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Johann Adolf Hasse

 

 

 

2 Cantates

 

  1. Il Ciclope, 1775
  2. La Danza, 1776

 

 

Il Ciclope

[Polifemo e Galatea]
Cantate à deux voix, & ensemble
livret de
Metastase
1775

Polyphème [Polifemo]: contre-ténor
Galatée [Galatea]: soprano

 

 

Récitatif

Polyphème
De grâce, taisez-vous une bonne fois.
À quoi bon me raconter sans cesse,
Barbare, les torts que je subis ?
Quel plaisir inhumain
Avez-vous donc à me tourmenter ?
Galatée est l’amante d’Acis, je le sais.
Mais la cruelle ne se rira pas
Longtemps de ma grande douleur.
La voici ! Oh dieux !
Ce visage m’attire tant
Que j’oublie l’offense et la vengeance.

 

Air

Polyphème

Mon cœur, tu traites par le mépris
Les éclairs et les tempêtes,
Après quoi deux beaux yeux
Te font palpiter.
Quel nouveau mouvement intérieur
Provoquent en toi ces traits ?
Quels enchantements inusités
T’apprennent à trembler ?

 

 

Récitatif

Polyphème
Galatée, où fuis-tu ?
Ah, écoute, laisse ces ondes amères !
Quel plaisir trouves-tu
À toujours nager dans ces flots tempétueux ?
Ta beauté ne mérite pas
D’être cachée au soleil:
Peut-être crains-tu ses ardents rayons ?
Tu pourras reposer en sécurité dans mon ombre.
Je veux par mon chant
Charmer ton sommeil;
Et si ta rigueur, ô tyrannique, ne souffre pas
Que je te parle d’amour,
D’amour, je te le jure, je ne parlerai pas.

Galatée
Mais quelle beauté prétends-tu
Que Galatée puisse aimer en toi ?
Cet œil immense qui encombre ton front ?
Ces épaules couvertes de forêts, rivales des montagnes ?
Ta chevelure en désordre ?
Ton menton hérissé ou ta voix terrible
Dont je ne peux distinguer si elle mugit ou si elle tonne,
Et qui fait trembler quand elle parle d’amour ?

Polyphème
Ah, ingrate !
Je serais moins horrible à tes yeux
Si tu n’avais sans cesse Acis présent à l’esprit.
C’est vrai, c’est vrai !

 

 

Air

Galatée

C’est vrai, il me plaît, ce visage aimé,
Et je ne brûlerai pas à un autre flambeau.
C’est vrai, c’est vrai, ce visage me plaît
Et je ne brûlerai pas à un autre flambeau.
Pourvu que je ne trouve pas mon bien-aimé ingrat,
Jamais de chaînes je ne changerai,
Non, jamais de chaînes je ne changerai.

 

 

Récitatif

Polyphème
C’est à Polyphème
Que tu parles ainsi en face, sotte ?
Tu oses donc me vanter mon rival ?
Sais-tu qu’un amour offensé se transforme en fureur ?
Que la mer n’est pas pour toi un sûr asile ?
Que l’ayant arraché de ses racines,
Je précipiterai l’Etna ?
J’écraserai, si je le veux,
Parmi ces routes profondes,
Et Thétis, et Doris, et toutes les divinités des ondes.
Tremble pour Acis, ingrate,
Tremble, ingrate, pour toi.
S’il revient encore avec toi
Badiner sur le rivage,
De ma fureur...

Galatée
De ta fureur, je me ris.

 

 

Duo

Polyphème
Où tes délices pourront-ils
Jamais fuir mon courroux ?

Galatée
Il trouvera refuge sur mon sein
Et Amour l’assistera.

Polyphème
Et ma douleur ? Et mes plaintes ?

Galatée
Elles ne m’apitoient pas.

Polyphème
En te montrant cruelle envers moi,
Tu m’enseignes la cruauté.

Galatée
En te montrant cruel envers lui,
Tu m’enseignes la cruauté.

Polyphème
Crois-moi, change de résolution,
Ta stupide fidélité
Fera défaut dans son danger.

Galatée
Crois-moi, change de résolution,
Ma belle fidélité
Grandira dans son danger.

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La Danza

[La Danse]
Cantate à deux voix, & ensemble
livret de
Metastase
1776

Tirsis [Tirsi]: contre-ténor
Nice [Nice]: soprano

 

 

Récitatif

Tircis
Ah, Nice, déjà le soleil
Rougeoie à l’occident.
Voici, voici le moment
Où tu dois m’abandonner.Va, chère.
Oh Dieu ! mes larmes sont des siècles,
Mes bonheurs sont toujours des instants.

