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Robert Cambert

Intendant de la Musique de la Reine Mere
[1628 - 1677]

 

Les Peines & les Plaisirs de l'Amour
1672

 

 

les personnages

Asterie
Une Bergere,
sa confidente
Apollon
Pan
Iris
Trois Bergers
Trois Satyres
Un Faune
Philis

 

Prologue

Venus, la Renomée, & l'Amour 

[Tous trois paroissent en l'Air dans un Char.]

Venus
Un nouvel Apollon dans la France m'amene,
Pour le voir au retour
Des lieux où Mars qui suit sa Cour,
Dans un Char triomphant avec luy se promene.

La Renomée
Il n'a que de nobles desirs,
Et la gloire fait ses plaisirs.

Venus
Des Dieux & des Heros illustre Messagere ?
Va d'un aisle legere,
Dire au loüant ses beaux exploits,
LOUIS est le plus grand des Roys.

La Renomée
I'ay fait voler son nom des rives de la Seine,
Iusques ou le Soleil recommence son tour,
Et l'Inde quelque jour
Sera de son Domaine.

Venus
Puisque ce grand Monarque un jour,
De tout cét univers ne fera qu'une Cour ?
Allez petits Amours sur la Terre & sur l'Onde,
Dire qu'il a conquis les cœurs de tout le monde,
Et toy ne te lasse jamais
De vanter par tout ses beaux faits.

La Renomée
Déjà les habitans & du Nil & du Tage,
Et les plus éloignez de l'empire François,
Les Sauvages sans loix viennent luy rendre hommage.

[Charmez de sa valeur, à quatre. Se dit le premier & le dernier, & entre chacun se fait une Danse des quatre Nations chacune à part ; A sçavoir les Affricains, les Mores, les Egyptiens, & les Espagnols.]

Chœur à quatre
Charmez de sa faveur, nous venons en ces lieux,
Pour divertir en paix de Roy victorieux.

Duo
Charmez de sa faveur &c.

Trio
Charmez de sa faveur &c.

A quatre
Charmez de sa faveur &c.

 

 

Acte Premier

 

 

Scene premiere
Asterie, & une Bergere sa confidente

 

La Bergere
A quoy pense Asterie au bord de la fontaine
Qui grossit de ses pleurs,

Asterie
Ie pense à mes malheurs,
I'ay fait mourir Climene:
Ma jalouse fureur & mon aveugle amour
Luy ravissent le jour:
Ie croyois que la mort de ma rivale heureuse,
Finiroit ma peine amoureuse.

La Bergere
Apollon ne veut plus vous voir ?

Asterie
C'est là mon desespoir,
I'ay la honte d'aymer sans pouvoir estre aymée,
Avec ma liberté je perds ma renommée,
Ie souffre le mespris d'un rigoureux Amant !
Est-il quelque supplice égal à mon tourment !
O ! rage, ô ! desespoir, ô ! fureurs insensées,
Qui peignez milles morts dans mes tristes pensées !
O ! filles de la nuit, venez me secourir;
Mais je voudrois revoir Apollon & mourir.

La Bergere
Cet Amant redoutable,
Qui ne vous ayme plus, n'est plus pour vous aymable !
Aymez Pan le Dieu des Bergers,
Qui tient sa Cour dans les Vergers,
Il regne en paix en Arcadie,
Et vous cherit plus que sa vie,

Asterie
Helas ! On ayme ce qui plaist,
Et l'on ne choisit pas dans l'estat où ie suis:
Enfin que dois-je faire;

La Bergere
Eviter d'Apollon la haine & la colere !
Il vient, & j'entends ses regrets,
Retirez-vous sous ce feüillage épais.

 

Scene 2
Apollon & Pan

 

Apollon
Ah ! Climene,
Ta rivale inhumaine
Me prive pour jamais
De tes divins attraits:

Pan
Il faut te consoler !

Apollon
Ah ! Crüelle avanture:

Pan
C'est une loy de la nature,
Que tout ce qui naist doit mourir.

Apollon
Climene en son Printemps devoit-elle perir:

Pan
C'est le destin des belles choses,
L'on voit bientost fleurir, & les Lys & les Roses,
Le fleurs ne durent qu'un matin.

Apollon
Ie deteste Asterie:

Pan
Accuse le destin,
Qui t'a ravy Climene & declaré la guerre;

Apollon
Ie suis au desespoir,
Quand ie ne la vois plus,
Ie ne veux plus rien voir,
Ie ne puis éclairer la terre;
D'un nüage de pleurs tu voy mes yeux couverts !

Pan
Tu dois éclairer l'Uniuvers,
C'est par toy que du jour l'éclat se renouvelle
Tu peins le Ciel d'azur, & rends la terre belle:

Apollon
I'estois Roy des Saisons, j'estois Pere du jour,
Favorisé d'amour,
Et chery de Climene,
Ie ne me flatois pas d'un esperance vaine !
I'estois Roy, i'estois Dieu, l'on m'aymoit ardemment,
Et je ne suis plus rien qu'un malheureux Amant !

Pan
Ne peux-tu pas encor dans un Char de lumiere,
Semer de rubis ta carriere,
Faire naistre les Fleurs, & les nouveaux Amours.

