La
Fête
de Flore
Pastorale
en I Acte
representé
devant sa Majesté à Fontainebleau
le Jeudi 15 Novembre 1770
livret
de Mr de Saint-Marc
musique
de: Mr
Trial
Directeur
de l'Académie-Royale de Musique,
& de la Musique de S.A.S. Monseigneur le Prince de
Conti
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les
personnages de la Pastorale:
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les
interprètes:
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Flore
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La
Dlle Rosalie
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Hylas,
Berger, Amant d'Eucharis
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le
Sr le Gros
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Eucharis,
Bergere, Prêtresse de Flore
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La
Dlle Beaumesnil
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Céphise,
Bergere coquette
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La
Dlle l'Arrivée
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La
Guirlande d'Eucharis doit être blanche; celle de
Céphise couleur de rôse; celle d'Hylas verte;
la Guirlande, supposée de Daphnis, jaune &
violette
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La
Scène est en Thessalie
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Le
théâtre représente un boccage, au fond
duquel est une espece de sanctuaire, où il y a un
autel, sur lequel est la Statue de Flore. Il y a, à
ce Sanctuaire, deux autres entrées, ou passages,
formés naturellement par le jeu des arbres, de
maniere qu'on puisse aller à l'autel, & revenir
sur le devant de la scène par ces passages, ainsi que
par le Sanctuairemême. Au pié de l'autel sont
plusieurs guirlandes & couronnes, composées de
toutes sortes de fleurs. Sur un des angles du devant de
l'autel sont deux guirlandes enlacées, l'une blanche,
l'autre verte.
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Céphise,
seule:
Amour, Amour, prête-moi tous tes charmes:
Lance par moi tes traits vainqueurs.
Sans éprouver ton trouble & tes vives
allarmes,
Que je les porte au fond des coeurs.
Avec plus
d'art, l'heureuse indifference
Use des moyens de charmer:
C'est pour mieux servir ta puissance
Que je ne veux jamais aimer.
Hylas a le
coeur tendre, & je n'ai pului plaire:
Trompé par mon adresse, il a fui sa bergere;
Mais, en ce jour de fête, il revient plus
épris;
Il unit son hommage à celui d'Eucharis:
Suivons, pour me venger, le dépit qui
m'éclaire.
[Céphise,
qui a sa guirlande à la main, la joint à
celled'Hylas, & met du même côté,
mais, sur le derriere de l'autel, la guirlande d'Eucharis,
en y joignant celle de Daphnis]
[on
entend une simphonie, qui annonce les
bergers]
Mais
déjà nos bergers s'avancent vers ces
lieux.
Pour remplir mes projèts profitons de nos
jeux.
[une
troupe de bergers, de bergeres, de pastres & de
pastourelles porte, en dansant, au pié de l'autel de
nouvelles guirlandes & de nouvelles couronnes de
fleurs]
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Scene
2
Eucharis,
Bergers, Bergeres, Pastres, &
Pastourelles
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Le
Choeur:
Rivale de la jeune Aurore,
Fille rïante du printems,
Reçois de nous, charmante Flore,
L'hommage pur de tes présents.
Il n'est point de plus doux encens
Que les fleurs, que tu fais éclore.
[on
danse]
Eucharis:
Un dieu bienfaisant
Forma la nature:
La terre, en naîssant,
Te dût sa parure.
L'amant de Thétis,
Au sortir de l'onde,
Eclaire le monde,
Et tu l'embellis.
Le
Choeur:
Reçois de nous, charmante Flore,
&c.
Eucharis:
De tes dons brillants
Vénus se couronne;
Les tendres amants
En parent son trône:
Le plaisir toûjours
En fait, sur tes traces,
L'ornement des grâces,
Le noeuds des amours.
Un dieu
bienfaisant, &c.
Le
Choeur:
Rivale de la jeune Aurore, &c.
Eucharis:
Heureux habitants de ces lieux,
C'est assés célébrer votre
reconnaissance.
Allés joüir des biens que Flore vous
dispense:
Je vais lui présenter vos voeux.
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Eucharis,
seule:
Ah, qu'un coeur tendre est un crüel partage,
Et qu'on souffre en aimant des tourments rigoureux,
Lorsque nos peines sont l'ouvrage
De l'objet même de nos feux !
[appercevant
la guirlande d'Hylas jointe à celle d'une autre
bergere]
Mais que
vois-je ? quel prix de mon ardeur sincere !
La guirlande d'Hylas jointe, par mille noeuds,
A celle d'une autre bergere !
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Scene
4
Eucharis, Céphise
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Céphise:
De ce jour, fait pour le plaisir,
Pourquoi ne pas goûter les charmes ?
