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Choeur des
Israélites:
Hélas! Dieu nous conduit dans ce
féjour d'allarmes,
Et nous y sommes immolés:
Nous n'avons que nos larmes
Pour éteindre la foif dont nous sommes
brûlés.
Aaron:
Respectons du Seigneur la volonté
supréme;
Il peut tarir la source de nos pleurs:
Même en nous frappant, il nous aime;
Adorons ses décrets jusques dans nos
malheurs.
Le
Choeur:
Pourquoi détruit-il son ouvrage?
Par les revers & l'opprobre flétri,
Est-ce là ce Peuple chéri
Qu'il appelle son héritage?
Aaron:
Auprès de l'Éternel Moyse est votre
appui;
Craignes de l'irriter par votre impatience;
Tremblez, il paroît, ii savance;
Vos murmures, vos cris ont percé
jufqu'à lui.
(Un Prélude
annonce Moyse)
Moyse:
Quelles clameurs ont frappé mon oreille,
Et d'un Dieu de clémence ont fait un Dieu
vengeur?
Le
Choeur:
Des maux que nous souffrons, vous feul êtes
l'auteur;
Nous gémissons, & le Seigneur
sommeille.
Moyse:
Peuple séditieux & digne de
mépris,
Aux bontés du Très-haut
réserviez-vous ce prix?
Le
Choeur:
Que sont devenus ses Oracles?
Trouvons-nous en ces lieux ce qu'il nous a
promis?
Ce Dieu si bienfaisant nous traite en
ennemis.
Moyse:
Ingrats, avec-vous donc oublié ses
Miracles?
C'est ce Dieu dont le bras vous soutint tant de
fois:
A la Mer étonnée il imposa des
loix;
Il conduisit vos pas dans ses routes profondes
Et les flots divifés revinrent à fa
voix
Engloutir l'ennemi dans l'abîme des
Ondes.
Il souffrit, il calma vos cris tumultueux.
Expirans de langueur, en cet état
funeste,
La Mort levoit fon glaive affreux;
Il ouvrit les portes des Cieux,
Et fit tomber pour vous un Aliment
céleste.
Du Pere le plus tendre implores le secours;
N'armez plus contre vous fa Puissance infinie;
Soyez soumis au Dieu dont vous tenez la vie,
C'est l'unique moyen d'en prolonger le cours.
Dieu veut vous éprouver; que vos pleurs le
fléchissent.
Le
Choeur:
Il rejette nos cceurs, lui qui les a
formés;
C'est envain qu'ils gémissent,
Nos femmes, nos enfans périssent;
Les Tombeaux sont ouverts, & les Cieux sont
fermés.
Moyse:
Ciel! quels objets! quelles victimes!
Le
Choeur:
Nous périssons.
Moyse:
Quel spectacle d'horreur!
J'oublie, en voyant leur malheur,
Que leurs murmures sont des crimes.
Le
Choeur:
Nous périssons.
Moyse:
Dans ces momens affreux,
Seigneur, n'écoute plus le cri de la
vengeance.
Le
Choeur:
Hélas!
Moyse:
De ta clémence
Répands les tréfors
précieux
Hâte-toi.
Le
Choeur:
Nous mourons.
Moyse:
Que vas-tu faire? arrête
Ils sont tous tes Enfans.
Le
Choeur:
O sort ! ô triste sort!
Moyse:
Lance plutôt la foudre sur ma tête,
Ne frappe que moi seul, je me livre à la
mort.
Le
Choeur:
Nous expirons.
Moyse:
Grand Dieu, la foi la plus ardente
M'ordonne de tout espérer.
Tu ne peux tromper mon attente.
Ton Peuple tout prêt d'expirer;
Ranime sa force mourante,
Pour te bénir, & t'adorer.
(Moyse frappe le
Rocher, il en fort des torrens
d'eau)
Le
Choeur:
O prodige! ô miracle! ô puissance
suprême!
D'impétueux torrens s'élancent du
Rocher.
Moyse:
Dieu devrait vous punir, & Dieu veut vous
toucher;
Il vous prévient, il vous cherche, il vous
aime;
Il daigne ne vous reprocher
L'oubli de ses bienfaits, que par sa bonté
même,
A ces traits éclatans, connoissez
l'Éternel,
Adorez le Dieu d'Israël.
Le
Choeur:
Adorons le Dieu d'Israël.
Moyse:
Il appelle, il attire, il commande, il
terrasse,
Sans forcer notre volonté:
Il a de ce Rocher brisé la
dureté,
C'est l'image des Coeurs qu'il frappe de sa
Grace.
A ces traits éclatans, connoissez
l'Eternel,
Adorer le Dieu d'Israël.
Le
Choeur:
Adorons le Dieu d'Israël.
Moyse,
Aaron et Le Choeur:
Que le Seigneur est grand! que sa Puissance
étonne!
Sa bonté remplit l'Univers;
Que sa vengeance éclate, tonne;
Qu'il frappe les Peuples pervers
Qui refusent d'aimer un Maître qui
pardonne.
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