, la Bergere échape de leurs mains,
& les Fées la rendent
invisible] Les
Satyres ensemble: [ils
courent aprés Argine, les Fées font mouvoir
les Termes qui sont dans la Forest, pour leur fermer la
passage, & les changent en Dragons, qui jettent des
flammes, pour les épouvanter] Les
Satyres: [ils
trouvent à la fin le moyen d'échaper, &
les Fées, apres avoir rendu aux Termes leur premiere
figure, changent la Forest en un vaste
Desert]
Vous avez beau faire la fine,
Vous aimerez, cela sufit,
Ie le voye bien à vostre mine,
Vous aymerez, je le devine,
Car mon petit doit me l'a dit.
On croit qu'il faut faire façon,
Mais tout cela, Chanson,
En Amour qui refuse, muse.
Nous sommes tous faits l'un pour l'autre,
Allons à mesme fin
S'il est vray qu'il y va du vostre,
Entendons-nous, tout ira bien,
Nous y sommes autant du nostre,
But à but, on ne s'ne doit rien.
Laissez-moy, laissez-moy, vostre poursuite est vaine,
Et vous perdez icy vos pas, & cvostre peine.
Prestons l'oreille à leurs discours,
Et sans estre apperçeu, taschons d'en voir le
cours.
Quoy ! Nimphe impitoyable,
Tu seras toûjours à mes voeux
Inexorable,
Et tu mépriseras mes feux.
Peut-on écouter un Satyre ?
Quoy qu'il die, on n'en fait que rire.
En vain je cours aprés tes pas
Le long de ces bruyeres,
Tu n'en fais point de cas,
Et tu ne me plais gueres.
Ie te laisse courir, cours tant que tu voudras.
Ie te tiens à présent.
Tu n'échaperas pas.
Rends-toy, Cruelle:
Répons à mon Amour fidele.
Ie ne répons à rien.
Hé quoy ! n'est-il pas temps,
De finir les maux que je sens ?
Les tiens !
Les miens:
Non, non, le coeur de la Bergere,
N'est pas pour toy;
Sera pour moy.
Ie l'auray:
Ie l'auray:
Ie viens de bonne guerre,
Pour vous mettre d'accord, prendre pour moy ce
coeur.
Au secours ! au secours ! ha je tremble de peur.
Ce Coeur est nostre:
I'en seray le vainqueur.
Vous ne l'aurez ny l'un ny l'autre.
Vous ne l'aurez ny l'un ny l'autre !
Elle füit, la Cruelle,
C'est donc là tout le fruit
De nostre querele,
Peu d'effet, & beaucoup de bruit;
Allons, courons aprés sans ces Bois, sans ces
Plaines,
Et faisons luy payer nos peines.
Quels objets effroyables !
Quels feux épouvantables
Se presentent devant nos yeux !
Fuyons ces Monstres, & ces lieux.

Dans le
fond de ce lieu rustique, & champestre, il paroist une
Grotte à jour, au travers de laquelle on
découvre la Mer en éloignement. Endimion est
endormy dans cette Grotte, & l'Amour qui le cherche, le
trouve en cét estat.
L'Amour: Ramassons
toute nostre flamme, [il
décoche une Fléche sur Endimion, qui
tressaille du coup seulement sans se réveiller, &
temoigne du dépit de n'avoir pas d'abord reüssi
dans son entreprise] L'Amour: Mais,
où la force est vaine, [des
Amours apportent des chaisnes, & attachent
Endimion] L'Amour: [les
Amours contens d'avoir enchaisné Endimion, en
témoignent leur joye, & lors qu'ils se retirent,
des Songes sortent de la Grotte, & de dessous terre,
avec des flambeaux, des coeurs enflammez, & les chifres
de Diane] Endimion: Le Jour
est avancé, contre mon ordinaire, [le
Desert fait place à un Bois de Cedres, & de
Mirthes, planté par les mains des Amours, & le
lit de Gazon, sur lequel Endimion estoit couché, se
change en Pié-d'estal, qui porte les chaisnes, &
la fléche, dont il a esté
blessé] Endimion: Helas !
quel partu dois-je prendre ? Argas,
Confident d'Endimion: Endimion: Argas: Endimion: Argas: Endimion: Argas: Endimion: Argas: Endimion: Argas: Endimion: Argas: Endimion: Argas: Endimion: Tous
deux: [Argas
se retire, pour laisser à Endimion la liberté
de se plaindre seul du nouveau tourment qu'il
endure] Argas: Endimion: [il
grace les chifres de Diane sur l'eccorce des Arbres, &
les Amours en mesme temps les atachent par
tout] Et vous
Arbres sacrez, si vostre épais feuïllage L'Eccho,
répond à Endimion: Endimion: L'Eccho: Endimion: L'Eccho: Endimion: L'Eccho: [des
Bucherons viennent travailler aux bois] Endimion: [les
Bucherons dansent, & font des fagots, qu'un porte-faix
vient enlever]
Ce Berger autrefois
Vivoit dessous mes Loix,
Et semble maintenant mépriser ma puissance,
Il dort tranquilement, sans craindre mon pouvoir;
Forçons sa resistance,
Et qu'il sente le coup, avant que de le voir.
Et portons là dedans son ame,
Avec le plus seur de nos traits:
C'est faire son bonheur, & rétablir ma
gloire,
Pour ne le pas manquer, tirons-le de plus prés,
Faut s'aßûrer de la victoire.
Quoy ce trait
N'a pas fait
Tout l'effet
Que j'en devois attendre ?
Et dépuis si long-temps je suis en vain ses pas ?
Endimion tu dors, & tu te peux deffendre ?
Que ne ferois-tu point si tu ne dormois pas ?
Cherchons d'autres détours,
Preparons une chaisne,
Hola, petits Amours
Venez à mon secours,
Et tirez-moy de peine;
Attachez ce Berger,
Sans qu'il puisse changer.
Au moins, Amours, au moins n'oubliez rien du vostre
Pour serrer ces beaux noeuds,
Ie les veux partager, & pour le rendre heureux
Ie vais en preparer tout autant pour un autre,
Pendant que vous ferez vos efforts en ces lieux
Pour surprendre son coeur en surprenant ses yeux.
