accueil
|
contact
|
contributions
|
liens

ballets
|
cantates
|
divers
|
opéras
|
oratorios
|
pastorales
|
sérénades

Nicolas Bernier

Les Cantates Françoises, ou Musique de Chambre, à voix seulle, avec Simphonie et sans Simphonie, avec la Basse Continue
Livre Septiéme
 

Cybelle
Cantate n° 1, à voix seulle & basse continüe

 

Récitatif

Prés de ces bords fameux ou le fils de Thetis
Expira sous les coups d'une main infidelle,
Par les plus tendres soins Sangaride et Cybelle
Se disputoient le coeur d'Atys.
La gloire et les honneurs parloient pour l'immortelle:
Mais que peut tout l'eclat de l'immortalité
Quand l'Amour nous enchaisne au char de la beauté ?
Son respect fut le prix des feux de la Deesse;
Et la Nayade enfin fut la Divinité
Qui fixa de son coeur l'homage et la tendresse.

Air, louré

En vain un jeune coeur
Veut ceder à la gloire:
Un regard seducteur
Fait changer la victoire,
Et rend l'amour vainqueur.

Ce Dieu d'un vol rapide
Sçait elever nos voeux,
Dés qu'il parle il decide;
Et nous suivons les feux
Du flambeau qui nous guide.

Récitatif

Mais des respects d'Atys penentrant le Mysteré,
La Deesse se livre à ses ressentiments,
Et meditant la mort de ces tendres amants
N'ecoute que la voix d'une aveugle colere;
Deja même en son coeur, la rage et le courroux
Cruels ministres de sa flame,
Prests à lancer les traits du depit qui l'enflame,
S'unissent aux fureurs de ses transports jaloux.

Air, legerement

Deesse cruelle,
De ces coeurs heureux
Respecte les noeuds;
Ton ame immortelle
De leur sort affreux
Souffrira plus qu'eux.

Ton depit t'abuse,
Sors de ton erreur,
Bientost ta fureur
N'aura plus d'excuse,
Tes propres rigueurs
Feront tes malheurs.

Récitatif

C'en est fait, son coeur cede au courroux qui l'entraisne,
Et pour mieux egaler leur suplice à sa haine,
Tysiphone à ses cris sort du sein des Enfers,
Et par mille tourments divers
Leur ouvre les chemain de la Nuit eternelle.
La pitié vers l'amour aussi tost la rapelle:
Mais la voix de ce Dieu qu'etouffoit sa fureur
Des plus funestes coups perce son triste coeur,
[
tendrement]
Et son ame gemis en vain d'estre immortelle.

Air, vivement

Quelle douceur de se vanger,
Quand on a sceu briser sa chaisne,
Mais lorsque la colere est vaine
Et qu'on ne peut se degarger,
Que la vangeance est inhumaine !

Contre un coeur qu'on ne peut charmer
La haine est un foible avantage.
Souvent la fureur et la rage
Dont le depit vient nous armer
Sont plus cruelles que l'outrage.