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Nicolas Racot de Grandval

Six Cantates Sérieuses & Comiques à voix seule, avec Simphonie avec la Basse Continue
Oeuvre Posthume, 1755

 

Les Saisons
Cantate n° 1, à voix seulle & Simphonie & la basse continüe

 

 

Récitatif

Triste ennemi de la riante Flore,
Fuis redoutable Hiver, fuis loin de ces climats,
Ta présence n'y fait éclore
Que les ennuis et les frimats;
Permets à la brillante Aurore
D'aroser nos prés de ses pleurs;
Va fuis, qui te retient encore ?
Abandonne la terre à la saison des fleurs.

Air

Mais, c'en est fait, déja les Bergers amoureux
S'assemblent dans nos bois au doux son des musettes,
Et déja les amours heureux
Trouvent pour s'y cacher de paisibles retraites:

Régnés sur ces rives tranquiles,
Printems ramenés les beaux jours.
Volés, conduisés les amours,
Réparés leurs plus doux aziles.

Rendés nous les ris & les jeux,
Venés embellir nos bocages;
Rendés nous les charmans ombrages,
Confidens de nos tendres feux.

Réparés, &c.

Récitatif

Mille ruisseaux murmurent dans les champs,
Mille éclatantes fleurs embellissent les plaines,
Le rossignol charmé vole autour des fontaines,
Et reveille l'echo par ses plus tendres chants.

Air

Bergeres qui de Philomèle
Voulés imiter les chansons,
Suivés de plus douces leçons,
Efforcés vous d'aimer comme elle.

On ne sçait plus être fidelle,
On change même dans les bois:
Un amour n'y voit plus deux fois
Renaitre la saison nouvelle.

Récitatif

Profités du Printems, goutés bien ses appas,
Que son empire est peu durable:
Déja cette saison aimable
Fuit le brulant été qui vole sur ses pas.

[gai]
Hatés vous d'occuper sa place,
Fertiles jours qui nous donnent le vin;
Hatés vous de former ce brevage divin,
Des hivers & des coeurs il dissipe la glace.

Air

Sous les mirtes l'amour sommeille
Au doux murmure des soupirs;
Il faut le mener sous la treille,
C'est là que volent les plaisirs.

C'est là que la fierté s'oublie,
Et que l'audace est de saison;
Et c'est là que Bacchus délie
Les tristes noeuds de la raison.