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Louis Nicolas Clérambault

Cantate Françoise meslée de Simphonie
dediée a Son Altesse Serenissime Monseigneur le Comte d'Eu

1714

 

Le Bouclier de Minerve
Cantate à voix seule avec Simphonie

 

 

Dedicace

A son Alteße Serenißime

Monseigneur le Comte d'Eu, Grand Maître de l'Artillerie, Gouverneur de Guienne, &c.

Monseigneur,

De touttes les Cantates que j'ay donné au public, il n'en est point qui doive me faire plus d'honneur, que celle que je prends la liberté de dedier & V.A.S., mes chants peut être n'ont pas repondu a la beauté ni a la grandeur du sujet, mais j'ay du moins l'avantage sur les autres Auteurs d'avoir chanté le premier les loüanges d'un Prince qui doit avoir puisé dans ons Auguste Sang tous les talans, & touttes les vertus; Que j'aurois de choses a dire, Monseigneur, sur les deux grands modelles que vous avez devant les yeux ! s'il m'étoit permis de les adjoûter a ce que l'Auteur des vers en a dit, j'adjoûteray seulement qu'il est heureux d'avoir sçu trouver dans la Fable la Verité même, & que la voix des Dieux, qu'il fait parler, est celle du peuple sur lequel Regne aujourd'hui le plus grand & le plus magnifique Roy du monde.

J'ay l'honneur d'estre avec un trés profond respect,

Monseigneur,
De Vostre Alteße Serenißime,

Le tres humble, tres obeïssant & trés fidelle Serviteur,
Clérambault

 

 

 

Récitatif

Le Dieu du ciel & de la terre
Disoit aux autres Dieux assemblés a sa voix,
Vous avez aprouvé mon choix
Que je confiai mon terre
Au digne rejeton du plus puissant des Rois;
Je reserve a l'ardeur de son jeune courage
Le chûte des nouveaux Titans:
Mais il faut que Minerve acheve mon ouvrage,
Et son Egide est un partage
A ce Prince par moy destiné des longtems.

 

Air

Que objet plus fidelle
De la faveur des Cieux !
Quelle image plus belle
De la grandeur des Dieux !

Les rayons de ma gloire
Brillent dans ses regards
Et desja la victoire
L'attend aux champs de Mars.

Que objet plus fidelle, &c.

 

Récitatif

Quoi ! s'ecria la Reine de Cithere,
Pour ce Prince charmant faudra-t'il vous deffaire
De tout ce que nous possedons ?
Ce n'est donc pas assez que Minerve a son Pere
Ait cedé ses plus riches dons,
Que j'aye abandonné pour son Auguste Mere
Les graces, les Jeux, & l'Amour,
Que le Dieu que Delphes revere
Dans son Palais ait transporté sa Cour ?

 

Air

Dans les Temples qu'on nous éleve
Nous n'aurons bientôt plus d'Autels,
Cette Princesse nous enleve
Tous les hommages des mortels.

Son Fils a desja pris la place
Du Dieu des ris & des apas;
Et bientôt le Dieu de la Thrace
Lui cedera dans les combats.

Dans les Temples qu'on nous éleve, &c.

 

Récitatif

Etouffez ces soupçons, dit la sage Minerve,
Je veux que l'Egide conserve
Un sang qui m'est si precieux:
Et si quelques mortels ont deserté nos Temples,
Ils connoitront a ces exemples
Le prix de l'amitié des Dieux.
Tout l'Olimpe a ces mots transporté d'allegresse,
Aplaudit au discours de la Divinité
Et par les Nimphes du Permesse
En l'honneur du heros cet himen fut chanté.

 

Air

Volez jeune Guerrier sur les traces l'Alcide,
Devenez des mortels la terreur, & l'amour.
Qua la Foudre & l'Egide
Vous servent tour à tour.

Triomphez par les armes
Des plus fameux vainqueurs,
Triomphez par vos charmes
Des plus superbes coeurs.

Volez jeune Guerrier sur les traces l'Alcide, &c