Les
Festes
de l'Amour
& de Bacchus
Pastorale
representée pour la premiére fois par
l'Academie Royale de
Musique
livret
de Philippe Quinault & Molière
musique
de: Jean-Baptiste
Lully
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les
personnages du Prologue:
Deux
hommes du Bel-Air
Deux femmes du Bel-Air
Un Gentil-homme Gascon
Le Baron d'Esbarat
Un Suisse
Un vieux Bourgeois babillard
Une vielle Bourgeoise babillarde
La fille du Bourgeois & de la Bourgeoise
Polymnie,
Melpomene, & Euterpe, Muses
Troupes de
gens de differentes Provinces & de toute sorte de
conditions
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Le
Theatre est une grande Salle de Spectacles
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La
Scene represente une grande Salle, où l'on void les
plus superbes ornemans que l'Architecture & la Peinture
puissent former. Elles est disosée pour un Spectacle
magnifique, & l'on y void dans l'enfoncement un grand
Vestibule percé qui laisse paroistre un superble
Palais au milieu d'un Jardin. On y découvre une
multitude de gens de Provinces differentes qui sont placez
dans les Balcons aux deux costez du Theatre. Un homme qui
doit donner des Livres aux Acteurs commence à dancer
dés que la Toile est levée, toute la multitude
qui est dans les Balcons s'écrie en musique pour luy
demander des Livres, mais il est détourné d'en
donner par quatre Importuns qui le suivent, & qui
l'environnent
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Tous
ensemble:
A moy, Monsieur, à moy de grace, à moy
Monsieur,
Un Livre, s'il vous plaist, à vostre
serviteur.
Homme du
bel air:
Monsieur, distinguez-nous parmy les gens qui crient,
Quelques Livres icy, les Dames vous en prient.
Autre
Homme du bel air:
Hola Monsieur, Monsieur, ayez la charité
D'en jetter de nostre côté.
Femme du
bel air:
Mon Dieu ! qu'aux personnes bien faites
On sçait peu rendre honneur ceans ?
Autre
femme du bel air:
Ils n'ont des Livres & des bancs
Que pour Mesdames les Grisettes.
Gascon:
Aho ! l'homme aux libres, qu'on m'en baille,
I'ay déja le poumon usé,
Bous boyez que chacun mé raille,
Et jé suis escandalisé
De boir és mains de la canaille
Ce qui m'est par bous refusé.
Autre
Gascon:
Eh cadedis, Monseu, boyez qui l'on peut estre,
Un Libret, je bous prie, au Baron Dasbarat,
Ié pense, mordy, que le fat
N'a pas l'honneur dé mé connestre.
Le
Suisse:
Mon'-sieur le Donneur de papieir,
Que veul dir sty façon de fifre ?
Moy l'écorchair tout mon gozieir
A crieir,
Sans que je pouvre afoir ein lifre,
Pardy, mon foy, Mon'-sieur, je pense fous l'estre
ifre.
[le
Donneur de Livres fatigué par le Quatre Importuns, se
retire en colere]
Vieux
Bourgeois babillard:
De tout cecy franc & net
Ie suis mal satisfait,
Et cela sans doute est laid
Que nostre fille
Si bien faite & si gentille
De tant d'amoureux l'Objet,
N'ait pas à son souhait
Un Livre de Balet
Pour lire le sujet
Du divertissement qu'on fait,
Et que toute nostre famille
Si proprement s'habille,
Pour estre palcé au sommet
De la Sale, où l'on met
Les gens de l'entriguet.
De tout cecy franc & net
Ie suis mal satisfait,
Et cela sans doute est laid.
Vieille
Bourgeoise babillarde:
Il est vray que c'est une honte,
Le sang au visage me monte,
Et ce Jetteur de Vers qui manque au capital
L'entend fort mal,
C'est un brutal
Un vray cheval,
Franc animal,
De faire si peu de conte
D'une Fille qui fait l'ornement principal
Du quartier du Palais Royal,
Et que ces jours passez un Comte
Fut prendre la premiere au Bal,
Il l'entend mal,
C'est un brutal
Un vray cheval,
Franc animal.
Hommes
& femmes du bel air:
Ah quel bruit ! Quel fracas ! quel cahos ! quel
mélange !
Quelle confusion ! quelle cohus étrange !
Quel desordre ! quel embaras !
On y seche, l'on n'y tient pas.
Gascon:
Jé murs.
Autre
Gascon:
Jé pers la tramontane.
Le
Suisse:
Mon foy, moy le foudrois estre hors de dedans.
