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musique
de: Jean-Benjamin
de Laborde
Ballet
héroïque
représenté
devant sa Majesté, septembre 1773, à
Choisy
livret
de Chamfort
Zénis
Almasie
Le Génie
Une Voix
Une Personne de la Fête
Choeur
du Génies & de Fées
Scène
1
Zénis , seul, une Voix
Le
Théâtre représente un désert
hérissé de rochers, et l'on voit au fond un
volcan qui jette des feux.
Zénis Mais une
barbare puissance Cependant
une voix m'arrête en ces déserts, [des
monstres sortent des rochers] Une
Voix Zénis,
en mettant le sabre à la main [il
combat les monstres et les fait fuir. La
même Voix Zénis [l'aigle
s'abime dans le volcan] J'y vole,
je m'expose au sort le plus affreux. [Zénis
se jette dans le volcan]
C'est toi, cruel amour, qui déchires mon coeur.
Malgré le voile épais, qui couvre ma
naissance,
La reine de Memphis partageait mon ardeur.
J'avais sauvé ses jours; et sa reconnoissance,
En me donnant la main, couronnoit ma valeur;
M'a ravi cet objet si cher à mon bonheur.
Je cherche en vain l'ennemi qui m'outrage:
Mille obstacles affreux, mille dangers divers,
S'offrent sans cesse à mon passage.
Et d'un sort moins cruel m'annonce le présage.
C'est un piège fatal, peut-être, où l'on
m'engage.
N'importe. Fallût-il combattre les enfers,
L'excès de mon amour servira mon courage.
Que vois-je ! contre moi déchaînent-ils leur
rage ?
Zénis, d'aucun danger ne sois
épouvanté,
Si tu veux être instruit de ta naissance.
Je t'obéis, et ma constance
Me fera triompher de mon adversité.
Un Aigle paroît, et vole autour du
théâtre]
Zénis, suis cet aigle rapide,
Et tu pourras revoir l'objet qui t'a
charmé.
Dieu des amants, c'est toi, c'est ta voix qui me guide;
Par l'espoir le plus doux je me sens animé.
Que vois-je ?... ô fortune perfide !
L'aigle s'est abimé dans ces torrens de
feux...
Un coeur qui sait aimer est toujours
intrépide.
Scène
2
Zénis, Almasie
Le
théâtre change, et représente un palais
superbe. La princesse Almasie paroît endormie, au fond
du théâtre, sous un pavillon magnifique. On
voit, à côté d'elle, sur un riche
carreau, un sceptre d'or.
Zénis Almasie Zénis Almasie Zénis Almasie Zénis Almasie Zénis Almasie Zénis Almasie Zénis [en
brisant le sceptre] Qu'il
paraisse. [dès
que le sceptre est brisé, on entend une tempête
affreuse; le théâtre s'obscurcit, le tonnerre
gronde] Almasie Zénis Le
Choeur des Esprits Invisibles
Quel changement ! où suis-je ?... Et quel palais
pompeux !
Que vois-je ?... Est-ce l'objet de l'amour le plus tendre
?
Aux transports que je sens pouvais-je me méprendre
?
C'est elle que le sort rend enfin à mes
voeux.
Ciel ! Zénis !... en quels lieux l'offrez-vous
à ma vue ?
Ah ! dissipez l'effroi de mon ame éperdue.
Quel pouvoir vous a fait découvrir ce séjour
?
Puisque j'y vois Almasie,
Je dois ce miracle à l'Amour.
Auriez-vous pu fléchir le souverain génie
Qui commande en ces lieux, qui m'y tient asservie
?
Dieux ! qu'entends-je ?... Un génie est maître
de ce palais ?
O ciel ! vous l'ignorez... quel orage s'apprête !
Zénis, craignez-en les effets,
Dérobez-vous à la tempête.
Vous tremblez, il vous aime...
Et mon coeur en gémit.
