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Le jugement de Pâris
Pastorale Héroïque en un Prologue et III Actes

livret de l'abbé Pellegrin
musique de: Toussaint Bertin de la Doué


Prologue
Acte I
Acte II
Acte III

 

 

PROLOGUE

 

les personnages du Prologue

les interprètes


Jupiter

Mr Dubourg

L'Amour

Mlle Souris

L'Hymen

Mr Dun le Fils

La Discorde

Mr Mantienne

 

Troupe de Dieux & de Déesses

 

Le Theatre represente le Mont Pelion oú tous les Díeux sont assemblez, pour celebrer les Noces de Thetis & de Pelée

 

Scène 1
Jupiter, Junon, Vénus, Pallas, Thétis, Pelée & tous les autres Dieux & Déesses

Choeur:
Chantons un Hymen glorieux,
Qu’à nos Concerts l’Echo reponde.
Du coeur de la Reine de l'Onde
Un Mortel est victorieux;
Qu'ils donnent des Heros au Monde
Qui soient digues du Sang des dieux.

Jupiter:
Animez-vous, Troupe immortelle;
Pour ces tendres Amants que l'Hymen rend heureux
Faites éclater votre zele;
Rassemblez les Ris & les Jeux.
Pour les plus doux Plaisirs qu'à l'envi tout s'aprête:
N'est-ce pas parmi nous qu'ils doivent se trouver?
Comus a commencé la Fête,
Terpsicore va l'achever

(On danse)


Scène 2
l'Hymen, l'Amour, et tous les Acteurs de la scène précédente

L'Hymen:
Je triomphe en cet heureux jour;
De deux tendres Arnants je vais finir les peines.

L'Amour:
J'ai formé leurs premieres chaînes;
Je dois triompher à mon tour.

Ensemble:
Dieu jaloux s'il faut vous en croire
C'est vous seul qui formez les plus aimables noeuds.
Pourquoi me disputer la gloire
De rendre les Amants heureux?

L'Amour:
De deux coeurs formez l'un pour l'autre,
C'est vous seul qui troublez la Paix:
Mon Flambeau s'éteint pour jamais
Dès que vous allumez le vôtre.

L'Hymen:
Cessez de m'accuser d'éteindre les ardeurs
Qe vous allumez dans les coeurs;
Je voudrois les rendre éternelles;
Mais sitôt que je l'entreprends,
Vous en ìnspirez de nouvelles;
Et vous faites plus d'infidelles
Que je ne fais d'indifferents.

L'Amour:
Ce jour va combler votre attente;
Je n'inspirai jamais de si tendres Amours;
Thetis sera toujours constante,
Et Pé1ée aimera toujours.

Ensemble:
Qu’un si beau jour nous réünisse;
Formons les noeuds les plus charmants
Pour joüir d'un bonheur qui jamais ne finisse,
Puissent tous les Epoux être toujours Amants....

(On danse)

L'Amour:
Jeunes coeurs il faut qu'on aime
Pour goûter le bien suprême;
Jeunes coeurs, il faut qu'on aime,
Ce bien seul les rassemble tous.
Que sans cesse
L'Annour vous blesse;
Aimez ses traits, rien n'est si doux.
Jeunes coeurs il faut qu’on aime:
Pour goûter le bien suprême;
Jeunes coeurs, il faut qu'on aime;
Ce seul bien les rassemble tous.
Douces Flàmes,
Plaisir des Ames,
On ne peut être heureux sans vous.
Jeunes coeurs il faut qu'on aime,
Pour goûter le bien suprême;
Jeunes coeurs, il faut qu'on aime,
Ce seul bien les rassemble tous.

Une Suivante de Vénus:
Que 1'Hymen a d'aimables chaînes
Quand l'Amour en forme les noeuds!
Il fait briller le jour heureux
Qui doit recompenser les peines;
L'Amour inspire les desirs,
L'Hymen assure les plaisirs.

(Le Theatre s’obscurcit, on entend un bruit sourd qui s'augmente a mesure que ce qui le cause s’approche)

Jupiter:
Quelle sombre vapeur s'éleve jusqu'aux Cieux!
Quel bruit! c'est donc ainsi qu'on respecte les Dieux!
De nouveaux Enfans de la Terre
Viennent-ils sur ce Mont nous déclarer la Guerre?
Que vois-je? la Discorde ose aborder ces Lieux.


Scène 3
la Discorde, et tous les Acteurs de la scène précédente

La Discorde:
Quoi? tandis que la Thessalie
A tous les Immortels offre d'aimables Jeux:
Je suis la seule qu'on oublie
Dans les horreurs d'un Antre affreux!

Jupiter:
Va, Fille de la Nuit, fui, que rien ne t'arrête;
Ton aspect troubleroit des Plaisirs si charmants.

La Discorde:
Quoi? ne puis-je à mon tour prendre part à la Fête?

Jupiter:
Nos plaisirs seroient tes tourments.

La Discorde:
Je fais regner par tout les horreurs de la Guerre,
Je rends les mortels furieux;
Mais, mon pouvoir se borne à ravager la Terre,
Et je n'aspire pas jusqu'à troubler les Dieux.
Auprés de vous voyez ce qui m'appelle:
Pour les Divinitez qui brillent en ces Lieux,
J'aprête une gloire nouvelle
Recevez le Don precieux

(Elle lui donne la Pomme)

Je le destine à la plus Belle,

Choeur des Déesses:
Quel prix! quel bonheur!
Quel comble de Gloire!
Que cette Victoire
Doit flatter un coeur

La Discorde (à Jupiter):
Il est tems de rentrer dans la Nuit infernale;
Je laisse entre tes mains un don pernicieux
Et j’emporte avec moi la douceur sans égale
D'avoir banni là Paix de la Terre & des Cieux.

