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Les Cantates de
Jean-Baptiste Stuck

Livre Premier

 

  1. Diane
  2. L'Inconstance
  3. Vénus & Adonis
  4. L'Hymen
  5. Le Triomphe de l'Amour
  6. Les Forges de Lemnos

 

 

 

Diane

 

Cantate n° 1, à voix seule,
avec deux violons & basse continue

Récitatif

Pourquoi plaintive Philoméle
Songer encor à vos malheurs
Quand pour appaiser vos douleurs
Tout s'empresse à marquer son zéle ?

Air, gayement

L'univers à nôtre retour
Semble renaître pour nous plaire;
Les Driades à nôtre amour;
Prétent leur ombre solitaire.

Récitatif

Loin de nous l'Aquilon fougueux
Soufle sa piquante froidure,
La terre répand sa verdure
Le Ciel brile des plus beaux feux.

Air, gayement

 

Pour nous l'amante de Céphale
Enrichit Flore de ses pleurs;
Le Zephir cueille sur les fleurs
Les parfums que la terre exhale.

[Lentement]

Pour entendre nos doux accents,
Les oiseaux cessent leur ramage,
Et le Chasseur de plus sauvage,
Respecte nos jours innocents.

Récitatif

Cependant nôtre âme attendrie
Par un douloureux souvenir,
Des malheurs d'une soeur chérie,
Semble toujours s'entretenir.

Air, lentement

Helas que mes tristes pensées
M'offrent des maux bien plus cuisans,
Vous pleurez des peines passées
Je pleure des ennüis présens;

Et quand la nature attentive
Cherche à calmer nos déplaisirs,
Il faut même que je me prive
De la douleur de mes soupirs.

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L'Inconstance

 

Cantate n° 2, à voix seule,
avec deux violons & basse continue

 

Récitatif

Sous un bocage épais, où le flambeau du jour
Sembloit ceder la place à celui de l'amour,
Tircis le coeur touché d'une tendresse extrême,
Attendoit plein d'ardeur la bergere qu'il aime.

Air, guay

D'un espoir flateur,
L'amour enchanteur
Augmentoit sa flâme;
Déjà sans son âme
Ce Dieu plein d'attraits
Epuisoit ses traits.

 

D'un feu redoutable,
L'ardeur agreable
De mille plaisirs
Combloit ses desirs:
L'aimable espérance
Venoit par avance
Tracer dans son coeur
Un parfait bonheur.

D'un espoir flateur, &c.

Récitatif

Cependant empressé de voir l'objet qu'il aime,
Il trouve au temps qui fuit une lenteur extrême,
Et remplissant les airs de soupirs languissants,
Il se plaignit enfin par ces tendres accents.

Air, lentement

Pourquoi tardez-vous tant, cher objet de ma flâme
Que vous répondez mal à mes empressements.
Helas ! si vous sentiez ce que ressent mon âme,
Mon coeur impatient n'attendroit plus long-temps.

Je n'ose vous nommer dans cette solitude,
Mon coeur seul vous appelle, et cette inquiétude,
N'ose confier mes soupirs
Qu'aux soins des aimables Zephirs.

Mais, helas; vainement leur pitié s'interresse
A l'ardeur qui me presse,
Vous ne m'entendez pas,
Insensible, l'amour ne conduit point vos pas.

Pourquoi tardez-vous tant, &c.

Récitatif

C'est ainsi que Tircis dans sa peine cruelle,
De jaloux mouvements nourissoit ses tourments,
Lorsqu'il vit la beauté qu'il coryoit infidelle,
L'amour la conduisoit, et machoit devant elle:
Ce Dieu fit sous ses pas éclore mille fleurs,
Il soûrit au berger, condamna ses allarmes,
Et prétant son bandeau pour essuyer ses pleurs,
Sur ces amants heureux, il répandit ses charmes.

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Venus & Adonis

 

Cantate n° 3, à voix seule,
avec deux violons & basse continue

 

Récitatif

Enfin de ma Philis j'ai calmé le couroux,
Et l'amour a voulu rétablir entre nous
Les douceurs d'une paix charmante
Avec tous les transports d'une ardeur renaissante.

Air, guayement

L'objet de mes voeux
Me rend sa tendresse,
Mon coeur amoureux
N'a plus de tristesse.

Le trouble qui cesse
Double mes feux,
Et l'amour s'empresse
De me rendre heureux.

Récitatif

Que les soupçons jaloux qui troubloient nos amours
Emportez par les vents se perdent pour toujours.

[lentement]

Pourvû que ma Philis soit sensible à ma flâme
La paix & les plaisirs regneront dans mon âme.

[Mouvement juste]

La Discorde en tout lieux
Peut porter le tonnerre,
Qu'elle allume la Guerre
Même parmi les Dieux.

[lentement]

Pourvû que ma Philis soit sensible à ma flâme
La paix & les plaisirs regneront dans mon âme.

Récitatif

Faisons retentir les airs
Des plus aimables concerts:
Que le fils de Latone, et la brillante Flore,
Couronnent à l'envy la beauté que j'adore:

Ritournelle, guay

Venus luy donna ses attraits,
Et l'Amour luy preste ses traits,
Aussi brillante que l'Aurore,
Elle a tous les charmes de Flore.

Air, guay

Chantons les doux transports de l'amour qui m'enflâme,
Celebrons la beauté qui regne dans mon âme.

Echo de ces bois
Réponds à ma voix.

Chantons les doux transports, &c.