Vieux
Bourgeois babillard:
Allons, ma mie,
Suivez mes pas,
Je vous en prie,
Et ne me quittez pas;
On fait de nous trop peu de cas,
Et je suis las
De ce tracas;
Tout ce fatras,
Cet embaras,
Me pese par trop sur les bras;
S'il me prend jamais envie
De retourner de ma vie
A Ballet ny Comedie
Je veux bien qu'on m'estropie.
Allons, ma mie,
Suivez mes pas,
Je vous en prie,
Et ne me quittez pas;
On fait de nous trop peu de cas.
Vieille
Bourgeoise babillarde:
Allons, mon mignon, mon fils,
Regagnons nostre logis,
Et sortons de ce taudis
Où l'on ne peut estre aßis;
Ils seront bien ébobis
Quand ils nous verront partis:
Trop de confusion regne dans cette Sale,
Et j'aimerois mieux estre au milieu de la Hale:
Si jamais je reviens à semblable regale
Je veux bien recevoir des soufflets plus de six.
Allons, mon mignon, mon fils,
Regagnons nostre logis,
Et sortons de ce taudis
Où l'on ne peut estre aßis.
[le
Donneur de Livres revient avec les qutre Importuns qui l'ont
suivy, ce qui oblige encore ceux qui sont placez dans les
Balcons de s'écrier]
Tous
ensemble:
A moy, Monsieur, à moy de grace, à moy
Monsieur,
Un Livre, s'il vous plaist, à vostre
serviteur.
[les
quatre Importuns ayant pris des Livres des mains de celuy
qui les donne, les distribuënt aux Acteurs qui en
demandent; cependant le Donneur de Livre dance, & les
quatre Importuns se joignent à luy, & forment
ensemble la Premiere Entée]
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La Muse
Polymnie qui preside aux Arts dépendants de la
Geometrie, & qui a trouvé l'invention
d'introduire que le Theatre des Personnages qui expriment
par les actions & par les dances ce que les autres
expliquent par les paroles, s'avance environnée d'un
nuage qui paroist d'abord fermé, & qui s'ouvrant
peu à peu découvre la Muse au milieu de
plusieurs ornemens de peinture & d'architecture. Elle
excite ceux qui ont commencé à chanter d'une
maniere comique à rechercher avec soin tout ce que
l'on peut trouver de plus noble & de plus delicat dans
le Chant.
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Polymnie:
Eslevez vos concers
Au dessus du chant ordinaire;
Songez que vous avez à plaire
Au plus grand Roy de l'Univers.
Le grand Titre de Roy n'est que sa moindre gloire,
Il est encor plus grand par ses Travaux Guerriers;
Et sa propre Valeur a cüeilly les Lauriers
Dont il est couronné des mains de la
Victoire.
Suivez la
noble ardeur
Qu'il vous inspire;
Tout ce qu'on void dans son Empire
Se doit sentir de sa grandeur.
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Melpomene
qui preside à la Tragedie, & Euterpe qui a
inventé l'Armonie partorale s'avancent sur deux
nuages. Melpomene paroist au milieu de plusieurs
Trophées d'armes; & Euterpe environnée de
Festons & de Couronnes de fleurs. Elles sont
precedées de deux Symphonie opposées, dont
l'une est tres-forte & l'autre extrémement douce,
& qui forment une espece de combat, tandis que les deux
Muses viennent se placer des deux côtez de Polymnie
pour la prier d'embellir les Divertissemens qu'Elles veulent
preparer.
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Melpomene:
Joignez à mes chants magnifiques
La pompe de vos ornemens;
Euterpe:
Joignez à mes concers rustiques
Vos agremens
Les plus charmants.
Melpomene:
Vostre secour m'est necessaire,
Je cherche à divertir le plus Auguste Roy
Qui meritât jamais de tenir sous sa Loy
Tout ce que le Soleil éclaire.
Les deux
Muses ensemble:
C'est à moy, c'est à moy,
De pretendre luy plaire.
Melpomene:
C'est moy dont la voix éclatante
A droit de celebrer les Exploits les plus grands;
Les nobles recits que je chante
Sont les plus dignes jeux des fameux Conquerans.
Euterpe:
C'est un doux amusement
Que d'aimables chansonnettes;
Les douceurs n'en sont pas faites
Pour les Bergers seulement.
Les tendres amourettes
Que l'on chante à l'ombre des Bois
Sur les Musettes
Ne sont pas quelquefois
Des jeux indignes des grands Roys.
Polymnie:
Il faut entre mes soeurs que mon soin se partage:
Preparez tour à tour vos plus aimables jeux;
Pour vous accorder je m'engage
A vous seconder toutes deux.
Euterpe:
Commencez de répondre à mon
impatience.
Melpomene:
Vos premiers soins sont dûs à ce que
j'entreprens.
Polymnie:
Terminez tous vos differents.
[Polymnie
dit ces deux Vers à Melpomene]
Souffrez
qu'en sa faveur aujourd'huy je commence,
Je reserve pour vous mes travaux les plus grands.
