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Les Cantates de
Jean-Baptiste Stuck

Livre Deuxiéme

 

  1. Proserpine
  2. Neptune & Amymone
  3. La Naissance d'Achille
  4. Ariane
  5. Sur la prise de Lerida
  6. Mars jaloux

 

 

 

Proserpine

 

Cantate n° 1,
à voix seule & basse continue

 

 

Récitatif

Auprés du Mont Aetna, dans ces vastes Campagnes
Que Céres enrichit de ses divins présents;
Proserpine invitoit les Nymphes ses Compagnes,
A voir l'affreux débris des superbes Géants:
Ses jours couloient dans l'innocence,
Son coeur ne ressentoit ni crainte ni desirs;
Et de l'heureuse indifference,
Elle exprimoit ainsi les innocents plaisirs.

Air, lentement

Dous Repos, séjour tranquille,
Vous rendez les coeurs heureux;
Servez-nous toûjours d'azile
Contre des traits dangereux.

L'Amour cause trop d'allarmes,
Il vend trop cher ses bienfaits;
L'indifference a des charmes
Que rien ne trouble jamais.

Récitatif

Les efforts de Typhée avoient troublé les Ombres,
Par luy les Abîmes ouverts
Portoient le jour dans les Royaumes sombres,
Et Pluton fut contraint de quitter les Enfers:
Mais de nouveau frappé par un coup de tonnerre,
Ce Chef des enfants de la terre
Trébûche, & dans l'instant, la lumiere du jour
Cesse de penetrer le tenebreux séjour.

[lentement]

Venus, voyant Pluton, sourit, regarde, éveille
Son fils qui dormoit dans ses bras:
Quoy ! faut-il que l'Amour sommeille ?
Hâte-toy, blesse un Dieu qui ne te connoît pas.
Elle dit, & l'Amour, à ses ordres fidelle,
L'invite à célébrer sa conquête nouvelle.

Air, gracieusement

Chantez le triomphe & la gloire
Du Dieu qui vous tient dans ses fers:
Il va remporter la victoire,
Sur le Dieu même des Enfers.

Mêlez dans vos chants d'allegresse,
Mon nom à ce nom glorieux;
Que les Mortels disent sans cesse,
L'Amour est le plus grand des Dieux.

Récitatif

Pluton frappé du trait de ce Dieu dangereux,
Sent au fond de son ame, un feu qui le dévore;
Il trouve Proserpine, il la voit, il l'adore;
Et cédant aux transports de son coeur amoureux,
L'enlêve & la conduit dans l'infernal Empire;
Maître de son destin, ce Dieu puissant n'aspire,
Qu'à luy voir à son tour partager son ardeur;
D'accord avec l'Hymen, l'Amour fit leur bonheur.

Air, gay

Armez-vous d'audace,
Dans tous vos desirs,
Un coeur tout de glace,
N'a point de plaisirs.

L'Enfant de Cythere
Veut bien à ce prix,
D'un Objet severe
Dompter les mépris.

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Neptune & Amymone

 

Cantate n° 2,
à voix seule & basse continue

 

 

Récitatif

Sur les rives d'Argos, près de ces bords arides,
Où la mer vient briser ses flots impétueux;
La plus jeune des Danaïdes,
Amymone imploroit l'assistance des Dieux.
Un Faune poursuivoit cette Belle craintive,
Et levant les mains vers les Cieux:
Dieu des mers, disoit-elle, enten ma voix plaintive,
Sauve-moy des transports d'un Amant furieux.

Air, lentement

A l'innocence poursuivie,
Grand Dieu, daigne offrir ton secours;
Protege ma gloire & ma vie,
Contre de coupables maours.

Helas ! ma priere inutile
Se perdra -t'elle dans les airs !
Ne me reste-t'il plus d'azile,
Que le vaste abîme des mers ?