Fantosmes de la nuit, qui troublez mon repos,
Vaines illusions, puisque mal à propos
Vous bleßiez ma pensée,
Disparoissez avec l'obscurité,
Et que la memoire effacée
S'en perdre parmy la clarté.
I'ay perdu trop de temps dans les bras du Sommeil,
Tost, tost, reparons-le, profitons du Soleil,
Et chassons tout le Jour, nous ne sçaurions mieux
faire.
Mais qu'est-ce que je voy ? mais qu'est-ce que je sens ?
Si j'escoute mon coeur, & si j'en croy mes Sens,
L'Amour s'en est rendu le maistre;
Ie n'en puis plus douter, & ces prompts mouvemens,
Par lesquels il se fait connoître:
Ces chaisnes, & ce Dard, qu'on voit encor paroistre,
Sont de tous mes tourmens
Les Témoins, & les instrumens.
Celuy de resister, ou celuy de me rendre,
L'Amour n'en laisse qu'un à mon Esprit confus:
Quand il m'oste au surplus
La liberté de me deffendre;
Ha suivons cet attrait ! & ne resistons plus,
Nos efforts contre un Dieu sont toûjours
superflus.
J'entens d'Endimion la plainte,
Et je voy dans ses yeux,
Qui parlent encore mieux,
La profonde douleur dont son ame est atteinte.
Vois-y donc mon Amour, ils le diront pour moy;
Tu sçais, mon cher Argas, les secrets de mon ame,
Ie n'ay rien de caché pour toy;
Et ne veux pas icy te déguizer ma flamme:
I'ayme, & j'avois juré de ne plus aymer rien,
Ayant perdu l'Objet de mon Amour extréme.
On a beau le jurer, on ne tient jamais bien
Les sermens que l'Amour fait contre l'Amour mesmes,
On les observe un temps, mais à la fin on ayme,
Et l'on ayme plus ardemment.
Ouy, j'éprouve ce changement,
Et je souffre un double martyre
I'ayme sans esperer, j'ayme sans l'ozer dire,
Fut-il jamais un plus cruel tourment !
Tout vous porte à l'Amour, luy-mesme il se
declare,
Tout ne parle icy que d'Amour,
Et comment pourriez-vous vous deffendre en ce jour
Contre ce qu'il a fait, contre ce qu'il prepare.
I'oze m'eslever jusqu'aux Cieux
Et porter l'orgueil de mes feux
Sur les Autels d'une Déesse;
Le Dieu qui m'oblige d'aymer,
Pour Diane, en dormant, me blesse,
Et sçait à mon réveil pour Elle
m'enflammer.
Il sçaura la toucher, & la rendre propice,
Puisque de vostre coeur il fait un sacrifice.
Elle me punira de ma temerité.
L'Amour vous répondra de toute sa
fierté.
Aymons, puisque l'Amour le veut, & nous en presse,
Aymons, nostre Destin nous porte à la
tendresse.
Goûtez le doux plaisir d'aymer, & d'estre
aymé.
Mais qui sçait si l'on charme alors qu'on est
charmé.
Esperez.
Ha je crains peut-estre de déplaire !
Esperez:
Esperons:
On plaist, quand on veut plaire.
Donnez à vos soûpirs, enfin, un libre
cours,
Resvez seul icy sans contrainte,
Il ne faut pour témoins de vostre juste plainte,
Que les Zephirs, & les Amours.
Sombre Forest, témoin de ma flamme naissante,
Et qui l'estes außi de mes premiers soûpirs,
Ha ! quand le serez-vous de mes premiers plaisirs ?
Quand verrez-vous finir mon tourment qui s'augmente
?
Preste à tous les Bergers un favorable ombrage,
Soufrez que sur vos trôncs je grave mes Amours,
Vous croistrez, ils croistront toûjours.
Toûjours.
La Nimphe de ces Bois prend part à mon martyre,
Et semble soûpirer, à lors que je
soupire.
Soupire.
Quoy toûjours soûpirer ?
Soufrir, gemir, pleurer,
Pour qu'on se desespere.
Espere.
Dis-moy puis-je esperer d'estre bien-tost ouy.
Ouy.
Mais que mal à propos les Gens de ce Village
Viennent en foule icy
Troubler mon amoureux soucy !
Enfonçons-nous dans le Boccage,
Et pendant qu'ils font leur ouvrage,
Songeons au nostre außi.

[Marsias
paroist seul à la fin de l'entrée des
Bûcherons, qui demeurent sur le Théatre; &
comme il a appris qu'Endimion s'estoit rendu à
l'Amour, il les invite d'en faire autant, & les avertit
de n'en prendre qu'autant qu'il faut] Marsias,
seul: Le secret,
où je meure, Mais,
pauvres Bûcherons, que vostre tasche est vaine ! Travaillez
comme moy, je suis un bon Maneuvre, [Alcandre
& Corimon, qui ont esté mal- traitez de la
Bergere dans le Premier Intermede, quittent le party de
l'Amour, pour suivre celuy de Bacchus, & entrent chargez
de bouteilles avec sic petits Aegipans, qui sortent d'une
cave, en roulant un tonneau] Alcandre
& Corimon: Alcandre: Corimon: Tous
Trois: [ils
donnent des bouteilles aux Bûcherons, qui les vuident,
pendant qu'ils chantent] Beuvons,
beuvons à tasse pleine, [les
Bûcherons, qui se sont soûlez à force de
boire, font des pas d'Yvrognes, & les Aegipans, qui se
meslent avec Eux, les font tomber en dansant. Les
Satyres: Bachus: Les
Silvains & les Satyres: Faisons
à Bachus nostre cour, [l'Amour
qui poursuit sa victoire, les chasse à coups de
fléches, & les oblige de se
retirer] L'Amour:
Tout prend feu dedans ce Boccage,
Le Berger le plus sage,
Comme le Faune le plus foû:
Mais le mieux fait au badinage
N'en prend jamais son soûl.
Est de se ménager,
Car chacun à son heure,
Le Faune, comme le Berger.
Est que vous estes sots !
Quand, pour se soulager, on peut conter sa peine
De perdre icy le temps à compter des
fagots.