(La Discorde s'abîme)

Jupiter:
Que je prevoi de maux! ó Discorde cruelle!
Quoi, jusques dans nos coeurs tu porte ton Flambeau!
Barbare; ne sors-tu de la Nuit éternelle.
Que pour troubler un jour si beau?
Je dois ce Prix à la plus belle;
Mais parmi tant d'appas que je suis incertain
Allons consulter le Destin.

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ACTE I

 

personnages de la Pastorale

les interprètes


Paris, fils de Priam, crû Berger

Mr Thevenard

Oenone, fille du Fleuve Cebren

Mlle Journet

Arcas, Berger

Mr Cochereau

Doris, Bergere

Mlle Antier

Mercure

Mr Buzeau

Pallas

Mlle Courbois

Junon

Mlle de La Garde

Venus

Mlle Poussin

Une Suivante de la Fortune

Mlle Tulou

Une Matelotte

Mlle Antier

 

Troupe de Bergers & de Bergeres
Troupe de Heros, & d'Heroïnes
Troupe de Favoris de la Fortune
Troupe de Matelots & de Matelottes
Suite de Venus

 

Le Theatre represente un Hameau


Scène 1
Pâris

Pâris (seul):
Souvenir importun d'une Beauté fatale,
Va, fui, laisse mon coeur en paix.
Je dois avec OEnone être uni pour jamais;
Elle brûle pour moi d'une ardeur sans egale;
N'a-t-elle pas assez d'attraits,
Pour ne point souffrir de Rivale?
Souvenir importun d'une Beauté fatale,
Va fui, laisse mon coeur en paix.

Eh! que me sert d'aimer Helene!
Je ne suis qu'un Berger, elle doit être Reine.
Peut-être en ce fatal moment,
Elle est prête à s'unir d'une éternelle chaîne
Avec un plus heureux Amant.


Scène 2
Pâris, Arcas

Arcas:
Quoi? lorsque pour vous seul on ordonne une Fête,
Vous nous fuyez tous! vous rêvez!
Est-ce ainsi que vous recevez
Les feux qu'Oenone vous apprête?

Pâris:
Helas

Arcas:
Vous soûpirez prés de l'heureux moment
Qui vous lie à l'objet charmant
Qu'il faut que votre coeur adore!

Pâris:
Oenone a mille attraits, je l'aimai tendrement.
Que ne puis-je l'aimer encore!
En quittant ce séjour, Dieux qu'allai-je chercher!
Heureux, si j'avois sçû couler dans l'innocence,
Ces jours, ces tristes jours que l'on voulut trancher
Dès le moment de ma naissance!

Arcas:
Rendez-vous à vos premiers noeuds...

Pâris:
N'accable pas un malheureux.
O Destin, contre rnoi, t'armeras-tu sans cesse?
Pour sçavoir de quel sang m'ont fait naitre les Dieux
Je porte mes pas dans la Grece,
Je voi, j'aime, j'adore une grande Princesse;
Mais à peine ai-je vú l'éclat de ses beaux yeux,
Qu'Apollon malgré ma tendresse
M'ordonne de revoir ces lieux,

Arcas:
De vos maux & des miens quelle est la difference!
Tous deux infortunez depuis notre retour,
Je trouve ici de l'inconstance,
Et vous y trouvez trop d'amour.
Oenone est trop fidelle, & Doris m'abandonne;
L'Amour qui dans son choix sans doute s'est mépris
Vous devoit le coeur de Doris,
Il me devoit le coeur d'Oenone.

Pâris:
Doris vient, je vous laisse: un témoin tel que moi
Seroit trop favorable à qui trahit sa foi.


Scène 3
Arcas, Doris

Doris (à part):
Pour éprouver Arcas je suis reduite à feindre,
L'exemple de Pâris me donne trop à craindre.

Arcas (S’en s'approchant):
Contraignons mon juste couroux.

Doris (à part):
Il approche, retirons-nous.

Arcas:
Inhumaine Doris, me suivras-tu sans cesse?

Doris:
Laisse-moi, je n'écoute rien.

Arcas:
Quoi? ne puis-je obtenir un moment d'entretíen?

Doris:
Cet entretien n'a rien qui presse.

Arcas:
Songe avec quel regret je quitai ce féjour.

Doris:
Qu'on a peine à quitter l'objet de son arnour
Dans ce triste moment on languit, on soûpire.
Quelquefois après le retour
On n’a rien a se dire.

Arcas:
Quand tu vois mon empressement
Peux-tu douter de ma tendresse?

Doris:
Ah! que le moindre éloignement
Donne une juste défiance
Pour le coeur du plus tendre amant!
Qui peut se resoudre à l'absence
N'est pas bien loin du changement.

Arcas:
De mon départ tu veux me faire un crime,
Mais tu sçais pour Pâris le zele qui m'anime.

Doris:
Moi je ne te reproche rìen.

Arcas:
Ah! je suis trop heureux!

Doris:
Tu ne m'entends pas bíen.
Se plaindre de l'indifference
C’est dire qu'on aime toujours.
Non, ne te fatte pas de la douce esperance
De te voir reprocher de si foibles amours
Se plaindre de l'indifference,
C’est dire qu'on aime toujours.

Arcas:
Tu ne m'aimes donc plus! quel prix de ma confiance!

Doris:
Je vois avec Pâris OEnone s'avancer
Laissons-les un moment; les Jeux vont commencer.
Ils demandent notre présence.

(Elle s'en va)

Arcas:
Faut-il encor que je fuive ses pas?
Que ne puis-je oublier ses dangereux appas!


