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Les
Cantates de
Jean-Baptiste
Stuck
Livre Deuxiéme
Proserpine
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à voix seule & basse continue |
Récitatif Auprés
du Mont Aetna, dans ces vastes Campagnes Air,
lentement Dous
Repos, séjour tranquille, L'Amour
cause trop d'allarmes, Récitatif Les
efforts de Typhée avoient troublé les
Ombres, [lentement] Venus,
voyant Pluton, sourit, regarde, éveille Air,
gracieusement Chantez
le triomphe & la gloire Mêlez
dans vos chants d'allegresse, Récitatif Pluton frappé du trait de ce Dieu
dangereux, Air,
gay Armez-vous
d'audace, L'Enfant de
Cythere
Que Céres enrichit de ses divins
présents;
Proserpine invitoit les Nymphes ses Compagnes,
A voir l'affreux débris des superbes
Géants:
Ses jours couloient dans l'innocence,
Son coeur ne ressentoit ni crainte ni desirs;
Et de l'heureuse indifference,
Elle exprimoit ainsi les innocents
plaisirs.
Vous rendez les coeurs heureux;
Servez-nous toûjours d'azile
Contre des traits dangereux.
Il vend trop cher ses bienfaits;
L'indifference a des charmes
Que rien ne trouble jamais.
Par luy les Abîmes ouverts
Portoient le jour dans les Royaumes sombres,
Et Pluton fut contraint de quitter les Enfers:
Mais de nouveau frappé par un coup de
tonnerre,
Ce Chef des enfants de la terre
Trébûche, & dans l'instant, la
lumiere du jour
Cesse de penetrer le tenebreux
séjour.
Son fils qui dormoit dans ses bras:
Quoy ! faut-il que l'Amour sommeille ?
Hâte-toy, blesse un Dieu qui ne te
connoît pas.
Elle dit, & l'Amour, à ses ordres
fidelle,
L'invite à célébrer sa
conquête nouvelle.
Du Dieu qui vous tient dans ses fers:
Il va remporter la victoire,
Sur le Dieu même des Enfers.
Mon nom à ce nom glorieux;
Que les Mortels disent sans cesse,
L'Amour est le plus grand des Dieux.
Sent au fond de son ame, un feu qui le
dévore;
Il trouve Proserpine, il la voit, il l'adore;
Et cédant aux transports de son coeur
amoureux,
L'enlêve & la conduit dans l'infernal
Empire;
Maître de son destin, ce Dieu puissant
n'aspire,
Qu'à luy voir à son tour partager son
ardeur;
D'accord avec l'Hymen, l'Amour fit leur
bonheur.
Dans tous vos desirs,
Un coeur tout de glace,
N'a point de plaisirs.
Veut bien à ce prix,
D'un Objet severe
Dompter les mépris.
Neptune & Amymone
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à voix seule & basse continue |
Récitatif Sur
les rives d'Argos, près de ces bords
arides, Air,
lentement A
l'innocence poursuivie, Helas
! ma priere inutile Récitatif La
Danaïde en pleurs faisoit ainsi sa
plainte, Air,
gay Triomphez,
belle Princesse, [lentement] Heureux
le coeur qui vous aime, Triomphez,
belle Princesse, &c. Récitatif Qu'il est facile aux Dieux de séduire une
Belle ! Air,
gracieusement Tous les amants
sçavent feindre; L'audace d'un
téméraire
Où la mer vient briser ses flots
impétueux;
La plus jeune des Danaïdes,
Amymone imploroit l'assistance des Dieux.
Un Faune poursuivoit cette Belle craintive,
Et levant les mains vers les Cieux:
Dieu des mers, disoit-elle, enten ma voix
plaintive,
Sauve-moy des transports d'un Amant
furieux.
Grand Dieu, daigne offrir ton secours;
Protege ma gloire & ma vie,
Contre de coupables maours.
Se perdra -t'elle dans les airs !
Ne me reste-t'il plus d'azile,
Que le vaste abîme des mers ?
