accueil
|
contact
|
contributions
|
liens

ballets
|
cantates
|
divers
|
opéras
|
oratorios
|
pastorales
|
sérénades

 

Barbara Strozzi

 

Costume de' Grandi

Godere e lasciare
costuman gl’amanti,
bugiardi, incostanti,
le cose più care.
Onde chi mente più spera più lode,
s’inganna e si gode.

Con ladri comandi
si ruba il piacere.
Sprezzare e godere
costume è de’grandi.
Onde che ruba più spera più lode,
s’inganna e si gode.

Al grande e saputo
non mai si conviene
godere e dir bene
del ben ch’ha goduto.
Onde che biasma più spera più lode,
s’inganna e si gode.

C’est l’usage des amants,
menteurs et inconstants,
de jouir puis quitter
les objets les plus chers.
Ainsi qui ment le plus attend le plus d’éloges,
s’il trompe et a son plaisir.

En donnant des ordres de brigand,
on vole le plaisir.
Mépriser et jouir,
c’est l’usage des grands.
Ainsi, qui vole le plus attend le plus d’éloges
s’il trompe et a son plaisir.

À qui est grand et avisé,
jamais il ne convient
de jouir et dire du bien
de la belle dont on a joui.
Ainsi, qui médit le plus attend le plus d’éloges
s’il trompe et a son plaisir.

 

 
La Vendetta

La vendetta è un dolce affetto,
il dispetto vuol dispetto,
il rifarsi è un gran diletto.

Vane son scuse e ragioni
per placar donna oltraggiata,
non pensar che ti perdoni !
Donna mai non vendicata
pace ha in bocca e guerra in petto.

Non perdona in vendicarsi
all’amante più gradito
che l’adora e vuol rifarsi
quand’il fiero insuperbito
verso lei perd’il rispetto.

La vengeance est une douce passion,
le mépris veut le mépris,
se dédommager est un grand plaisir.

Vaines sont excuses et raisons
pour apaiser une femme outragée,
n’espère pas qu’elle te pardonne !
Une femme qui ne s’est pas encore vengée
a la paix à la bouche et la guerre au cœur.

Dans sa vengeance, elle ne pardonne pas
à l’amant le plus chéri
qui l’adore et veut se rattraper
quand l’insolent, plein de superbe,
perd le respect envers elle.

 

 
Sino Alla Morte

Sino alla morte
mi protesto
d’adorarvi.
Voglio amarvi
a dispetto del tempo e della sorte
sino alla morte.

L’inanellato crine
che biondeggia superbo in masse d’oro
per le man dell’età divenga argento,

l’amorose rovine
della vostra beltà ch’io tanto adoro
calpesti il tempo a consumarle intento,

resti ogni lume spento
delle pupille e d’ostri e di cinabri
veggansi impoverir le guance e i labri –

pur del pensiero
che nudre l’alma
avrà la palma
il cieco arciero.

Al desio ch’a voi s’aggira,
che per voi sempre sospira,
goderò del mio cor aprir le porte
sino alla morte.

Turbi la fede mia
il tosco degl’amanti,
la ministra de’ pianti,
l’origini d’ogni mal, la gelosia.

Servirò la tiranna
ch’a morir mi condanna
tra cure, ne’ martir, fra le ritorte
sino alla morte.

Scuota la mia costanza
la nemica d’amore,
la madre del dolore,
la furia d’ogni cor, la lontananza.

In adorar costei
con tutti i voti miei
mi vedrà quale Anteo sorger più forte
sino alla morte.

Può la fortuna
trarmi lontano
ma sempre invano
gl’affanni aduna.

Acque non serba il fiume dell’oblio
che bastino a temprar l’incendio mio,
poiché ad estinguer l’amoroso foco
ci vuol un mare, anzi, ch’un mare è poco.

Io so ch’alle faville degl’amanti
tutti i mari alla fin non son bastanti.

Jusqu’à la mort
je vous promets
de vous adorer.
Je veux vous aimer
en dépit du temps et du sort
jusqu’à la mort.

Ces cheveux bouclés,
blondissants, superbes, en une masse d’or,
peuvent bien devenir argent par la main de l’âge,

les ruines amoureuses
de votre beauté que j’adore tant,
le temps peut les fouler, appliqué à les consumer,

tout l’éclat de vos yeux
peut s’éteindre, et de nacre et de cinabre
se voir dépouillées vos joues et vos lèvres –

mais l’aveugle archer
gardera la palme
du penser
qui nourrit mon âme.

