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Monsieur Dangeville
Phaëton
Cantate
Burlesque Par
Monsieur Dangeville, Comedien du Roy 1745

[sur
l'Air: Or
écoutez petits & grands] Phaëton
las des sots discours [sur
l'Air: Ton
humeur est Catherine] Plus
déterminé qu'un Braque, [sur
l'Air: Dirai-je
mon Confitebor] Quoiqu'il
eut bien à traverser [sur
l'Air: Soyez
toujours affable &
débonaire] Lorsqu'arrivé
au bout de sa carriere, On ne voit
qu'or, azur & pierreries: {sur
l'Air: M.
le Prevôt des Marchands] Lorsque
Phoebus vit Phaëton, Le Soleil
d'abord sans façon [sur
l'Air: Les
Folies d'Espagne] Je viens
ici de la part de ma mere: Violons La,
la,la,la,la,la,la,la, [sur
l'Air:
Quand on a prononcé ce malheureux
oüi] Oüi,
vous êtes mon Sang: [sur
l'Air: Un
Cavalier d'une riche encolure] Ah ! quel
plaisir je ressens dans mon ame, Pendant le
jour ma gloire en sera grande, [sur
l'Air: Pour
passer doucement la vie] Mon fils,
ah ! qu'osez-vous me dire, [sur
l'Air: A
la façon de Barbarie mon ami] Vous
ignorez tous les perils [sur
l'Air: Ton
humeur est Catherine] Aussi
têtu qu'une mule, [sur
l'Air: Quand
on a prononcé] Puisque
vous dédaignez [sur
l'Air: La
besogne de M. le Duc de Bourgogne] Je vais
vous conduire à mon char [sur
l'Air: Où
allez-vous M. l'Abbé ?] Quand vous
serez à l'horizon, [sur
l'Air: Oh
roguingué, oh lon lan la] De ses
rayons il le vêtit; [sur
l'Air: Tu
croyois en aimant Colette] Vous
pouvez encore vous dédire, [sur
l'Air: Les
sept sauts] D'un oeil
audacieux, intrépide; [sur
l'Air: Et
vogue la galere] Gracieux,
débonnaire, [sur
l'Air: Pierre
Bagnolet] Choeur [sur
l'Air: Réveillez-vous
belle endormie] Ensuite il
franchit les barrieres [sur
l'Air: Du
Cahin, caha] Passé
onze heures, [sur
l'Air: Du
haut en bas] Du haut en
bas, [sur
l'Air: Ah
mon Dieu que de jolies Dames] De ses
Coursiers fringans [sur
l'Air: Des
fraises] Je viens
d'entendre craquer Le
Choeur [sur
l'Air: Des
Trembleurs] La terre
est toute embrasée, [sur
l'Air: Du
haut en bas] Du haut en
bas,
Que sur lui l'on tenoit toujours;
Par le seul conseil de sa mere,
Va trouver le Soleil son pere,
Pour s'informer plus sûrement
S'il étoit bien son propre enfant.
Il coure sans perdre de tems.
Se peut-il que l'on m'attaque
Par des propos si mordans:
Pour rendre la bouche clause
A tous ses mauvais plaisans,
Allons sans faire de pause
Confondre les médisans.
Plusieurs pays des plus sauvages,
Le Heros sans s'embarasser,
Conserve toujours un courage
Digne de son glorieux Sang,
Des Dieux enfin le plus brillant.
Ah ! J'apperçois le Palais de mon pere;
Oui:
Car pardevant & derriere
Je sens qu'il fait chaud ici.![]()
Peut-on entrer, dites-moi je vous prie ?
Oui.
Je proteste sur ma vie
Voir tout l'or du Potosii.
Il dit, que veux-tu mon garçon ?
Tu peux t'approcher de mon Trône;
Pourquoi te trouvai-je interdit ?
C'est l'éclat de vous environne,
Votre Oréole
m'éblouit.![]()
Se dépouille de ses rayons;
Approchez-vous sans plus attendre,
Mon fils, qu'exigez-vous ici ?
Faites-moi la grace d'entendre
En quatre mots tout mon recit.
Grand Dieu du jour, m'éclaircir avec vous !
D'un certain fait à ma gloire contraire,
On veut que je ne sois pas né de vous.
La,la,la,
On veut que je ne sois pas né de vous.
