accueil
|
contact
|
contributions
|
liens

ballets
|
cantates
|
divers
|
opéras
|
oratorios
|
pastorales
|
sérénades

Nicolas Bernier

Les Cantates Françoises, ou Musique de Chambre, à voix seulle, avec Simphonie et sans Simphonie, avec la Basse Continue
Livre Quatriéme
   

Medée
Cantate n° IV, à voix seulle, avec Simphonie & basse continüe

 

Récitatif

Quoy tu trahis Medée ? Ingrat, perfide, helas !
Jason cruel tu fuis, tu ne m'écoutes pas
Rappelle tes exploits, reproche moy mes crimes
[
tendrement]
Tu ne peut les compter sans compter mes faveurs
Tu méprises mes feux, crains du moins mes fureurs.
[
récitatif]
Ma rage enfin par des coups legitimes
Peut épouvanter l'univers,
Et graces à l'auteur de mes forfaits divers
Je sçauray l'en punir sur d'illustres victimes.
Complices malheureux de sa legereté
Trop injuste Créon, Creuse trop sensible
Vous apprendrez bientôt par un supplice horrible
Quel est le prix qu'on doit à l'infidelité.

Air, viste

Tirans des rivages funestes
Accourez, volez, hatez vous
Transportez icy vos tenebres
Cachez ma vangeance et mes coups.

Gardez vous de tromper ma rage
C'est Jason qu'il faut immoler,
Helas ! pour servir un volage
J'ay sçû cent fois vous appeler.

Récitatif

Courons chercher l'ingrat. D'où vient que je balance ?
Allons ! Dieux ! quel pouvoir s'oppose à mes desirs
Il n'échape pas de soupirs
Aux coeurs qu'inspire la vangeance.
[
mesuré]
Jason, tu ne sçaurois offencer mon ardeur
Sans offencer ta gloire
Relis dans ta memoire
Tous les droits que j'ay sur ton coeur.

Air, tendrement

Ingrat, ta cruelle inconstance
M'accable des plus rudes traits
L'Amour et la reconnoissance
Devoient nous unir pour jamais.

Appaise mes vives allarmes
Rends moy ta tendresse et la paix,
Si tu trahis mes foibles charmes
Ah ! dois tu trahir mes bienfaits ?

Récitatif

Dieux quel indigne amour m'aveugle et me transporte ?
La rage dans mon coeur doit estre la plus forte.
Ah ! c'est trop differer, perfide, à le punir,
[
moderement]
De mes bienfaits trahis il faut vanger l'outrage,
Et je ne dois m'en souvenir
Que pour te haîr davantage.
[
récitatif]
C'est ainis que Medée ardente à se vanger
Exprimoit à Jason sa colere fatalle,
Mais son couroux afreux tomba sur sa rivalle,
Créuse paya cher le plaisir d'engager
Un cour toujours prest à changer.

Air, tendrement

Beautez fuyez, craignez la gloire
D'asservir un volage coeur;
Cette méprisable victoire
Est souvent funeste au vainqueur.

Redoutez la juste vangeance
Du premier objet de ses feux,
Songez que l'Amour qu'on offence
Est un ennemi dangereux.