Et fais rage de mes dix doigts,
Cà, mettons toute piece en oeuvre
L'Amour fait fléche de tout bois.
Cà, mettons une piece en perce,
Mais une piece de bon vin.
Bacchus sçait guerir le chagrin,
Que l'Amour donne à la traverse.
Ma foy, je veux que l'on me berce,
Si jamais ce Dieu m'est de rien.
Cà, mettons une piece en perce,
Mais une piece de bon vin.
Chantons, trinquons, dansons,
Et nous réjoüissons,
Beuvons, beuvons à tasse pleine,
Cinq, ou six coups tout d'une haleine.
Bacchus paroist, avec les Sylvains, & pendant que les
uns luy eslevent un beauçeau, les autres le
reçoivent]
Sus, redoublons nos coups,
Faisons honneur au Dieu des treilles,
Il vient boire avec nous,
Vuidons avec luy nos bouteilles.
Buveurs qui vivez sous mes Loix,
Vous ne pouvez servir deux Maistres à la fois;
Voyez lequel des deux vous est le plus commode,
Et ne vous attachez qu'à luy;
Chez moy chacun vit à sa mode,
Chez l'Amour, à celle d'autruy.
A boire, à boire, à boire,
Il faut que Bachus ait son tour,
Et si l'on nous veut croire
On accoûtumera l'Amour
A boire, à boire, à boire.
Et mettons nostre gloire,
La Nuit, außi bien que le Jour,
A boire, à boire, à boire.
Allez, retirez-vous,
Troupe insolente, & temeraire;
C'est bien à vous à faire,
A le disputer avec nous.

[Diane
revient de la Chasse, avec ses Nymphes] Diane: Je ne
sçay ce qu'il vous en semble, Son
adresse, entre nous, Caliste: Phenice: Diane: Que l'on
tient mal ce que l'on veut, Pour
charmer mes douleurs, [le
Theatre se change en un Parterre, où Flore paroist
avec les Zephirs, & des Nymphes, qui remplissent des
corbeilles de Fleurs] Caliste: [Flore
suivie des Zephirs, va au devant de Diane, & les Nymphes
luy presentent leurs corbeilles. Flore fait un Recit, pour
engager Diane à aymer] Flore: Redit de
Diane: Second
Recit de Flore: Second
Recit de Diane: Flore,
parlant aux Zephirs: [les
Zephyrs danssent, pendant que Diane va dans le Parterre
faire des bouquets, & les Nimphes des guirlandes. Diane: Phenice: Diane: [elle
entre dans le Parterre, pendant que les Nimphes
s'entre-lassent de leurs guirlandes, & se meslent aux
Zephirs, qui sur le champ en font éclore d'autres;
mais ayant fait une couronne, au lieu d'un bouquet, & se
voyant encore trompée une seconde fois, Elle
avouë sa deffaire] Diane: [Endimion
paroist] O Dieux
! Endimion: Diane: Endimion: Diane, se
tournant vers ses Nimphes: Les
Nimphes: Caliste: Phenice: Les
Nimphes: Caliste: Phenice: Les
Nimphes: Diane, se
tournant vers Endimion: Endimion: Diane: Endimion: Diane,
voulant se retirer: Endimion: Diane: Endimion: Diane: Endimion: Diane: Endimion: [ils
entrent dans le Temple de Diane, auquel le Iardin se change,
& un Sacrificateur de la Déesse, fait une
ceremonie; il mesle les chifres d'Endimion, avec ceux
de Diane, & perce d'une mesme fléche deux
coeurs enflammez sur un Autel, que d'autres Sacrificateurs
apportent] Le Choeur
des Sacrificateurs: Le
Sacrificateur, meslant les chiffres de Diane, &
d'Endimion: Le Choeur
des Sacrificateurs: Le
Sacrificateur, perçant deux coeurs enfalmmez d'une
mesme fléche: Le Choeur
des Sacrificateurs: [les
Sacrificateurs achevent la Ceremonie en dansant. L'Amour,
fait un Recit: Aymer est
un mal necessaire, [les
Bergers, & les Bergeres d'alentour, viennent le
reconnoistre, & tous chantent à la
loüange] Les
Bergers & les Bergeres: Second
Recit de l'Amour: Ieunes
Beautez, dont les brillans appas, [les
Bergers, & les Bergeres, dansent ensemble, & par des
pas mesurez, témoignent qu'ils sont de Concert pour
aimer, en se donnant la main] Recit de
Flore: Recit de
Pan: [les
Bergers, & les Bergeres, eslevent l'Amour sur l'Autel de
la Ceremonie, & le couronnent de
Fleurs] Le Choeur
des Bergers, qui couronnent l'Amour de Fleurs: [les
Amours apportent des Trophées, qu'on luy érige
dans le Temple de Diane, & l'enlevent dans son Palais,
où les Ieux, & les Ris le reçoivent, pour
achever son Triomphe; Il couronne Diane & Endimion,
& serre les beaux noeuds qui les unissent pour les
rendre indissolubles] Choeur
General:
La Chasse, avec plaisir, a suivy mes souhaits,
Et d'un succez heureux a remply mon attente,
Mais je serois bien plus contente,
Si je n'avois point veu ce Berger de si
prés.
Ses Chiens
Qui ne connoissoient pas les miens,
Ont chaßé tout d'abord ensemble.
A fait le plaisir de la Chasse,
Avez-vous remarqué de quel air ? quelle grace ?
Il a porté par tout ses coups.
Ie n'ay jamais rien veu qui luy soit comparable.
Qu'il me paroist adroit ! que je le trouve aimable
!
Il a surpris mes yeux, mais je deffends mon coeur;
Au secours ! ma Raison, au secours ! ma Rigueur,
Ie veux, si je le puis, toûjours estre invincible;
Que tu me deffends mal ! y veux-tu consentir ?
Ha si l'Amour se fait sentir,
Paroissons du moins insensible.
Quand ce Tyran des coeurs se rend maistre d'une ame,
Peut-estre on le voudroit, mais las on ne le peut !
Et malgré nos efforts, on succombe à sa
flamme.
Allons cueïllir des fleurs
Dans les Jardins de Flore;
Ie les arrouseray, sans Témoins, de mes pleurs,
C'est ainis que l'Aurore
Les peint de cent couleurs.