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L'Hymen

 

Cantate n° 4, à voix seule,
avec deux violons, une Haute-Conte [sic] & basse continue

 

Récitatif, gravement

Te verrai-je toujours sombre, triste & reveur,
Affectant les dessous d'une austere Sagesse,
T'abandonner entier à l'aveugle foiblesse,
D'un coeur ambitieux qui cherche la grandeur.
Tu prodigues tes peines
Pour des chimeres vaines,
Et quittes du bonheur les plus riants appas,
Pour chercher un faux bien qui ne se trouve pas.

Air, guay

L'aimable jeunesse
S'envôle sans cesse
D'un rapide cours:
Bientôt les amours
Fuyant la vieillesse
Livreront les jours
A trop de sagesse.

Avant que la Parque implacable
D'un ciseau redoutable
Tranche pour toûjours
Le fil de tes jours,
Jouis, d'un destin plus aimable.

Les claires eaux
De ces ruisseaux
Arrosent ces rivages,
Et les Zephirs
Par leurs soupirs
Agitent ces feüillages:

Avec Bacchus sous ces ombrages arosons-nous d'une aimable liqueur,
Et qu'amour seul agite nôtre coeur.

Récitatif

Le Dieu Bacchus par son divin breuvage
De tes chagrins dissipera l'orage,
Et l'amour seul occupant tes desirs,
Les remplira de sensibles plaisirs.

Air, guayement

A ces grands Dieux préparons une fête,
De mille fleurs couronnons nôtre tête,
Aimons, buvons, et joignons en ce jour
Le tirse de Bacchus au flambeau de l'amour.

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Le Triomphe de l'Amour

 

 

Cantate n° 5, à voix seule,
avec deux violons, une Flûte & un Hautbois & basse continue

 

 

Récitatif

Le calme de la nuit régnoit sur tout le Monde,
Les mortels du sommeil goûtoient la paix profonde,
Quand la jeune Philis d'une touchante voix
Interrompit ainsi le silence de ces bois.

Air, lentement

Le sommeil sur mes sens ne répand plus de charmes,
Je ne sçai ce qui peu me causer tant d'allarmes,
Ah ! depuis que dans ces beaux lieux
Tircis vint s'offrir à mes yeux,
Le sommeil sur mes sens ne répand plus de charme.

Depuis que sous l'ormeau
J'entendis sa musette,
Mon âme est inquiette,
Je fuis les bergers du hameau;
Je ne vais plus sur l'herbette
Danser au son du pipeau,
J'abandonne mon cher troupeau,
Et je vais seulette
Rêver au bord d'un ruisseau.

Récitatif

Sans luy je ne puis vivre,
Et dès que je le vois,
Mon tendre coeur soûpire;
Un frisson me saisit, je demeure sans voix,
Je souffre un aimable martire.
Que seroit-ce ? grands Dieux ! ah ! je n'ose le dire;
Ainsi sans y penser, cette belle len langueur
Au poison de l'Amour accoûmoit son coeur.

Air, guay

Quand l'amour enflâme,
Il a mille attraits;
Aisément nôtre âme
Se livre à ses traits.

Les graces, les charmes
Luy prétent des armes;
Jusqu'à ses rigueurs
Tout charme les coeurs.

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Les Forges de Lemnos

 

 

Cantate n° 6, à voix seule,
avec deux violons, une Flûte & un Haute-Conte & basse continue

 

 

Récitatif, gravement & détaché

La nuit d'un voile obscur couvroit encore les airs,
Et la seule Diane éclairoit l'univers.
Quand de la rive orientale
L'aurore dont l'amour avance le réveil
Vint trouver le jeune Céphale
Qui reposoit encor dans le sein du sommeil.
Elle approche, elle hésite, elle craint, elle admire,:
La surprise enchaîne ses sens:
Et l'amour du héros pour qui son coeur soupire
A sa timide voix arrache ces accents.

Air, lentement

Vous qui parcourez cette plaine,
Ruysseaux, coulez plus lentement
Oiseaux, chantez plus doucement
Zephirs, retenez votre haleine.

Respectez un jeune chasseur
Las d'une course violente,
Et du doux repos qui l'enchante
Laissez luy goûter la douceur.

Récitatif

Mais que dis-je ? où m'emporte une aveugle tendresse ?
Lâche amant, est-ce ainsi que ton ardeur te presse
De voir l'objet de ton amour ?
Viens-je donc en ces lieux te servir de trophée ?
Est-ce dans les bras de Morphée
Que l'on doit d'une amante attendre le retour ?

Air, guay

Il en est temps encore,
Céphale, ouvre les yeux.
Le jour plus radieux
Va commencer d'éclore,
Et le flambeau des cieux
Va faire fuir l'aurore.

Récitatif

Elle le dit, et le Dieu qui répand la lumiere
De son char argenté, lancant ses premiers feux
Vient ouvrir, mais trop tard, la tranquille paupiere
D'un Amant à la foix heureux & malheureux.
Il s'eveille, il regarde, il la voit, il appelle:
Mais ocris ! o pleurs superflus !
Elle le fuit, et ne laisse à sa douleur mortelle
Que l'image d'un bien qu'il ne possede plus.

[doucement]

Ainsi l'amour punit un calme trop coupable,
Meritez, jeunes coeurs, un sort plus favorable.

Air, guay

N'attendez jamais le jour
Veillez quand l'aurore veille,
Le moment où le sommeil
N'est pas celuy de l'amour.

Comme un Zephir qui s'envole
L'heure de Venus s'enfuit,
Et ne laisse pour tout fruit
Qu'un regret triste et frivole.

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