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Louis Nicolas Clérambault

Cantates Françoises meslées de Simphonie
dediées à la Reine

Livre Cinquiéme, 1726

 

Clitie
Cantate n° 1, à voix seule avec Simphonie

 

 

Dedicace à la Reine

Madame

C'est Vostre Majesté mesme qui m'a permis d'oser mettre Son Auguste Nom à la teste de l'Hommage très respectueux que j'ay l'honneur de luy rendre. Et je suis si flaté, Madame, de la glorieuse approbation dont la plus Grande Reine du Monde a bien voulu m'assûrer Elle mesme qu'elle à toûjours distingué mes ouvrages, que je soûhaitte avec passion que celuy-cy ait le bonheur & le mérite de luy plaire; heureux, Madame, s'il estoit digne de divertir un moment la Princesse de l'Europe qui à le plus de goust pour les beaux arts, & qui sçait joindre aux plus Sublimes & plus Heroïques Vertus, les connoissances les plus sûres & les Talens les plus aimables ! j'ay l'Honneur d'estre avec un tres profond respect,

Madame,
De Vostre Majesté,

Le tres humble tres obeïssant & tres fidelle Serviteur & Sujet,
Clerambault

 

 

 

Récitatif

Pour commencer sa brillante carriere,
L'auteur fecond de la Lumiere
Alloit quitter le vaste sein des mers,
Desja l'Aurore vigilante
Venoit par sa clarté naissante
De l'annoncer à l'Univers,
Quand de revoir ce Dieu Clitie impatiente
Exprima par ces mots ses mouvements divers.

 

Air

Soleil vient calmer mes allarmes
Haste toy puissante dieu du jour,
Si tu vois sans amour mes charmes
Pourras tu voir sans pitié mon amour.

Si le beau feu qui me devore
Ne peut plus flater les desirs,
Ah ! du moins viens joüir encore
De mes pleurs & de mes soupirs.

Soleil, &c.

 

Récitatif

Quel Spectacle charmant pour la tendre Clitie,
Il paroist, mais sensible a de nouveaux attraits
Ce Dieu dans un nuage espais
Se dérobe aux regards de la Nimphe trahie
Et l'abandonne a ses regrets.

 

Air

Pourquoy cher auteur de mes peines
Cesse tu de d'eclairer ces lieux,
C'est assés de briser tes chaines,
Soleil n'evite point mes yeux.

Aux maux d'une cruelle absence
Fait suivre un plus heureux instant,
Contente toy de l'Inconstance
Et laisse moy voir cet l'inconstant.

Pourquoy cher auteur, &c.

 

Récitatif

Ah ! c'en est fait je cede a ma douleur mortelle,
Je me meurs, mais mon coeur n'en peut estre allarmé,
Je meurs pour l'avoir trop aimé,
A ces mots elle expire en une fleur nouvelle
Par les soins de ce Dieu son Sang est transformé,
Et tousjours la belle Clitie
Se tournant vers le Dieu du jour,
Montre qu'elle a perdu la vie,
Sans avoir perdu son amour.

 

Air

Gardez vous d'une ardeur extreme
Beautés qui vous laissez charmer,
Aprenez que pour trop aimer
On perd souvent ce que l'on aime.

Tant de soins pour un infidelle
Le flattent dans son changement,
Le plaisir fait fuir un amant
Et le silence le rappelle.

Gardez vous, &c.