L'Aurore ayme un Chasseur, qui doit ceder au vostre,
Venus en aime un autre,
Et vous allez trouver Flore avec les Zephirs;
L'Amour en tous lieux se fait suivre,
Seule dedans nos Bois, exempte de desirs,
Vous viviez sans amour, & ce n'estoit pas
vivre.
Quand on est belle,
Il fait aimer,
Et quand on commence à charmer,
Il faut sans cesse d'estre crüelle;
Ce n'est pas tout que d'enflammer,
Quand on est belle,
Il faut aimer.
Ha laissons dire
Qu'il faut aimer !
Charmons, sans nous laisser charmer,
Et de deux maux fuyons le pire;
Bruslons tout sans nous enflammer,
Et laissons dire
Qu'il faut aimer.
Sans amour,
Qu'on passe mal la vie !
Que peut-on faire tout un jour
Sans Amour ?
Ce doux amusement doit faire nostre envie,
Et nostre plaisir tout à tour,
Charmons, l'Amour nous y convie,
Et laissons-nous außi charmer,
Vivons pour plaire, & plaisons pour aimer.
Don déplaist quelquefois, lorsque l'on veut trop
plaire,
Et l'on y doit bien regarder,
Avant que de rien hasarder
Dans cette affaire;
On n'en sort quasi jamais bien,
Et quoy qu'on s'efforce de faire,
On y laisse toujours du sien;
Heureux qui s'en pourroit deffaire !
Mais plus heureux encore qui pourroit n'aymer rien
!
Elle aymera, l'heure est venuë,
Restez icy, jeûnes Zephyrs,
Recevez mes premiers soupirs,
Et passez-vous pour un temps de ma veuë.
Mais la Déesse, qui au lieu d'un bouquet, a fait,
sans y penser, une chaisne de Fleurs, dont elle s'est
enlassée, se plaint de cette
surprise]
Je croy faire un bouquet, & je fais un
chaisne.
Quand le coeur est frapé,
L'esprit preoccupé,
La main trace aisément l'image de sa
peine.
Tout me trahit,
Ie me trahis moy-mesme,
Ha je pense que j'ayme !
Helas ! qui l'auroit dit ?
Allons, allons cacher mon honte, & mon
dépit.
Ha c'en est fait ! mon coeur,
La Raison t'abandonne,
C'est reconnoistre son vainqueur,
Que de luy faire un Couronne.
Il paroist à mes yeux,
Evitons sa veuë,
Ou bien je sui perduë.
Pourquoy ? belle Déesse, ha ! pourquoy fuyez-vous
Un Berger qui se vient jetter à vos genoux ?
Dont le bon-heur dépend de celuy de vous
plaire.
Quoy vous ne chassez-pas !
Et que venez-vous faire ?
Adorer vos appas,
Soupirer, & me taire.
Ha l'étrange enbaras !
Pourquoy tant de mystere ?
Rendez-vous:
Rendez-vous:
Ce n'est pas une affaire.
A l'Amour.
A son tour !
Chacun doit satisfaire.
Que ne m'évitez-vous ! au lieu de me
parler.
Helas ! ou pourriez-vous aller ?
Pour n'estre pas toujours presente
A mon coeur qui se sent brusler,
Et dans le mal qui me tourmente,
Comment puis-je dißimuler ?
Voulez-vous m'obliger d'en dire d'avantage ?
Et n'est-ce pas assez que de me voir rougir ?
Souffrez que vostre coeur, qu'il faut laisser agir,
Reprenne tout le feu, que prend vostre visage.
Endimion fuyez:
Ma Déesse ! un moment.
Hé ! que me voulez-vous ?
Recevez mon serment,
Avec mes larmes
D'adorer éternellement
Vos appas, & vos charmes.
Que vous estes pressant !
Et pourquoy m'en dites-vous tant ?
C'est l'Amour qui l'ordonne,
Et j'obeïs à mon vainqueur.
Contentez-vous de ma Couronne,
Et laissez moy mon coeur.
Tout est à vous, Déesse,
Ie ne reserve rien,
Partagez ma tendresse,
En recevant mon coeur, donnez-moy vostre main.
Endimion n'est plus mortel,
Estant aymé d'une immortelle,
Sa flamme doit estre éternelle,
Et nous luy devons un Autel.
Unissez vos coeurs en ce jour,
Qu'ils deviennent inseparables,
Et par des sentimens semblables,
Répondez à ceux de l'Amour.
Lors que l'Amour deux coeurs assemble,
Qu'ils sont heureux !
Quand ils peuvent tous deux
Vivre toujours ensemble.
Ainis blessez des mesmes coups,
N'ayez plus qu'un corps, & qu'une ame,
En bruslans de la mesme flamme,
Ne cherchez plus rien hors de vous.
Lors que l'on sayme,
Et que l'on s'ayme bien,
On suffit à soy-mesme,
Et tout le reste on le compte pour rien.
Aussi-tost Pan suivy de ses Faunes, & Flore, des
Zephirs, viennent se réjoüir avec l'Amour de la
victoire qu'il a remportée]
Aimer est un mal necessaire,
Ou de force, ou de gré, prenez vostre party,
Sçachez, quoy que vous puißiez faire,
Que l'Amour ne peut pas avoir le dementy.
Mais que ne disons nous ? aymer est un grand bien,
Quand l'Amour vous fait une affaire,
Pour vous abandonner, il y va trop du sien.
Celebrons la gloire
Du Dieu d'Amour,
Il remporte en ce jour
Une double victoire;
Dans ce charmant sejour,
Qu'on chante tour à tour,
Celebrons la gloire
Du Dieu d'Amour.
Ie vous promets de solides plaisirs,
Tendres Amans, qui vivez dans mes chaisnes,
Il vous en coustera des soins, & des soupirs,
Mais dans l'heureux succez de vos pressans desirs,
Vous trouverez dequoy vous payer de vos peines.
Tiennent les coeurs, & les armes charmées,
Suivez, suivez l'Amour, il vous suis pas à pas;
Et tenez vous pour dit, que si vous n'aimez pas,
Vous courez grand danger de n'estre plus
aimées.