Tendrement il l'embrasse,
Et digne d'un haut rang,
Exigez quelque grace ?
Je vous satisferai, n'en doutez nullement;
J'en jure par le Stix inviolablement.
A braver les blâme
De tous mes jaloux,
Ils en creveront tous,
Si vous daignez, grand Dieu de la lumiere,
Pour grace derniere,
Prêter à mes voeux
Votre char lumineux.![]()
Je vous le demande:
Phoebus étonné,
Tout indéternimé,
Lui répondit plus en ami qu'en pere,
C'est trop témeraire;
Quitte Phaëton
Ce discours sans raison.
Je fremis même d'y songer;
Jupin, Dieu du céleste Empire,
Ne risqueroit pas ce danger.
De ces vastes retraites:
Vous passez devant les conseils
De
dix ou douze bêtes,
Entr'autre un affreux scorpion,
Lafaridondaine, lafaridondon.
Ah ! que vous seriez bien loti,
Beribi,
A la façon de Barbarie, mon ami.
Son fils d'abord lui répond,
Ma foi, ce benin scrupule,
N'est pour moi que du jargon.
Né de votre Sang auguste,
Ne dois-je pas toute tenter ?
Vous seriez pire qu'injuste,
De vouloir m'en écarter.
Un conseil salutaire,
Mon fils, vous le voulez,
Il faut bien vous complaire;
L'effroyable serment,
Dont je me repens fort,
M'oblige en cet instant
De risquer votre sort.
Auparavant qu'il soit trop tard:
L'aurore déja se dispose
Pour donner jour à toute chose.
Mon fils, écoutez ma leçon;
Tenez toujours vos rennes,
Hé bien,
Ne plaignez pas vos peines,
Vous m'entendez bien,
Mes chevaux par fois sont malins,
Lâchez modérément les mains,
Car le Ciel est rapide,
Hé bien,
Il leur faut un bon guide,
Vous m'entendez bien.
Mais crainte qu'il n'en soit rôti,
Le frotta d'un certain onguent,
Lui disant: tenez mon enfant,
Ce remede est, je vous le jure,
Admirable pour la brûlure.
Ecoutez ce dernier avis;
Son chagrin sembloit lui prédire
Le sort de son malheureux fils.
Phaëton se moquant de cela,
Prend son courage pour un bon guide,
Et vole vîte au char du Papa.
A peine fut-il auprès,
Qu'il s'y jette tôt après
D'un saut.
Il saisit son congé.
Adieu, mon très-cher pere,
Je vous suis obligé.
Et vogue la galere;
Tant qu'elle, tant qu'elle, tant qu'elle,
Et vogue ma galere,
Tant qu'elle pourra voguer.
Chantons l'entreprise éclatante,
De ce brillant Soleil nouveau;
Son envie est triomphante
De conduire un chariot si beau.
Chantons l'entreprise, &c.
Plus vaillamment qu'un Dom Quichot;
D'un allons hu des plus sévere,
Ses chevaux partent au grand trot.
Approchant du midi,
Notre Cocher hardi
Voudroit être chez lui;
Tranquille en ces demeures.
Mais helas ! ce n'est plus cela,
De sa tentative,
Sans expectative,
Il faut qu'il poursuive,
Quoiqu'il en arrive:
Sa valeur va
Cahin, caha,
Sa valeur va
Cahin, caha.
D'abord qu'il apperçoit la terre
Du haut en bas,
Il semble craindre le trépas;
D'un oeil moins sûr, moins témeraire,
Il craint de cheoir en quelque orniere,
Du haut en bas.
Le crins se herissans
Donnent du galbanon
Au pauvre garçon.
Hay, hay, hay, hay,
Hay, hay, hay, hay, hay,
Se dit Phaëton.
La cheville ouvriere;
Par ma foi, c'est trop risquer,
Il se met à s'écrier,
Mon pere, mon pere, mon pere.
Son pere, son pere, son pere.
La mer est toute enflâmée,
La flâme est communiquée
Jusqu'au fin fond des enfers.
De Jupin j'entends la foudre
Qui va me réduire en poudre.
Témeraire en faut découdre,
Perir pour tout l'univers.
Quand on veut plus qu'on ne peut faire
Du haut en bas,
Sans doute l'on culbute à bas:
S'il n'eût été si témeraire,
Auroit-il subi telle affaire ?
Du haut en bas.