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Colin de Blamont

Les Cantates Françoises à voix seulle, avec Simphonie et sans Simphonie, avec la Basse Continue
Livre Second

 

Le Parnasse Lyrique, ou Polimnie
Cantate n° 4, à voix seulle avec Symphonie, composée de differens instrumens

 

Sire

J'ay l'honneur de présenter à Votre Majesté ce Second Livre de Cantates, comme un nouveau témoignage de mon zele et de mon application a chercher les moyens de parvenir au bonheur de Luy plaire, Pleut au Ciel qu'Elle voulut bien jetter un regard favorable sur cet ouvrage, ce seroit la plus glorieuse recompense que put esperer celuy qui veut consacrer tous les momens de sa vie au service de Votre Majesté.

Je suis avec le plus profond respect,

Sire

De vôtre Majesté,

Le très humble, tres obeissant & tres fidel serviteur & sujet.
Colin de Blamont

Récitatif

Quel spectacle s'offre a mes yeux,
Tout prend pour m'enchanter une face nouvelle,
Quand je me plais a voir ces lieux
Consacrés comme un Tempe a ma gloire Immortelle,
Et les Palais des Roys habités par les Dieux,

[mesuré]
Chers favoris de Polimnie,
Venés secondés mes transports,
Pour repondre à mes voeux, enfantés des accords,
Dont tous les coeurs charmés ressentent l'harmonie.

Air

Dignes Rivaux des Amphions,
C'est Apollon qui vous inspire.
Augmentés l'éclat de la Lyre,
Par la nouveauté de vos sons.

C'est peu que votre art nous étonne,
Formés les sons les plus touchants.
Le plus digne prix de vos chants,
Est celuy que le coeur vous donne.

Musette

J'entens de nouveaux chants, la timide Musette
Ose-t'elle quitter sa champrestre retraitte,
Veut-elle du Parnasse attirer les regards.

Un succés glorieux flatte son esperance,
Digne effet de votre presence,
Muses, on voit pour vous naitre de nouveaux arts.

Air

Quittés ces bois, douces Musettes,
Venés habiter les Palais,
Puissiez vous par vos chansonnettes
Y porter les ardeurs parfaittes
Que vous chantés dans les forest.

Mais en ces lieux qu'elle apparence
Qu'on suive jamais vos leçons,
L'amour sincere & la constance
Ne sont plus que dans vos chansons.

Récitatif

Mais la Trompette icy se fait entendre,
Vient-elle de la guerre exiter les fureurs.
Quel heureux changement ! quel chant ! quelle douceur !
Mars ne s'annonce point avec un bruit si tendre.

Ah ! Le fils de Venus va descendre en ces lieux,
La Trompette a nos coeurs ne cause plus d'allarmes.

[mesuré]
C'est ainsy que l'Amour preste de nouveaux charmes
Aux attributs des autres Dieux.

Air

N'inspirez plus, Trompettes,
Que de douces fureurs.
Imités la Musette,
Pour attendrir les Coeurs.

Ne chantés que la gloire
Des Amoureux guerriers.
L'amour a sa victoire,
Ses Heros, ses Lauriers