Ouvrons nos coeurs à la tendresse,
Et profitons de la jeunesse,
L'Amour ne veut que nos beaux jours;
Ne cherchons point de vains détours,
Lorsque le temps est favorable,
On ne peut pas aymer toujours,
Car on est pas toujours aymable.
Servons-nous bien des bons momens,
Tout dépend de prendre son temps,
Il faut que tout le monde y vienne,
Les uns plus tard, les uns plus tost:
Mais le secret pour qu'on s'y tienne,
C'est d'y venir quand il le faut.
Des Fleurs, des Fleurs, couronnons ce Vainqueur
C'est luy qui fait naistre les Rozes,
C'est luy qui fait leur bonne odeur,
L'Amour embellit toutes choses.
Aimable Souverain des Hommes, & des Dieux,
A qui céde celuy qui lance le Tonnerre,
Que ton pouvoir est merveilleux !
Nous t'admirons dedans les Cieux,
Et t'adorons dessus la Terre.

ceux qui sont dans le Ballet du Triomphe de
l'Amour
Dans la
noble fierté qui doit regner sans cesse Vos
estes charmante, & blonde, Non,
les autres Beautez ne sont point comme vous, Sous
l'écorce où je me voy, C'est
notre sort d'estre peu frequentées, Quel
dommage ! quelle pitié Au
sortir de la Mer Venus eût-elle osé Qui
pourroit entre-voir vos membres delicas Nayade,
je n'ay point l'honneur de vous connaistre, Que de
plaisirs differens La
foule des plaisirs me suit, & m'environne, Le beau
sexe voudroit occuper mon loisir, Comme
selon le goust de tout tant que nous sommes, Tous
ces jeunes Guerriers vers la Gloire s'avancent, Dans le
Rolle que vous faites Que
voulez-vous que fassent des Guerriers Brave,
& determiné, vaillant, & genereux, D'audace
plein, Tous
ces jeunes Amours tendent Ce
tendre Amour de l'amour mesme issu, Cet
Amour éveillé s'y prend tout de son mieux, Si ce
n'est l'Amour luy-mesme, Vous
brillerez bien-tost comme un Soleil levant, Vous
qui representez l'Amour, Les
froides Nymphes des eaux, Elle
est charmante, elle est divine, Ces
Dieux Marins ont des charmes, De tous
ces Dieux Marins l'audace temeraire Examinons
bien la bande Charmante
Nymphe de Diane, Nymphe
toûjours charmante, & d'une humeur tranquille, La
chaste Diane en ses bois, Vous
avez tous les traits d'une beauté Divine, Belle
Nymphe, avec le carquois, Des
Hommes vous craignez l'abord, Evitez
bien ces gens quifont les doucereux; Ce
Bachus équipé pour plus d'une conqueste, Sur les
pas du Vainqueur qui triomphe par tout, Non,
rie ne vous égale, il n'en est point de tels Marchez
apres l'honneur de tous les Conquerans; Ce
n'est point Ariane aux Solitaires bords, Bacchus
est le premier de ceux qu'elle a vaincus, pour
Mademoiselle de Lislebonne, Grecque Belle
Grecque, suivez la charmante Princesse, Vous
avez fait sous elle un digne apprentissage I'excuse
les soupirs & les discrettes flâmes, Deux
Espoux qui s'aiment fort Grecque,
ou non, suffit qu'en effet, Ie suis
fiére à peu préscomme si dans ma
main Au plus
bel endroit de la Grece Vous
vous joüez parmy les fleurs Iupiter
voit avec plaisir Zephir
tant qu'il vous plaira, Ce
tendre Zephir ne respire Tout
est perdu, si vous sçavez Toûjours
ce Zephir D'abord
ne souffrez-pas prés de jeunes Merveilles Soyez
tous deux amoureux, & constants, Ieune
Zephir, qui soupirez pour Flore, Soyez
tous deux amoureux & constants, Pour
vos plaisirs, désja tout se prepare. Soyez
tous deux amoureux & constants, Et dans
vos yeux, & sur vostre visage Soyez
tous deux amoureux & constants, la
Duchesse de Sully A la
Déesse Flore il faut offrir nos coeurs, Il
n'est point de Beauté qui soit si naturelle, Vostre
bonne fortune a passé vostre attente Avec
une Moitié dignement assortie, Belles,
vous possedez de si tendres apas, Aux
Belles avec adresse, Si vous
n'allez au coeur par vostre passion, Que de
naissantes fleurs ! ô que cette Princesse
Au coeur d'une Princesse,
L'on m'eleve, & déja le sang de mes Ayeux
Respire dans mes yeux:
Au dessus, à costé de ce qui m'environne
Tout est Sceptre, & Couronne,
Et nul, à la reserve ou des Dieux, ou des Rois,
N'est digne de mon choix.
Les Graces avec moy commencent de Paraïstre,
Avecque moy vont croistre,
Et, si j'ose aux flatteurs ajoûter quelque foy,
Embellir avec moy.
pour Mademoiselle de Commercy, une des
Graces
Vous possedez mille appas,
D'autres qui comme vous ont un rang dans le monde
Parmy les Graces n'en ont pas.
pour Mademoiselle de Pienne, une des Graces
N'ont point je ne sçay quoy de Doux
Qui trouble un coeur, & l'embarasse:
En vous examinant voila ce qu'on soûtient,
C'est aux Graces qu'il appartient
D'avoir bon air, & bonne grace.
pour la Princesse Mariamne, Dryade
Ie me console, & me croy
Dans le fond de l'Allemagne,
Où mon orgüeil m'accompagne,
Où j'étale mes froideurs,
De titres, & de grandeurs
Fierement envelopée,
De mon seul rang occupée,
Et ne m'attachant qu'à luy,
Non sans un pompeux ennuy.
pour les Filles de Madame la Dauphine,
Dryades
Et l'on nous laisse où l'on nous a
plantées
On n'ose qu'ne passant nous dire un pauvre mot,
Attendons-nous quelqu'un, il nous arrive un sot.
Dafné fut plus heureuse, elle eût un coeur de
marbre,
Ou du moins elle s'offensa
Qu'un Amant la suivit, un Amant l'ambrassa
Toutesfois dés qu'elle fut Arbre,
Elle inclina sa teste & luy fit quelque
accüeil.
