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Mr Morin
Ordinaire de la Musique de son Altße Roiale Monseigneur le Duc d'Orleans

Les Cantates Françoises, à un & à trois voix, avec Simphonie, avec la Basse Continue
Livre Sixiéme

 

Le sommeil de l'Amour
Cantate n° 1, à voix seule [soprano] & basse continüe

 

Récitatif

L'Univers atendoit que la brillante Aurore
Vin dissiper la nuit qui le couvroit encore,
Lorsque pour se rejoindre aux Ninfes de sa Cour,
Diane descendit du celeste sejour:
En parcourant les boix la Déesse sévere
Trouve au bords d'un ruisseau les Amours endormis;
Ah ! dit-ele, quel soin, que projet temeraire
Ameine dans ces lieux mes cruels ennemis.

Air, serieux

Dormés Amours, dormés dans une paix profonde,
En goûtant le repos vous le donnez aux coeurs.

Puissiez-vous a jamais pour le bonheur du monde
Du paisible Sommeil éprouver les douceurs.

Récitatif

Venez, r'assemblez-vous mes compagnes fidelles
Un triomphe nouveau vous attend dans ces lieux,
Rompez de ces Tirans les armes criminelles,
Et vengez la terre et les Cieux;
Quelque Nymphes inexorables
Des Amours a ces mots surprennent le carquois
Mais plus d'une a regret brise leurs trais aimables,
D'autres n'osent toucher ces armes redoutables,
Que tardez-vous ? leur dit la Déesse des bois.

Air, vif

Domptez le Tiran de Cythere
C'est l'exploit le plus glorieux,
Vous ferez ce que n'a pu faire
Le Dieu qui regne sur les Dieux.

Bannissez d'indignes alarmes,
Prevenez les coups de l'Amour,
Hastez vous de rompre des armes
Qui pourroient vous blesser un jour.

Récitatif

Tandis que l'Amour achevant la deffaite
Diane saisissoit le dernier de ses trais,
Elle aperçut au fond d'une sombre retraite
Endimion couché sur un feüillage épais;
A ce charmant Spectacle, interdite, distraite,
Elle se blesse au trait qu'elle vouloit briser:
L'Amour s'éveille et rit de sa peine secrete,
Doux châtiment d'un coeur qui l'osoit mépriser.

Air, gracieusement

L'Amour pour soûtenir sa gloire
N'a pas besoin du moindre effort,
Ce Dieu certain de la victoire
Triomphe même quand il dort.

Quel coeur a son pouvoir suprême
Par la force échapa jamais ?
Souvent on se blesse soy même
Lorsque l'on croit briser ses trais.