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Louis Nicolas Clérambault

Six Cantates Françoises mellées de Simphonies,
dediées à Monseigneur le Maréchal de Villeroy

Livre Quatriéme, 1720

 

L'Amour gueri par l'Amour
Cantatte n° 1, à voix seule & Simphonie

 

 

Dedicace

A Monseigneur le Mareschal de Villeroy, Duc & pair de France, Gouverneur du Roy

Monseigneur,

L'approbation de vostre Grandeur à honoré mes Cantates, me fait prendre la liberté de luy dedier celles-cy, reçevés avec bonté, Monseigneur, cet-hommage qui est une preuve de l'ardeur infinië que j'ay pour vous plaire, je serois bien glorieusement flaté si j'osois croire que j'ay reüssi, je suis avec un tres profond respect,

Monseigneur,
De Vostre Grandeur,

Le tres humble & tres obeissant serviteur
Clerambault

 

 

Les paroles sont de Monsieur Thibault

 

 

Récitatif

Pour oublier l'inconstante Climeine,
Tirsis d'un antre affreux avoit fait son sejour;
Là, du recit de sa cruelle peine,
Sans cesse il fatiguoit les Echos d'alentour.

 

Air

Souffrez, plaintive Philimele,
Que je mesle mes cris à votre triste accens,
Vostre peine la plus cruelle,
Ne sçaroit égaler les maux que je ressens.

Vous qui d'un destin déplorable
Sçavez si vivement exprimer les rigueurs,
Sensible à l'enuy qui m'accable,
Prêtés vos tons plaintifs a mes vives douleurs.

 

Récitatif

Ainsy de son tourment il se plaignoit sans cesse.
Vain desespoir ! vaine tristesse !
L'Amour regnoit encor plus ardent dans son coeur.
Que deviens-je, dît-il, Quelle est mon esperance ?
J'éprouve vainement le secours de l'absence,
Une fatale image entretient mon ardeur !
Ah ! puisque rien ne peut finir ma peine,
Le jour pour moy n'a plus d'appas,
Du moins mourrons aux yeux de l'ingratte Climeine,
Affreux dépit suivez mes pas !
Allons; Peut-estre l'inhumaine
Par de nouveaux mépris hâtera mon trépas !

 

Air

Amour, sur un coeur trop fidélle,
Signale tes traits rigoureux;
Ma Bergere a brisé ses noeuds
Et je ne puis changer comme elle.

Ah ! si mes maux te semblent doux,
Cruel, acheve ton ouvrage;
De ma mort pour dernier hommage,
Viens repaistre enor ton couroux.

 

Récitatif

Il dit, & pénétré d'une douleur mortelle,
Il approchoit de son Hameau;
L'orsque sous un épais ormeau,
Il apperçût une beauté nouvelle.

Il s'arreste surpris; jamais le Dieu d'Amour
N'offrit rien de plus beau
Dans ce charmant séjour:
Mille graces sembloient voltiger autour d'elle:
Il soupire, et le coeur d'un nouveau soin pressé
Il gouste en se troublant une paix salutaire;
Et de sa volage Bergere
Le triste souvenir est bien affacé.

 

Air

L'absence d'une ardeur extrême
Guerit mal un coeur malheureux;
Souvent c'est à l'absence même
Qu'Amour doit ses plus tendres feux.

Prenez une nouvelle chaîne,
Et vous pourrez tout esperer;
Vous vous adressés à la Haine;
C'est l'Amour qu'il faut implorer.