accueil
|
contact
|
contributions
|
liens

ballets
|
cantates
|
divers
|
opéras
|
oratorios
|
pastorales
|
sérénades

Nicolas Racot de Grandval

Six Cantates Sérieuses & Comiques à voix seule, avec Simphonie avec la Basse Continue
Oeuvre Posthume, 1755

 

Grégoire
Cantate n° 6, à voix seulle & Simphonie & la basse continüe

 

 

L'autre jour au fond d'un caveau
Je trouvai l'aimable Grégoire,
Pâle, sombre, rêveur, penché sur un tonneau,
Il ne m'invita point à boire !

Je le crus mort ou du moins expirant;
Ami dit-il en soupirant,
Tout est perdu ! l'amour emporte la victoire,
Il triomphe des coeurs,
Il se rit des buveurs,
Et Bachus a perdu sa gloire.

Quel désordre dans l'Univers !
Nos vins vieux sont tournés,
Nos vins nouveaus sont sont verds.
Aimable Dieu de la treille,
Si j'ai fait tous mes plaisirs
Du doux jus de la bouteille,
Que ma douleur le réveille,
Ecoute mes soupirs.

Quelle victoire honorable
Me signale à tous momens,
Buveur fameux, buveur indimptable,
Je fais tomber sous la table,
Les Suisses, les Allemands.

Cependant tu m'abandonnes
Apres tant de grands exploits,
Les deux dernières Automnes
Vont me reduire aux abois.

A peine a-t'il laché cette eloquente plainte
Qu'il se sent ranimé par un feu tout divin;
Sa joye éclate, il chante, il embrasse sa pinte,
Et verse des larmes de vin.

Charmant ennemi de Cithere,
O puissant destructeur des liens amoureux,
Pere de l'allegresse & de la bonne chere,
Accours & viens combler mes voeux.

Une joyeuse mélodie,
M'annonce que mes voeux sont enfin exaucés,
De l'amoureuse maladie
Nous ne sommes plus menacés.

Dans mon obscur caveau, je vois Bachus descendre,
Il va parler, taisons nous pour l'entendre.

Après tant de frayeurs rassure tes esprits,
Si j'ai laissé le doux jus de la vigne,
Par une trahison insigne
Au milieu d'un festin l'amour m'avoit surpris,
Tout entier occupé d'une beauté charmante,
J'avois oublié les buveurs,
Mais je viens remplir ton attente.

Mon coeur sur mon rival remporte la victoire,
Je reprens le soin de ma gloire.
Buveurs Enivrés vous en vuidant vos tonneaux,
Je vais racommoder et vins vieux et nouveaux.

A ces mots gracieux qu'un soupir accompagne,
Ce grand Dieu disparoît et nous laisse embaumés
D'une odeur de Vin de Champagne,
Dont nos sens demeurent charmés.

Si quelques fois la vendage est stérile,
Recourons à Bachus pour remplir nos tonneaux.
Dès qu'on l'invoque, il est prompt & facile,
Sans cesse il fait pour nous des miracles nouveaux.

Dans l'empire amoureux on n'entend que soupirs,
Le dieu de la treille au contraire
Nous entretient dans les plaisirs.
Et loin d'amuser nos desirs,
Il s'empresse à les satisfaire.