Les trois
Muses ensemble:
Que nostre accord est doux ?
Que tout ce qui nous suit s'accorde comme nous.
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Des
Heros, des Pastres, & des Ouvriers des Arts qui servent
aux Spectacles, obeissent aux ordres des Muses. Les Heros
font une maniere de Combats avec leurs armes, les Pastres
jouënt avec leurs bastons, les Ouvriers travaillent aux
Décorations de la Pastorale que l'on prepare, &
accordent le bruit de leurs Marteaux, Scies & Rabots,
avec l'armonie des Violons & des Hautbois, & tous
ensemble forment la Seconde Entrée
|

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Toute
la Troupe qui avoit commencé de chanter d'une maniere
comique avant l'arrivée des trois Muses, se sentant
animée par leur presence, répond à
leurs chants par des Choeurs.
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Les trois
Muses ensemble:
Joignons nos soins & nos voix
Pour plaire au plus grand des Roys.
Les
Choeurs repetent:
Joignons nos soins & nos voix
Pour plaire au plus grand des Roys.
Melpomene:
Chantons la gloire de ses Armes.
[un
Choeur repete le mesme Vers]
Euterpe:
Chantons la douceur de ses Loix.
[un
Choeur repete le mesme Vers]
Polymnie:
Faisons tout retentir du bruit de ses Exploits.
[tous
les Choeurs répondent]
Melpomene:
Formons des concers plein de charmes.
Euterpe:
Faisons entendre nos Hautbois.
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Les
Hautbois & les Musettes répondent, &
cependant les Heros & les Pastres rentrent sur le
Theatre avec les Ouvriers qui apportent des ornemens qu'ils
ont faits pour servir à la Piece qui va commencer,
& autour desquels les Heros & les Pastres dancent,
tandis que les Muses & les Choeurs continuënt leurs
chants. Ce qui forme un jeu concerté des Muses qui
chantent dans leurs Machines au milieu des Nuages, de la
Troupe qui leur répond, placée dans des
Balcons, & des Heros, Pastres, & Ouvriers, qui
dancent sur le Theatre.
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Tous
ensemble:
Faisons tout retentir du bruit de ses Exploits.
Polymnie:
Preparons des Festes nouvelles.
Melpomene:
Que nos Chansons soient immortelles.
Euterpe:
Que nos airs soient doux & touchants.
Tous
ensemble:
Meslons aux plus aimables Chants
Les Dances les plus belles.
Joignons nos soins & nos voix
Pour plaire au plus grand des Roys.
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Le
Theatre change & represente une épaisse Forest,
où des chûtes d'eaux coulent entre les Arbres:
on void dans l'enfoncement deux Montagnes separées
par une belle Valée où une Riviere tombe par
diverses Cascades qui produisent plusieurs effets ageables
& differents.
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Tircis:
Vous chantez sous ces feüillages,
Doux Rossignols pleins d'amour,
Et de vos tendres ramages
Vous réveillez tour à tour
Les échos de ces bocages:
Helas ! petits oyseaux, helas !
Si vous aviez mes maux vous ne chanteriez pas.
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Scene
2
Tircis, Licaste, Menandre
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Licaste:
Hé quoy, toûjours languisant, sombre, &
triste ?
Menandre:
Hé quoy, toûjours aux pleurs abandonné
?
Tircis:
Toûjours adorant Caliste,
Et toûjours infortuné.
Licaste:
Domte, domte, Berger, l'ennuy qui te
poßede.
Tircis:
Et le moyen, helas !
Menandre:
Fay, fais-toy quelque effort.
Tircis:
Eh le moyen, helas ! quand le mal est si fort ?
Licaste:
Ce mal trouvera son remede.
Tircis:
Je ne gueriray qu'à ma mort.
Licaste
& Menandre, ensemble:
Ah Tircis !
Tircis:
Ah Bergers !
Licaste
& Menandre:
Pren sur toy plus d'empire.
Tircis:
Rien ne me peut plus secourir.
Licaste
& Menandre:
C'est trop, c'est trop ceder.
Tircis:
C'est trop, c'est trop souffrir.
Licaste
& menandre:
Quelle foiblesse !
Tircis:
Quel martyre !
Licaste
& Menandre:
Il faut prendre courage.
Tircis:
Il faut plûtost mourir.
Licaste:
Il n'est point de Bergere
Si froide, & si severe,
Dont la pressante ardeur
D'un coeur qui persevere
Ne vainque la froideur.
Menandre:
Il est dans les affaires
Des amoureux mysteres,
Certains petits moments
Qui changent les plus Fieres,
Et font d'heureux Amants.