Nous l'avons dans la Fable aßés souvent
pû lire,
Ou du moins l'aurons-nous peut-estre entendu dire
A Madame de Monchevreüil.
pour les Filles de Madame, Dryades
De nous voir seicher sur le pié !
Nos braches sont bien couvertes,
Ont de belles feüilles vertes,
Où le vent forme un doux bruit,
Ont des fleurs & point de fruits.
Qui n'en seroit indignée,
Et ne voudroit en ce cas
Que le Bucheron vint avecque sa cognée,
Si l'on pouvoit tomber sans faire de fracas ?
pour Mademoiselle de Chateautiers, Nayade
Pretendre d'égaler un teint si reposé,
Tel que jeunesse, & santé vous le donne ?
A voir enfin comme vostre personne
Respire un air poli, net, frais, délicieux,
Ou vous sortez des eaux, ou vous venez des
Cieux.
pour Mademoiselle de Poitier, Nayade
Dans une eau claire & nette, & sur tout peu
profonde
De sa bonne fortune, & d'eux feroit grand cas,
C'est un morceau friand, s'il en est dans le
monde.
pour Mademoiselle de Rambures, Nayade
Il faudroit pour vous dire en effet d'où peut
naistre
En vous certaine langueur,
Vous avoir pas à pas suivie,
Avoir esté dans vostre coeur,
Où je ne seray de ma vie.
pour les Plaisirs, representées par
les Comtes de Brionne, Tonnerre, la Troche, Mimurre,
& le Comte de Fiesque
Vont paraistre sur les rangs !
Celuy-là dance à merveille,
Ce que l'autre ne fait pas,
Quoy qu'il forme de beaux pas,
Et ne manque point d'oreille.
L'un est bien fait, grand, & droit,
L'autre a la taille si fine,
Que s'il estoit mal-adroit,
Il payroit de bonne mine.
Celuy-ci descendu de ce fameux Genois
Qui voulut opprimer la liberté publique,
Fait bien, mais lors qu'il s'applique
Au soin d'excercer sa voix,
C'est-là sur tout qu'il charme, qu'il enchante,
Et les Rochers le suivent quand il chante.
pour Monseigneur le Dauphin, dansant parmy les
Plaisirs
Ie me mesle avec eux, & j'y prends quelque part:
Mais j'aspire à me voir digne d'une Couronne
Où je ne puis jamais parvenir assez
tard.
Mais je vay suivre Mars, & ses durs exercices,
Et si l'Amour en moy rencontre son plaisir,
Ie pretends que la Gloire y trouve ses
delices.
Le solides plaisirs sont toûjours les meilleurs,
C'en est un de regner dans l'estime des hommes
Long-temps auparavant que de regner ailleurs.
pour les Guerriers, representez par
les Marquis d'Humieres, de la Roque, de Sainte Frique, &
le Marquis de Nangis,
les Comtes de Bouligneux cadet & de Roussillon,
Monsieur d'Hussé & Monsieur de
Francines
Et seroient bien faschez, si l'on ne croyoit pas,
Qu'avecque tant d'adresse à conduire leurs pas,
Ils sçavent mieux encor se battre qu'il ne
dansent.
pour le Prince de Commercy, Guerrier
Vous joüez ce que vous estes,
C'est une merveille enfin
Qu'un coeur fait comme le vostre,
Mais s'en sefoit bien une autre,
Estant à la gloire enclin,
Brave en un mot, fils de Maistre,
Et du sang dont vous sortez,
Si vous alliez ne pas estre
Ce que vous representez.
pour le Marquis d'Humieres, Guerrier
Le coeur boüillant, quand les choses sont calmes ?
Et voulez-vous qu'ils cüeillent des Lauriers
Où l'on ne voit que Mirthes, & que Palmes ?
D'une autre sorte, & par quelque détour.
Il faut vaincre, & taschez d'user de la Victoire
C'est à dire qu'il faut se prester à
l'Amour
En attendant qu'on se donne à la
Gloire.
pour le Marquis de Rhodes, Guerrier
Vos bonnes qualitez à le Cour se
répandent,
Vous estes grand bien fait, l'air sain, & vigoureux
Noir, & tel que l'Amour, & Vénus les
demandent,
Dans une grande action
Homme d'expedition,
De bravoûre & de proüesses,
Personnen'en ignore, excepté vos
Maistresses.
pour le Marquis de Nangis, Guerrier
Sans estre vain,
Ie puis me distinguer en quelque part que j'aille,
Et par ma taille
Aider au grain
D'une Bataille,
La Pique en main.
pour l'Entrée des Amours
A pousser leurs grands projets,
Et tous ces jeunes Objets,
De pied ferme les attendent.
pour Monsieur l'Admiral, Amour
Et de ses mains par les Graces receu,
Prepare aux coeurs une innocente guerre:
Et plus fier encor qu'il n'est beau,
Non content de briller sur terre,
Iusqu'au centre des mers va porter son
flambeau.
pour le Marquis d'Alincourt, Amour
Et des plus galands en tous lieux
Imitant les manieres fines,
Couvre de grands projets sous de certaines mines:
Déja de quelques coeurs il exige un tribut.
Déja pour y faire des bréches
Il aiguise ses traits, il prépare ses
flêches,
Et déja mesme il a son but.
pour le Comte de Veruë, Amour
A sa mine on le croiroit,
La ressemblance est extréme,
Et Vénus s'yméprendroit.
pour le Comte de Guiche, Amour
Et dans le monde en arrivant
Aux plus fieres Beautez causerez mille allarmes;
Mais quand vous cous croirez digne de tout charmer,
N'allez pas s'il vous plaist, vous-mesme vous aimer,
Et ne vous blessez pas avec vos propres
armes.
pour le Marquis d'Haraucourt de Longueval,
Amour
Et qui pourez aimer un jour,
Craignant qu'une Maistresse à la fin ne vous
quitte,
Tenez-la de bien prés sans la quitter d'un pas
Et ne vous en reposez pas
Tout à fait sur vostre merite.
pour les Dieux Marsins, representez par
le Prince de la Roche sur-Yon,
le Comte de Brionne,
Messieurs de Moüy & de Mimurre
Trouvent ces Dieux Marins beaux,
Ou pour mieux dire, estimables:
Dequoy ne viendroient-ils à bout ?
