|
|
|
|
|
Air,
gracieusement: Apollon
|
|
|
|
Paisible
Nuit, vas-tu finir ton cours ?
Déja dans ces beaux lieux on trouble ton silence,
Des Arts et des plaisirs la troupe m'y devance
Moy qui les eveille toujours.
|
|
|
|
Recitatif:
Apollon
|
|
|
|
J'avois
à peine achevé ma carriere,
Et mon char descendoit à peine au fonds des mers,
J'aprens qu'icy tous les yeux sont ouverts
Quoy leur dois-je sitost dispenser la lumiere ?
Paisible
Nuit, vas-tu finir ton cours ?
Déja dans ces beaux lieux on trouble ton
silence.
|
|
|
|
Recitatif:
la Nuit
|
|
N'usurpez
pas un tems que les Dieux m'ont donné
Je ne dois pas me retirer encore,
Vous, pour remplir celui qui vous est destiné
[mesuré]
Dieu du jour attendez le signal de l'Aurore.
|
|
|
|
|
|
Air,
legerement: la Nuit
|
|
La
clarté raméne les penibles soins,
La Nuit les enchaisne, la clarté plaist
moins.
Sous
mes voiles Sombres
Voltige l'Amour,
Il chérit mes ombres,
Il fuit le grand jour.
|
|
|
|
|
|
Recitatif:
Apollon
|
|
Pourquoy
donc chassez vous le Sommeil de ces lieux ?
Je l'ay veu ployer ses ailes
Ramasser en fuyant ses pavots précieux
Foulez par des mains rebelles.
|
|
|
|
|
|
Dialogue
|
|
La
Nuit:
Sur tant de Mortels inutiles
Que le Sommeil repande ses pavots.
La Déesse de nos aziles
N'a pas besoin de repos.
Apollon:
Le sommeil n'at-il pas des droits sur les Dieux
mêmes,
a ses douceurs ils immolent leurs soins;
J'ay veu leur Ilion dans des poerils extrêmes
Et les Dieux n'en dormoient pas moins.
La
Nuit:
Notre Déesse ignore l'humaine foiblesse
Que partageoient tous les Dieux d'autre fois.
Son esprit veille sans cesse
Comme pour leurs Sujets doivent veilles les Rois,
Et Diane qui court les bois
Se livre à la molesse.
La
Nuit:
Icy tout est prodige et pour suivre ses loix
Vous voyez que la Nuit renonce à la
paresse.
Apollon:
C'est une autre Minerve,
Elle s'offre à mes yeux,
Elle est le plus pur sang
Du Souverain des Dieux.
Dans
son Palais se forme le tonnerre
Dont Jupiter son pere epouvante la terre.
Et son
Egide inspire la terreur
Aux monstres de nos jours
L'Ignorance et l'Erreur.
|
|
|
|
Duo
|
|
Unissons
nous, chantons sa gloire,
Célébront ses travaux, célébront
ses plaisirs.
Puissent les filles de memoire
Occuper toujours ses loisirs.
|
|
|
|
Recitatif:
Apollon
|
|
Verrons
nous par ses jeux la scene se parer ?
Verronsnous à sa voix Euripide revivre,
Plaute et Tirence l'inspirer ?
L'Amour empressé de la suivre
Aprendre d'elle à soupirer ?
|
|
|
|
Air,
legerement: Apollon
|
|
Vole
amour, vole quitte ta mere,
Cette cour vaut bien Cythere,
C'est un Séjour aussi doux.
Ta mere
y viendroit sans cesse
Si des yeux de la Deesse
Son coeur nétoit point jaloux.
|
|
|
|
Recitatif
|
|
La
Nuit:
La Scene aura son temps:
Mais la nouvelle feste
Se doit toutte au Dieu des festins.
Apollon:
Dittes qu'un Sacrifice en ce Séjour
S'apreste pour la Divinité qui regle nos
destins.
La
Nuit:
Cet Oracle aux mortels aime à se faire entendre
A recevoir nos voeux, à repondre à son
tour.
Apollon:
Je veux donc l'écouter, je ne puis m'en deffendre
Un peu plus tard je repandray le jour.
Mais que vois je ? Commus en ces lieux vient se rendre
?
Comus:
Honore Comus d'une regard, Deesse de ces lieux
Je suis le Dieu qu'on aime;
A tes costez je vois Apollon méme,
Apollon du bon goût est l'arbitre supréme.
Le bon goût n'est-il pas neceszsaire à mon Art
?
Ma riante Soeur, l'Abondance
A rassemblé pour toy ce qui peut te flater,
Pan du fond des forests a pris soin d'aporter
Les dons qui sont en sa puissance.
Junon reyne des Airs a fait precipiter
Mille Oyseaux qui voloient sous son obeissance,
Parle et d'un tel spectacle aprouve l'ordonance.
|
|
|
|
Air,
gravement: Comus
|
|
Nos
jardins n'ont point de fleurs
Qui ne coutent quelques pleurs
Aux yeux de la jeune Aurore.
Tes
yeux plus puissans encore,
Plus charmans, plus glorieux,
D'un seul regard font eclore
Des festins dignes des Dieux.
|
|
|
|
Recitatif:
Comus
|
|
Cherchons
tour à tour les doux momens
De plaire à nôtre Souveraine
Heureux momens
Servez l'ardeur qui nous entraine.
Hé qu'importe qui les améne
La Nuit ou le Jour.
|
|
|
|
Choeur
[Apollon, la Nuit & Comus]
|
|
Unissons
nous, chantons sa gloire,
Célébront ses travaux, célébront
ses plaisirs.
Puissent les filles de memoire
Occuper toujours ses loisirs.
|