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Nicolas Bernier

Les Cantates Françoises, ou Musique de Chambre, à voix seulle, avec Simphonie et sans Simphonie, avec la Basse Continue
Livre Troisiéme
   

Hipoliyte & Aricie
Cantate n° 5, à voix seulle, avec Symphonie & basse continüe

 

Récitatif

Prés d'un temple sacré de la Reyne des Cieux
Et des bords de l'humide empire,
Aricie attendoit que l'amour à ses yeux
Vint offrir le heros pour qui son coeur soupire.
Volez s'écioit elle, accourez, hastez vous,
Repondez Hipolyte à mon impatience,
Allons loin d'un Tiran que nôtre ardeur offence
Eprouver un destin plus doux.

Air, gay

L'Amour et l'Himen vont ensemble
Combler nos plus tendres souhaits,
Que nôtre flame les rassemble
Pour ne les separer jamais.

Le noeud qui nous joint l'un à l'autre
Ne nous promet qu'un sort charmant,
Mon coeur m'assure que le vôtre
Est fait pour m'aymer contamment.

Récitatif

O spectacle enchanteur ! Déja sur le rivage
De superbes coursiers ennemis du repos
Amenent l'objet qui m'engage.
Mais, que vois-je ? qu'entens-je ? Et quel terrible Orage
Trouble les Airs et souleve les flots ?

Air, vif

Quel bruit, quels éclats de tonnerre !
Le ciel verse à la fois les Ondes et les feux.

Les Vents qui se livrent la guerre
Font redire aux Echos leurs sifflemens affreux.

Récitatif, meruré & gravement

Souverain de la Mer que coupable t'irrite ?
Il sort de ton Empire un monstre furieux,
Je frémis ! il avance, il menace Hipolyte
Eh ! quel soin vous occupe, o Dieux !
Si vous abandonnez des jours si precieux ?
Ses coursiers effrayez volent loin de la rive,
Et son Char renversé Roule au fonds des forets.
[
tres lentement]
Hipolyte tu meurs ton ame fugitive
Laisse ton corps galcé sous de sanglans ciprés.
Ne formons pas icy d'inutilles regrets,
C'est sur les bords du Stix que ton ombre plaintive
Doit les entendre de plus prés.
[
récitatif]
Tandis que la triste Aricie
Vouloit suivre Hipolyte et partager son sort
Un fils du Dieu du jour vint ravir à la mort
Deux amans dignes de la vie.

Air, gay

Qu'il est doux de revoir le jour
En revoyant ce que l'on ayme,
Quel plaisir, quel bonheur extrême
Quand la Mort le rend à l'Amour.

Les Ris viennent secher nos larmes
Nous poussons de plus doux soupirs
Et dans l'objet de nos desirs
Nous decouvrons de nouveaux charmes.