Tircis:
Je la voy, la Cruelle,
Qui porte icy ses pas,
Gardons d'estre veu d'elle,
L'Ingrate, helas !
N'y viendroit pas.
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Climene:
Vien dans nostre Village:
Voicy le Jour
Qu'on y doit celebrer la Feste de l'Amour.
Que cherche-tu dans ce boccage ?
Caliste:
Je cherche le repos, le silence, & l'ombrage.
Climene:
Tu devrois plûtost songer
A t'engager.
Eh que peut faire
Une Bergere
Sans un Berger ?
Caliste:
Ton malheur doit me rendre sage:
Tu n'as choisi qu'un Inconstant.
Climene:
Si mon Berger devient volage,
Il m'est permis d'en faire autant.
On gouste
la douceur d'une amour eternelle,
Quand on fait l'heureux chois un fidele Berger,
Et quand on aime un Infidelle,
L'on a le plaisir de changer.
Quoy,
l'amour de Tircis ne t'a point attendrie ?
Lors qu'on en veut parler tu n'écoutes jamais ?
Ne resve plus, ou je m'en vais.
Caliste:
Laiße- moy dans ma reverie.
Ah ! que sous ce füeillage épais
Il est doux de resver en paix !
Climene:
Je n'entre point dans un mystere
Que tu veux reserver;
Mais un coeur sans affaire
Ne donne tant point à resver.
|
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Caliste:
Ah ! que sur nostre coeur
La severe Loy de l'honneur
Prend un cruel empire !
Je ne fais voir que rigueurs pour Tircis,
Et cependant sensible à ses cuisans soucis,
De sa langueur en secret je soupire,
Et voudrois bien soulager son martire;
C'est à vous seuls que je le dis,
Arbres, n'allez pas le redire.
Puis que
le Ciel a voulu nous former
Avec un coeur qu'Amour peut enflamer,
Quelle rigueur impitoyable
Contre des traits si doux nous force à nous armer
?
Et pourquoy sans estre blâmable
Ne peut-on aimer
Ce que l'on trouve aimable ?
Helas !
petits oyseaux que vous estes heureux
De ne sentir nulle contrainte,
Et de pouvoir suivre sans crainte
Les doux emportements de vos coeurs amoureux !
Mais le sommeil sur ma paupiere
Verse de
ses pavots l'agreable fraischeur,
Donnons-nous à luy tout entiere,
Nous n'avons point de loy severe
Qui défende à nos sens d'en goûter la
douceur.
[la
Bergere Caliste s'endort sur le gazon]
|
Scene
5
Tircis, Menandre, Licaste, Caliste
|
|
Tircis:
Vers ma belle Ennemie
Portons sans bruit nos pas,
Et ne réveillons pas
Sa rigueur endormie.
Tous
trois:
Dormez, dormez beaux yeux adorables vainqueurs,
Et goûtez le repos que vous ostez aux
coeurs.
Tircis:
Silence petits oyseaux,
Vents n'agitez nulle chose;
Coulez doucement ruisseaux,
C'est Caliste qui repose.
Tous
trois:
Dormez, dormez beaux yeux, &c.
Caliste,
s'éveillant:
Ah ! quelle peine extrême !
Suivre par tout mes pas ?
Tircis:
Que voulez-vous qo'on suive, helas !
Qu'est-ce qu'on aime.
Caliste:
Berger, que voulez-vous ?
Tircis:
Mourir belle Bergere,
Mourir à vos genoux,
Et finir ma misere,
Puis qu'en vain à vos pieds on me void
soûpirer,
Il y faut expirer.
Caliste:
Ah ! Tircis, ostez-vous, j'ay peur que dans ce jour
La pitié dans mon coeur n'introduise
l'amour.
Licas
& Menandre:
Soit amour, soit pitié,
Il sied bien d'estre tendre;
C'est par trop vous défendre,
Bergere, il faut se rendre
A sa longue amitié,
Soit amour, soit pitié,
Il sied bien d'estre tendre.
Caliste:
C'est trop, c'est trop de rigueur
J'ay mal-traité vostre ardeur
Cherissant vostre personne,
Vangez-vous de mon coeur
Tircis, je vous le donne.
Tircis:
O Ciel ! Bergers ! Caliste ! ah je suis hors de moy
!
Si l'on meurt de plaisir je doy perdre la vie.
Licaste:
Digne prix de ta foy !
Menandre:
O ! sort digne d'envie !
|
Scene
6
Forestan, Silvandre, Tircis, Menandre, Licaste,
Caliste
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Forestan:
Quoy tu me fuis, Ingrate, & je te vois icy
De ce Berger à moy faire une preference ?
Silvandre:
Quoy, mes soins n'ont rien pû sur ton
indifference,
Et pour ce Langoureux ton coeur s'est adoucy ?