Scène 4
Pâris, Oenone

Oenone:
Vous allez voir bientôt la Fête que j'ordonne
Pour celebrer votre retour.
Au plaisir de vous voir ici tout s'abandonne,
Bergeres & Bergers, dans ce charnunt séjour
Tour semble pour Pâris avoir les yeux d'OEnone,

Pâris:
Heureux Aziles de la Paix
Que votre doux aspect me flatte!
Lieux tranquiles, Lieux pleins d'attraits,
Oú pour moi tant d'amour éclate,
Devois-je vous quiter jamais?

Oenone:
Pâris, que j'aime à vous entendre
Quel sort heureux succede à nos tristes adieux!
L'Amour vous ramene en ces Lieux;
L'Amour vous y faisoit attendre.

Pâris:
Mon eoeur ne fut jamais plus tendre.
Le Dieux...

Oenone:
Je vous en crois, sans attester les Dieux.
Lorsque l'Amour est extrême,
Par de doux empressements
Il s'exprime assez lui-même:
Un regard de ce qu'on aime
Tient lieu de mille serments.
Vous connoissez inon coeur, tout m'assure du vôtre,
Et mon Pere approuve nos feux:
Il est tems que l'Hymen serre de si beaux noeuds;
Qu'il nous unisse à jamais l'un à l’autre.

Pâris:
O Ciel!

Oenone:
Vous vous troublez!

Pâris:
C'est d'être votre Epoux:
Je devrois me livrer aux transports les plus doux,
Cependant...

Oenone:
Achevez.

Pâris:
Plus le moment approche,
Plus en secret je me reproche
D'être si peu digne de vous.

Oenone:
Qu'osez-vous dire?

Pâris:
Un Dieu vous donna la naissance,
Et la mienne est encor un mystere pour moi.

Oenone:
Le sort entre deux coeurs ne met point de distance,
Quand l'Amour les unit sous une même Loi.

Ensemble:
Amour, c'est de ta loi suprême
Que j'attends mon suprême bien;
Unis-moi seulement avec l'objet que j'aime;
A tous les autres Dieux, je ne demande rien.


Scène 5
Pâris, Oenone, Troupe de Bergers & de Bergères

Choeur:
Chantons, animons nos Musettes;
Pâris est de retour, l'Amour regne en ces Lieux.
Ce Berger si cher à nos yeux
Ramene les Plaisirs dans ces douces retraites.
Chantons, anirnons nos Musettes
Pâris est de retour, l'Amour regne en ces Lieux,

(On danse)

Un Berger:
Dans ces Lieux loin des allarmes,
Nous goûtons les charmes
De la Paix:
Sort heureux, ne finis jamais.
Bruits de Guerre,
Vous troublez la Terre;
Mais nos Bois sont en repos
Bruits affreux, n'éveillez pas nos Echos.
Dans ces Lieux loin des allarmes
Nous goútons les charmes
De la Paix
Sort heureux, ne finis jamais.

Une Bergère:
Regne toujours dans nos Bocages,
Amour, lance de nouveaux traits,
Et ne souffre dans nos Foréts
D'insensibles, ni de volages.
Soutiens tes droits, vange tes noeuds,
Triomphe, prends soin de ta gloire:
Mais use bien de ta victoire,
Et n'enchaîne les coeurs que pour les rendre heureux.

Un Berger:
Fui loin de nous,
Severe Sagesse;
Fui, rien n'est fi doux
Qu'un trait d'amour qui nous blesse,
A tes rigueurs faut-il qu'on immole
Les plus beaux jours
Qu'on doit aux Amours?
Rien n'en console
Dès qu'ils sont perdus;
Tous les regrets sont superflus.
Le Tems s'envole
Et ne ne revient plus.

Pâris:
Mon coeur ne peut suffire à ma reconnoissance:
Mais Mercure vers nous s'avance.


Scène 6
Mercure, Pâris, Oenone, Troupe de Bergers & de Bergères

Mercure (à Pâris):
Apprends à quel sort glorieux
T'éleve le Maître des Dieux.
Il remet en tes mains une illustre querelle
Arbitre entre Pallas & Junon & Venus,
Donne ce Prix à la plus belle
Ce sont de Jupiter les ordres absolus.

Pâris:
Sur l'honneur d'un tel choix je dois regler mon zele.

(On entend un bruit de Trompettes)

Quel bruit fair retentir ces lieux?

Mercure:
C'est Pallas qui descend des Cieux.


Scène 7
Pallas, la Victoire, la Gloire, Pâris, Oenone,
Troupe de Héros & d'Heroines, Troupe de Bergers & de Bergères

Choeur de Heros & d'Heroïnes:
Courons, volons à la Victoire.
Les grands coeurs sont faits pour la Gloire.

Oenone:
Quels chants viennent troubler nos Concerts les plus doux!
Nos Bois sont-ils faits pour Bellonne?
Allons, Bergers, éloignons-nous.

Pallas:
Demeurez; Pallas vous l'ordonne;
Je ne viens point bannir le repos de ces Lieux:
C'est le plus cher present des Dieux.
La Victoire est soûmise à mon obeïssance;
Mais le bonheur du Monde a pour moi plus d'attraits.
Pallas protege l'innocence,
Et Pallas fait regner la Paix.
Eclatez, bruyantes Trompettes,
Animez les coeurs des Heros;
Resonnez, charmantes Musettes,
Chantez les douceurs du repos.

(On Danse)

Un Héros:
Fille de Jupiter, invinicible Pallas,
Faites briller sur nous 1'éclat de la Victoire:
Ce n'est qu'en marchant sur vos pas
Que l'on peut voler à la Gloire.

