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Les Cantates de
Jean-Baptiste Stuck

Livre Troisiéme

 

  1. Les bains de Tomery
  2. Héraclite & Démocrite

 

 

Les Bains de Tomery

 

Cantate n° 1
à voix seule, avec deux dessus de violon & basse continue

 

 

Avertissement

On sera peut-être surpris de j'aye fait chanter Heraclite par la clef de Dessus, ce n'est pas que je n'aye pas bien conçu qu'il ne convient pas ordinnairement aux Hommes de chanter cette Partie; mais j'ay eu égard à la commodité que les Demoiselles y trouveront, de ne point transposer, d'autant que les Parties de Tailles chanteront plus aisément les Dessus, que les Demoiselles n'auroient chantées celles de Tailles.

On s'est assujetti à la forme des deux premiers Livres de mes Cantates, dont le premier est gravé; et l'on a crû ne pouvoir faire mieux que de donner la faculté de relier l'oeuvre entier en un seul volume.

 

Récitatif

Quel Spectacle pompeux orne ce bord tranquile ?
Diane avec toute sa Cour
Vient-elle y cherche un azile
Contre les feux du Dieu du jour ?
Pour voir ces Deïtez nouvelles,
Le Soleil tient encor ses Coursiers arretez,
La Nymphe qui preside à ces bords enchantez,
Epuise ses regards sur elle: et rassemble en ces mots ses Compagnes fidelles,
Pour rendre hommage à leurs beautez.

Air, gracieusement

Venez voir vôtre Souveraine,
Nymphes, sortez de ces roseaux,
C'est Thetis qui vient sur le Seine,
Goûter la fraicheur de mes eaux.

Coulez, eaux fugitives,
Et vous Oiseaux, quittez les bois,
Chantez sur ces aimables rives,
Chantez l'honneur que je reçois.

Récitatif

Nouvelles Deïtez qui flottez sur mes Ondes,
Que d'attraits inconnus vous offrez à mes yeux !
Jamais dans ces grottes profondes,
Amphitrite n' vû rien de si precieux.

Mais, ne rougissez pas de cette Cour charmante,
La Déesse qui vous conduit
Brille au mileu de la nuit;
Du jeune Endymion, on voit briller l'Amante.
Que coeur resisteroit à ses attraits si doux:
Nayades, approchez; Tritons, éloignez-vous.

Air, gayement

Vous qui rendez Flore immortelle,
Rassemblez-vous, doux Zéphirs,
Une divinité plus belle
Est reservée à vos soupirs.

Venez sur mes humides plaines
Caresser ces jeunes Beautez.
Venez de vos douces haleines,
Echauffer mes flots argentez.

Récitatif

Et vous dont le pouvoir s'étend sur tout le monde,
Amours, si les attraits de la Fille des Mers,
Ont û vous attirer sur l'Onde,
Accourez à ma vois, & traversez les airs.
Une Vénus nouvelle exige vôtre hommage,
Et bient-tôt vous verrez que celle de Paphos,
Luy cede, autant que mon rivage
Le cede aux vastes bords de l'Empire des flots.

Air, tendrement

Tendres Amours, accourrez tous.
Venez, volez, Troupe immortelle:
La beauté languissoit sans vous,
Et vous expiez sans elle.

S'il est vray que le Dieu d'Amour
A la Beauté doit sa naissance,
La beauté par un doux retour
Doit à l'Amour seul sa puissance.

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Héraclite & Démocrite

 

Cantate n° 2,
à deux voix, avec Symphonie & basse continue

 

 

Récitatif, Héraclite

Dans un abîme affreux de douleur & de peines,
Mon coeur est plongé nuit & jour,
Mille soins à l'aspect des miseres humaines,
Le troublent le secret, l'agitent tour à tour.
Et le sein de Titie aux tenebreux séjour,
Sans cesse dechiré par des Vautours avuides,
Ressent moins vivement leurs fureurs homicides.

Air, lentement

Pleurez mes tristes Yeux,
La nature sous de faux charmes,
Ne m'offre qu'objets odieux.

Repandre des torrens de larmes,
Par ce secours officieux,
Soulagez mes vives allarmes.

Récitatif, Démocrite

Dans le paisible sein de la tranquilité,
Je joüis d'un plaisir extrême,
Je ris, d'un Mortel agité,
Qui se plaît à forger luy même
Des chaînes à sa liberté.
A mille foiblesse diverses,
Chaque instant livre son coeur,
Et ses propres desirs sont autant de traverses,
A son chimerique bonheur.

Air, gracieusement

Sa raison n'est qu'un délire,
Il s'égare dans ses voeux.
Peut-on s'empêcher d'en rire ?
Non, non, ce sont pour moy des jeux.

En volant à la victoire,
Le Heros court au trepas,
L'Ambitieux met sa gloire
Dans le seul bien qu'il n'a pas.

Duo

[Héraclite] Je succombe sur ton effort,
Vive douleur, cruel martire.

[Démocrite] Des humains le bizare sort
N'est pour moy qu'un sujet de rire.

[Héraclite] A pleurer leurs communs malheurs,
Mes yeux sont occupez sans cesse.

[Démocrite] Je ris de leurs folles erreurs,
Et me mocque de leur foiblesse.

Récitatif, Héraclite

Mais, quel objet nouveau redouble mes douleurs ?
Où fuyez-vous, hélas ! précieuse Innocence ?
O tems de Thée, ô siecle, ô moeurs !
D'un sexe trop chery, Dieux: qu'elle est l'inconstance !
Il devient volage, sans foy,
On ne voit en luy qu'artifice,
L'injustice est sa seule loy,
Et son amour n'est qu'un caprice.

Air, gay

Plus legere qu'un Zéphir,
L'on voit changer une belle,
Et d'une flame nouvelle,
Se faire un nouveau plaisir.

Une chaîne trop adorable,
Devient pour elle un tourment,
Et l'Amant le moins charmant,
Triomphe du plus aimable.

Récitatif, Démocrite

Lasches & credules Amants,
Ne vous lassez vous point de m'apprester à rire ?
Vos peines, vos soins, vos tourments,
Vous rendent-il si cher un tirannique Empire ?
Allez, suivez encor les mouvements jaloux
D'un Amour dont l'outrage est la seule recompense,
Ou voyez sans depit l'indigne préférence
Qui trahit vos voeux les plus doux.

Air, gay

Portez à vos belles
Vos tendres soupirs;
Toujours contens d'elles,
Formez des desirs.

Charmez de vos peines,
Aimez les mépris,
Des plus belles chaînes
Ils feront le prix.

Récitatif, Héraclite & Démocrite

[Démocrite] Non, non, on ne voit pont de sage.

[Héraclite] C'est le sort d'un mortel que d'être malheureux.

[Démocrite] Il eût la folie en partage.

[Héraclite] La mort, de tous ses maux est le moins rigoureux.

Duo

Dans la tempête & l'orage,
Un mortel voit couler ses ans.
Dans l'horreur d'un prochain naufrage,
L'onde l'emporte au gré des vents.

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