Lorsque le Dieu des eaux vint dissiper sa
crainte;
Il s'avance entouré d'une superbe Cour,
Tel jafis il parût aux regards
d'Amphitrite,
Quand il fait marcher à sa suite
L'Hyménée & le Dieu d'Amour.
Le Faune à son aspect s'éloigne du
rivage,
Et Neptune enchanté, surpris,
L'Amour peint dans les yeux,
Adresse ce langage
A l'Objet dont il est épris.
Des Amants audacieux;
Ce cédez qu'à la tendresse,
De qui sçait aimer le mieux.
S'il étoit aimé de vous !
Dans les bras de Venus même,
Mars en deviendroit jaloux.
Tout parloit en faveur de Neptune amoureux,
L'éclat d'une Cour immortelle,
Le merite d'un secour genereux;
Dieux quels secours ! Amour, ce sont là tes
jeux.
Quel satyre eût été plus
à craindre pour elle ?
Thétis en rougissant détourna ses
regards,
Doris se replongea dans ses Grottes humides,
Et par cette leçon, apprit aux
Nereïdes
A füir de semblables hazards.
Nymphes, craignez leurs appas.
Le peril le plus à craindre,
Est celuy qu'on ne craint pas.
Est aisée à surmonter,
C'est l'Amant qui sçait nous plaire
Que nous devons redouter.
La Naissance d'Achille
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à voix seule & basse continue |
Récitatif Prés
de l'humide empire, où Venus pris
naissance, Air,
vivement Où
fuiez-vous, Déesse inexorable ? Il
ne craint point une mort rigoureuse, Récitatif Ce
Heros malheureux soulageoit par ces mots [gracieusement] Est-ce
d'aujourd"huy que les belles [récitatif] Repare
ton erreur, la Nymphe qui te charme Air,
gay Le
Guerrier qui délibere, Quand
le peril nous étonne, Récitatif Pélée à ce discours,
portant au loin sa vûë, Air,
gracieusement Amants, si jamais
quelque Belle, [vivement] Elle peut en prenant
l'image Amants, si jamais
quelque Belle, &c.
Dans un bois consacré par le malheur
d'Atys,
Le Sommeil & l'Amour, tous deux
d'intelligence,
A l'amoureux Pélée avoient
livré Thétis.
Qu'eût fait Minerve, en cet état
réduite ?
Mais dans l'art de Prothée en sa jeunesse
instruite,
Elle sçeut éluder un Amant
furieux,
D'une ardente Lionne elle prend l'apparence,
Il s'émeut & tandis qu'il songe à
sa deffense,
La Nymphe en rugissant se dérobe à
ses yeux.
Cruel Lion, de carnage alteré,
Que craignez-vous d'un amant miserable,
Que vos rigueurs ont déja
déchiré ?
Il s'offre à vous, sans armes, sans
secours;
Et vôtre fuite est pour luy plus affreuse
Que les Lions, les Tygres, ni les
Ours.
L'excès de sa douleur extrême,
Quand tout à coup du fonds des flots
Prothée, apparoissant luy-même:
Que fay-tu, luy dit-il, foible & timide Amant
?
Pourquoy troubler les airs de plaintes
éternelles ?
Ont recours au déguisement ?
Va rentrer dans le sein des mers;
Atten-la sur ces bords, mais que rien ne
t'allarme;
Et songes que tu dois Achile à
l'univers.
Fait mal sa cour au Dieu Mars;
L'Amant ne triomphe guerre,
S'il n'affronte les hazards.
N'importunons point les Dieux.
Venus, ainsi que Bellonne,
Aime les Audacieux.
Voit paroître l'Objet qui le tient sous ses
loix:
Heureux que pour luy seul, l'occasion
perduë
Renaisse une seconde fois.
Le coeur plein d'une nouvelle audace,
Il vole à la Déesse, il s'approche,
il l'embrasse:
Thétis veut se défendre, & d'un
prompt changement,
Employant la ruse ordinaire,
Redevient à ses yeux, Lion, Tigre,
Panthere:
Vains objets qui ne font qu'irriter son Amant.