Pallas:
Pâris, il faut quitter ces paisibles Retraites,
Un autre sort t'attend, je viens t'ouvrir les yeux;
Je te garde un nom glorieux.
Ce n'est pas pour toi que sont faites
Les douceurs d'un honteux repos.
Eclatez, bruyantes Trompettes,
Animez les coeurs des Heros.

Pâris:
Au seul nom de Heros, un nouveau feu m'enflâme;
La Gloire en ce moment remplie toute mon ame.
O Pallas, soûtenez une si belle ardeur,
Apprenez-moi, pour ranimer mon coeur,
Quel est le sang qui m'a fait naître.

Pallas:
Sans exposer tes jours, tu ne peux te connoître.
Fais ton destin toi-même en marchant sur mes pas;
Mais dans ton sort quand Pallas s'interesse;
Songe au juste retour que tu dois à Pallas.
Rien n'est si beau que la sagesse,
Couronne ses divins appas.

Pâris:
Ah! repondez au desir qui me presse.

Pallas:
Je t'en ai dit assez.

Pâris:
Je ne vous quitte pas.

Oenone:
Demeure cher Pâris. Helas! il m'abandonne.
C'en est fait, je le perds, peut-être sans retour;
Il ne se fouvient plus de sa fidelle OEnone
La Gloire l'arrache à l'Amour.

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ACTE II

Le Theatre represente un Ruisseau formé par le Fleuve Scamandre


Scène 1
Oenone

Oenone (seule)
Ruisseau, qui tant de fois sur tes Rives fleuries
De deux tendres Amants réünis les Troupeaux,
Le tems heureux n'est plus où le bruit de tes Eaux
Flattoit mes douces rêveries.
Je crains le plus grand des malheurs;
Reponds par ton silence à ma douleur profonde;
Arrête le cours de ton Onde.
Et ne sois attentif qu'à voir couler mes pleurs.

Scène 2
Oenone, Doris

Oenone:
Et bien, auprès de toi Pâris vient-il se rendre?
Pourquoi revenois-tu sans lui?
Autrefois il daignoit m’attendre;
C’est moi qui l'attends aujourd'hui.

Doris:
De son retardement pourquoi lui faire un críme?
C'est Pallas qui l'arrache aux transports les plus doux;
Un Amant que la Gloire anime
N'en est que plus digne de vous:
Bientôt vous 1'allez voir paraître.

Oenone:
Ne puis-je me resoudre à ne le voir jamais?
Je vois que pour l'lngrat mes yeux n'ont plus d'attraíts
Cependant de mon coeur il est encor le maître.
J’ai vû tantôt son embarras;
Qu’on se plait en aimant à se tromper soi-même!
Son trouble, ses serments, que je n'exigeois pas,
Tout devoit m'assurer de mon malheur extrême:
Mais tout paroît amour dans un Ingrat qu'on aime.

Doris:
Quoi? ce même Pâris autefois si charmé
Cesseroit de répondre à l’ardeur la plus tendre!

Oenone:
C’est à moi que je dois m’en prendre:
Je crains d el’avoir trop aimé
A peine il m’eut juré des ardeurs éternelles
Que son coeur s’empressa de répondre à ses feux;
Amour, ne fais que de cruelles,
Si les Amants les plus heureux
Doivent être les moins fideles.
Cassandre tous les jours, glace mon coeur d’effroi,
Et la Grece, si je l’en croi
Bientôt me doit être fatale;
Helas, auroit-elle entrepris
De m’ôter le coeur de Pâris?
Me cache-t-elle une Rivale?
Mais c’dst mon Ingrat que je voi,
Il rêve! ah! ce n’est pas à moi.


Scène 3
Oenone, Doris, Pâris

Pâris (Sans appercevoir Oenone)
Pallas sur mon destin garde encor le silence!
Est-ce assez de m'ouvrir un chemin glorieux?

Oenone (à part):
Le cruel! quelle indifference!
Il ne s'apperçoit pas qu’Oenone est en ces Lieux
Fuyons...

Pâris:
Mais j'apperçois Oenone,
Approchons. Elle fuit! où portez-vous vos pas?

Oenone:
Va retourne auprès de Pallas,
Laisse-moi fuir qui m'abandonne.

Pâris:
Se peut-il que Pallas vous allarme en ce jour?
Entre la Gloire & l'Amour
Souffrez que je me partage.
Ce n'est pas être volage
Que les suivre tour a tour.
Entre la Gloire & l'Amour
Souffrez que je me partage.

Oenone:
Dieux! puissai-je n'avoir jamais
D'autre Rivale que la Gloire!
Non, ce n'est pas à ses divins attraits
Que je prétends disputer la Victoire.
Mais je sens dans mon coeur mille troubles secrets,
Je crains, helas! je crains ce que je n'ose croire.
Dieux! puissai-je n'avoir jamais
D'autre Rivale que la Gloire.

Pâris:
Qui peut vous allarmer?

Oenone:
Je crains à tout moment
Que votre coeur ne m'abandonne
Eh! qui peut allarmer Oenone,
Si ce n'est votre changement?
Depuis votre retour je vous cherche en vous-même,
Vous n'avez plus pour moi ce tendre empressement
Qui faisoit mon bonheur suprême:
Je revois en vous ce que j'aime
Mais je n'y vois plus mon Amant.

Pâris:
Songez quelle est la Gloire, où mon destin m'appelle;
Est-ce à moi de la negliger?

Oenone:
Je voi ton coeur prêt à changer;
Que me sert ta Gloire nouvelle?
Peut-elle me dedommager
D'une ardeur autrefois si belle?
Mon Arnant n'étoit qu'un Berger;
Mais ce Berger m'étoit fidele,

Pâris:
Laissez-moi m'occuper le reste de ce jour
Du soin où Jupiter m'engage.