Récitatif

La Danaïde en pleurs faisoit ainsi sa plainte,
Lorsque le Dieu des eaux vint dissiper sa crainte;
Il s'avance entouré d'une superbe Cour,
Tel jafis il parût aux regards d'Amphitrite,
Quand il fait marcher à sa suite
L'Hyménée & le Dieu d'Amour.
Le Faune à son aspect s'éloigne du rivage,
Et Neptune enchanté, surpris,
L'Amour peint dans les yeux,
Adresse ce langage
A l'Objet dont il est épris.

Air, gay

Triomphez, belle Princesse,
Des Amants audacieux;
Ce cédez qu'à la tendresse,
De qui sçait aimer le mieux.

[lentement]

Heureux le coeur qui vous aime,
S'il étoit aimé de vous !
Dans les bras de Venus même,
Mars en deviendroit jaloux.

Triomphez, belle Princesse, &c.

Récitatif

Qu'il est facile aux Dieux de séduire une Belle !
Tout parloit en faveur de Neptune amoureux,
L'éclat d'une Cour immortelle,
Le merite d'un secour genereux;
Dieux quels secours ! Amour, ce sont là tes jeux.
Quel satyre eût été plus à craindre pour elle ?
Thétis en rougissant détourna ses regards,
Doris se replongea dans ses Grottes humides,
Et par cette leçon, apprit aux Nereïdes
A füir de semblables hazards.

Air, gracieusement

Tous les amants sçavent feindre;
Nymphes, craignez leurs appas.
Le peril le plus à craindre,
Est celuy qu'on ne craint pas.

L'audace d'un téméraire
Est aisée à surmonter,
C'est l'Amant qui sçait nous plaire
Que nous devons redouter.

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La Naissance d'Achille

 

Cantate n° 3,
à voix seule & basse continue

 

 

Récitatif

Prés de l'humide empire, où Venus pris naissance,
Dans un bois consacré par le malheur d'Atys,
Le Sommeil & l'Amour, tous deux d'intelligence,
A l'amoureux Pélée avoient livré Thétis.
Qu'eût fait Minerve, en cet état réduite ?
Mais dans l'art de Prothée en sa jeunesse instruite,
Elle sçeut éluder un Amant furieux,
D'une ardente Lionne elle prend l'apparence,
Il s'émeut & tandis qu'il songe à sa deffense,
La Nymphe en rugissant se dérobe à ses yeux.

Air, vivement

Où fuiez-vous, Déesse inexorable ?
Cruel Lion, de carnage alteré,
Que craignez-vous d'un amant miserable,
Que vos rigueurs ont déja déchiré ?

Il ne craint point une mort rigoureuse,
Il s'offre à vous, sans armes, sans secours;
Et vôtre fuite est pour luy plus affreuse
Que les Lions, les Tygres, ni les Ours.

Récitatif

Ce Heros malheureux soulageoit par ces mots
L'excès de sa douleur extrême,
Quand tout à coup du fonds des flots
Prothée, apparoissant luy-même:
Que fay-tu, luy dit-il, foible & timide Amant ?
Pourquoy troubler les airs de plaintes éternelles ?

[gracieusement]

Est-ce d'aujourd"huy que les belles
Ont recours au déguisement ?

[récitatif]

Repare ton erreur, la Nymphe qui te charme
Va rentrer dans le sein des mers;
Atten-la sur ces bords, mais que rien ne t'allarme;
Et songes que tu dois Achile à l'univers.

Air, gay

Le Guerrier qui délibere,
Fait mal sa cour au Dieu Mars;
L'Amant ne triomphe guerre,
S'il n'affronte les hazards.

Quand le peril nous étonne,
N'importunons point les Dieux.
Venus, ainsi que Bellonne,
Aime les Audacieux.

Récitatif

Pélée à ce discours, portant au loin sa vûë,
Voit paroître l'Objet qui le tient sous ses loix:
Heureux que pour luy seul, l'occasion perduë
Renaisse une seconde fois.
Le coeur plein d'une nouvelle audace,
Il vole à la Déesse, il s'approche, il l'embrasse:
Thétis veut se défendre, & d'un prompt changement,
Employant la ruse ordinaire,
Redevient à ses yeux, Lion, Tigre, Panthere:
Vains objets qui ne font qu'irriter son Amant.
Ses desirs ont vaincu sa crainte,
Il la retient toûjours d'un bras victorieux;
Et lasse de combrattre, elle est enfin contrainte
De reprendre sa forme & d'obéïr aux Dieux.