En barbe bleuë ils sont aimables,
Et le sont encor plus n'en ayant point du
tout.
pour Madame la Princesse de Conty,
Nereïde
Et brille de vives couleurs
Qu'on ne voit point briller ailleurs,
Pure & blanche comme l'hermine,
Elle efface toutes les fleurs,
Iusqu'aux Lys de son origine.
pour Mademoiselle de Laval, Nereyde
Qui sont de puissantes armes;
Mais je les conte pour rien:
Que le plus hardy m'assaille,
Ie me deffendray si bien,
Que je ne prétends pas qu'il m'en coûte une
écaille,
Que si l'un d'eux avoit tant de pouvoir,
Il ne viendroit jamais à la sçavoir,
J'aimerois mieux échoüer à la coste,
Que d'avoüer une pareille faute.
pour la Duchesse de Mortemart, Nereyde
S'efforceroit en vain de tâcher à me
plaire,
Elle y réüßiroit fort mal:
Et mon coeur ne s'émeut que quand d'une galere
Ie découvre de loin la Poupe, ou le
Fanal.
pour Mademoiselle de Pienne, Nereyde
De ces gens si dangereux,
Le seul que l'on apprehende
N'est pas peut-estre avec eux.
pour Madame la Dauphine, Nymphe de Diane
Qui confond tout regard prophane,
Il n'est question sous vos Loix
Ny de fléches, ny de carquois,
Ny d'aller avec vos compagnes
Par les monts, & par les campagnes,
Il en faut user sobrement,
Car il importe extrémement
Au bien d'un Empire si vaste
Que vous ne soyez point trop chaste,
Quoy chez vous où tout est si pur,
N'avez-vous pas un moyen sûr,
Un des plus beaux moyens du monde
D'estre honneste & d'estre fesonde ?
Avec bien moins on vient à bout
De se pouvoir paßer de tout.
Demeurez donc comme vous estes
Le modele des plus parfaites,
Fuyez le joug des paßions,
Et gardez en vos actions
Cette conduite merveilleuse;
Soyez exacte, scrupuleuse
Sur tout ce que l'honneur deffend,
Mais donnez-nous un bel enfant.
pour la Duchesse de Sully, Nymphe de Diane
Soit qu'il vous faille quelque-fois
Quitter la Ville pour les bois,
Ou quitter les bois pour la Ville,
I'ay pourtant de la peine à me persuader,
Vous qui parez les Bals, les plus grandes Festes,
Que vous voyez bien propre à vous accomoder
D'un long commerce avec les bestes.
pour la Princesse de Guimené, Nymphe de
Diane
Nous tient sous de severes loix,
Elle n'admet rien de prophane:
Qu'un mortel nous approche, & nous ose toucher ?
Helas ! que diroit Diane,
Si Diane sçavoit que je viens d'accoucher
!
pour Madame de Grançay, Nymphe de
Diane
De beaux yeux, le poil noir, un teint vif &
charmant,
Une taille sur tout si legere & si fine,
Que l'on ne vous sçauroit attraper
aisément.
pour Mademoiselle de Gontaut, Nymphe de
Diane
Vous avez une mine au dessus du vulgaire,
Mais il me semble que les bois
Tous seuls ne vous conviennent guére.
pour Mademoiselle de Biron, Nymphe de Diane
Cependant je vous plaindrois fort,
Si je vous trouvois teste à teste
Dans un bois avecque une beste.
pour Mesdemoiselles de Clisson & de Broüilly,
Nymphes de Diane
Beaux ou laids, tous sont dangereux,
Et souvent on se perd quand on se les attire:
Dessiez-vous également
De tout ce qui s'apelle Amant,
Soit le Berger, soit le Satyre.
pour le Comte de Brionne, representant Bachus
conquerant
Au triomphe des coeurs & des Indes s'apreste:
Son vin est dangereux pour peu qu'on en ait pris,
Il en fera taster à quantité de Dames,
Et par ce vin nouveau qui plaist à bien des
femmes,
Donnera dans la teste à beaucoup de
Maris.
pour Monseigneur le Duaphin, representant un Indien de la
Suitte de Bachus
Et qui plus loin que l'Inde établit sa puissance,
Dequoy, jeune Heros, ne viendrez vous à bout,
Et par vostre courage, & par vostre
naissance.
A la suitte du Dieu qui lance le tonnerre,
Außi ne sçauriez-vous pour le bien des
Mortels
Trop long-temps demeurer le second sur le
terre.
On voit a sa clarté toute clarté
s'éteindre,
Bien loin derriere luy surpassez les plus grands,
Il s'agit de le suivre, & non pas de
l'atteindre.
pour la Princesse de Conty, representant
Ariane
Qui gémit & se plaint d'un Amant infidelle,
Celle-cy ne connoist l'Amour, ny ses remords,
Elle est jeune, elle est pure, elle est vive, elle est
belle,
Et la monde, & la Cour ne sont faits que pour
elle.
Bacchus est trop heureux de l'avoir espouzée,
Leur chaine par le temps ne sçauroit estre
usée,
Et l'on dira tousiours Ariane & Bacchus,
Mais l'on ne dira point Ariane, &
Thesée.
Grecques de la Suitte d'Ariane
Où tant de vertu brille avec tant de jeunesse,
Madame vostre Mezre y consent-elle pas ?
Elle qui prend le soin d'éclairer tous vos
pas.
