accueil
|
contact
|
contributions
|
liens

ballets
|
cantates
|
divers
|
opéras
|
oratorios
|
pastorales
|
sérénades

Nicolas Racot de Grandval

Six Cantates Sérieuses & Comiques à voix seule, avec Simphonie avec la Basse Continue
Oeuvre Posthume, 1755

 

Ixion
Cantate n° 4, à voix seulle & Simphonie & la basse continüe

 

 

Pour la premiere fois la Reine des Enfers,
Portoit ses pas vers les demeures sombres,
Où par mille tourmens divers,
Tisiphone punit les criminelles ombres.

La, le malheureux Ixion
Souffre sans expirer son crime,
Triste & deplorable victime
Et de l'amour é de l'ambition.

A l'instrument de sa peine,
Le criminel enchainé,
Dans une éternelle gene
Tourne sans cesse entrainé.

Le mouvement qui l'agite
Sans s'arrêter un moment,
L'eleve, le precipite
Et fait son cruel touement.

Déja vers lui la Déesse s'avance,
Et par sa divine présence,
Suspend les maux de son auplice affreux.
Quels terribles forfaits, dit-elle,
Ont pu te mériter un sort si rigoureux ?
Hélas ! généreuse immortelle,
J'etois assis a la table des Dieux:
Sur la fiere Junon (que je trouvois belle)
Ambitieux amant, j'osai lever les yeux.
Elle s'en offença, j'évitois sa colere.
Un jour, ô sort fatal ! dans l'ombre & le mistere,
Pour se jouer de mes credules feux,
A mes sens enchantés elle offrit sin image,
Je la crus sensible à mes voeux:
J'y volai, mais helas, ce n'etoit qu'un nuage
Qui trahit en fuyant mes transports amoureux.

Mon crime fut l'effet d'un songe,
Pourquoi vint-il flater mes timides desirs ?
Ah ! sans ce dangereux mensonge
Je n'aurois point tenté de coupables plaisirs.

D'un suplice injuste & severe
Ne verai-je jamais terminer les rigueurs ?
Hélas ! d'une vaine chimère
N'ai je pas trop payé les trompeuses douceurs ?

Mon crime, &c.

Ainsi parle Ixion, mais quelle est son attente
L'impitoyable Radamante
De la Déesse accompagnoit les pas.
C'est en vain lui dit-il qu'il prétend trouver grace,
Apprenés quelle est son audace,
De tout son crime il ne s'accuse pas.

Plus indiscret encor qu'il ne fut téméraire,
Sa vanité lui cachant son erreur.
Il osa se vanter d'un criminel bonheur
Qu'il ne crut point imaginaire.

A ces mots, d'un mortel si coupable & si vain,
Elle trouve la peine encore trop légére,
S'éloigne & l'abandonne a son cruel destin.

Qu'un amant téméraire offence une jeune & fiere beauté
Le mépris ou l'indifference
Est une assés grande vengeance,
Pour punir la témérité.

Que de la fureur la plus vaine
On ose trahit le secret,
C'est à l'impitoyable haine,
C'est à la colere inhumaine,
A punir l'amant indiscret.