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Alessandro Stradella

 

Cantates & Airs

 

 

 

Le texte italien correspond au contenu du disque LP 33 t «Lettre à une belle infidèle», par le Complesso Barocco di Milano, direction Francesco Degrada. Harmonia Mundi, original Arcophon.

 

 

Ombre, voi che celate

cantate pous soprano & basse continue

 

Ombre, voi che celate
Dell’etra i rai,
Deh, per pietade almeno,
Rendetemi il mio bene,
O pur non mi vietate
Ch’in un candido seno
Più bel del sole ancor,
Del ciel più adorno,
Miri di notte omai
Splendere il giorno.

Fosche larve, nel sen del mio bene
Or che dorme, destate pietà !
Palesate l’atroci catene
Con che Amore stringendo mi va.

Dite pure ch’un sol così caro
Mentre ottuso fra nubi s’asconde
Gli occhi miei con turbine amaro
Anche al mare san crescere l’onde.

Così fido a vicenda:
Se fra riposi intanto
Elle chiude i suoi lumi,
Io l’apro al pianto.

Mentre, o Filli, in dolce sonno
Tieni oppressi i tuoi pensieri
L’alma e il cor dolor si fieri
Senza te soffrir non ponno.

Sorgi, dunque, apri, ben mio,
Luci a me si care e belle
E con due placide stelle
Fuga pur fato si rio.

O ver, seguendo l’ombre
Del sonno lusinghier ombra di morte,
Mi preparo a morir mentr’elle dorme.

Si tolga la salma
Del cor tormentato,
Se l’aere stellato
Mi priva dell’ alma.
Così, mio tesoro,
Siam pari alla sorte:
Tu al sonno, io alla morte,
Tu dormi, io mi moro.

Ombres, vous qui cachez
Les rayons de l’éther,
De grâce, au moins par pitié,
Rendez-moi celle que j’aime,
Ou ne m’interdisez pas
De voir sur un sein de neige
Plus beau que le soleil même,
Plus orné que le ciel,
Le jour qui resplendit
Même la nuit.

Sombres fantômes, dans le sein de ma belle,
Maintenant qu’elle dort, éveillez la pitié !
Montrez-lui les atroces chaînes
Dont Amour me tient enserré.

Dites-lui que lorsqu’un soleil si cher
Se cache, voilé par les nuages,
Mes yeux, avec leur tourbillon amer,
Peuvent grossir les eaux de la mer elle-même.

Ainsi, fidèlement, en alternance,
Si aux heures du repos,
Elle ferme ses yeux,
Moi, je les ouvre aux larmes.

Pendant, Philis, que dans un doux sommeil,
Tu tiens tes pensées enfermées,
Mon âme et mon cœur ne peuvent
Souffrir sans toi des douleurs si cruelles.

Lève-toi donc, mon amour, ouvre
Tes yeux qui me sont si chers et si beaux,
Et avec deux étoiles paisibles,
Mets en fuite un sort si cruel.

Ou bien, suivant les ombres
Du sommeil trompeur, ombre de la mort,
Je m’apprête à mourir pendant qu’elle dort.

Que ma dépouille se détache
De mon cœur tourmenté
Si l’air plein d’étoiles
Me prive de mon âme.
Ainsi, mon trésor,
Nous faisons également face au sort:
Toi au sommeil, moi à la mort,
Tu dors, je me meurs.

 

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Dentro bagno fumante

cantate pour baryton & basse continue

 

Dentro bagno fumante
Stava dannato a torto,
Versando a stille il sangue,
Il filosofo esangue e quasi morto,
Quando contro Nerone,
Giudice ingiusto e regnator spietato,
Sciolse perfine il moribondo fiato.

Mira che cede già
Seneca al tuo rigor.
Moro, crudel: sarà tormento così reo
Trofeo d’invitto cor.

Questi che vede il cielo
Non giungono al Tarpeo
Novelli esempi;
Del mio più crudi ed empi
La tua madre infelice
Con viscere svenate ancor ridice.

Se dannasti a fiera morte
La tua cara genitrice,
Non mi dolgo della sorte:
Moro anch’io, moro felice.

Resti alfine disfatta
L’opra per tuo voler di questa vita.
Forza al mondo non v’é
Di monarca o di re
Che per l’eternità l’anima abbatta.

More l’uomo e il corpo frale
Con l’età torna qual fu.
Ma l’immagine per sempre,
Effigiata in dure tempre
Di lui prende la virtù.

Dans un bain fumant
Se trouvait, condamné à tort,
Versant son sang goutte à goutte,
Le philosophe, vidé de son sang, presque mort,
Quand, contre Néron,
Juge injuste et souverain criminel,
Il exhala enfin son souffle moribond.

Vois, Sénèque déjà
Cède à ta rigueur.
Je meurs, cruel: un tourment aussi atroce
Sera le trophée d’un cœur invaincu.

Ce que voit le Ciel,
Ce ne sont pas de nouveaux exemples
Qui arrivent au Capitole:
Ta misérable mère,
Frappée au ventre, peut en redire
De plus cruels et criminels que le mien.