Caliste:
Le Destin le veut ainsi,
Prenez tous deux patience.
Forestan:
Aux Amants qu'on pousse à bout
L'Amour fait verser des larmes;
Mais ce n'est pas nostre goût,
Et la bouteille a des charmes
Qui nous consolent de tout.
Silvandre:
Nostre amour n'a pas toûjours
Tout le bonheur qu'il desire:
Mais nous avons un secours,
Et le bon vin nous fait rire
Quand on rit de nos amours.
Tous:
Champestres Divinitez,
Faunes, Driades, sortez
De vos paisibles retraites;
Meslez vos pas à nos sons,
Et tracez sur les herbettes
L'image de nos chansons.
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Quatre
Faunes sortent avec de petits Tambours, & quatre Driades
avec des Festons de fleurs. Ils forment ensemble une
Entrée qui finit le Premier Acte.
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Le
Theatre change, & represente un vieux Chasteau qui
estoit autrefois la demeure des Seigneurs du prochain
Village, & qui tombe entierement en ruines. On y void en
plusieurs endroits des Arbres & des Ronces, & dans
l'enfoncement au travers d'une Arcade à demy
rompuë, on découvre les vestiges de trois
grandes Allées de Cyprés à perte de
vuë.
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|
Forestan:
Je ne puis souffrir l'outrage
Que Caliste fait à ma foy:
Dans le fonds de mon coeur j'enrage
Qu'elle ayme un Autre que moy.
Deux
Enchanteurs m'ont fait entendre
Qu'ils ont le secretde me rendre
Tel qu'il faut estre pour charmer:
Caliste aura beau s'en défendre,
Je la contraindray de m'aymer.
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Scene
2
Forestan, deux Magiciens, trois Sorcieres, six Demons qui
dancent, et sept autres demons volants
|
|
C'est
dans cette Scene que des Lutins déguisez font une
Ceremonie magique pour feindre d'embellir Forestan, &
pour se mocquer de luy. Deux Magiciens paroissent chancun
une baguette à la main, ils frappent la Terre en
dançant, & en font sortir six Demons qui se
joignent à eux. Trois Sorcieres sortent aussi de
dessous terre, & faisant asseoir Forestan au milieu
d'Elles, meslent leurs chants aux dances des Magiciens &
des Demons, pour former une maniere
d'enchantement.
|
|
Les trois
Sorcieres ensemble:
Deeße des appas
Ne nous refuse pas
La grace qu'implorent nos bouches;
Nous t'en prions par tes rubans,
Par tes boucles de Diamants,
Ton rouge, ta poudre, tes mouches,
Ton masque, ta coëffe, & tes gans.
Une
Sorciere seule:
O Toy ? qui peut rendre agreables
Les visages les plus mal-faits,
Répans, Venus, de tes attraits
Deux ou trois dozes charitables
Sur ce muzeau tondu tout frais.
Les trois
Sorcieres ensemble:
Deeße des appas, &c.
[lesDemons
habillent Forestan d'ue maniere bizare & ridicule, &
tandis que les Magiciens & Demons dancent, les trois
Sorcieres chantent]
Ah qu'il
est beau
Le Jouvenceau,
Ah qu'il est beau.
Qu'il va faire mourir de belles:
Auprés de luy les plus cruelles
Ne pourront tenir dans leur peau.
Ah qu'il est beau
Le Jouvenceau,
Ah qu'il est beau.
Ho, ho, ho, ho, ho, ho.
Qu'il est
joli !
Gentil, poli !
Qu'il est joli !
Est-il des yeux qu'il ne ravisse ?
Il passe en beauté feu Narcisse
Qui fut un blonfin accomply.
Qu'il est joli !
Gentil, poli !
Qu'il est joli !
Hi, hi, hi, hi, hi, hi.
[les
trois Sorcieres qui chantent s'enfoncent dans la Terre, les
deux Magiciens & les six Demons qui dancent
disparoissent, & dans le mesme temps quatre Demons qui
partent de quatre côtez differens, croisent dans
l'air, & trois autre petits Demons qui sortent de la
terre, & qui tous trois ensemble s'élevent en
rond, apres avoir fait trois tours en volant, se vont perdre
dans les Nuages au milieu du Theatre]
|
|
Forestan:
Qu'un beau Visage
A d'avantage !
Tout luy rit, tout luy fait la cour.
Que l'on verra dans ce Boccage
De Bergeres mourir d'amour,
Et de Bergers crever de rage !
|
Scene
4
Forestan, Silvandre
|
|
Silvandre:
Forestan ? est-tu là ?
Forestan:
Beau comme je dois estre
Il va me voir sans me connestre.
Silvandre:
O ! Forestan ? ah ! te voila.
Pourquoy t'amuser de la sorte ?