Dans vos yeux j'ai lu vos allarmes:
Je viens les partager, je viens les adoucir.
Votre
tristesse
S'accroît sans cesse;
Parlés sans détour.
Prêtresse de Flore,
Seriés-vous encore
Victime de l'Amour ?
Eucharis:
Helas !
Céphise:
Le tendre Amour vous forma pour sa gloire;
Non, la belle Eucharis n'aime point vainement.
Eucharis:
Céphise !... Hylas est inconstant.
Ah, qu'il m'en coûte pour le croire !
Céphise:
Regretter un perfide amant
C'est mériter une nouvelle offense.
Les pleurs que l'amour répand
Font la gloire de l'inconstance.
Eucharis:
Eh, Comment de l'ingrat perdre le souvenir ?
Ah ! de mon coeur je ne puis le bannir.
Céphise:
De la fleur la plus belle
Voyés le destin.
Chaque matin,
Une rôse nouvelle
Pare notre sein.
Le
plaisir, comme elle,
Au gré des amours,
Change tous les jours.
De ce bien suprême
Sachons nous saisir:
Qu'importe qu'il soit le même,
Si c'est un plaisir ?
Eucharis:
L'amour leger & volage
N'a que de trompeurs attraits:
Pour plaire aux coeurs qu'il engage,
Du bonheur il offre l'image,
Mais ne le donne jamais.
Céphise:
De la fleur la plus belle, &c.
Eucharis,
appercevant Hylas:
Que vois-je ? o dieux ! Hylas s'avance.
Pour lui cacher mes pleurs, évitons sa
présence.
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Hylas,
à Eucharis, qui sort:
Belle Eucharis, hélas, quelle injuste rigueur !
Eh quoi, vous me fuyés ?... o tendresse fatale
!
Céphise,
à part:
Vengeons-nous, je le dois: détruisons ma rivale;
Ma gloire l'ordonne à mon coeur.
[à
Hylas]
A nos
desirs, berger, vous daignés donc vous rendre !
La joie enfin renaît dans nos coeurs
attendris.
Hylas:
Ah ! si je vous suis cher, parlés-moi d'Eucharis.
Parlés; ne dois-je plus attendre
Que des rigueurs & des mépris ?
Céphise:
Loin de succomber à ses peines,
L'amant, qui gémit sous ses chaînes,
Ne doit songer qu'à les quitter.
L'Amour a
des aîles
Pour fuir les crüelles:
Il faut l'imiter.
Hylas:
Quelle beauté pourrait encor me plaire ?
Eucharis trahit ses serments.
Il n'est plus de tendre bergere,
Plus de bonheur pour les amants.
Quoi, je
n'ai donc plus d'espérance ?
Céphise:
L'amour vous offre une vengeance,
Qui vous servira mieux
Qu'une vaine constance;
Hylas, ouvrés les yeux.
Quand
l'Amour nous appelle,
S'il nous prescit un nouveau choix,
Volons à sa voix.
Une ardeur
nouvelle
Doit nous enflâmer:
Laîssons-nous charmer.
C'est être fidele
Que toûjours aimer.
Hylas:
Abandonné par celle que j'adore
Ah, faut-il que l'Amour me force à la servir
!
Céphise:
Et si, plus insensible au feu qui vous dévore,
Elle aimait un berger...
Hylas:
Je la voudrais haïr;
Ma mon coeur l'aimerait encore.
Céphise:
Eh bien, forme de vains desirs,
Hylas, brûle pour ta bergere.
Ce n'est qu'en amusant que l'on parvient à
plaire:
L'ennui toûjours suit les tristes
soûpirs.
L'Amour
doit avoir en partage
La legereté de Zéphir.
Toûjours
rïant, souvent volage,
Comme lui, changer & joüir:
Sans les charmes du badinage,
Serait-il le dieu du plaisir ?
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Hylas,
seul:
Amour, si tu te plais à ma douleur mortelle,
Si les maux d'un coeur tendre ont pour toi des appas;
Quels maux, quelle peine crüelle
Reserves-tu pour punir les ingrats ?
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Hylas,
à Eucharis qui paraît & veut, en voyant
Hylas, rentrer dans le bosquet de Flore:
Envain vous évités le malheureux Hylas,
Vous m'envïés en vain la douceur de me
plaindre.
Quand on n'est plus aimé, que reste-t-il à
craindre ?
Partout je veux suivre vos pas.
Eucharis:
Ingrat, cessés de vous contraindre.
Allés vivre heureux, loin de moi,
Si l'on peut être heureux en trahissant sa
foi.
Hylas:
Moi, vous trahir ? hélas ! je vous adore.
