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Nicolas Bernier

Les Cantates Françoises, ou Musique de Chambre, à voix seulle, avec Simphonie et sans Simphonie, avec la Basse Continue
Livre Troisiéme
   

Iris
Cantate n° 2, à voix seulle & basse continüe

 

Récitatif

Corilas échapé des fers d'une volage
Insultoit à l'Amour et par mille sermens
Juroit de fuir toujours un funeste esclavage.
Mais le fils de Venus sourit à ce langage,
Et seur de se vanger de ses emportemens
Il conduit le Berger dans un sombre bocage
Là sous de frais ormeaux et sur un lit de fleurs
Brillantes filles de l'Aurore,
Une jeune beauté plus eclatante encore
Du paisible sommeil éprouvoit les faveurs.

Air, gravement

Sommeil, doux enchanteur des soins et des allarmes,
En vain d'Iris vous fermez les beaux yeux.

A cet aymable objet il reste assez de charmes
Pour triompher des mortels et des Dieux.

Récitatif

Mais Corilas aproche, il la voit, il l'admire,
Il faut un autre homage à ses divins attraits.
Le Berger vca le rendre, il se trouble, il soupire,
Est ce ainsi qu'il remplit les sermens qu'il a faits ?
[
mesuré]
Puissant Amour, dit-il dans l'ardeur qui l'enchante,
Pardonne au doux transport dont je suis agité,
Non, ta chere Psiché n'estoit pas si charmante
Chaque coeur à son gré juge de la beauté.

Air

Triomphez jeune Iris des amans et des belles,
Ah ! que vous prometez de conquestes nouvelles,
Au Dieu qui sçait nous enflamer.

Deja vous possedez le charmant art de plaire,
Heureus Iris, heureux l'Amant tendre et sincere
Qui nous aprendra l'art d'aimer.

Récitatif

Le Berger à ces mots voit le sort qu'il s'apreste,
Il reconnoist l'Amour qui vole sur ses pas,
Il veut fuir, mais en vain, la beauté qui l'areste,
S'eveille et l'eblouit par de nouveaux appas;
Ses beaux yeux en s'ouvrant achevent la victoire,
Déja l'Amoureux Corilas de tous ses vains sermens,
A perdu la memoire, sans songer au destin de sa premiere ardeur,
Il croit trouver dans son nouveau vainqueur
Le digne objet de sa perseverance.
[
mesuré legerement]
Déja la fleteuse esperance
Donne et promet des plaisirs à son coeur.

Air, gay

Envain une epreuve cruelle
Nous fait jurer de fuitr l'Amour,
Nous volons dés qu'il nous rapelle,
Il est seur de nôtre retour.

Quoy que des beautez inhumaines
Trompent mille fois nos desirs,
En formant de nouvelles chaisnes
Nous n'atendons que des plaisirs.