Forestan:
Qu'importe, qu'importe.
Silvandre:
Hé quoy ! ne veux-tu pas aller
Où nous devons nous assembler ?
Ton impatience est peu forte.
Forestan:
Qu'importe, qu'importe.
Silvandre:
Veux-tu souffrir en ce jour
Que le foible Dieu d'amour
Sur le Dieu du vin l'emporte ?
Forestan:
Qu'importe, qu'importe.
Silvandre:
Allons; c'est trop railler.
Forestan:
A qui crois-tu parler ?
Silvandre:
Quel badinage !
Tu n'es pas sage;
La Feste de Bacchus commencera bien-tost.
Allons, sans tarder davantage,
Allons-y boire comme il faut.
[Forestan
affecte de faire l'agreable, & quitte son ton naturel de
basse pour chanter en fausset]
Forestan:
Il est bien doux de boire;
On peut en faire gloire.
Quand on n'a pas dequoy charmer;
Bachus sçait consoler un amant miserable;
Mais quand on est aymable,
Il n'est rien si doux que d'aymer.
Silvandre:
Que veux-tu dire ?
D'où vient ce caprice nouveau ?
Forestan:
Regarde, considere, admire.
Ah qu'il est beau !
Ho, ho, ho, ho, ho, ho.
Ah qu'il est beau.
Silvandre:
Dy-moy dons je te prie
De quelle folle resverie
Ton cerveau s'est remply ?
Forestan:
Qu'il est joli ?
Hi, hi, hi, hi, hi, hi.
Silvandre:
Consulte la Fontaine
La plus prochaine,
Mire-toy dans son eau.
[Forestan
s'approche d'une Fontaine qui paroist au milieu du Theatre,
& dans le moment qu'il se baisse pour se reagrder dans
l'eau, il en sort deux Sirenes qui luy presentent un grand
miroir. Forestan s'y void aussi laid qu'il estoit avant la
ceremonie magique, & dans la rage qu'il a de la
tromperie qu'on luy a faite, il veut frapper de sa
Massuë les deux Sirenes qui se mocquent de luy, mais
Elles évitent ses coups, en se plongeant & se
perdant dans la Fontaine, qui disparoist en un
moment]
Silvandre:
Ah qu'il est beau ! ho, ho, ho, &c.
Forestan:
Je suis digne de raillerie;
On m'a fait une fourberie,
Mais si je la mets en oubly...
Non, non, les Imposteurs n'auront pas lieu de
rire.
[deux
Sorcieres affreuses paroissent aux deux costez du Theatre,
& presentent chacune un miroir à
Forestan]
Silvandre:
Regarde, considere, admire.
Forestan:
Ah ! je vais vous payer de m'avoir embelly.
[Forestan
s'avance vers une des Sorcieres, & la veut frapper de sa
Massuë, mais la Sorciere évite le coup en
s'envolant, le Satire ne frappe que l'air, & sa
Massuë luy échappe des mains. Il court vers
l'autre Sorciere, il l'attrape, mais dans le moment qu'il se
jette sur elle, & qu'il la tient, il ne luy demeure
entre les mains qu'une figure de Sorciere qui luy fait la
grimace, & luy presente un miroir, tandis qu'un petit
Lutin qui estoit enfermé dedans s'envole en se
mocquant du Satire]
Silvandre:
Qu'il est joli ! Hi, hi, hi, &c.
Forestan:
C'est un tour des Lutins errants dans ce Bocage
Dont il faut que je sois vengé.
Silvandre,
riant:
Hé, hé, hé, hé, hé,
hé.
Forestan:
Tu ris quand je suis outragé ?
Silvandre,
riant:
Hé, hé, hé, hé, hé,
hé.
Forestan:
Ne m'insulte point davantage;
Va rire ailleurs;
Je suis dans une rage
Qui pourroit bien tourner sur les méchants
railleurs.
Silvandre:
Amy, me veux-tu croire,
Ne songeons plus qu'à boire;
Fuyons l'Amour, & le chagrin,
Suivons Bachus, courons au vin.
Forestan:
Au vin, au vin, au vin, au vin.
Ensemble:
Fuyons l'Amour, & le chagrin,
Suivons Bachus, courons au vin.
Au vin, au vin, au vin, au vin.
|
Scene
5
Damon, Forestan, Silvandre
|
|
Damon:
Ma Bergere a changé, je veux changer comme
Elle.
Silvandre:
Suy les loix de Bachus, tu t'en trouveras bien.
Damon:
Heurex qui peut aymer une Beauté fidele !
Forestan:
Plus heurex qui peut n'aymer rien.
Silvandre:
Viens avec nous goûter la vie;
Quitte une volage Beauté
Comme elle t'a quitté:
Profite de sa perfidie,
Vien joüir de la liberté.