L'Amour, qui m'impôsait un exil rigoureux,
Me conduit, pour vous seule, à la fête de
Flore:
Eucharis & l'Amour voilà mes premiers
dieux.
J'ai voulu
vous revoir encore;
Vous peindre ma constance, en offrant à vos yeux
Ma guirlande à la votre unie.
Eucharis,
lui montrant l'autel:
A la mienne ! regarde, & vois ta perfidie.
Hylas,
appercevant sa guirlande jointe à celle de
Céphise:
Quelle barbare main a pu tromper mes feux ?
[s'approchant
plus prés de l'autel & voyant la guirlande
d'Eucharis jointe à celle d'un autre
berger]
Mais que
vois-je ? o douleur mortelle !
Puis-je le croire ? j'en frémis !
Votre guirlande jointe à celle de Daphnis...
Dieux ! est-ce donc à vous, cruëlle,
De m'accuser d'être infidele ?
Eucharis:
Ce n'était pas assés de ta
legereté:
Cet artifice est ton ouvrage.
Hylas:
Qu'entends-je, grands dieux ! quel outrage !
Vous croyés...
Eucharis:
Laîsse-moi gémir en liberté.
Je ne veux plus entendre un perfide, un parjure.
[elle
veut sortir]
[on
entend une douce simphonie]
Mais quels
accents mélodïeux !
L'air, plus pur & plus frais, rajeunit la verdure:
Le feuillage s'anime & répand dans ces lieux,
Avec un doux murmure,
Mille parfums délicïeux.
Hylas:
C'est Flore qui paraît. Elle prévient mes
voeux.
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Scene
8
Hylas, Eucharis, Flore,
l'Himen, l'Amour, les Jeux & les
Plaisirs
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[Flore
descend dans un char de fleurs. L'Himen & l'Amour sont
à ses côtés: les Plaisirs & les Jeux
sont sur un second plan]
Flore:
Goûtés le prix d'une égale
constance.
Céphise en vain voulut vous désunir:
Le ciel trompe son esperance.
Votre bonheur doit assés la punir:
Ce sera ma seule vengeance.
Eucharis
& Hylas, à Flore:
Notre reconnoissance
Egale le bonheur dont nous allons joüir.
Flore,
toûjours dans son char, d'où l'Amour &
l'Himen, les Jeux & les Plaisirs descendent:
Sensibles à votre tendresse,
Avec moi, l'Himen & l'Amour
Et les Plaisirs, qui vous suivront sans cèsse,
Viennent vous unir en ce jour.
Eucharis,
à Hylas:
Pour jamais à toi je m'engage.
Hylas:
J'enchaîne, pour jamais, le bonheur sur mes pas.
Non, jamais à d'autres appas
Je ne porterai mon hommage.
Eucharis:
Non, mon coeur ne changera pas:
Non, tu ne peux être volage.
Flore:
Que ces lieux soient changés en des jardins
charmants.
Qu'on y respire une volupté pure.
Tout droit jouïr dans la nature
De la felicité de deux parfaits amants.
[elle
part]
[le
théâtre représente les jardins les plus
riants]
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Scene
9 & derniere
Hylas, Eucharis,
l'Himen, l'Amour, les Jeux & les Plaisirs,
Bergers, Bergeres, Pastres, &
Pastourelles
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[on
danse]
Eucharis,
Hylas & le Choeur:
Que nos chants, que nos jeux répondent à nos
coeurs,
Pour célébrer notre aimable immortelle.
Que notre ardeur soit digne d'elle,
Et renaîsse comme ses fleurs.
Nos jours,
sous son rïant empire,
N'ont que des moments pleins d'attraits.
Chantons le plaisir qu'elle inspire,
Chantons sa gloire & ses bienfaits.
[on
danse]
Eucharis:
Jeunes beautés, que l'Amour vous éclaire:
L'art d'enflâmer n'offre qu'un faux honneur.
Il vous égare, & le seul don de plaire
N'est qu'un plaisir, & jamais un bonheur.
Enchaînés-vous par des lïens durables:
Pour votre coeur le bonheur est certain.
Ne craignés pas d'en être moins aimables:
Plaire & charmer c'est-là votre
destin.
[on
danse]
Hylas:
Des dons brillants de Flore
Le doux printems emprunte ses attraits:
Ainsi le dieu charmant que l'univers adore
A la beauté doit tous ses traits.
C'est elle
qui porte en nos âmes
Le sentiment & les desirs.
Un seul de ses regards sur nous lance les flâmes
Du dieu, que suivent les plaisirs.
[un
Divertissement géneral termine cette
Pastorale]
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