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Louis Nicolas Clérambault

Cantates Françoises mellées de Simphonie
Livre Troisiéme, 1716

 

La mort d'Hercule
Cantatte n° 4, à voix seule & Simphonie

 

 

 

Récitatif

Au pied du mont Eta le vaillant fils d'Alemeine,
Du Centaure Nessus reçoit les dons affreux;
Quel poison dans son sang coule de veine en veine,
Et le fait succomber a son sort rigoureux.
Dejanire, Epouse inhumaine,
Dans ses jaloux transports cesse de te flater
Qu'un pouvoir etranger
R'ameine ce Heros que tes yeux ne purent arrêter.

 

Air

Contre un Amant qui se degage
N'employons que de doux efforts,
Les enchantemens les plus forts
Ne fixent point un coeur volage.

Arme si tu veux les Enfers,
L'Amour ne connoit point la crainte,
Non, ce n'est jamais par contrainte
Que ses sujets portent des fers.

Contre un Amant qui se degage, &c.

 

Récitatif

Voy perir ce vainqueur de cent monstres divers,
Toy-même avec effroy vien contempler ses peines,
De ses cris il remplit les airs,
Il se plaint par ces mots d'avoir porté tes chaines.

 

Air

Amour, funeste Amour, ah ! pourquoy les heros
sont'ils soumis a ton Empire ?
Tu m'as fait aimer Dejanire,
C'est toy qui causes tous mes maux.

Mal'heureux, j'ay terny la gloire la plus pure
Pour n'avoir pu te resister,
Et je sens en ce jour la peine la plus dure;
Monstre affreux plus a redouter.
Que tous ceux dont mon bras a purgé la Nature,
C'étoit toy qu'il falloit dompter.

Amour, funeste Amour, ah ! pourquoy les heros, &c.

 

Récitatif

Au seul nom de l'Amour une funeste rage
Luy fait oublier ses vertus;
Les Monstres qu'il a combattu
Causerent moins que luy de trouble & de ravage.

Portons par tout dit-il l'épouvante & l'horreur,
Ne nous arrêtons pas a des menaces vaines,
Si les Dieux ne sont pas attendris de mes peines,
Faisons leur craindre ma fureur.

 

Air

Courez ravagez la terre,
Passoißez Monstres odieux,
Aux timides Mortels venez livrer la guerre
Sans craindre le couroux des Dieux.

Ils ne font tomber leur tonnerre
Que sur les heros glorieux,
Restes d'une race impure
Sortez des antres les plus creux,
Venez dans mon sort mal'heureux
Etraignez la Nature.

Courez ravagez la terre, &c.

 

Récitatif

Il dit, & se livrant au transport qui l'anime
Il dresse le bucher qui va finir ses maux;
Du dangereux Amour mal'heureuse victime,
C'est ainsi que perit le plus grand des heros.

 

Air

Ah ! que tes traits sont redoutables
Amour, fatal tiran des coeurs,
Tu n'as que de feintes douceurs
Et tes tourmens sont veritables.

Entouré des plaisirs trompeurs
Pour soumetre les coeurs rebelles,
Tu caches sous l'apas des fleurs
Tes épines les plus cruelles.

Ah ! que tes traits sont redoutables, &c