Damon:
C'est pour servir Cloris que je quitte Climene,
Et mon coeur sans aymer ne sçauroit vivre un
jour;
Qui s'engage une fois peut bien changer de chaîne,
Mais il est mal-aisé d'échapper à
l'Amour.
Silvandre:
Sous l'amoureux Empire
On n'est point sans tourment;
Je te plains pauvre Amant,
Languy, gemy, soûpire;
Nous allons rire.
Silvandre
& Forestan:
Fuyons l'Amour, & le chagrin, &c.
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Damon:
Ma volage s'avance.
Cilmene:
Voicy mon infidelle Amant.
Damon
& Climene:
Vengeons-nous de son inconstance.
O ! la douve vengeance
Qu'un heureux changment !
Damon:
Quand je plaisois à tes yeux
J'estois content de ma vie,
Et ne voyois Roys ny Dieux
Dont le sort me fit envie.
Climene:
Lors qu'à toute autre personne
Me preferoit ton ardeur,
J'aurois quitté la Couronne
Pour regner dessus ton coeur.
Damon:
Une autre a guery mon ame,
Des feux que j'avois pour toy.
Climene:
Une autre a vangé ma flame
Des foibleßes de ta foy.
Damon:
Cloris qu'on vante si fort
M'ayme d'une ardeur fidele,
Si ses yeux vouloient ma mort
Je mourrois content pour elle.
Climene:
Mirtil si digne d'envie,
Me cherit plus que le jour,
Et moy je perdrois la vie
Pour luy montrer mon amour.
Damon:
Mais si d'une douce ardeur
Quelque renaissante trace
Chassoit Cloris de mon coeur
Pour te remettre en sa place ?
Climene:
Bien qu'avec pleine tendresse
Mirtil me puisse cherir,
Avec toy, je le confesse,
Je voudrois vivre & mourir.
Damon
& Climene:
Ah plus que jamais aymons-nous,
Et vivons & mourons en des lieux si doux.
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Scene
7
Damon, Climene,
Troupe de Bergers & de Bergeres
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[une
Troupe de Bergers & de Bergeres qui voyent Damon &
Climene racommodez en témoignent leur
joye]
Troupe de
Bergers & de Bergeres:
Amants, que vos querelles
Sont aymables & belles;
Qu'on y void succeder
De plaisirs, de tendresse !
Querellez-vous sans cesse,
Pour vous racommoder.
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Scene
8
Arcas, Damon, Climene,
Troupe de Bergers & de Bergeres
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Arcas:
Venez, que rien ne vous arreste,
Ne perdez point d'heureux moments;
Venez, venez tous voir la Feste
Que l'on appreste
A l'honneur du Dieu des Amants;
Les plaisirs où l'Amour convie
Sont les plus charmants de la vie,
Il en faut joüir tant qu'on peut,
On ne les a pas quand on veut.
Tous
ensemble:
Les plaisirs où l'Amour convie,
&c.
[les
Bergers & les Bergerss vont ensemble au lieu
préparé pour la Feste de
l'Amour]
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haut
de page

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Le
Theatre se change, & represente une grandeAllée
d'arbres d'une extréme hauteur, lesquels
mélent leurs branches les unes avec les autres, &
forment une maniere de voûte de verdure, où
plusieurs Pasteurs joüants de differents Instruments se
trouvent placez; un grand nombre de Bergers & de
Bergeres paroissent sous cette voûte qui commencent la
Feste de l'Amour, par des Chansons où les Dances se
mélent de temps en temps.
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Scene
premiere
Troupe de Pasteurs, de Bergers & de
Bergeres
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Caliste:
Icy l'ombre des ormeaux
Donne un teint frais aux herbettes,
Et les bords de ces Ruisseaux
Brillent de mille fleurettes
Qui se mirent dans les eaux.
Prenez, Bergers, vos Musettes,
Ajustez vos Chalumeaux,
Et meslons nos chansonnettes
Au chant des petits oyseaux.
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Climene:
Le Zephir entre ces eaux
Fait mille courses secrettes,
Et les Rossignols nouveaux
De leurs douces amourettes
Parlent aux tendres rameaux.
Prenez,
Bergers, vos Musettes, &c.
[les
Bergers & les Bergeres continuënt de méler
les Dances aux Chansons]
Cloris:
Ah ! qu'il est doux belle Silvie
Ah ! qu'il est doux de s'enflamer !
Il faut retrancher de la vie
Ce qu'on en passe sans aymer.
Silvie:
Ah ! les beaux jours qu'Amour nous donne
Lors que sa flame unit les Coeurs !
Est-il ny gloire ny Couronne
Qui vaille ses moindres douceurs ?
