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Léandre
Sébastien
de Brossard
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Cantate
pour bas-dessus, haute-contre & basse, Sébartien de Brossard [1655 - 1730] |
Silencieuse,
la nuit avait étendu Ne
luisaient ni étoile ni lune. Le dieu
puissant
Ses ailes ouvertes;
La plage seule résonnait dun bruit rauque.
Méprisant le danger de cette mer fracassante,
Nu et seul,
Le jeune amant dAbydos
Entra dans leau menaçante.
Oh ! trop audacieux !
Dans lombre obscure et noire,
Seule une torche brillait dun haut rocher;
Mais beaucoup plus que celle-ci,
Cétaient les rayons des yeux aimés qui
brillaient.
Qui règne sur les eaux,
Courroucé, sindigna de cette
téméraire audace.
Et donc, de son grand et féroce trident,
Par un prodigieux miracle,
Il fit remuer tout son royaume tempétueux.
Vers le signal aimé,
Sur la mer,
Le malheureux à la nage, serpentant,
Sen va, frappant londe;
La nuit amie entendit
Ses plaintes interrompues
Par les mugissements profonds
de lAuster et du Notos.
Voici les
soupirs
quil adressa au ciel:
O Déesse, fille de la mer, mère de
lAmour,
Ainsi donc, là où tu es née,
Un cur amoureux et fidèle
Doit-il rester mort et enseveli ?
Tu ne voudras que lardeur
Qui brille doucement en moi
Périsse et tombe au fond des eaux.
Permets que je parvienne à retrouver mon amour
Sur une voie plane et tranquille;
Permets que, escorté de ton étoile,
Jatteigne, dans son sein, mon havre.
Et vous,
menaçantes lumières, Quel plus
dur écueil Puis se
rendant compte à la fin Il voulait
en dire plus, mais le flot envieux
Soyez encore
Seulement attentives à toutes mes prières.
Sil faut que le mer mengloutisse,
Si sur ces rives-ci ou sur celles-là
Je dois être brisé contre ces rochers,
Quon ne repousse pas
Au moins mon juste désir:
Que je puisse dabord restaurer
Mes membres affligés et las
Entre les bras doux et sur le sein chéri.
Et alors quand je rentrerais
Peu mimporte de mourir.
Naurait été attendri
Au faible son de telles prières.
Mais non pourtant, larrogant
Ne se calma pas ! Au contraire, il fit croître
Ses eaux sourdes, dun seul coup féroces
Et rapides et véloces.
Emportant sur lhorrible écume
Ses prières et ses lamentations,
Les vents éteignirent la petite lumière
de son pôle fidèle.
Et donc lui, la voyant séteindre,
Il fut subitement et perdu et vaincu.
Quil ne pouvait plus se défendre
Contre les eaux horriblement furieuses,
Vers les plages proches,
Fatigué, cet infirme soupirant
Il tourna ses yeux languissants et pleins de larmes:
O rives aimées, voici que je
mévanouis
Et que je meure.
Mais que ma dépouille
En vous soit accueillie
Afin que celle que jadore puisse la voir
Et que mon sépulcre soit
Où est ma vie.
De lavoir laissé échappé
Engloutit dun seul coup ses mots avec son
corps.
Aussitôt
que la misérable Héro ouvrit les yeux Ainsi,
chanta Licon assis en mer
Les ténèbres de la nuit ayant
été déchirées
Dun seul coup par léclair du matin
Et quelle découvrit,
Là, qui blanchissait sur le sable,
Misérable jouet des eaux,
Son bel amour,
Elle dit en pleurant (et elle put à peine le
dire):
Ah ! que le Ciel minterdise de vivre !
Et elle tomba sur la rive.
Et aucun des pêcheurs qui étaient à son
côté
Ne put sempêcher de verser des
pleurs.