Ses desirs ont vaincu sa crainte,
Il la retient toûjours d'un bras
victorieux;
Et lasse de combrattre, elle est enfin
contrainte
De reprendre sa forme & d'obéïr aux
Dieux.
Changée en Lionne cruelle,
S'efforce à vous faire trembler.
Mocquez-vous d'une image feinte,
C'est un fantôme que sa crainte
Vous présente, pour vous troubler.
D'un Tigre ou d'un Lion sauvage,
Effrayer les jeunes Amours;
Mais aprés un effort extrême,
Elle redevient elle-même,
Et ces Dieux triomphent toûjours.
Ariane
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à voix seule & basse continue |
Récitatif Sous
les arbres épais d'un paisible boccage, [lentement] Les
songes, ces trompeurs aimables, Air,
tendrement Ne
vous réveillez pas encore, Récitatif Mais
enfin, du sommeil la douceur fugitive, [lentement] Les
accents de sa voix plaintive [viste] C'en
est fait, montrez, Dieux vengeurs, Air,
viste Dieu
des mers, servez mon couroux, Frappez
du mortel effroy, Quel Dieu vient d'Airane apaiser la fureur ? Air,
gracieusement Beautez qui perdez un
Volage, Ne livrez pas vos
yeux aux larmes
Ariane goûtoit la douceur du repos,
Tandis que son Amant déja loin du
rivage,
Traversoit l'Empire des flots.
Enchantent la Princesse & par de feints
plaisirs
Different des maux veritables:
Elle croit voir encor l'Objet de ses desirs,
Et dans ces instants favorables,
L'Amour à la douleur dérobe ses
soupirs.
Beaux yeux, vous ne verrez que trop tôt vos
malheurs:
Semblables à ceux de l'Aurore
Vous ne vous ouvrirez que pour verser des
pleurs.
Abandonne Ariane au sort injurieux,
Son coeur s'efforce en vain de démentir ses
yeux,
Tremblante elle se leve, elle court sur la
rive,
Et son désordre explose à la
clarté du jour,
Des appas reservez aux regards de
l'Amour.
Font gémir après eux les Echos
d'alentour.
Tu fuis, dit-elle, helas !... tu fuis, ingrat
Thésée...
Tu trahis mes bienfaits... ô mortelle douleur
!
Que vous êtes l'appuy de la foy
méprisée.
Que le Ciel éclate, qu'il tonne,
Vents furieux, déchaînez-vous
Contre un amant qui m'abandonne.
Le coeur d'un ingrat qui m'offense;
Faites qu'il souffre autant que moy
Et vous remplirez ma vengeance.
De l'Inde renomé c'est le fameux
Vainqueur;
L'Amour lui prête-t'il son arc & sa
puissance ?
Que charme surprenant ! quelle prompte inconstance
!
De la triste Princesse il enchante le coeur
Par un brillant hommage il répare sa
gloire,
Et vange les affronts que ses yeux ont
reçûs,
Du perfide Thésée elle perd la
memoire,
Et tout son coeur se livre à l'amour de
Bacchus.
Profitez de son changement;
Que l'Amour vous en dédomage,
Par le coeur d'un fidele Amant.
Lorsque l'Ingrat ose changer;
Qu'ils vous prêtent plutôt des
charmes,
Pour le punir, & vous vanger.
Sur la Prise de Lerida
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à voix seule & basse continue |
Récitatif Assez,
& trop long-temps, les horribles
tempêtes? Air,
gravement Descendez,
Minerve indomptable, Eloignez
de sa vie les instants malheureux; Récitatif,
lentement Mais,
quel Dieu tout à coup s'empare de mon ame
! De
Remparts, de Rochers, quel terrible assemblage [guay] C'en
est fait, il triomphe, & son nom glorieux, Air,
guay Chantons
sa victoire, Récitatif Le front ceint de Lauriers, il revient dans ces
lieux: Air,
gravement Venez Plaisirs, volez
Amours, Tandis que les neuf
Soeurs au Temple de memoire Venez Plaisirs, volez
Amours, &c.
