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Louis Nicolas Clérambault

Cantate à voix seule
dediée à Madame de Maintenon

1715

 

Abraham
Cantate, à voix seulle & la basse continüe

 

 

Dedicace

A Madame de Maintenon

Madame,

Je voudrois vous rendre des hommages dignes de vos bienfaits. Vous m'avez consacré au service d'une Eglise celebre a jamais par votre piété, & par les fruits precieux qu'elle y produit; Je fais tous mes efforts pour me rendre digne d'un honneur que je ne dois qu'à vos bontées. Heureux si les nouveaux chants que je mets sous vos auspices, vous presageoient quelque succez de mon zèle. J'ose du moins vous suplier, Madame, de les agréer comme le témoignage du devoüement parfait, & du profond respect avec lequel je suis,

Madame,

Votre tres-humble & tres-obeïssant serviteur,
Clerambault

 

 

 

 

Récitatif

Sur ce mont fameux par le saint édifice
Que Salomon doit y faire élever
Le fidelle Abraham que Dieu veut éprouver
Est prest d'offrir au Ciel un sanglant sacrifice;
Son fils est chargé du bucher
Ou la plus chere main doit vientôt l'attacher,
Le Pere qu'un saint zêle anime
Porte, mais san'en murmurer,
Avec le fer qui doit égorger la victime,
Le feu qui doit la devorer.

 

Air

Dieu de paix qui pour l'homicide
As marqué tant d'horreur,
Aujourd'hui l'affreux parricide
Plaît-il a ta fureur ?

L'amour de Pere est ton ouvrage;
Voudrois-tu l'effacer ?
N'est-il point pour te rendre hommage
D'autre sang a verser ?

Dieu de paix, &c.

 

Récitatif

Ces regrets que je forme a ce triste spectacle,
N'entrent point dans le coeur d'un Pere obeïssant;
Il doit voir de son Fils un grand peuple naissant,
Mais en vain sin trepas y paroit un obstacle,
Il croit le Ciel assez puissant
Pour accomplir encore son infaillible Oracle;
Il obeït; je voi l'Autel dressé,
Isaac, qui longtemps a cherché la victime,
Aprend sans demander son crime,
Que c'est son sang qui doit être versé.

 

Air

Ah ! suspends un moment tes armes,
Attends Pere éperdu,
Le murmure t'est deffendu,
Repands au moins des larmes.

Tes entrailles plaintives
Malgré toy viennent t'émouvoir,
Soupire, soupire & laisse voir
Que est le bien dont tu le prives.

Ah ! suspends un moment tes armes, &c.

 

Récitatif

Que vois-je ? O Ciel ! l'innocent va perir,
Le fer est levé sur sa tête,
Il va tomber, non Abraham, arrête...
C'est l'Ange du Seigneur qui vient le secourir;
Arrête, dit-il, fay-luy grace,
Ne pousse pas plus loin cet hommage éclatant;
Qu'il vive, & que le Saint naisse un jour de sa race,
Tu crains Dieu, le Ciel est content.

 

Air

Quel bonheur de deprendre
Du Dieu qui nous a faits.
Nous ne pouvons luy rendre
Que ses propres bienfaits.

Jaloux de sa puissance
Il nous éprouve tous:
Mais il ne veut de nous
Que notre obeïssance.

Quel bonheur de deprendre, &c.