Air

Tircis

Va, c’est l’heure de la danse;
Déjà, ô Nice, nous sommes au soir;
Déjà la joyeuse bande
Va se plaindre de toi.
Si toute autre est encore loin,
Aucun berger ne la réclame;
Si on ne voit pas Nice,
Chacun cherche où elle est.

Récitatif

Nice
Je dois aller seule,
Sans mon Tircis.

Tircis
Elle est nécessaire, ô chère,
Cette cruelle privation,
Pour cacher notre amour.
Va, ton retard sera déjà suspect.

Nice
Adieu, souviens-toi de ta pastourelle.

Tircis
Ah ! tu pars en étant à moi,
Mais reviendras-tu mienne ?
Seuls les dieux le savent.

Nice
Étrange crainte !
Jamais nous ne serons sûrs
L’un de l’autre, mon amour,
Si nous ne le sommes pas encore.

Tircis
Ah ! tu veux que je n’aie pas peur
Et tu sais que je t’aime ?

Air

Nice

Si tu ne vois pas mon cœur tout entier,
Si tu ne crois pas que je suis à toi,
Qui se fiera à son aimé ?
Je ne m’irrite pourtant pas de ton soupçon,
S’il se trouve en moi le moindre indice
Qui ne soit pas preuve de fidélité.

Récitatif

Tircis
Je vois ton cœur tout entier;
Je sais, belle Nice, que tu es mienne;
J’ai mille preuves de ta fidélité;
Pardonne-moi pourtant.

Nice
Mais explique-toi donc !

Tircis
Oh Dieu !
Ton beau visage me crée trop de rivaux.
Je sais d’expérience quels doux tumultes
Provoque dans un sein
Un seul mouvement de tes pupilles. Partout où tu es,
Je vois tous les regards fixés sur ton seul visage;
Partout où je vais, j’entends parler de ta beauté;
Tu es le souci et le désir de tous les bergers,
Tu es l’envie et la crainte de toutes les nymphes.
Tu as toujours à tes côtés quelqu’un qui soupire pour toi,
Qui t’offre son cœur, qui demande ta pitié.
Mais qui pourrait voir tranquillement
Autour de son trésor
Toujours un nouvel autre soupirant en embuscade ?
Ah, si quelqu’un en est capable,
Ce n’est pas moi.

Nice
Ô cher, ta crainte,
Crois-moi, est vraiment excessive.
Nice est moins belle qu’elle ne te paraît.
Tous n’ont pas pour elle les yeux de Tircis.
Et quand bien même tous les auraient,
Il ne devrait pas déplaire à un amant aimé
Que sa fidèle nymphe soit aimable.

Air

Tircis

Que chacun pour toi soupire,
Belle Nice, j’en suis ravi;
Mais j’ai peur que tu apprennes
Oh Dieu, à soupirer pour d’autres.
Je sais qu’un beau cœur
Ne se défend pas toujours de qui l’adore;
Je sais que souvent devient amoureux
Qui prétend rendre amoureux les autres.

Récitatif

Nice
Eh bien, prescris donc une loi à ma bouche,
À mon œil, à mes pensers;
Être de tes ordres la fidèle exécutrice
Sera le plus cher des devoirs pour Nice.

Air

Nice

Que veux-tu ? Que désires-tu ?
Explique-toi si tu m’aimes,
Mon doux trésor,
Mon seul penser.
Si je laisse mécontent
Celui que j’idolâtre,
Le plaisir lui-même
Me semble un tourment.

Récitatif

Tircis
Va, je suis tranquille.Adieu.
J’ai confiance en toi.

Nice
Tu me dis adieu;
Tu veux que je parte bientôt
Et tu ne retiens pas ma main !
Tu as confiance en moi, tu détestes tes délires;
Tu jures de rester tranquille, et pourtant tu soupires !
Explique-toi enfin.
Dois-je partir ou rester ?
Parle, que veux-tu ?

Duo

Tircis
Va, mais avant de partir,
Dis-moi si tu m’aimes.

Nice
Si mille fois, ô mon trésor,
Je t’ai dit « Je meurs pour toi »,
Pourquoi doutes-tu à nouveau ?

Tircis
Chère bouche, je m’en souviens,
Mais je voudrais qu’à chaque instant
Tu le répètes encore.

Nice
Oui, mon aimé, je ne suis qu’à toi,
Et je ne pourrais pas volontairement
Abandonner mon Tircis.

Tircis
Tu es seule mon idole
Et je ne pourrais pas volontairement
Abandonner ma Nice.

Nice
Ton visage est mon seul danger,
Je suis née pour soupirer pour toi seul.

Tircis
Seul ton œil me dérobe mon cœur,
Je suis né pour soupirer pour toi seule.

 

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traduction: Jacqueline & Alain DUC