Oenone:
Pourquoi? faut-il, Ingrat, que ton coeur se partage
Quand le mien est tout à l'Amour?
Tu ne mne reponds rien! ce reproche te blesse;
Je voi ton embarras, tu détournes les yeux,
Va, c'est trop te géner, fui.

Pâris:
Moi! que je vous laisse!

Oenone:
Plus tu demeures en ces Lieux
Plus tu joüis de ma foiblesse.
Ma fierté devant toi ne peut que se trahir;
Tu lui fais trop de violence;
Et tu m'ôtes par ta présence
La liberté de te haïr.
Fuis, encore une fois, va, ton aspect m’offence.

(Pâris sort)


Scène 4
Oenone, Doris

Oenone:
Il fuit,

Doris:
Vous l’ordonnez,

Oenone:
Devoit-il m‘oéïr?

Doris:
Arcas paroît, souffrez que je l'évite

Oenone:
Pourquoi fuïr un fidele Amant?

Doris:
S'il est vrai que Pâris vous quitte,
Ne dois-je pas d'Arcas craindre le changement?
Il approche, fuyons.

Oenone:
Doris, il faut l'entendre;
Et s'il te garde encor de fidelles arnours;
Reviens aussitôt raie l’apprendre,
Jaurai besoin de ton secours.


Scène 5
Doris, Arcas

Doris:
Oenone pour toi s'interesse
Si je t'écoute ici, c'est elle qui m'en presse.
Je l'accorde à son amitié.

Arcas:
Tu devois accorder à ma seule tendresse
Ce que j'obtiens de sa pitié.
Ah! Doris se peut-il que tu tois infidelle,
Aprés m'avoir juré d'être toujours à moi?

Doris:
Je ne sens point d'ardeur nouvelle.

Arcas:
En as-tu moins trahi ta foi?
Que devient ce ferment d'une ardeur éternelle?

Doris:
Si tu te plains de ma legereté
N'en accuse que ton absence.
La crainte de ton inconstance
A fait mon infidelité.

Arcas:
Mais du moins il falloit attendre
Si tu me reverrois moins fidele & moins tendre.

Doris:
Seroit-il tems de t'en punir?
Quel dépit pour une Belle
De se laisser prevenir!
Tu pouvois être infidelle;
N'ai-je pû le devenir?

Arcas:
C'en est donc fait, je perds toute esperance.

Doris:
Non, n'espere point de retour.

Arcas:
Et bien, il faut donc qu'à mon tour
Je me livre à l'indifference.

Doris:
Crois-tu le pouvoir aisément?

Arcas:
Tu l'as pû sans beaucoup de peine,

Doris:
Quoi? tu pourrois briser ta chaîne?

Arcas:
Je cherche à finir mon tourment,
Mais que t'importe que je change,
Si ton coeur n'est plus engagé

Doris:
Mon coeur n'est pas assez vangé,
Si ta constance ne le vange.
Un triomphe moins éclatant
Feroit douter de ma victoire
Je ne veux pas qu'on puisse croire
Que je te laisse en quittant
La liberté d'en faire autant;
Et si tu prends soin de ma gloire
Tu ne peux être assez constant.

Arcas:
Doris, cette gloire nouvelle
Flatteroit trop ta vanité;
C'est trop d'un Amant si fidelle
Pour une volage Beauté.
Il est tems que je me dégage.

Doris:
Quoi? tu me ferois cet outrage!

Ensemble:
Non , ne crois pas me quitter,/m’arrêter,
Perds une esperance vaine,
Tu ne dois pas te flatter
De pouvoir briser ma/Que je porte encor ta chaîne
Non, ne crois pas me quitter,/m’arrêter.

Arcas:
Pour oublier une Inhumaine,
Il faut loin de ses yeux pour jamais me bannir.

Doris:
Sui ce fier dépit qui t'entraîne;
Va, je t'attends pour t'en punir.


Scène 6
Doris, Arcas, Pâris

Pâris:
Eloignez-vous, Iris vient de m'apprendre
Qu'en ces Lieux Junon va descendre.

(On entend gronder le Tonnerre)

Le Maître Souverain des Cieux
Nous l'annonce par son Tonnerre.

Doris & Arcas:
Fuyons, sauvons-nous de ces Lieux.


Scène 7
Pâris

Pâris (seul):
Que mon destin est glorieux!
Junon ne descend sur la Terre
Que pour y paroître à mes yeux.


Scène 8
Pâris, Junon, la Fortune,
Suite de junon, Troupe de Favoris de la Fortune

Choeur:
Que tout celèbre ici la Gloire
De la Reine de l'Univers:
Qu'on prepare pour sa Victoire
Mille nouveaux Concerts.

Junon:
Sur la Reine du Ciel, de la Terre & de l'Onde,
Pâris, jette un moment les yeux;
L'Hymen du Dieu puissant, par qui la Foudre gronde,
Me flatte d'un prix glorieux;
Imite le Maître du Monde:
Son choix en ma faveur a déja prononcé:
C'est à toi d'achever ce qu'il a commencé.

Pâris:
Je respecte la Loi suprême
Mais après Jupiter est-ce à moi de juger?
Quelle audace pour un Berger?

Junon:
En te donnant ce nom, te connois-tu toi-même?

Pâris:
En vain j'ai sur mon sort interrogé Pallas.

Junon:
Elle a trop d'interêt à ne t'instruire pas
D'un sort d'où dépend ma Victoire;
Pallas ne peut t'offrir qu'une impuissante Gloire;
C'est à moi d'ouvrir à tes pas
La plus éclatante Carriere;
Reconnois Junon toute entiere;
Et vous, Divinité des coeurs ambitieux,
Fortune, embellissez ces Lieux.

