accueil
|
contact
|
contributions
|
liens

ballets
|
cantates
|
divers
|
opéras
|
oratorios
|
pastorales
|
sérénades

Les Israëlites à la Montagne d'Oreb
Jean-Joseph Casséna de Mondonville

 

Personnages:

MOYSE
AARON
Peuple d'Israélites


Choeur des Israélites:
Hélas! Dieu nous conduit dans ce féjour d'allarmes,
Et nous y sommes immolés:
Nous n'avons que nos larmes
Pour éteindre la foif dont nous sommes brûlés.

Aaron:
Respectons du Seigneur la volonté supréme;
Il peut tarir la source de nos pleurs:
Même en nous frappant, il nous aime;
Adorons ses décrets jusques dans nos malheurs.

Le Choeur:
Pourquoi détruit-il son ouvrage?
Par les revers & l'opprobre flétri,
Est-ce là ce Peuple chéri
Qu'il appelle son héritage?

Aaron:
Auprès de l'Éternel Moyse est votre appui;
Craignes de l'irriter par votre impatience;
Tremblez, il paroît, ii s’avance;
Vos murmures, vos cris ont percé jufqu'à lui.

(Un Prélude annonce Moyse)

Moyse:
Quelles clameurs ont frappé mon oreille,
Et d'un Dieu de clémence ont fait un Dieu vengeur?

Le Choeur:
Des maux que nous souffrons, vous feul êtes l'auteur;
Nous gémissons, & le Seigneur sommeille.

Moyse:
Peuple séditieux & digne de mépris,
Aux bontés du Très-haut réserviez-vous ce prix?

Le Choeur:
Que sont devenus ses Oracles?
Trouvons-nous en ces lieux ce qu'il nous a promis?
Ce Dieu si bienfaisant nous traite en ennemis.

Moyse:
Ingrats, avec-vous donc oublié ses Miracles?
C'est ce Dieu dont le bras vous soutint tant de fois:
A la Mer étonnée il imposa des loix;
Il conduisit vos pas dans ses routes profondes
Et les flots divifés revinrent à fa voix
Engloutir l'ennemi dans l'abîme des Ondes.
Il souffrit, il calma vos cris tumultueux.
Expirans de langueur, en cet état funeste,
La Mort levoit fon glaive affreux;
Il ouvrit les portes des Cieux,
Et fit tomber pour vous un Aliment céleste.
Du Pere le plus tendre implores le secours;
N'armez plus contre vous fa Puissance infinie;
Soyez soumis au Dieu dont vous tenez la vie,
C'est l'unique moyen d'en prolonger le cours.
Dieu veut vous éprouver; que vos pleurs le fléchissent.

Le Choeur:
Il rejette nos cceurs, lui qui les a formés;
C'est envain qu'ils gémissent,
Nos femmes, nos enfans périssent;
Les Tombeaux sont ouverts, & les Cieux sont fermés.

Moyse:
Ciel! quels objets! quelles victimes!

Le Choeur:
Nous périssons.

Moyse:
Quel spectacle d'horreur!
J'oublie, en voyant leur malheur,
Que leurs murmures sont des crimes.

Le Choeur:
Nous périssons.

Moyse:
Dans ces momens affreux,
Seigneur, n'écoute plus le cri de la vengeance.

Le Choeur:
Hélas!

Moyse:
De ta clémence
Répands les tréfors précieux
Hâte-toi.

Le Choeur:
Nous mourons.

Moyse:
Que vas-tu faire? arrête
Ils sont tous tes Enfans.

Le Choeur:
O sort ! ô triste sort!

Moyse:
Lance plutôt la foudre sur ma tête,
Ne frappe que moi seul, je me livre à la mort.

Le Choeur:
Nous expirons.

Moyse:
Grand Dieu, la foi la plus ardente
M'ordonne de tout espérer.
Tu ne peux tromper mon attente.
Ton Peuple tout prêt d'expirer;
Ranime sa force mourante,
Pour te bénir, & t'adorer.

(Moyse frappe le Rocher, il en fort des torrens d'eau)

Le Choeur:
O prodige! ô miracle! ô puissance suprême!
D'impétueux torrens s'élancent du Rocher.

Moyse:
Dieu devrait vous punir, & Dieu veut vous toucher;
Il vous prévient, il vous cherche, il vous aime;
Il daigne ne vous reprocher
L'oubli de ses bienfaits, que par sa bonté même,
A ces traits éclatans, connoissez l'Éternel,
Adorez le Dieu d'Israël.

Le Choeur:
Adorons le Dieu d'Israël.

Moyse:
Il appelle, il attire, il commande, il terrasse,
Sans forcer notre volonté:
Il a de ce Rocher brisé la dureté,
C'est l'image des Coeurs qu'il frappe de sa Grace.
A ces traits éclatans, connoissez l'Eternel,
Adorer le Dieu d'Israël.

Le Choeur:
Adorons le Dieu d'Israël.

Moyse, Aaron et Le Choeur:
Que le Seigneur est grand! que sa Puissance étonne!
Sa bonté remplit l'Univers;
Que sa vengeance éclate, tonne;
Qu'il frappe les Peuples pervers
Qui refusent d'aimer un Maître qui pardonne.