Arcas:
Qu'avec peu de raison on se plaint d'un martyre
Qui suivent de si doux plaisirs !
Tircis
& Arcas:
Un moment de bonheur dand l'heureux Empire
Repare dix ans de soûpirs.
Tous
ensemble:
Chantons tous de l'Amour le pouvoir adorable,
Chantons tous dans ces lieux
Ses attraits glorieux;
Il est le plus aymable
Et le plus grand des Dieux.
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La
Perspective s'ouvre, & laisse paroître dans le
fond du Theatre une autre maniere de voûte en Treille,
sous laquelle une multitude de Suivans de Bacchus sont
placez, les uns sur des Tonneaux, & les autres sur une
espece d'Amphitheatre couvert de pampres de vigne, qui tout
joüent de differents Instruments, tandis que plusieurs
autres Satires, & Silvains s'avancent au milieu du
Theatre pour interrompre la Feste de l'Amour, & pour en
celebrer une plus solemnelle à la gloire de
Bacchus.
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Scene
2
Troupe de Satires, de Bacchantes, & de Silvains,
joüants de differents Instruments,
Troupe de Bergers & de Bergeres
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Silvandre:
Arrestez, c'est trop entreprendre,
Un autre Dieu dont nous suivons les loix
S'oppose à cet honneur qu'à l'Amour ose
rendre
Vos Musettes & vos voix;
A des titres si beaux Bacchus seul peut pretendre,
Et nous sommes icy pour défendre ses
droits.
Le Choeur
de Bacchus:
Nous suivons de Bacchus le pouvoir adorable
Nous suivons en tous lieux
Ses attraits precieux;
Il est le plus aymable
Et le plus grand des Dieux.
[les
Suivans de Bacchus qui dancent font un combat contre les
Danceurs du party de l'Amour, tandis que les Bergers &
les Satires disputent en chantant en faveur du Dieu que
chacun veut honorer]
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Aminte:
C'est le Printemps qui rend l'ame
A nos champs semez de fleurs;
Et c'est l'Amour & sa flame
Qui font revivre nos coeurs.
Forestan:
Le Soleil chasse les ombres,
Dont le Ciel est obscurcy,
Et des ames les plus sombres
Bacchus chasse le soucy.
Le Choeur
de Bacchus:
Bacchus est reveré sur la Terre & sur
l'Onde.
Le Choeur
de l'Amour:
Et l'Amour est un Dieu qu'on revere en tous
lieux.
Le Choeur
de Bacchus:
Bacchus a son pouvoir a soûmis tout le
Monde.
Le Choeur
de l'Amour:
Et l'Amour a dompté les Hommes & les
Dieux.
Le Choeur
de Bacchus:
Rien peut-il égaler sa douceur sa seconde
?
Le Choeur
de l'Amour:
Rien peut-il égaler ses charmes precieux ?
Le Choeur
de Bacchus:
Fy de l'Amour & de ses feux.
Le Choeur
de l'Amour:
Ah ! quel plaisir d'aymer !
Le Party
de Bacchus:
Ah ! quel plaisir de boire !
Le Party
de l'Amour:
A qui vit sans amour la vie est sans appas.
Le Party
de Bacchus:
C'est mourir de vivre & de ne boire pas.
Le Party
de l'Amour:
Aymables fers !
Le Party
de Bacchus:
Douce Victoire !
Le Party
de l'Amour:
Ah ! quel plaisir d'aymer !
Le Party
de Bacchus:
Ah ! quel plaisir de boire !
Les Deux
Partis ensemble:
Non, non, c'est un abus
Le plus grand Dieu de tous,
Le Party
de l'Amour:
C'est l'Amour.
Le Party
de Bacchus:
C'est Bacchus.
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Scene
derniere
Troupe de Satires, de Bacchantes, & de Silvains,
joüants de differents Instruments,
Troupe de Bergers & de Bergeres
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[le
Berger Licaste vient se jetter entre les deux Partis qui
disputent, & les met d'accord]
Licaste:
C'est trop, c'est trop, Bergers, hé pourquoy ces
debats ?
Souffrons qu'en un Party la Raison nous assemble:
L'Amour a des douceurs, Bacchus a des appas,
Ce sont deux Deïtez qui sont fort bien ensemble,
Ne les sepraons pas.
Les deux
Choeurs ensemble:
Meslons donc-leurs douceurs aymables,
Meslons nos voix dans ces lieux agreables,
Et faisons repeter aux Echos d'alentour,
Qu'il n'est rien de plus doux que Bacchus &
l'Amour.
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Tandis
que les Voix & les Instruments des deux Choeurs
s'unissent, tous les Danceurs des deux Partis forment
ensemble la derniere Entrée, & terminent
agreablement les Fêtes de l'Amour & de
Bacchus.
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