Air, gracieusement

Amants, si jamais quelque Belle,
Changée en Lionne cruelle,
S'efforce à vous faire trembler.
Mocquez-vous d'une image feinte,
C'est un fantôme que sa crainte
Vous présente, pour vous troubler.

[vivement]

Elle peut en prenant l'image
D'un Tigre ou d'un Lion sauvage,
Effrayer les jeunes Amours;
Mais aprés un effort extrême,
Elle redevient elle-même,
Et ces Dieux triomphent toûjours.

Amants, si jamais quelque Belle, &c.

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Ariane

 

Cantate n° 4,
à voix seule & basse continue

 

 

Récitatif

Sous les arbres épais d'un paisible boccage,
Ariane goûtoit la douceur du repos,
Tandis que son Amant déja loin du rivage,
Traversoit l'Empire des flots.

[lentement]

Les songes, ces trompeurs aimables,
Enchantent la Princesse & par de feints plaisirs
Different des maux veritables:
Elle croit voir encor l'Objet de ses desirs,
Et dans ces instants favorables,
L'Amour à la douleur dérobe ses soupirs.

Air, tendrement

Ne vous réveillez pas encore,
Beaux yeux, vous ne verrez que trop tôt vos malheurs:
Semblables à ceux de l'Aurore
Vous ne vous ouvrirez que pour verser des pleurs.

Récitatif

Mais enfin, du sommeil la douceur fugitive,
Abandonne Ariane au sort injurieux,
Son coeur s'efforce en vain de démentir ses yeux,
Tremblante elle se leve, elle court sur la rive,
Et son désordre explose à la clarté du jour,
Des appas reservez aux regards de l'Amour.

[lentement]

Les accents de sa voix plaintive
Font gémir après eux les Echos d'alentour.
Tu fuis, dit-elle, helas !... tu fuis, ingrat Thésée...
Tu trahis mes bienfaits... ô mortelle douleur !

[viste]

C'en est fait, montrez, Dieux vengeurs,
Que vous êtes l'appuy de la foy méprisée.

Air, viste

Dieu des mers, servez mon couroux,
Que le Ciel éclate, qu'il tonne,
Vents furieux, déchaînez-vous
Contre un amant qui m'abandonne.

Frappez du mortel effroy,
Le coeur d'un ingrat qui m'offense;
Faites qu'il souffre autant que moy
Et vous remplirez ma vengeance.

Récitatif

Quel Dieu vient d'Airane apaiser la fureur ?
De l'Inde renomé c'est le fameux Vainqueur;
L'Amour lui prête-t'il son arc & sa puissance ?
Que charme surprenant ! quelle prompte inconstance !
De la triste Princesse il enchante le coeur
Par un brillant hommage il répare sa gloire,
Et vange les affronts que ses yeux ont reçûs,
Du perfide Thésée elle perd la memoire,
Et tout son coeur se livre à l'amour de Bacchus.

Air, gracieusement

Beautez qui perdez un Volage,
Profitez de son changement;
Que l'Amour vous en dédomage,
Par le coeur d'un fidele Amant.

Ne livrez pas vos yeux aux larmes
Lorsque l'Ingrat ose changer;
Qu'ils vous prêtent plutôt des charmes,
Pour le punir, & vous vanger.

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Sur la Prise de Lerida

 

Cantate n° 5,
à voix seule & basse continue

 

 

Récitatif

Assez, & trop long-temps, les horribles tempêtes?
Des plus funestes coups ont menacé nos têtes;
Assez, & trop long-temps, les destins envieux,
Attaquent des vertus que protegent les Dieux.

Air, gravement

Descendez, Minerve indomptable,
Par vôtre Egide redoutable,
Conservez mon Heros dans l'horreur des combats
Et forcez la Fortune à marcher sur ses pas.

Eloignez de sa vie les instants malheureux;
Faites tomber l'envie dans des gouffres affreux.