Il peut vous réduire en poudre;
Il veut, et tout obéit;
Sur les ailes des vents il fait vole la foudre;
Il regarde la terre, et la terre frémit.
De ses soupçons craignez la violence.
Je ne crains que votre inconstance,
Et je méprise son courroux.
Que dis-tu ?... Fuis, Zénis, fuis ses transports
jaloux.
Il y va de tes jours, fuis des momens terribles.
Le pouvoir du génie est prêt de t'accabler.
Dans ce palais, des esprits invisibles
Veillent sans cesse et peuvent t'immoler.
S'ils touchoient seulement ce sceptre redoutable,
Tu le verrois lui-même, au milieu des
éclairs,
Sur un Char enflammé paroître dans les
airs,
Et tu serais l'objet de sa haine implacable.
Vous cherchez vainement à me faire trembler.
Je vous adore et brave sa puissance.
Je sens, à chaque instant, mes craintes
redoubler...
Tout semble s'animer pour venger son offense...
Ces colonnes, ces murs paraissent s'ébranler...
Peut-être il n'est plus temps d'éviter sa
vengeance.
Non, je ne le crains point.
Ah ! grands dieux !
Je veux en triompher, ou périr à vos
yeux.
O crime épouvantable !
O jour fatal ! jour affreux !
Tu vas périr, mortel audacieux !
La foudre va partir, et punir le coupable;
Tu vas périr, mortel audacieux !
Scène
3
Almasie, Zénis, le Génie, paraissant dans les airs,
sur un Char de feu
Almasie Le
Génie
Je me meurs.
Quel spectacle se présente à mes yeux ?
Almasie éperdue et mon sceptre brisé !
Punissons, punissons une audace insolente:
Vengeons mon pouvoir méprisé.
Ministres de mes lois, venez, servez ma rage;
Paraissez, enchaînez l'ennemi qui
m'outrage.
Scène
4
Almasie, Zénis, le Génie,
Troupe de Génies
Le
Choeur des Génies Almasie Le
Génie Almasie Le
Génie Almasie Le
Génie [il
lui donne un poignard] Ah !
perfide, tu me trahis. Almasie Zénis Le
Génie Almasie [elle
veut arracher le poignard, pour s'en
frapper] C'est le
mien que je vais verser. Le
Génie,
faisant signe aux Génies de se retirer Tendres
amants, vos tourments sont finis. [à
Almasie] Et vous,
de votre coeur je connais tout le prix; Almasie Zénis Le
Génie Zénis Le
Génie Zénis Le
Génie Almasie,
à Zénis Le
Génie [la
fête commence] Chantez
l'Amour; célébrez sa victoire; Le
Choeur Le
Génie Zénis Almasie Zénis Almasie [on
danse] Les traits
que l'Amour lance Les
traits que l'Amour lance, &c. [alternativement
avec le Choeur] Est-il
sans aimer, Le
Choeur Almasie Le
Choeur Almasie Le
Choeur [Ballet
général]
Nous t'obéissons,
Tu connais le crime,
Nous en frémissons,
Frappe ta victime.
Juste ciel !
Tu devrais mieux cacher ta douleur,
Voilà donc le rival qui règne dans ton
âme ?
C'est lui qui m'enlève ton coeur,
Et qui fait mépriser mes bienfaits et ma
flâme.
Ah ! seigneur, écartez des soupçons
odieux.
Quel est donc son projet ? et quel pouvoir suprême
L'a fait pénétrer en ces lieux ?
Hélas ! je l'ignore moi-même.
Je te soupçonne, j'en gémis;
Mais s'il n'est pas l'objet de ton amour extrême,
Prends ce fer; frappes... tu frémis !
M'oses-tu proposer un forfait que j'abhorre ?
Pour calmer ta fureur, j'aimmolerais Zénis !...
J'immolerais ce que j'adore !
Ah ! cet aveu me venge, et je brave le sort.
Et toi, tu m'offenses encore:
C'est donc à moi de te donner la mort.
