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Le Passage de la Mer Rouge
Elisabeth-Claude Jacquet de La Guerre

Israël dont le Ciel vouloit briser les fers
Fuyoit loin du Tiran la triste servitude;
Mais il sent à l'aspect des mers
Renaître son incertitude

Moyse entend déjà ces murmures nouveaux:
Devois-tu nous conduire à ces affreux abîmes
Et l'Egypte pour ces victimes
Eût-elle manquée de tombeau ?

Air:
Ingrats, que vos plaintes finissent,
Reprenez un plus doux espoir;
Il est un souverain pouvoir
A qui les Ondes obeïssent.

Il s'arme pour vôtre secours,
Les flots ouverts vont vous apprendre
Que la main qui régla leurs coeurs
A le pouvoir de les suspendre.

Moyse donne l'ordre à ces flots en courroux:
Ils se calment, ils se séparent;
Pour Israël surpris ils s'ouvrent & preparent
Un immense cercueil à ses Tirans jaloux.

Ciel ! quel prodige ! quel spectacle !
On voit au sein des mers flotter ses étendarts,
L'Onde qu'il croyait un obstacle
Se partage, s'éleve, & luy sert de remparts.
Que sera le Tiran de ce miracle ?

Air:
Le trouble & l'horreur
Regne dans son ame,
L'aveugle fureur
L'irrite, & l'enflâme.

Il ose tenter
Le même passage,
Mais en vain sa rage
Cherche à ses flatter:

Peut-il éviter
Le cruel naufrage
Qui va l'arrêter ?

La Mer, pour engloutir son armée insensée,
A reüni ses flots vengeurs,
Et la montrant au loin flottante, dispersée,
Du debris des vaincus assouvit les vainqueurs.

Air:
Peuple, chantez la main puissante
Qui pour vous enchaîne les mers;

Que de la Trompette éclatante
Le bruit se même à vos concerts;
Et faites retentir les airs
De vôtre suitte triomphante.


Houdar de La Motte