Jean-Philippe Rameau

 

Cantates

 

 

Aquilon & Orithie

 

Cantate pour basse, avec Symphonie

 

Récitatif

Que j'ai bien mérité la froideur d'Orithie,
S'écrioit Aquilon rebuté des mépris
De la beauté dont il étoit épris,
Ma flâme disoit-il, en fureur convertie
Va faire succéder à mes soins les plus doux,
A mon respect, à mon obéissance,
Une barbare violence,
Un impitoyable couroux.

Air

Un amant tel que moi doit-il pouver sa flâme,
Par les desirs les plus discrets,
Et de quoi m'ont servis
Mille soupirs secrets,
Mille voeux trop soumis
Qu'avoit formé mon ame.

Récitatif

Peut etre qu'Orithie avec moins de douceur,
La fierté sera surmontée.
Eprouvons du moins si son coeur,
Trop insensible à la tendre langueur,
Pour céder aux transports d'une ardeur irritée.

Air

Servez mes feux à vôtre tour
Force indomptable, affreuse rage.
Que tout l'univers en ce jour
Soit en pruye à vôtre ravage.

Pénétrez dans le sein des mers,
Confondez le ciel et la terre,
Portez jusqu'au fond des enfers,
Touttes les horreurs de la guerre.

Récitatif

Apres ces discours menaçants,
Aquilon vole, et ses efforts puissants,
Inspirent aux mortels la crainte et la tristesse.
Il enlèce Orithie en traversant la Grece,
La violence de ses feux
Luy fait connoître enfin quelle en est la tendresse:
Par un juste retour, elle écoute ses voeux.

Air

On peut toujours dans l'amoureux mistere,
Trouver le moyen de charmer
Celui qui devroit allarmer
Devient quelque fois nécessaire.

Une beauté peut sans estre sévere,
Refuser l'hommage d'un coeur.
Loin de l'accuser de rigueur,
Essayons toujours de luy plaire.

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Le Berger fidele

 

Cantate pour dessus, avec Symphonie

 

Récitatif

Prest à voir immoler l'objet de sa tendresse,
Le fidele Mitil déplore ses malheurs,
Il soupire, il gémit sans cesse,
Et sa voix aux Echos dit ainsi ses douleurs.

Air Plaintif

Faut-il qu'Amarillis périsse,
Dianne appaise ton couroux,
Par un terrible sacrifice
Peux-tu briser des noeuds si doux.

Ah ! si la timide innocence
Sur vos autels doit expirer,
Dieux ! quelle est donc la recompense,
Que la vertu doit esperer.

Récitatif

Mais c'est trop me livrer à ma douleur mortelle,
Un autre doit mourir pour elle,
Hatons nous de la secourir,
Pour sauver ce qu'il aime un amant doit perir.

Air Gai

L'Amour qui regne dans votre ame,
Berger, a de quoi nous charmer.
Par votre généreuse flame
Vous montrez comme il faut aimer.

L'Amant leger brise ses chaines,
Quand le sort trahit ses desirs,
Sans vouloir partager les peines,
Il veut avoir part aux plaisirs.

Récitatif

Cependant à l'autel le Berger se présente,
Sont front est deja ceint du funeste bandeau.
Arrestez, Diane est contente,
D'un amour si rare et si beau.
Mirtil obtient la fin des maux
de l'Arcadie,
Et lorsqu'il croit perdre la vie,
L'Himen pour cet amant allume son flambeau.

Air vif & Gracieux

Charmant Amour sous ta puissance,
Tôt ou tard on sent tes faveurs
Dans les plus grands malheurs
Elle passent nôtre espérance.

Tu ne fais sentir tes rigueurs
Que pour éprouver la constance,
Tu veux que la Persévérance
Puisse mériter tes faveurs,
Tu veux que la Persévérance,
Puisse mériter tes douceurs.

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Cantates pour le jour de la Saint Loüis

 

Cantate pour mezzo-soprano, & Symphonie

 

Prélude

Dieu des vers, c'est toi que j'implore,
Viens seconder l'ardeur qui brule mon sein,

Récitatif

En pareils jours, et sur ces bords encore,
Tu m'as plus d'une fois inspiré le Dessein,
De celebrer le nom d'une ame que j'adore,
Ainsi que sur mon coeur, il regne dans ces lieux,
Au beau nom de Loüis, que tout ici résonne,
C'est à la vertu même un nom que le Ciel donne,
Et que portent nos demis Dieux.

Air

Qu'ici tout s'unisse à l'hommage
Que mon coeur doit à ses bienfaits,
Oiseaux, joignez votre ramage
A nos accens les plus parfaits.

Vous, Flore, que dans mon empire
L'Aurore enrichit de ses pleurs
Parfume le jour qu'il respire,
Et semez sa route de fleurs.

Récitatif

A lui plaire on m'a vû, dès ma plus tendre enfance,
Borner mes plus ardens souhaits,
Ciel ! exauce pour lui les voeux que je fais,
Aquites ma reconnoissance.

Air Gracieux

Que sur ces rivages aimez,
Regne une fraicheur éternelle,
Et que Cloris encore plus belle
S'y montre à ses regards charmez.

Que la lumière la plus pure
Sans cesse se leve sur eux,
Qu'à jamais, pour les rendre heureux,
Tout conspire dans la nature.

Récitatif

Mais quelles Deitez s'assemblent dans ces lieux ?
Quel nouveau spectacle s'apprête ?
Chacun y vient chargé de dons precieux,
Et Comus s'offre ici pour ordonner la fête;
Reine de ce charmant sejour,
A la place d'Hébé viens te mettre à leur tête;
Fais les honneurs d'un si beau jour.

Air vif

Pour célébrer une fête si belle,
Tu sais, Cloris, l'emporter à nos yeux
Sur cette aimable immortelle,
Et sur le coeur de ton Epoux fidele.

A l'employ le plus glorieux
Tes charmes peuvent prétendre,
Charge-toi du soin de répandre,
Le Nectar le plus precieux.

 

 

Air vif

au lieu de celuy plus haut, lorsque la Cantate ne sers pas le jour de la Saint Loüis

 

Air vif

Pour célébrer une fête si belle,
Tu sais, Cloris, l'emporter à nos yeux
Sur cette aimable immortelle,
Et sur le coeur de ton Epoux fidele.

A l'employ le plus glorieux
Tes charmes peuvent prétendre,
Charge-toi du soin de répandre,
Le Nectar le plus precieux.

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