Barbare... arrête:
S'il faut du sang pour t'appaiser,
Donne; ma main est toute prête:
C'est assez. Il est temps de me faire
connaître.
J'ai su vous éprouver. Ton courage, Zénis,
Annonce à l'univers le sang qui t'a fait
naître.
Soyez heureuse enfin, vous méritez de
l'être;
Pardonnez-moi vos maux, je vous donne mon fils.
Votre fils !...
Vous mon père !
Ah ! pourquoi si long-temps m'en avoir fait mystère
!
Ma tendresse, mon fils, m'en imposa la loi.
La nature toujours rend la naissance égale.
Ce n'est qu'en s'illustrant qu'on met un intervale
Entre tous les mortels et soi.
S'ils ne gravent leur nom au temple de mémoire,
Les enfants des héros sont dans
l'obscurité;
C'est par sa propre gloire
Que l'on détruit l'égalité.
Amour, voilà l'effet de tes divins
oracles.
Ils n'étaient dictés que par moi.
J'ai voulu t'opposer des dangers, des obstacles;
J'ai vu ton ame incapable d'effroi,
Et je viens partager mon empire avec toi.
A vos bienfaits déjà mon coeur ne peut
suffire.
Almasie est à moi. Puis-je former des voeux ?
Mon père, en couronnant mes feux,
Vous avez fait bien plus que me donner l'empire.
Votre bonheur, mon fils, est tout ce que je veux.
Triomphe, Amour, règne sur nous sans cesse,
Dans nos coeurs lance tous tes traits;
Que chaque jour notre bonheur renaisse,
Nous le devons à tes bienfaits.
Il est le plus charmant des dieux:
Il soutient son empire, en comblant tous vos voeux,
C'est le plaisir qui prend soin de sa gloire.
Chantons l'Amour, &c.
Esprits sous mes lois réunis,
Pour votre roi, reconnaissez mon fils.
Qu'il enchaîne les vents, qu'il lance le tonnerre,
Qu'il soulève et calme les mers,
Qu'il règne sur tout l'univers,
Et soit l'arbitre de la terre.
Mon pouvoir va me rendre heureux.
Devenez immortelle, adorable Almasie;
Que vos attraits, que votre vie
Durent autant que l'excès de mes feux.
Si vous m'êtes fidèle,
Que mon bonheur sera parfait !
Mon immortalité ne peut être un bienfait,
Qu'en vous voyant brûler d'une amour
éternelle.
Partagez mes suprêmes droits,
Et régnez dans les Cieux, sur la terre et sur
l'onde.
Il est plus doux d'obéir à vos lois,
Que d'en pouvoir donner au monde.
Sont toujours des traits vainqueurs;
Il règne sur tous les coeurs,
Pourquoi lui faire résistance ?
Cédons au plus charmant des dieux;
L'effort qu'on fait pour se défendre
Ne sert qu'à rendre
Son triomphe plus glorieux.
Des biens qu'un coeur désire ?
Non: l'amour seul peut charmer;
Doit-on s'allarmer
Des transports qu'il inspire ?
Non, laissons-nous enflammer.
Est-il sans aimer, &c.
Dans ces lieux il choisit son empire;
L'air qu'on y respire
Est rempli de ses feux;
Au tendre délire,
Aux soins amoureux,
Cédons, ici tout conspire
Pour nous rendre heureux.
Est-il sans aimer, &c.
Dans ses chaînes,
S'il est quelques peines,
Les soupirs
Font naître les plaisirs.
Aimons, sans nous contraindre;
Doit-on craindre,
Sous ses lois,
Quand on fait un bon choix ?
Que vos voix
Célébrent son empire;
Qu'on entendre dire
Mille et mille fois:
Est-il sans aimer,
Des biens qu'un coeur désire ?
Non: l'amour seul peut charmer;
Doit-on s'allarmer
Des transports qu'il inspire ?
Non, laissons-nous enflammer.