Au désir qui tourne autour de vous,
qui pour vous toujours soupire,
mon cœur aura plaisir à ouvrir les portes
jusqu’à la mort.

Elle peut bien troubler ma foi,
ce poison des amants,
cette ministre des larmes,
cette origine de tout mal, qu’est la jalousie.

Je servirai la cruelle
qui à mourir me condamne
parmi les soins, les martyres, les chaînes,
jusqu’à la mort.

Qu’elle ébranle ma constance,
l’ennemie de l’amour,
la mère de la douleur,
la fureur de tout cœur, qu’est la séparation.

Adorant celle-ci
de tous mes vœux,
on me verra tel Antée me redresser plus fort
jusqu’à la mort.

La fortune peut
m’emmener au loin,
mais toujours en vain
elle accumule les tourments.

Le fleuve de l’oubli n’a pas assez d’eau
pour suffire à calmer mon incendie ;
car pour éteindre le feu amoureux,
il faut une mer ; et même, une mer est peu.

Je sais que pour les flammes des amants
toutes les mers, à la fin, ne suffisent pas.

 

Sul Rodano severo

La cantate Sul Rodano severo se présente comme une déploration où s'exprime l'âme de Cinq-Mars.

Henri de Coiffé de Ruzier, marquis de Cinq-Mars (1620-1642), était le fils du maréchal d'Effiat. Entré à la cour à 15 ans, d'abord protégé par Richelieu, il fut attaché à la personne de Louis XIII pour le soustraire à l'influence de mademoiselle de Hautefort. Beau, élégant et spirituel, il devint le "favori" (le mot est employé en français dans le texte) du roi qui développa pour lui une passion violente. Devenu grand écuyer de France, il visa plus haut et se heurta à Richelieu, dont il finit par comploter l'assassinat, avec le soutien de l'Espagne. Richelieu le fit arrêter à Narbonne avec son ami de Thou et transférer à Lyon (d'où la mention du Rhône) où il fut jugé par une commission extraordinaire à la botte du Cardinal ; les conjurés furent condamnés à mort le 12 septembre 1642 et décapités le même jour.

Le nom du héros est indiqué par un jeu de mots : « De cinq marques illustres Était noté mon nom ». Ce jeu n’est guère possible qu’en italien : en français, on ne prononce pas le s. Le mot italien, « marchio », désigne notamment la marque d’infamie, la fleur de lys imprimée au fer rouge sur l’épaule de certains condamnés, d’où la sixième marque (mais il n’est pas sûr que ç’ait été le cas de Cinq-Mars).

Barbara Strozzi a publié ses œuvres musicales à partir de 1644. Il est possible que Sul Rodano severo, publié en 1651, puis en 1654, ait été écrit au moment des faits, mais que l'auteur ait attendu la mort de Louis XIII et de Richelieu pour la publier.

Sul Rodano severo 
giace, tronco infelice, 
di Francia il gran Scudiero, 
e s'al corpo non lice 
tornar di ossequio pieno 
all'amato Parigi, 
con la fredd'ombra almeno 
il dolente garzon segue Luigi.

Enrico il bel, quasi annebbiato sole, 
delle guance vezzose 
cangiò le rose in pallide viole 
e di funeste brine 
macchiò l'oro del crine. 
Lividi gl'occhi son, la bocca langue, 
e sul latte del sen diluvia il sangue.

“Oh Dio, per qual cagione",
par che l'ombra gli dica, 
"sei frettoloso andato 
a dichiarar un perfido, un fellone, 
quel servo a te sì grato, 
mentre, francese Augusto, 
di meritar procuri 
il titolo di giusto?

Tu, se 'l mio fallo di castigo è degno, 
ohimè, ch'insieme insieme 
dell'invidia che freme 
vittima mi sacrifichi allo sdegno.

Non mi chiamo innocente: 
purtroppo errai, purtroppo 
ho me stesso tradito 
a creder all'invito 
di fortuna ridente.

Non mi chiamo innocente:
grand'aura di favori 
rea la memoria fece 
di così stolti errori, 
un nembo dell'obblio 
fu la cagion del precipizio mio.

Ma che dic'io ?
Tu, Sire - ah, chi nol vede ?
tu sol, credendo troppo alla mia fede,
m'hai fatto in regia corte 
bersaglio dell'invidia e reo di morte.

