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Les
Cantates de
Jean-Baptiste
Stuck
Livre Troisiéme
Les Bains de Tomery
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à voix seule, avec deux dessus de violon & basse continue |
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On sera peut-être surpris de j'aye fait chanter Heraclite par la clef de Dessus, ce n'est pas que je n'aye pas bien conçu qu'il ne convient pas ordinnairement aux Hommes de chanter cette Partie; mais j'ay eu égard à la commodité que les Demoiselles y trouveront, de ne point transposer, d'autant que les Parties de Tailles chanteront plus aisément les Dessus, que les Demoiselles n'auroient chantées celles de Tailles. On s'est assujetti à la forme des deux premiers Livres de mes Cantates, dont le premier est gravé; et l'on a crû ne pouvoir faire mieux que de donner la faculté de relier l'oeuvre entier en un seul volume. |
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Héraclite & Démocrite
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à deux voix, avec Symphonie & basse continue |
Récitatif,
Héraclite Dans
un abîme affreux de douleur & de
peines, Air,
lentement Pleurez
mes tristes Yeux, Repandre
des torrens de larmes, Récitatif,
Démocrite Dans
le paisible sein de la tranquilité, Air,
gracieusement Sa
raison n'est qu'un délire, En
volant à la victoire, Duo [Héraclite]
Je succombe sur ton effort, [Démocrite]
Des humains le bizare sort [Héraclite]
A pleurer leurs communs malheurs, [Démocrite]
Je ris de leurs folles erreurs, Récitatif,
Héraclite Mais, quel objet nouveau redouble mes douleurs
? Air,
gay Plus legere qu'un
Zéphir, Une chaîne trop
adorable, Récitatif,
Démocrite Lasches & credules Amants, Air,
gay Portez à vos
belles Charmez de vos
peines, Récitatif,
Héraclite & Démocrite [Démocrite] Non, non, on ne voit
pont de sage. [Héraclite] C'est le sort d'un
mortel que d'être malheureux. [Démocrite] Il eût la folie
en partage. [Héraclite] La mort, de tous ses
maux est le moins rigoureux. Duo Dans la tempête
& l'orage,
Mon coeur est plongé nuit & jour,
Mille soins à l'aspect des miseres
humaines,
Le troublent le secret, l'agitent tour à
tour.
Et le sein de Titie aux tenebreux
séjour,
Sans cesse dechiré par des Vautours
avuides,
Ressent moins vivement leurs fureurs
homicides.
La nature sous de faux charmes,
Ne m'offre qu'objets odieux.
Par ce secours officieux,
Soulagez mes vives allarmes.
Je joüis d'un plaisir extrême,
Je ris, d'un Mortel agité,
Qui se plaît à forger luy
même
Des chaînes à sa liberté.
A mille foiblesse diverses,
Chaque instant livre son coeur,
Et ses propres desirs sont autant de traverses,
A son chimerique bonheur.
Il s'égare dans ses voeux.
Peut-on s'empêcher d'en rire ?
Non, non, ce sont pour moy des jeux.
Le Heros court au trepas,
L'Ambitieux met sa gloire
Dans le seul bien qu'il n'a pas.
Vive douleur, cruel martire.
N'est pour moy qu'un sujet de rire.
Mes yeux sont occupez sans cesse.
Et me mocque de leur foiblesse.
Où fuyez-vous, hélas !
précieuse Innocence ?
O tems de Thée, ô siecle, ô
moeurs !
D'un sexe trop chery, Dieux: qu'elle est
l'inconstance !
Il devient volage, sans foy,
On ne voit en luy qu'artifice,
L'injustice est sa seule loy,
Et son amour n'est qu'un caprice.
L'on voit changer une belle,
Et d'une flame nouvelle,
Se faire un nouveau plaisir.
Devient pour elle un tourment,
Et l'Amant le moins charmant,
Triomphe du plus aimable.
Ne vous lassez vous point de m'apprester à
rire ?
Vos peines, vos soins, vos tourments,
Vous rendent-il si cher un tirannique Empire ?
Allez, suivez encor les mouvements jaloux
D'un Amour dont l'outrage est la seule
recompense,
Ou voyez sans depit l'indigne
préférence
Qui trahit vos voeux les plus doux.
Vos tendres soupirs;
Toujours contens d'elles,
Formez des desirs.
Aimez les mépris,
Des plus belles chaînes
Ils feront le prix.
Un mortel voit couler ses ans.
Dans l'horreur d'un prochain naufrage,
L'onde l'emporte au gré des vents.