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Nicolas Bernier

Les Cantates Françoises, ou Musique de Chambre, à voix seulle, avec Simphonie et sans Simphonie, avec la Basse Continue
Livre Sixiéme
 

L'Amour Aveuglé
Cantate n° 2, à voix seulle & basse continüe

 

Récitatif

Dans ces riches jardins dont Cypre est embellie,
Un jour l'Amour et la Folie
Badinoient de concert sous un ombrage frais
Mais versant son poison la Discorde Enemie
De leurs jeux innocens troubla bien tost la paix.
On dispute, on s'emeut, et sur un fier visage
L'une et l'autre ne montre et n'inspire que rage.

Air, legerement

Que les jeux d'Amour sont trompeurs,
Leur douceur est un bien volage
Souvent son plus doux badinage
Se change en noires fureurs.

Sa capricieuse insonstance
Trouble nos plus tendres desirs,
A peine a-t'il de vrais plaisirs
Pour ceux même qu'il récopense.

Récitatif

Qu'entens-je ? quelle voix languissante et plaintive
Vient de fraper mon oreille attentive ?
Ah, Venus elle même accourt en fremissant,
Un cry de son cher fils, un cry triste et perçant,
Luy donne une force nouvelle.
Elle vient, mais O Ciel ! quel spectacle pour elle ?
La Folie en couroux vient de blesser l'Amour,
Et ses yeux aveuglez ne verront plus le jour.

Air, vivement

Jupiter lancez le tonnerre,
Punissez un affreux forfait,
Que d'un juste couroux tout deviene l'objet,
Frapez, faites fremir et les Cieux et la terre.

Mon fils perd la clarté du jour,
Vous voyez ma douleur profonde,
Renoncez à l'espoir de conserver le monde
Ou montrez vous terrible à qui blesse l'Amour.

Récitatif

Par ces mots Venus toute en pleurs,
Au souverain des Dieux exprimoit ses douleurs.
Tous les dieux indignez de cette perfidie
D'un murmure confus font retentir les cieux
Mais comment reparer ce forfait odieux.
En vain l'onde cherche, en vain Venus les y convie,
L'irrevocable arrest des Dieux
A conduire l'Amour condamne la

Air, viste

Aveugle et fier vainqueur des Dieux,
Cesse Amour de te plaindre,
Malgré la perte de tes yeux
Tes traits ne sont pas moins à craindre.

Ta gloire s'accroist chaque jour
Par les soins que ton ennemie
Les vrais esclaves de l'Amour
Sont ceux que luy fait la Folie.