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Ciel, disoit Orphée, o disgrace fatale
Vous mourez Euridice, helas !
Attendez je descend sur la rive infernale
Que ma Lyre en ce jour ne m'abandonne
pas.
Je
vois deja le terrible nuage
Ou Mercure confond les bergers & les Roys;
Caron est attendry pour la premiere fois
Il m'offre dans sa barque un facile passage.
Et Cerbere attentif dans son Antre sauvage
Du monarque des morts trahit les dures
Loix.
Je
voy Pluton. Amour viens animer ma voix.
Dieu
redoutez qui regnez sur les Ombres
Terminez mon funeste sort.
Je viens chercher dans vos Royaumes sombres
Ou mon Euridice ou la mort.
Orphée
a ces accords voit l'Enfer enchanté
Megere en l'ecoutant suspend sa cruauté,
Pluton cesse d'estre inflexible
Qu'Euridice, dit-il, quitte avec toy ces lieux
Mais attend pour la voir qu'elle ait reveüe
les Cieux;
C'est la loy que j'impose a ton coeur trop
sensible
Un seul de tes regards peut la rendre a la mort
Fils d'Appollon, dispose de son sort.
Peut-on
refuser la victoire
Aux doux effort du tendre amour,
Il porte ses feux & sa gloire
Jusqu'au fond du sombre sejour.
On
y respecte encor les armes
Les ombres poussent des soupirs
Et le souvenir de leurs charmes
Fait aux Enfers tous leurs plaisirs.
Deja
loin des forets du paisible Elisée
Euridice voloit sur les traces d'Orphée
Mais l'imprudent amour est prest a se trahir
Orphée impatient veut revoir ce qu'il
ayme
Tendre Euridice, arrestez, vous vous perdez vous
mesme
Vous devez plustost obeir
A la Loy de Pluton qu'a vostre coeur extresme
C'en est fait, Euridice echappe a vos desirs
La Parque dans vos yeux contre elle prend les
armes
Dieux, en la regardant vous effacez les charmes
Et l'Enfer pour jamais est sourd a vos
soupirs.
Ah
! doit-on d'un feu si tendre
Escouter toujours l'ardeur;
Le plaisir qu'on veut surprendre
Trompe souvent nostre coeur.
Ah
! doit-on d'un feu trop tendre
Escouter toujours l'ardeur
Lorsqu'on ne sçait pas l'attendre
On perd souvent son bonheur.
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