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Quoi, l'on
m'ordonne de chanter,
A moi qui suis la Musique !
Mais, quand je voudrois, pourois je contenter
Les gouts divers dont on se pique.
L'un
voudra du badin, l'autre du pathétique,
Du brillant ou du cromatique, du sérieux ou du
comique,
Du langoureux ou du bachique.
Accordés vous, je chanterai,
Décidés ou je me tairai.
Dois-je fixer l'incertitude
Ou ma demande vous séduit ?
Ecoutés ce triste prélude
Et le chant plaintif qui le suit.
Monarque
redouté de ces royaumes sombres, laissés vous
toucher par mes pleurs.
Rendés moi ma chere Euridice, ne
séparés pas nos deux coeurs.
Quoi, ces plaintes & ces regards ne vous font pas verser
de larmes ?
Le badinage & ses attraits sans doute a pour vous plus
de charmes.
L'amant
qui toujours soupire,
Me fait soupirer d'ennui,
Moins il sait me faire rire
Et plus je me ris de lui.
Quand de dépit l'ame atteinte,
Vous riés, aimeriés vous mieux
Du Dieu du vin les chants joyeux.
Liqueur
enchanteresse,
Par une douce yvresse
Remplis tous nos desirs.
Mais votre coeur moins gai que tendre
Aux plaisirs d'un amour ardent
Exprimé le plus vivement,
Aime mieux se laisser surprendre.
Voi ces
jeunes tourterelles
Se baiser sur ces ormeaux,
Le battement de leurs ailes
En agitent les rameaux.
Vous
demeurés glacés à des chants si
flateurs !
L'amour satisfait sur les coeurs
N'a plus de puissance;
Connoissés le dans ses fureurs
Et dans sa vengeance.
Courons a
la vengeance,
Dépit mortel allumés mon couroux.
Ah ! faut-il des fureurs pour vous rendre plus sensibles
?
Vous fremissés ! quitons ces images
terribles.
Dormés
amours, dormés dans une paix profonde,
Dormés amours inéxorables,
En goutant le repos vous le donnés aux
coeurs.
Tout dort
! éveillés vous, écoutés
moi:
Réveillons les avec effroi.
Cruelles
filles des Enfers,
Démon fatale, affreuse jalousie,
Venés, sortés, vos gouffres sont
ouverts.
Ah ! je le
voi, les tendres sentimens
Vous laissent dans l'indifference,
La terreur & la violence,
Pour vous sont aussi des tourmens.
La seule
harmonie
De divers Instrumens suivie,
Sçait se faire aimer.
Que les parolles soient frivoles, seule elle a droit de vous
charmer.
De Neptune en couroux, de Jupin furieux,
Elle invite a grand bruit le tintamare affreux.
Dieu des
mers servés mon couroux
Que le Ciel menace, qu'il tonne
Jupiter armés vous du foudre
Lancés vos carreaux eclatans.
On se sent
par tout par elle
Transporter au fond des forets.
J'entens le cors qui nous appelle
Courons, lançons nos traits.
Trop
souvent elle vous ramène
Ecouter les chants amoureux,
Dont les bergers toujours heureux,
Font retentir la plaine.
Chantés,
raisonnés ma musette,
Les plus aimables concerts
Dans ces charmantes retraittes
En font retentir les airs.
Suivés
les loix qu'Amour vient nous dicter lui même,
Suivés les loix que nous cherissons dans nos
bois.
Enfin au
milieu d'une paix,
Qui devroit durer a jamais
Elle rappelle encor l'image
De la guerre & du carnage.
Que
Bellone a ses cris affreux
Ne trouble plus nos paisibles retraittes,
Que les tambours & les trompettes
N'eclattent plus dans nos jeux.
Vous
venés tour-à-tour d'entendre
Du Vif, du fort, du gai , du tendre;
Parlés, eh bien ! que voulés vous ?
D'ou peut venir ce froit silence.
Est-ce horreur ? est-ce indifference ?
Ah ! je sçais le moyen de vous accorder
tous.
Au deffaut
du vôtre
Je suivrai mon gout,
Faites chanter quelque autre,
Je ne chanterai rien du tout,
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