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Nicolas Bernier

Les Cantates Françoises, ou Musique de Chambre, à voix seulle, avec Simphonie et sans Simphonie, avec la Basse Continue
Livre Quatriéme
   

Bachus
Cantate n° V, à voix seulle, avec Symphonie & basse continüe

 

Récitatif

Chantons le Dieu Bacus et que sa gloire
Soit l'eternel objet de nos plus doux concerts.
Qu'un autre aprenne à l'univers
Du fier vainqueur d'Hector la glorieuse victoire.
Qu'il resusicte dans ses vers
Des enfans de Pelops l'odieuse memoire.
[
mesuré]
Puissant Dieu des raisins, digne objet de nos voeux
C'est à toy seul que je me livre
De pampres, de festons couronnant mes cheveux
En tous lieux je pretens te suivre,
C'est pour toy seul que je veux vivre
Parmi les festins et les Jeux.

Air, gay

Ta bonté supreme previent nos souhaits,
Ta douceur extreme calme nos regrets,
Sans toy Venus même seroit sans attraits.

Tu sers la constance des coeurs amoureux
Tu rends l'esperance aux plus malheureux.

Récitatif

Mais quels transports involontaires
Saisissent tout à coup mon esprit agité ?
Sur quel Valon sacré, dans quel bois solitaire
Suis-je tout à coup transporté ?
Bachus à mes regards dévoile ses mysteres,
Un mouvement confus de joye et de terreur
M'inspire une nouvelle audace,
Et les Menades en fureur
N'ont rien veu de pareil dans les antres de Thrace.

Air, gracieux

Descendez Mere d'Amour,
Venez embellir la feste
Du Dieu qui fit la conqueste
Des climats ou naist le jour.

Déja le Jeune Sylvain
Ivre d'Amour et de vin,
Poursuit Doris dans la plaine
Et les Nymphes des Forests
D'un jus petillant et frais
Arosent le vieux Silene.

Récitatif

Profanes fuyez de ces lieux,
Je cede aux mouvemens que ce grand jour m'inspire;
Fidelles sectateurs du plus charmant des Dieux
Ordônnez le festin, apportez moy ma Lyre
Celebrons entre nous un jour si glorieux.
Mais parmy les transports d'un aymable délire
Eloignons loin d'icy ces bruits séditieux
Qu'une aveugle vapeur attire,
Laissons aux Scites inhumains
Mesler dans leurs banquets le meurtre et le carnage,,
Les dards du Centaure sauvage
Ne doivent point souiller nos innocentes mains.

Air, vif

Bannissons l'affreuse Bellonne
De l'innocence des repas,
Les Satires, Bachus, et les Faunes,
Destestent l'horreur des combats.

Malheur aux mortels sanguinaires
Qui par de tragiques forfaits
Ensanglantent les doux misteres
D'un Dieu qui préside la paix.

Récitatif

Veut-on que je fasse la guerre ?
Suivez moy mes amis, accourez, combatez,
Remplissons cette coupe, entourons nous de lierre,
Bacchantes prétez moy vos Thirses redoutez,
Que d'Atletes soumis ! Que de rivaux par terre !
[
lentement]
O fils de Jupiter ! Nous ressentons enfin
Ton assistance souveraine;
Je ne voy que buveurs étendus sur l'Arêne
Qui nagent dans des flots de Vin.

Air, viste

Triomphe victoire
Honneur à Bachus,
Publions sa gloire
Buvons aux vaincus.

Bruyante Trompette
Secondez nos voix,
Sonnez leur defaite,
Chantez nos exploits.