(Le Theatre change, & represente le Palais de la Fortune)

(On danse)

Choeur de Favoris de la Fortune:
Digne Epouse du Dieu qui lance le Tonnerre,
O puissante Junon, daignez nous exaucer:
C'est à vous seule à dispenser
Toutes les grandeurs de la Terre.

(On Danse)

Une Suivante de la Fortune:
Souveraine des Cieux
Daignez nous entendre!
D'un regard de vos yeux,
Notre sort va dépendre.

(Le Choeur répete ces Vers)

Une Suivante de la Fortune:
A votre voix,
La Fortune vole,
Et plus legere mille fois
Que les Sujets d'Eole
Elle porte vos Loix
De l'un à l'autre Pole.

Choeur:
Souveraine des Cieux
Daignez nous entendre!
D'un regard de vos yeux
Notre sort va dépendre.

Junon (à Pâris):
Tu vois l'éclat qui t'environne.
Tous ces biens sont à toi; c'est Junon qui les donne.

Pâris:
Je pourrois esperer...

Junon:
Tu sort du Sang des Rois.

Pâris:
Du Sang des Rois!

Junon:
Priam t'a donné la naissance:
Mais n'espere jamais la suprême puissance,
Si Jupon ne soûtient tes droits.

Pâris:
Ah! par quelle reconnoissance...

Junon:
C'est moi qui fais les Rois; merite un si grand nom,
Et si tu veux regner, fair triompher Junon.


Scène 9
Pâris

Pâris (seul):
Quels mouvements confus s'élevent dans mon ame!
Quelle nouvelle ardeur m'enflâme!
Je pourrois disputer Helene à mes Rivaux!
Ciel! quel bonheur! Dieux! quelle gloire!
Tremblez Princes, tremblez, le fort nous rend égaux,
Et l'Amour en secret me promet la Victoire.

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ACTE III

Le Théâtre represente le Rivage de la Mer du côté que le Scamandre s’y va jetter


Scène 1
Doris

Doris (seule):
C’est par mes foins qu'Oenone veut apprendre
Si Pâris lui manque de foi
Par mon ordre en ces Lieux Arcas a dú se rendre
J'ai crû qu'il prendroit soin de s'y rendre avant moi:
Son peu d'empressement me donne tout à craindre;
Briseroit-il des noeuds que je n'ai pas rompus?
Quel supplice, s'il n'aimoit plus
Lorsque je ne fais que le feindre!

Par une inflexible rigueur,
N'eprouvons jamais la constance,
Une eternelle indifference
Allarme la plus vive ardeur;
L'Amour dans le plus tendre coeur
Ne peut survivre a l'esperance.


Scène 2
Doris, Arcas

Arcas (à part):
Doris ma prévenu, que dois-je en présumer?

Doris (à part):
Je vois Arcas , ma crainte [?]

ARCAS (Arcas):
Feignons pour un moment de ne la plus aimer.

Doris:
Je me plaignois de ta paresse,

Arcas:
Pourquoi veux-tu que je me presse
De te montrer un objet odieux?
Mais apprends le dessein qui m'amene en ces Lieux,
Doris enfin je viene te dire...

Doris:
Le trouble de ton coeur qui paroît dans tes yeux
M'en dit plus que je ne desire.

Arcas:
Laissons les Discours superflus,
Doris, enfin je viens te dire...

Doris:
Que toujours malgré toi ton coeur pour moi soûpire.

Arcas:
Oublions des liens rompus.
Doris enfin je viens te dire,

Doris:
Eh! quoi

Arcas:
Que je ne t'aime plus.

Doris:
Arcas, cherche pour me surprendre
Un plus ingenieux détour
J'entends ce que je dois entendre;
Non, ton coeur pour Doris n'eut jamais plus d'amour.

Arcas:
Quoi? tu ne m'en crois pas? veux-tu que je le jure?

Doris:
Tu le jurerois vainement.
Contre ta bouche en ce moment
Ton coeur, en secret me rassure;
Et je ne t'épargne un serment,
Que pour t'épargner un parjure.
N'ai-je pas ces mêmes attraits
Qui devoient à mes Loix t'asservir pour jamais?

Arcas:
Tu pouvois compter sur tes charmes,
Lorsque je comptois sur ta foi.
Si je ne t'aime plus, ne t'en prends pas à moi;
Tu viens de me prêter des Armes
Qui me font triompher de toi
Tu pouvois compter sur tes charmes
Lorsque je comptois sur ta foi.

Doris:
IL est donc vrai que ton coeur change.

Arcas:
N'en doute point mon coeur se vange.

Doris:
Un coeur si prompt à se vanger,
N'eut jamais une ardeur parfaite.
Va, fui le doux penchant qui te porte à changer;
Mais ne crois pas que je regrete
Un coeur si prompt se vanger.
C'en est fait, je vais prendre une chaîne nouvelle;
Mille autres coeurs me font offerts:
Mais apprend que j'étois fidelle,
Pour mieux sentir ce que tu perds.
Pour t'éprouver, j'ai feint d'être Inconstante,
Je n'ai que trop bien réüssi.

Arcas:
Dovis, même succès a rempli mon attente,
J'ai voulu t'éprouvcr aussi.

Doris:
Que m'apprends-tu? dois-je t'en croire?

Arcas:
En peux-tu douter un moment?
Ce seroit dementir ta gloire,
Que de croire mon changement.

Ensemble:
Oublions nos regrets & reprenons nos chaînes,
Suivons nos plus tendres desirs;
Et pourquoi nous faire des peines
Quand l'Amour à nos coeurs n'offre que des plaisirs?

Doris:
Pour son amour, OEnone a tout à craindre;
Ne pourrois-tu calmer le trouble de son coeur?

