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René de Galard de Béarn, Marquis de Brassac

Les Cantates Françoises à voix seulle, avec Simphonie avec la Basse Continue
Livre Premier

 

L'Amour vainqueur des Parques
Cantate n° 6, à voix seulle & Simphonie & la basse continüe

 

 

Air

Tristes Divinités, Parques impitoiables,
Filles d'Erèbe & de la Nuit,
En faveur de l'objet qui vers vous me conduit
Pour la premiere fois cessés d'etre implacables;

Et songés qu'aux Enfers, triomphantes des cieux,
Vous auriés plus d'encens que tous les autres Dieux,
Si vous n'étiés inéxorables.

Récitatif

Par ces tristes accens le malheureux Philène,
Croyoit sauver l'objet de ses tendres ardeurs,
Mais la fière Atropos insensible a ses pleurs
Alloit trancher les jours de la pauvre Climène.

Secourés la grands Dieux ! mais vous vit on jamais
De son ciseau fatal arrester les forfaits.
Amours, pare les coups de la Parque cruelle,
Toy seul peut combatre contre elle.

Air

Descend des Cieux,
Cette victoire
Manque a la gloire
Du vainqueur des Dieux.

Es tu Monarque de l'Univers,
Puisque la Parque méprise tes fers.

Récitatif

L'Amour entend Philène et rougit de colere,
Rien ne peut calmer ses transports:
Il s'arme de ses traits et d'une aile légere
Il fend les airs et descend chés les morts.

Air

Son flmabeau le guide,
Il chasse la nuit;
Le nocher avide,
Voit d'un oeil timide
L'éclat qui le suit.

La pâle Euménide
Frissonne et s'enfuit,
Son pouvoir suprême
Embellit les Cieux,
Le Tartare même
Cesse d'être affreux.

Pluton en soupire
D'amour & d'effroy,
Et dans son empire
Reconnoist un Roy.

Récitatif

C'en est fait, & déja le fils de Cytherée
Voit la caverne réverée,
Où le secret de tous les humains
Est commis par les Dieux a trois barbares mains.

Arrêtés, leur dit il, Parques trop inhumaines,
Et respectés des jours que vous alliés trancher;
Si les pleurs d'un amant ne peuvent vous toucher,
L'Amour prend pitié de ses peines.
Parques obéissés ou tremblés.

A ces mots le cruel ciseau tombe,
Helas ! dit Atropos, il faut ceder !
Craignons des armes invincibles
N'irritons point l'Amour par un cruel refus:
Si pour quelques mortels il nous rendoit sensibles,
Il nous en coûteroit bien plus.

Ariette

Vous qui vers l'amoureux rivage
Portés vos desirs les plus doux,
Amans ne craignés point l'orage
Si l'Amour vogue avec vous.

Les Aquilons & la tempête
Qui grondent dans ce beau séjour,
Ne font qu'embellir la conquête
Que vous prépare l'Amour.