Mentre al devoto collo 
tu mi stendevi quel cortese braccio, 
allor mi davi il crollo, 
allor tu m'apprestavi il ferro e 'l laccio. 
Quando meco godevi
di trastullarti in sollazzevol gioco, 
allor l'esca accendevi 
di mine cortigiane al chiuso foco. 
Quella palla volante 
che percoteva il tuo col braccio mio
dovea pur dirmi, oh Dio,
mia fortuna incostante.
Quando meco gioivi
di seguir cervo fuggitivo, allora
l'animal innocente
dai cani lacerato 
figurava il mio stato,
esposto ai morsi di accanita gente.
Non condanno il mio re, no, d'altro errore
che di soverchio amore.

Di cinque marche illustri
notato era il mio nome,
ma degli emoli miei l'insidie industri
hanno di traditrice alla mia testa 
data la marca sesta.

Ha l'invidia voluto 
che, se colpevol sono,
escluso dal perdono 
estinto ancora immantinente io cada;
col mio sangue ha saputo 
de' suoi trionfi imporporar la strada.

Nella grazia del mio Re
mentre in su troppo men vo,
di venir dietro al mio pie'
la fortuna si stancò,
Onde ho provato, ahi lasso,
come dal tutto al niente è un breve passo."

Luigi, a queste note
di voce che perdon supplice chiede,
timoroso si scuote
e del morto garzon la faccia vede.

Mentre il re col suo pianto
delle sue frette il pentimento accenna
tremò Parigi e torbidossi Senna.

Au bord du Rhône sévère
git, malheureux corps décapité,
le Grand Écuyer de France,
et s’il n’est pas permis au corps
de retourner, entouré de respect
vers son cher Paris,
du moins, avec sa froide ombre,
le dolent jouvenceau suit Louis.

Le bel Henri, comme un soleil voilé,
a changé les roses de ses belles joues
en pâles violettes
et a taché l’or de ses cheveux
d’un funeste givre.
Livides sont ses yeux, languissante sa bouche,
et le sang ruisselle sur sa poitrine laiteuse.

« Oh Dieu, pour quelle raison »
semble lui dire l’ombre,
« as-tu été si rapide
à déclarer félon, perfide,
ce serviteur qui te plut tant,
pendant que toi, l’Auguste des Français,
tu t’efforces de mériter
le titre de juste ?

Si ma faute a mérité un châtiment,
hélas, toi, en t’associant à elle,
tu me sacrifies en victime à la colère
de l’envie qui s’agite.

Je ne me prétends pas innocent;
j’ai trop commis de fautes,
je me suis trop trahi moi-même
en croyant aux invites
de la fortune riante.

Je ne me prétends pas innocent;
ma position privilégiée de « favori »
a rendu ma mémoire coupable
de si sottes erreurs;
un nuage d’oubli
fut la cause de mon effondrement.

Mais que dis-je ?
Toi, Sire – ah, qui ne le voit ?
toi seul, croyant trop à ma loyauté,
as fait de moi, à la cour royale,
la cible de l’envie, et méritant la mort.

Pendant que sur mon cou chéri,
tu allongeais ton noble bras,
c’est alors que tu causais ma ruine,
c’est alors que tu me préparais le fer et le lacet.
Quand tu prenais plaisir, avec moi,
à te récréer dans un jeu divertissant,
c’est alors que tu allumais la mèche
des mines des courtisans, au feu caché.
Cette balle volante
que frappaient ton bras et le mien
aurait dû me représenter, ô Dieu !
l’inconstance de ma fortune.
Quand avec moi tu prenais plaisir
à poursuivre le cerf aux abois, alors
l’animal innocent,
déchiré par les chiens,
figurait mon état,
exposé aux morsures de la meute déchaînée.
Je n’accuse pas mon Roi, non, d’autre faute
que d’un excès d’amour.

De cinq marques illustres 
était noté mon nom,
mais les pièges industrieux de mes rivaux
ont donné la sixième marque à ma tête,
la marque de la trahison.

L’envie a voulu
que, si je suis coupable,
exclu du pardon,
je tombe mort sans aucun délai;
elle a su avec mon sang
teinter de pourpre la voie de ses triomphes.

Pendant que je montais trop haut
dans les grâces de mon Roi,
la Fortune s’est fatiguée
de venir ramper à mes pieds.
Ainsi j’ai éprouvé, hélas,
qu’entre tout et rien, bien court est le passage. »

Louis, à ces accents
d’une voix qui suppliante, implore le pardon,
tremble, effrayé
et voit la face morte du jouvenceau.

Pendant que le roi, par ses larmes,
montrait qu’il se repentait de sa précipitation,
Paris trembla, et la Seine devint trouble.

Haut de page

 

 

traduction: Jacqueline & Alain DUC