Arcas:
Oenone n'est que trop à plaindre;
Puisse-t'elle à jamais ignorer son malheur!
Elle vient, l'amitié t'engage
A lui cacher un sort qu'elle doit redouter;
Lorsqu'un Amant est volage
C'est un bien que d'en douter.


Scène 3
Doris, Oenone

Oenone:
Quel est le succés de ton zele?

Doris:
Arcas ne m'a rien déclaré.

Oenone:
Jusqu'au tond de son coeur as-tu bien pénetré?

Doris:
Pourquoi vous faire encore une peine nouvelle?

Oenone:
Quoi? Pâris me feroit fidele!
En puis-je croire à tes discours!
Pâris me garderait de constantes amours?

Doris:
C'est trop le soupçonner d'avoir un coeur volage.

Oenone:
Helas! si ce soupçon l'outrage,
Je le paye assez cherement;
Il vient: que son empressement
Pour mon amour est d'un heureux presage!


Scène 4
Oenone, Pâris

Pâris:
Oenone, sçavez-vous quel destin glorieux
M'annonce la Reine des Cieux?
Jupon passe mon esperance.
Je sors du Sang des Rois.

Oenone:
Du Sang des Rois! grands Dieux!

Pâris
Priam m'a donne la naissance.

Oenone:
Priam! que dites-vous? vous me faites trembler.
Quel Sang! c'est pour le voir couler
Que Jupon vous le fair connaître;
Ignorez-vous le sort qui menace vos jours?
Le Roi même qui vous fit naître
En voulut terminer le cours.

Pâris
Je sçais tout; mais vien ne m’étonne,
Eh! qu'ai-je à redouter si Jupon est pour moi?

Oenone:
Et si Junon vous abandonne
Qui pourra calmer mon eimoi?
Dieux! faut-i1 qu'en un jour contre moi tout conspire!
Je frrmis. Prevenez un trop funeste sort.
Fuyez, sauvez-vous d'un Empire,
Où l'on a juré votre mort.

Pâris
Moi? fuir, quand il faut que je regne!
Non, non; ne craignez rien, c'est trop vous allarmer.

Oenone:
Barbare, apprends-moi donc à ne te plus aimer,
Si tu ne veux pas que je craigne.
Sur les Bords que mon Pere arroe de ses Flots,
Viens joüir d'un bonheur tranquile;
Quand le sort te poursuit, l'Amour t'offre un azile.

Pâris
Est-ce à moi de languir dans un honteux repos?
La Couronne à mes yeux fait briller trop de charmes;
Regnons, regnons, rien n'est si beau.
Que Bellonne en ces Lieux allume son flambeau;
Que le Dicu terrible des Armes
Fasse par tout & du Sang & des Larmes;
Qu'il m'ouvre au pied du Trône un funeste Tombeau;
La Couronne à mes yeux fair briller trop de charmes;
Regnons, regnons, rien n'est si beau.

Oenone:
Tu me vaintes toujours l'éclat de ta Couronne;
Pour toi n'est-i1 plus d'autre bien?
Ingrat, ne comptes-tu pour rien
De regner fur le coeur d'Oenone?

Pâris
Hélas!

Oenone:
Quelle pitiè pour moi vient t'attendrir!
De ce soupir forcé que n'aí-je pas à craindre?
Tu ne me plaindrois pas, si je n'étois à plaíndre.

Pâris
Avee vous, s'il se peut, je veux vivre mourir.

Oenone:
S'il se peut! ah! cruel!

Pâris
Si je vous abandonne,
Si jamais le destin l'ordonne
Je ne sçais qui de nous aura plus à souffrir.

Oenone:
Que de maux à la fois! O Fortune cruelle!
Est-il pour un coeur tendre un plus affreux tourment?
Mais le peril de mon Ainant
Me fait presque oublier qu'il doit être infidelle.

(On voit paroitre Venus Jans une Conque marine)

Je vois la Mere des Amours,
O Venus! c'est vous que j'implore;
Tendre Venus, sauvez ce que j’adore,

Vénus:
Va, je prendrai soin de ses jours.


Scène 5
Pâris, Vénus,
Suite de Vénus

Vénus:
Tout ressent ici ma presence,
Tout y répond à mes desirs;
Les Flots où j'ai pris la naissance,
A mon aspect, perdent leur violence.
Les plus fiers Aquilons deviennent des Zephirs:
Vous qui suivez mes Loix, annoncez ma puissance.

Choeur:
Aimable Mere des Amours,
Regnez, brillez, charmez toujours.
Vous soumettez à votre Empire
Les Enfers, la Terre & les Cieux:
Vous triomphez des plus grands Dieux;
Vous faites le bonheur de tout ce qui respire.
Aimable Mere des Amours,
Regnez, brillez, charmez toujours,

(Pâris répete ces deux derniers Vers)

(On danse)

Vénus (à Pâris):
De toi seul deformais dépend toute ma gloire;
Tu vas donner un prix dont je dois me flatter,
Et je paye assez cher l'honneur de la Victoire,
Quand on me l'ose disputer.

Pâris:
Je sçais l'hommage qu'on doit rendre
A des attraits toujours vainqueurs:
Venus a droit de tout prétendre;
Elle regne sur tous les coeurs.

Vénus:
Vous qui les forcez tous à me rendre les Armes,
Volez, Jeux & Plaisirs, embellissez ma Cour;
Faites briller dans ce séjour
Tout ce que l'Amour a de charmes.

(Les Plaisirs & les Jeux obéïssent à la voix de Venus. Le Theatre s'embellit)

(On danse)

Pâris (à Venus):
A m'enchanter à l'envi tout conspire
Non; le sort d'un coeur qui soupire
Ne peut faire trop de jaloux:
Tendre Venus, rien n'est si doux
Que de vivre sous Votre Empire.