Apollon
Helas ! Sans ses beaux yeux, que servent ses beaux jours:

Pan
Il n'est qu'un Apollon,
Il est tant de Maistresses,
Ayme les plus belles Déesses !
Prends sur la Terre & dans les Cieux
Ce qui plaist à tes yeux:
Ayme la jeune Flore,
Ou la charmante Aurore:
Où pour adoucir tes ennuits,
Va chez Thetis passer les nuits.

Apollon
L'Aurore ayme Cephale, & Flore ayme Zephir,
Et Thetis pour Pelée incessamment soupire:
Ie veux que la beauté qui me donne la loy,
Comme ie n'ayme qu'elle elle n'ayme que moy !
Telle estoit ma Cilmene:

Pan
Ma ta constance est vaine;
Car la loy du trépas
Ne se revoque pas.

Apollon
Si la loy du trépas
Ne se revoque pas,
Ie veux rendre à jamais par des pompes funebres,
Mon amour pour Climene & ses beautez celebres;
Mais pour croistre mes pleurs,
Iris vient d'une aisle legere
Confirmer mes malheurs !
Que viens-tu m'annoncer funeste Messagere.

 

Scene 3
Iris dans un Char, les mesmes

 

Iris
Soleil appaise un peu ses transports amoureux !
Limene est dans les Champs heureux,
Ie viens de la conduire;
Par mes puissans efforts,
I'ay deslié son ame de son corps,
Et finy les douleurs qu'on sent quand on expire.
De mes Divines mains j'ay fermé ses beaux yeux,
Et m'en retourne aux Cieux.

Pan
Au lieu d'augmenter tes soucis,
Par de tristes Recits,
Entens nos Bergers, nos Satyres,
Qui charmeront tes sens au doux son de leur Lyre,
Et dont la Musette & les Chans,
Remplissent à l'envy les vallons & les Champs !
Aux champs Bergers, aux prez aux boccages.

 

Scene 4
Bergers & Hautbois entrent sur le Theatre

 

Premier & Second Berger
L'Aube vermeille,
Qui nous réveille,
Aux doux Chants des Oyseaux
Peint les costeaux & les nüages !

Trois Bergers
Aux Champs Bergers, aux prez, aux boccages !

[on danse]

Pan
Chantez Bergers, chantez vos amourettes,
Et vous Satyres & Silvains,
Meslez parmy vos Chants divins
Les Danses, & les Chansonnettes.

Le Second Berger
Nous disons tous les jours mille Chansons d'amour:
Nous faisons tous les jours mille Chansons nouvelles;
Mais helas ! C'est en vain que pour plaire à nos Belles
Nous chantons nuit & jour !
Rien ne peut adoucir nos Bergeres cruelles;
Et nos Chansons sont des Chansons pour elles.

[on danse]

Deux Satyres
Nous dans les bois touffus, au guet pour la Bergere,
Sans apprehender ses refus
Nous nous joüons sur la fougere,
Nous disons librement nos desirs amoureux,
Et sous les plus épais feüillages,
Pour devenir heureux,
Nous traitons de méme air & la folle & la sage.

Les Trois Bergers & Trois Satyres

les Bergers
Nous fuyons les ames legeres:

Les Satyres
Nous aymons les ames legeres

Troisiesme Berger
Nous ne cherchons qu'à plaire à nos Bergeres.

Les Satyres
Nous aymons pour nous réjouïr !

Les Bergers
Nous aymons pour aymer.

Tous les Six
Ainsi chacun au gré de nostr'envie,
Nous passons nostre vie;
Ainsi chacun au gré de nos desirs,
Nous goustons les plaisirs.

[on danse]
[Ballet des Faunes]

Apollon
Ie pense toûjours à Climene,
Et ces Airs amoureux capables d'enchanter,
Qui devroient adoucir ma peine,
Ne font que l'irriter:

Pan
Vostre douleur, cruelle,
Doit avoir un cours limité,
Et ne doit point estre immortelle,
Pour une mortelle beauté;

Apollon
L'Amour a dans mon cœur si bien gravé ses charmes,
Que la mort n'en sçauroit effacer les traits,
Et je veux que mes yeux soient des sources de larmes
Qui ne se tarissent jamais.

Un Faune
Belle Philis,
Au teint de Lys
Avec ta voix charmante,
Viens chanter avec nous quelque chanson plaisante :

Philis
Sur qui cette Chanson ?

Le Faune
Sur l'Amour & sur Apollon.

Apollon pour Climene,
Ne fait que soûpirer,
Il deviendra fontaine,
A force de pleurer.

Qu'Amour fait d'estranges choses,
Des fortes Metamorphoses.
Un jour dnasun Cypre Venus,
Des maris en fit des bestes
Mit des cornes sur leurs testes
Dont les Cornats sont venus Mit [?] ? voir image

Philis
Que l'Amour fait d'estranges choses,
De sottes Metamorphoses;

Un Satyre
Il oste à l'Univers sont plus rare ornement,
Faisant des Nymphes les plsu belles,
Des arbres & les fleurs nouvelles,
Qui perdent leurs attraits avec le sentiment !

Philis
Sans doute il vaudroit mieux, par des effets contraires,
Changer les Arbres en Bergeres !

Le Satyre & le Faune
S'ils avoient comme toy, le visage & la voix,
Quel plaisir d'habiter dans les bois.

[ICI s’interrompt l'édition inachevée de la partition de Pomone]

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