De tout ce qui peut rendre un Princesse sage;
Iamais les paßions n'ont osé l'assaillir,
Mais à son gré la pente est bien douce
à faillir.
pour la Duchesse de Sully, Grecque
Et femme je ressemble à la pluspart des femmes
A qui l'on fait plaisir d'encenser leurs appas:
Sur ce qui peut toucher ma veritable gloire
I'y suis Grecque, & ne pense pas
Qu'on m'en fasse aisément accroire.
pour la Duchesse de Mortemart, Grecque
Sont separez dés l'abord;
Luy s'en va faisant sa plainte,
Elle beaucoup plus contrainte
Sous les loix d'un dur devoir,
Pour le suivre, & pour le voir
Dans l'ennuy qui la consomme
Auroit esté jusqu'à Rome;
Mais c'est bien pis aujourd'huy
Qu'elle est rejointe avec luy,
Cette jeune & fine Grecque
Iroit jusques à la Mecque.
pour Madame de Segnelay, Grecque
Vous avez un esprit bien fait,
Que vous estes bonne, & sincere,
Chose au monde fort necessaire,
Et que peu seurement sur l'apparence on croit:
Car pour belle, cela se voit,
Et saute aux yeux sans qu'on le die:
Toûjours de tous Païs les vertus ont
esté,
Mais sans vous j'aurois douté
Qu'il en vint tant du costé
De la Basse Normandie.
pour Mademoiselle de Laval, Grecque
I'avois l'empire Grec, & l'empire Romain,
Außi par dessus tout qui se fait mieux connaistre
?
A qui ne puis-je pas disputer le terrain ?
I'ay l'air grand, le coeur noble, & tout cela pour
estre
A la suite d'une autre, & pour grossir son
train.
pour Mademoiselle de Pienne, Grecque
Où d'une fort soigneuse adresse
Tant de Belles pour le besoin
D'un seul estroitement gardées,
Attendent d'estre regardées,
Vous pourriez tenir vostre coin.
pour Monseigneur le Dauphin, representant un
Zephir
Qui de mille, & mille couleurs
Pour vous plaire se sont parées !
Mais quoy que vous soyez si tranquile & si doux,
Les Aquilons, & les Borées.
N'oseroient souffler devant vous.
En vous qui n'estes qu'un Zephir
L'impatiente ardeur de vaincre & de combattre:
Et ce que sa foudre a laißé,
Où qu'elle a dédaigné d'abattre
Par vous sera bouleversé.
pour le Prince de la Roche Sur-Yon, Zephir
Et soûpire qui voudra
Bien long-temps apres sa proye,
Mais je doute qu'on me voye
Comme ces autres Zephirs
Passer ma vie en soûpirs.
pour Monsieur l'Admiral, Zephir
Que d'estre sur le moite empire,
En attendant qu'il se soit renforcé,
Il ne fait que briser la surface des ondes,
Mais il sera connû des Mers les plus profondes,
Et d'un terrible joug Neptune est
menacé.
pour le Marquis d'Alincourt, Zephir
Le merite que vous avez,
Laissez au reste du monde
Cette sçience profonde
Soyez-vous dis-je moins sçavant,
De peur que le Zephir ne prenne trop de vent.
pour le Marquis de Richelieu, Zephir
Plus gay que fidelle
Des fleurs à choisir
Prend la plus nouvelle,
Et de belle en belle
Vole son desir.
pour les Sieurs de Moüy & d'Amilton,
Zephirs
Qui veullent que l'on soit tendre, & respectueux,
Pour peu que vos soûpirs soient vains &
fastueux,
Ils ne parviendront plus au coeur par les
oreilles.
pour Monseigneur le Dauphin, Zephir
& pour Madame la Dauphine, Flore,
qui dançent ensemble
Soyez tous deux les Maistres du Printemps.
Faites-nous part de quelque rejetton,
Hastez ce tendre & ce premier bouton
Que de vous deux l'Amour doit faire éclore:
Menagez des moments si doux,
Que les Ieux, les Ris, & les Graces
Ne se separent point de vous,
Et marchent toûjours sur vos traces.
Soyez tous deux les Maistres du Printemps.
Et dans nos Bois qui redeviennent verds,
Tous les Oyseaux prennent des tons divers,
L'air se parfume, & la terre se pare
Ainsi que vos pas, que vos coeurs
Soient dans une juste cadance,
Et que par vous apres les fleurs
Viennent les fruits en abondance.
Soyez tous deux les Maistres du Printemps.
Nous apparoist ce qui nous flatte tant,
Et du beau don que l'Univers attend
Nous voyons luire un bien-heureux presage.
C'est pour avancer de tels fruits
Que l'Amour & les Destinées
Composent de si douces Nuits,
Et font de si belles journées.
Soyez tous deux les Maistres du Printemps.
Suite de Flore
Acquittons des devoirs pressans comme les nostres,
Mettons-luy sur le front des Couronnes de fleurs,
Elle n'en veut point d'autres.
Vous la voyez briller des plus vives couleurs;
Et lors que le Printemps aura perdu ses fleurs,
On les peut retrouver chez elle.
Mais seroit-elle ainsi sous les armes pour rien ?
Il faut qu'elle ait au coeur quelque petite chose,
Si l'Amour le vouloit il nous le diroit bien;
Mais le pauvre Enfant n'ose.
D'avoir pû resister aux terribles douleurs
Qui des fruits de l'Hymen corrompent les douceurs,
Mais vostre beauté s'en augmente;
Voilà ce qui s'appelle un serpent sous des
fleurs,
Et l'on n'est pas toûjours également
contente.
Ie goûte un bonheur pur que je fais en partie,
Ce ne sont que fleurs sous nos pas,
Tout nous plaist, rien ne nous chagrine,
Ou si parmy ces fleurs se trouve quelque epine,
Elle pique si peu, que l'on ne s'en plaint
pas.
Qu'il semble qu'eux & vous ne fassiez que
d'éclore,
Il faut que vous soyez de la Suitte de Flore,
A voir toutes les fleurs qui naissent sur vos
pas.
pour les Songes, representez par
les Marquis de Richelieu, d'Humieres, de Mirepoix,
le Comte Dautel,
& Monsieur de Francines
Inspirez de la tendresse,
Et faites leur sentir ce que vous meritez:
Que dans vos yeux elle lisent,
Quelquefois les Songes disent
De solides veritez.
Echauffez pour le moins l'imagination
Des Belles contre vous quelquefois en colere:
Elles vous recevront sans s'en appercevoir,
Et par tous les talens que vous avez pour plaire !
SONGES, songez à vous pourvoir.
pour Mademoiselle de Nantes, representant la
Ieunesse
Represente bien la Ieunesse !
Et qu'elle aura de grace & de facilité
A representer la Beauté !
Heureuse de pouvoir un jour estre fidelle
A tous les traits de son Modelle.