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Récitatif
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Pirame,
pour Tisbé, dés la plus tendre
enfance,
Du dieu qui fait aimer éprouva le
pouvoir;
L'himen alloit enfin couronner leur constance,
Quand les auteurs de leur naissance
Leur deffendirent tout espoir.
Quoi, je vous pers, dit l'amoureux Pirame,
Je verrois vos beaux yeux pour la derniere fois
?
Ah ! si vous partagez mes transports & ma
flâme
Fuions, dérobons-nous a de si dures
loix.
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Air
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Si
vôtre tendresse est extrême
R'assurez un fidelle Amant;
Doit-on reconnoître en aimant
D'autres loix que l'Amour même
?
En
un bonheur rempli d'apas
Changez le trouble qui me presse;
Le tendre Amour vous rend maistresse
De ma vie & de mon trepas.
Si
vôtre tendresse est extrême,
&c.
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Récitatif
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Tisbé,
pour resister à l'ardeur de ses voeux,
Opose en vain son devoir & ses larmes,
La raison a de foibles armes
Contre un Amant aimé, fidelle &
amoureux.
Elle promet enfin d'acompagner sa fuitte;
Ne nôtre sort, dit-il, laissez-moi la
conduitte.
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Air
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Aux
pieds de ces tombeaux sacrés,
Qui par les Thebains reverés,
Conservent de nos Rois les cendres immortelles,
Quand la nuit calmera nos allarmes cruelles
Venez dans ces augustes lieux
Confirmer nos serments & la face des
Dieux.
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Récitatif
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Bientôt
au gré de leur impatience
La nuit couvre le jour de ses voiles
épais:
Tisbé dans l'ombre des forests
Est conduite par l'esperance.
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Air
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Vole,
dit-elle, Amour,
Vien dans l'obscurité guider mes pas
timides.
Tes feux sont pour les coeurs de plus fidelles
guides
Que les feux du flambeau du jour.
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Récitatif
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Elle
cherchoit l'Amant qui la tient asservie,
Quand d'une Lionne en furie
Les fiers rugissements la remplissent
d'horreur;
Elle fuit tremblante & craintive,
Son voile tombé sur la rive
Du Monstre assouvi la fureur,
L'infortuné Tisbé en releve les
restes,
Grands Dieux ! dit-il à ces marques
funestes
Puis-je douter de mon malheur.
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Plainte
[Airs
& Récitatifs
accompagnés]
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Quoi
! Tisbé tu n'es plus ? & ma douleur
mortelle
Me laisse respirer dans ce moment affreux ?
Quel Amant fut plus malheureux ?
La Parque insensible & cruelle
Precipite tes pas dans la nuit éternelle
Quand l'Amour t'accorde a mes voeux.
Venez,
Monstres affreux ma douleur legitime
Ose braver votre couroux.
Aimable & cher objet ton trepas est mon
crime;
Ah ! quand tu meurs pour moi, mon coeur seroit
jaloux
Qu'une autre main t'immolât ta
victime.
A
ces mots, de son dard il se perce le coeur,
Quel Spectacle pour une Amante
Qui vient lui prouver son ardeur !
De Pirame mourant elle connoit l'erreur;
Elle tombe sans voix eperdue & tremblante,
Et relevant le fer qui lui perça le
sein,
Pour s'unir à son sort termine son
destin.
Amour,
qui voudra desormais
S'empresser a porter tes chaines ?
Si tu fais ressentir tes plus cruelles peines
Aux plus zêlés de tes
sujets.
Tu
refuses tes recompenses
Aux plus fidelles coeurs que tes traits ont
soumis;
A qui n'en connoît pas le prix,
En aveugle, tu les dispences.
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