Récitatif, lentement

Mais, quel Dieu tout à coup s'empare de mon ame !
C'est Apollon luy-même, il m'agite, il m'enflâme,
Quels ravissants accords
Excitent mes transports !

De Remparts, de Rochers, quel terrible assemblage
Irrite du Heros l'intrépide courage ?
De sa seule valeur reconnoissant la loy,
Dieux ! il se livre entier pour l'Etat, pour son Roy,
Je le vois tel que Mars, animé par la gloire,
Des bras de la Fortune arracher la victoire.

[guay]

C'en est fait, il triomphe, & son nom glorieux,
S'éleve avec éclat & vole jusqu'aux Cieux.

Air, guay

Chantons sa victoire,
Et ses grands Exploits;
Déesse aux cent voix,
Mille et mille fois
Publiez sa gloire.

Récitatif

Le front ceint de Lauriers, il revient dans ces lieux:
France, tu vas revoir ce Heros glorieux,
Aprés que son absence a causé nos allarmes:
De son retour heureux, goûtons bien tous les charmes.

Air, gravement

Venez Plaisirs, volez Amours,
Préparez-luy de plus douces conquêtes,
Et par les plus riantes fêtes,
Faites briller cet aimable séjour.

Tandis que les neuf Soeurs au Temple de memoire
Consacrent à jamais son triomphe & sa gloire.

Venez Plaisirs, volez Amours, &c.

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Mars jaloux

 

Cantate n° 6,
à voix seule, avec Symphonie & basse continue

 

 

Récit

Mars errant dans le sbois de l'Isle de Cythere,
Cherchoit l'inconstante Venus,
Tandis que sur des bords aux Jaloux inconnus,
Adonis goûtoit seul le bonheur de luy plaire.
Amour, s'écrioit Mars, qu'estes-vous devenus ?
Quel soin loin de ces lieux occupe votre mere ?
L'Ingrate, je le vois, forme un nouveau lien...
Tremble, Rival heureux, dont le bonheur m'outrage
Si tu sçais m'arracher le coeur de la Volage,
Je sçauray m'immoler le tien.

Air, vivement

Venez, volez sanglante Haine,
Venez, volez, je vous livre mon coeur.
Brisez une odieuse chaine;
Que l'Amour cede à la fureur.

Récitatif

Bellonne, partagez mon courroux legitime,
Ravagez les Climats qui cachent mon Rival:
Ah ! c'est trop peu d'une victime,
Pour calmer mon depit fatal !
Lancez vos traits, armez vos mains impitoyables:
Que la flâme & le fer volent de toutes parts,
Et des Mortels tombant sous vos coups redoutables,
Elevez une trophée à la fureur de Mars.

[lentement]

Qu'entends-je ? C'est Venus ! Dieux ! la Perfide avance !
Par de justes mepris, commençons ma vengeance...
Vains projets... je soûpire... helas !
Est-ce ainsi que je veux outrager ses appas ?

Air, lentement

Pourquoy fuyez-vous ma présence ?
Que ne puis-je vous imiter ?
Helas ! je vois vôtre inconstance,
Et je m'efforce d'en douter ?

C'est en vain que tou vous accuse,
Quand vous petes loin de ces lieux;
Je trouve deja vôtre excuse,
Et dans mon coeur & dans vos yeux.

Récitatif

L'inconstante Venus à ce tendre ramage,
Par des soûpirs trompeurs, calme le Dieu jaloux,
Et pour ne pas livrer Adonis à sa rage,
Elle feint de répondre à ses voeux les plus doux.
Que l'on est aisément séduit par ce qu'on aime,
Mars croit voir dans Venus une tendresse extrême,
Loin d'avérer son crime & de la condamner,
Il se croit coupable luy-même,
D'avoir osé l'en soupçonner.

Air, gracieusement

Loin d'une Infidelle,
L'on brave l'Amour;
Mais l'Amour prés d'elle,
Triomphe à son tour.

D'un objet aimable
Quel est le pouvoir ?
Il n'est plus coupable
Dés qu'il se fait voir.

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