Si tu as condamné à une affreuse mort
Ta chère génitrice,
Je n’ai pas à me plaindre de mon sort:
Je meurs moi aussi, je meurs heureux.

Que par ta volonté, l’œuvre de ma vie
Reste finalement défaite.
Il n’y a point de force au monde,
Qu’elle soit de monarque ou de roi,
Qui abatte l’âme pour l’éternité.

L’homme meurt, et son corps fragile,
Avec l’âge, redevient ce qu’il fut.
Mais son image pour toujours,
Représentée dans de rudes accords,
Hérite de sa vertu.

 

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Sovra candido foglio

 

Sovra candido foglio
Nunzio delle mie pene
A forza di cordoglio
Mentre l’alma si sface,
Ti scrive il cor ciò che la lingua tace.
Odi, dunque, le lodi
Di una muta favella,
Poi che sprezzi e deludi
I mesti accenti miei,
Alma rubella.

Fatti gli occhi due torrenti
Tributari del dolor,
Vi diriano i miei tormenti,
Ma lo vieta il tuo rigor.

Là tra libiche arene
Porterò le mie pene
E in braccio all’aure, ai venti,
Ridiran le spelonche i miei lamenti.

Pongo fine alle querele
Contro un’anima spietata.
É la busta sigillata
Ch’io t’invio, bella crudele.
E s’a me non rispondi
É perchè io cangi omai
La mia vita nel morir.
Muta sarai ?

Sur une blanche feuille,
Messagère de mes peines,
Pendant qu’à force de douleur,
Mon âme se défait,
Le cœur t’écrit ce que la langue tait.
Écoute donc les louanges
D’une parole muette,
Puisque tu méprises et railles
Mes tristes accents,
Âme rebelle.

Mes yeux, devenus deux torrents,
Affluents de la douleur,
Pourraient te dire mes tourments,
Mais ta rigueur l’interdit.

Là-bas, au milieu des sables libyques,
Je porterai mes peines,
Et au milieu des brises et des vents,
Les cavernes répèteront mes lamentations.

Je mets fin à mes plaintes
Contre une âme sans pitié.
Le pli est maintenant scellé,
Que je t’envoie, belle cruelle.
Et si tu ne me réponds pas,
C’est pour que j’échange désormais
Ma vie contre la mort.
Seras-tu muette ?

 

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Delizie e contenti

air pour baryton, deux violons & basse continue

 

Delizie, contenti,
Che l’alma beate,
Fermate, fermate,
Su questo mio core.

Deh, più non stillate
Che gioie d’amore.
Delizie mie care,
Fermatevi qui.
Non so più bramare,
Mi basta così.

In grembo agli amori
Tra dolci catene
Morir mi conviene.
Dolcezza omicida
A morte mi guida
In braccio al mio bene.
Delizie mie care,
Fermatevi qui.Non so più bramare,
Mi basta così.

Contentements, délices
Qui charmez l’âme,
Arrêtez-vous, restez
Dans mon cœur.

Ah, ne répandez plus
Que des joies d’amour,
Mes chères délices,
Demeurez ici.
Je ne peux plus rien désirer,
Il me suffit ainsi.

Au sein des amours,
Dans de douces chaînes,
Il me faut mourir.
Une douceur homicide
Me conduit à la mort
Dans les bras de ma belle.
Mes chères délices,
Demeurez ici.
Je ne peux plus rien désirer,
Il me suffit ainsi.

 

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Ardo, sospiro e piango

duetto pour soprano, baryton & basse continue

 

Ardo, sospiro e piango,
Osservo eterna fè
E pur senza mercè
Alfin rimango.
Pensando ognora io vo
Come fuggir le pene
E non lo so.

Che farci poss’io,
Dolente cor mio,
S’amor vuol così ?

Non ci giovano i sospiri,
Senza frutto è il lagrimar.
Non osserva i tuoi martiri,
Non si piega al tuo penar,
La beltà che ti ferì.

Peno, languisco e moro:
Perché non ha pietà ?
Preda di crueltà senza ristoro,
Finirò, lasso, i miei di.

Che farci poss’io,
Dolente cor mio,
S’amor vuol così ?

Je brûle, je soupire et pleure,
J’observe une foi éternelle,
Et pourant, je reste à la fin
Sans trouver merci.
Je vais sans cesse pensant
Comment fuir les peines
Et je ne sais pas.

Que puis-je y faire,
Mon pauvre cœur dolent,
Si Amour le veut ainsi ?

Les soupirs n’y font rien,
Pleurer est sans profit.
Elle ne remarque pas ton supplice,
Ta peine ne la fléchit pas,
La beauté qui t’a frappé.

Je souffre, je languis, je meurs;
Pourquoi n’a-t-elle pas pitié ?
En proie à sa cruauté, sans remède,
Hélas, je finirai mes jours.

Que puis-je y faire,
Mon pauvre cœur dolent,
Si Amour le veut ainsi ?

 

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traduction: Jacqueline & Alain DUC