Vénus:
En vain de mes faveurs ton coeur paroît charmé,
Non; tu ne connois pas encor le bien suprême;
Il ne dépend pas d'être aimé,
Mais d'être aimé de ce qu'on aime.

Pâris:
Oenonne sent pour moi la plus parfaite ardeur,
Nous devons être unis dans une éternelle chaîne.

Vénus:
Pâris, consulte bien ton coeur
Pourras tu te resoudre à vivre sans Helene?

Pâris:
Ciel! quel nom me rappellez-vous?

Vénus:
Il ne tiendra qu'à toi d'être l'heureux Epoux
D'une Beauté qui n'eut jamais d'égale
Moi-même je craindrois de l'avoir pour Rivale,
Si Pâris jugeoit entre nous.

Pâris:
Ah! pourquoi me flatter de l'espoir le plus doux!
Mon trouble, ma langueur malgré moi vous exprinme
Le penchant qui m'entraîne aux plus aimables noeuds:
Helas, que je serois heureux,
Si je pouvois l'être sans crime!

Vénus:
C'est trop perdre en discours de precieux moments
Hâte-toi de former la plus aimable chaîne:
Une Epouse telle gu'Helene
Merite des empressements.

Pâris:
C'en est fait, je me rends; tout m'invite à vous croire,
Mais je vous dois un trop juste retour;
Pour mon bonheur, pour votre gloire
Que tout conspire en ce grand jour
Regnez, Belle Venus, remportez la Victoire
Sur toutes les Beautez du celeste séjour.
Habitans fortunez de ce charmant Rivage,
Venez, formez de nouveaux Jeux
Accourez; que tout rende hommage
A la Divinité qui va me rendre heureux.

(Les Matelots du Rivage accourent à la voix de Pâris,& viennent faire leur Cour à Venus)

Un Matelot:
Fille de l'Onde & Mere des Amours,
Belle Venus, protegez-nous toujours.
Triomphez, charmante Déesse,
Des Vents & des Flots irritez.
Dans les coeurs que l'Amour a longtems agitez,
C'est par vous que l'Orage cesse.
Fille de l'Onde &tc...

(On Danse)

Une Matelotte:
Dieu d'Amour,
Sous tes Loix, comme sur l'Onde,
Le Vent gronde,
Mais il vient un jour,
Où des Biens remplis de charmes,
Après mille allarmes
Ont leur tour.
Les soupirs
Tót ou tard font qu'on arrive
Sur l'aimable Rive
Des Plaisirs.
Mais, le Vent nous fut-il contraire,
Il faur toujours nous ernharquer:
Qui checche à plaire,
Doit risquer.

(on Danse)

Tendres coeurs,
Quand sur l'amoureux Neptune
La Fortune
S'arme de rigueurs,
Faut-il qu'elle vous étonne?
Le succez couronne
Les Vainqueurs.
C'est à tort
Que vous perdez l'esperance;
La perseverance
Mene au Port.
Il faut être un peu temeraire,
Quand on voit naître le danger;
Le Vent contraire
Peut changer.

(On danse)

Une Matelotte:
Qui s'embarque avec les Amours
Ne doit point redouter d'Orage:
C'est dans la saison des beaux jours
Qu’il faut faire un si doux voyage
Puisse-t'il être de long cours,
Il n'en plaira que davantage.

(On danse)

Vénus:
Il est tems de répondre à ton amour extrême:
Viens, traversons les Flots pour hâter ton bonheur;
Je veux te presenter moi-même
A l'Objet qui charme ton coeur.

(Venus & Pâris entrent dans la Conque marine)

Choeur de Suivants de Venus:
Venus, vous êtes triomphante;
Que Pâris triomphe à son tour;
Que tout célebre, que tout chante
Votre nouvelle Gloire & son nouvel Amour.
Venus, vous êtes triomphante;
Que Pâris triomphe à son tour.


Scène 6
Junon, Pallas, Vénus, Pâris, Oenone,
Suite de Vénus, Suite de Pallas

Oenone:
Justes Dieux! que viens-je d'entendre!
Pâris m'ose manquer de foi,

Junon:
Quoi? Venus l'emporte sur moi!

Pallas:
On meprise Pallas

Vénus (à sa Suite):
Partons sans plus attendre,

Oenone:
Il me quitte! ô douleur! O regrets superflus!
Helas! je ne le verrai plus.

Junon:
Le triomphe d'une Rivale
M'enflàme d'un juste couroux.

Pallas:
L'offense entre nous est egale;
Unissons nos transports jaloux.

Ensemble:
Que tout ressente notre rage;
Faisons regner sur ce Rivage
La Vangeance & la Cruauté,
Non; il n'est point de plus sensible outrage
Que le mépris de la Beauté,

Pallas (à sa Suite):
Suivez mes pas Troupe Guerriere,
Il est tems de remplir le destin de ces Lieux.

Junon:
Allez contre Ilion armer la Grece entiere.
Moi,je vais armer tous les Dieux.


Scène Dernière
Junon

Junon (dans son Char):
Tout s'aprête pour ma vangeance.
Lieu fatal, où Pâris a recû la naissance,
Malheureux Ilion,commence de trembler,
Je vole dans les Cieux pour en faire descendre
La Foudre qui doit t'accabler.
Quel triomphe pour moi! que de pleurs vont couler!
Que de cris vont se faire entendre!
C'en est fait, tu peris, rien ne peut te défendre.
Je voi parmi les Airs à grands Flots se répandre
Les Feux dont je te fais brûler;
Peuples, Palais, Remparts, tout est reduit en cendre.

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