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Nicolas Bernier

Les Cantates Françoises, ou Musique de Chambre, à voix seulle, avec Simphonie et sans Simphonie, avec la Basse Continue
Livre Quatriéme
 

L'Amour sans Esperance
Cantate n° 1, à voix seulle & basse continüe

 

Récitatif

Un jour le sensible Philene
Erroit dans les détours d'un bois.
Il arrive en révant
Au bord d'une Fontaine,
Lieu charmant
Où l'Amour sans cesse le ramene;
C'est la premiere fois
Il avoit veu briller les charmes de Climene,
Séjour heureux, dit-il, azile des zéphirs
Ecoutez mes tendres soupirs.

Air, gravement

Ce n'est qu'à vous sombre retraite
Que j'ose avouer mes desirs,
Vous seulle par vos doux plaisirs
Suspendez ma peine secrete.

L'Ombre seulle de vos ormeaux
Soulage ma flâme inquiete,
Les lieux témoins de ma deffaite
Me semblent toujours les plus beaux.

Récitatif

Et vous qui repetez les plaintes des Amans
Souffrez que sur ces bords je soupire
Echo gardez vous de redire
Mes voeux et les cruels tourmens.

Air, tendrement

Ma flame offence la gloire
Des yeux qui charment mon coeur,
Ah ! je dois à mon Vainqueur
Toujours cacher sa victoire.

C'est un hommage éclatant
Qu'il faut offrir à ses charmes,
Je n'ay que de tendres larmes
Des soupirs, un coeur constant.

Récitatif

Ma flame offence la gloire
Des yeux qui charment mon coeur,
Ah ! je dois à mon Vainqueur
Toujours cacher sa victoire.
C'est un hommage éclatant
Qu'il faut offrir à ses charmes,
Je n'ay que de tendres larmes
Des soupirs, un coeur constant.

Air, gayement

L'Amour et la constance
Peuvent sans l'esperance
Forrmer de tendres noeuds,
Un coeur bien amoureux
Trouve sa récompense
Dans l'ardeur de ses feux.

Le volage n'est tendre
Que quand il croit surprendre
L'objet qui l'a charmé
L'Amant bien enflamé
Peut aimer sans pretendre
Au bonheur d'estre aimé.