Des plus funestes coups ont menacé nos
têtes;
Assez, & trop long-temps, les destins
envieux,
Attaquent des vertus que protegent les
Dieux.
Par vôtre Egide redoutable,
Conservez mon Heros dans l'horreur des combats
Et forcez la Fortune à marcher sur ses
pas.
Faites tomber l'envie dans des gouffres
affreux.
C'est Apollon luy-même, il m'agite, il
m'enflâme,
Quels ravissants accords
Excitent mes transports !
Irrite du Heros l'intrépide courage ?
De sa seule valeur reconnoissant la loy,
Dieux ! il se livre entier pour l'Etat, pour son
Roy,
Je le vois tel que Mars, animé par la
gloire,
Des bras de la Fortune arracher la
victoire.
S'éleve avec éclat & vole
jusqu'aux Cieux.
Et ses grands Exploits;
Déesse aux cent voix,
Mille et mille fois
Publiez sa gloire.
France, tu vas revoir ce Heros glorieux,
Aprés que son absence a causé nos
allarmes:
De son retour heureux, goûtons bien tous les
charmes.
Préparez-luy de plus douces
conquêtes,
Et par les plus riantes fêtes,
Faites briller cet aimable séjour.
Consacrent à jamais son triomphe & sa
gloire.
Mars jaloux
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à voix seule, avec Symphonie & basse continue |
Récit Mars
errant dans le sbois de l'Isle de Cythere, Air,
vivement Venez,
volez sanglante Haine, Bellonne,
partagez mon courroux legitime, [lentement] Qu'entends-je
? C'est Venus ! Dieux ! la Perfide avance ! Air,
lentement Pourquoy
fuyez-vous ma présence ? C'est
en vain que tou vous accuse, Récitatif L'inconstante Venus à ce tendre
ramage, Air,
gracieusement Loin d'une
Infidelle, D'un objet
aimable
Cherchoit l'inconstante Venus,
Tandis que sur des bords aux Jaloux inconnus,
Adonis goûtoit seul le bonheur de luy
plaire.
Amour, s'écrioit Mars, qu'estes-vous devenus
?
Quel soin loin de ces lieux occupe votre mere ?
L'Ingrate, je le vois, forme un nouveau lien...
Tremble, Rival heureux, dont le bonheur
m'outrage
Si tu sçais m'arracher le coeur de la
Volage,
Je sçauray m'immoler le tien.
Venez, volez, je vous livre mon coeur.
Brisez une odieuse chaine;
Que l'Amour cede à la fureur.
Ravagez les Climats qui cachent mon Rival:
Ah ! c'est trop peu d'une victime,
Pour calmer mon depit fatal !
Lancez vos traits, armez vos mains
impitoyables:
Que la flâme & le fer volent de toutes
parts,
Et des Mortels tombant sous vos coups
redoutables,
Elevez une trophée à la fureur de
Mars.
Par de justes mepris, commençons ma
vengeance...
Vains projets... je soûpire... helas !
Est-ce ainsi que je veux outrager ses appas
?
Que ne puis-je vous imiter ?
Helas ! je vois vôtre inconstance,
Et je m'efforce d'en douter ?
Quand vous petes loin de ces lieux;
Je trouve deja vôtre excuse,
Et dans mon coeur & dans vos
yeux.
Par des soûpirs trompeurs, calme le Dieu
jaloux,
Et pour ne pas livrer Adonis à sa rage,
Elle feint de répondre à ses voeux
les plus doux.
Que l'on est aisément séduit par ce
qu'on aime,
Mars croit voir dans Venus une tendresse
extrême,
Loin d'avérer son crime & de la
condamner,
Il se croit coupable luy-même,
D'avoir osé l'en soupçonner.
L'on brave l'Amour;
Mais l'Amour prés d'elle,
Triomphe à son tour.
Quel est le pouvoir ?
Il n'est plus coupable
Dés qu'il se fait voir.