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Nicolas Bernier

Les Cantates Françoises, ou Musique de Chambre, à voix seulle, avec Simphonie et sans Simphonie, avec la Basse Continue
Livre Deuxiéme
   

L'Enlevement de Proserpine
Cantate n° 5, à voix seulle, avec Simphonie & basse continüe

 

Récitatif

Les Titans enchaisnez sous d'épaisses Montagnes
S'efforcaient de les ébranler.
Leurs secousses faisoient trembler
Les Superbes Rochers et les vastes campagnes.
Les Nymphes se cachoient dans leurs bois tenebreux,
Les Nayades cherchoient un azile sous l'Onde,
Les Mortels eperdus dans ce désordre affreux
Se croioient menacez de la chûte du monde.
Et mille cris perçans élevez jusqu'aux Cieux
Imploroient le secours du Souverain des Dieux.

Air, vif

Jupiter armez vous du Foudre
Tonnez enversez les Titans,
Frapez reduisez les en poudre
Lancez vos carreaux eclatans.

Précipitez dans les abimes
Ces fiers rivaux des immortels,
Que l'Enfer prépare à leurs crimes
Sous ces monts des feux eternels.

Récitatif

C'en est fait les Titans tombent dans le Tartare
Pluton craint que le jour ne pénêtre l'horreur
De l'Enfer ébranlé par leur vaine fureur
Il monte sur son Char qu'Alecton luy prepare.
Il vole un instant vers ces heureux climats
Qu'arose l'aimable Arethuse
La sur un vers gazon Proserpine s'amûse
A rassembler les fleurs qui naissent sous ses pas.
Pluton ne songe plus qu'à la jeune Déesse
Et par ce prompt aveu garand de sa tendresse
Il rend homage à ses appas.

Air, tendre

J'ignorois les vives allarmes
Que mon coeur éprouve en ce jour
Mais des que l'on cnoist vos charmes
Ah ! l'on conoist bientost l'Amour.

Vos beaux yeux onr sceu me surprendre
Je sens les transports les plus doux;
Heureux si je pouvois vous rendre
Des plaisirs que je tiens de vous.

Récitatif

Tantdis qu'à l'objet qui l'enchante
Pluton soumet son Empire et son coeur
Proserpine le fuit interdite, tremblante;
Et ce nouveau Captif étonne son vainqueur.
Arrestez lui dit il, arrestez inhumaine
Ah daignez partager et mon Trône et ma chaisne.
Helas ! elle me fuit toujours.
Quoy n'auraÿe éprouvé qu'une tendresse vaine ?
Elevons Proserpine et terminons ma peine
De mes feux meprisez c'est l'unique secours.

Mais deja la déesse a passé le rivage
Que les Mortels ne repassent jamais.
Sur les bords du Léthé tout chante ses attraits,
De l'Empire infernal elle reçoit l'homage.
La grandeur de Pluton désarme sa fierté
Son Amour mesme est enfin ecouté.

Air

On pardonne une feu temeraire
On s'en offence rarement,
Et la beauté la plus severe
Cesse d'écouter la Colere
Quand l'Amour excuse l'Amant.

Souvent la timide constance
Ne fait qu'amuser nos desirs,
Une amoureuse violence
Surprend quelque fois l'esperance
Et sçait avancer nos plaisirs.