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Zélindor, Roi des Silphes
Ballet en un Acte, représenté devant le Roi, en son château de Versailles,
sur le Théâtre de la grande Ecurie

le 17 Mars 1745
Livret de François-Augustin Paradis de Moncrif
musique de: François Rebel & François Francoeur

le 10 Août 1745, l'opéra-Ballet est précédé du Trophée, et suivi de La Provençale


les personnages:

les interprètes de l'époque

Zélindor, Roi des Silphes

Le Sr Jelyotte

Zirphée, mortelle, aimée de Zélindor

Mlle Le Maure

Zulim, Silphe, Confident de Zélindor

Le Sr De Chassé

Une Nimphe

Mlle Fel

Une Silphide

Mlle Fel

Choeur de Nimphes
Choeur de Génies Elémentaires
Silphes, Gnomes, Ondains, Slamandres

Le théâtre repésente une campagne ornée d'arbres, de gazons, de fleurs, et semée en quelques endroits de rochers: on voit descendre deux Silphes portés sur des nuages d'azur & de lumiere; l'un des Silphes tient un scéptre


Scene premiere
Zélindor, Zulim

Zulim:
Un souverain Génie adore une mortelle !
Quoi ! Vous, Silphe enchanteur, qui régnez dans les airs,
Vous n'êtes point flatté d'avoir donné des fers
A la Silphide la plus belle ?

Zélindor:
Hé ! Comment ne pas m'enflammer
Pour l'aimable objet qui m'enchante ?

Une Silphide sait aimer,
Mains une Mortelle est charmante.

Hé ! Comment ne pas m'enflammer
Pour l'aimable objet qui m'enchante ?

Oui, la jeune Zirphée m'a conduit en ces lieux:
Par mille enchantemens, monart ingénieux
Préviens ses feux, l'étonne & l'amuse sans cesse:
Cent fois pendant les nuits,
Les songes que j'instruis
Lui peignent mon image, annoncent ma tendresse.
J'ai soin qu'à sa félicité
Tout conspire dans la nature;
Cherche-t'elle ses traits au sein d'une onde pure ?
Elle y voit les Amours couronner sa beauté.
Ce mantin encore,
Portant sur ce gazon ses regards enchanteurs,
Elle lisoit ces mots, formés par mille fleurs:
"Zirphée, qui vous voit vous adore."

Zulim:
On sait que vous aimés;
Annoncez vous -même
Les voeux que vous formés.
On sait que vous aimés;
Croyez qu'on vous aime.

Zélindor:
Laisse-moi m'armer constament
Contre une flateuse chimere;
On ne croit que trop aisément
Posseder le talent de plaire.

Zulim:
Est-ce à vous de craindre en aimant ?

Hé ! que faut-il encore
Pour être heureux amant ?

Vous êtes Roi, jeune & charmant;
Et vous doutez qu'on vous adore ?
Vous êtes Roi, jeune & charmant;

Hé ! que faut-il encore
Pour être heureux amant ?

Zélindor:
Connois le coeur d'une mortelle;
Toujours sensible & rarement fidéle,
A de nouveaux plaisirs il se laisse emporter.

Comme un Zéphir qui caresse
Une fleur sans s'arrêter,
Une volage maîtresse,
En flatant notre tendresse,
S'empresse de nous quitter
Comme un Zéphir qui caresse
Une fleur sans s'arrêter.

Dans le coeur de Zirphée, par un art infaillible,
Je vais découvrir en ce jour,
Si c'est l'orgueil de plaire, ou le plus tendre amour
Qui la fait aproître sensible:

Mais elle porte ici ses pas;
Contemplons ses beaux yeux qui ne me verront pas.
Ce scéptre que je tiens va me rendre invisible.

[Zélindor touche Zulim de son scéptre, Zulim devien invisible pour Zirphée, et reste sur la scene avec Zélindor]


Scene II
Zirphée, en s'occupant d'elle, Zélindor, Zulim, sans être apperçu de Rirphée

Zirphée:
Pourquoi me refuser le plaisir de vous voir ?
Cher Enchanteur, volez, remplissez mon espoir.

Dieux ! A mon trouble extrême
Puis-je m'accoutumer ?

Quoi ! J'aime autant qu'on peut aimer,
Et je n'ai point vû ce que j'aime ?
Pourquoi me refuser le plaisir de vous voir ?
Cher Enchanteur, volez, remplissez mon espoir.
Si j'en crois mon impatience,
Si j'en crois de mon coeur l'heureux pressentiment,
Votre plus doux enchantement
Doit naître de vostre présence.
Pourquoi me refuser le plaisir de vous voir ?
Cher Enchanteur, volez, remplissez mon espoir.

Un songe cette nuit me traçoit votre image:
Vous paraissiez charmant, vous traversiez les airs,
J'entendois d'aimables concerts
Eclater à votre passage:
Des arbres, des rochers, en Nimphes transformés,
Par des jeux me rendoient hommage:
Ah ! Si de ces objets mes ens étoient charmés,
Croyez...

Zélindor, sans être vû de Zirphée:
Belle Zirphée, que ce qui peut vous plaire,
Pour vous jamais ne soit un bien trompeur;
Qu'une chimere
Qui vous est chere,
Au même instant, cesse d'être une erreur.

Songes, qui flattiés ce que j'aime,
Devenez une vérité.

[les arbres & les rochers sont changés successivement en Nimphes]


Scene III
Zirphée,Zélindor, Zulim, Nimphes

Zirphée:
Que vois-je ? Non, malgré votre pouvoir suprême,
Si vous ne vous offrez vous-même,
Non, vous ne faites rien pour ma félicité.

[on danse]

Le Choeur des Nimphes, à Zirphée:
Il faut que tout seconde
Ou prévienne vos voeux,
Le plus aimable objet du monde
Doit être encor le plus heureux.

[on danse]

Une Nimphe:
Sur vos pas, par quel charme admirable
Les plaisirs viennent se rassembler ?
Près de vous, tout devient aimamble,
Tout s'empresse à vous ressembler.

Régner au gré de votre envie,
Voyez triompher vos desirs;
N'ayez d'autres soins dans la vie,
Que d'imaginer des plaisirs.

Sur vos pas, par quel charme admirable
Les plaisirs viennent se rassembler ?
Près de vous, tout devient aimamble,
Tout s'empresse à vous ressembler.

[on danse]

Zirphée, interrompant les danses des Nimphes:
C'en est assez;

[les Nimphes se retirent, et marquent par des attitudes, leur regret de quitter Zirphée]

Ah ! Paroissez enfin.
Vernez , cher Enchanteur... Je vous appelle envain...

Vous triomphés de l'amour qui m'enflamme;
Charmer est votre seul plaisir;
Non, vous n'aimés qu'à tourmenter une ame,
Et vous ne pouviés mieux choisir.

Zélindor, toujours invisible:
Ah ! Jugez mieux d'un coeur qui vous adore,
Et n'accusez que vous, si je me cache encore.

Je regne dans les airs sur des peuples charmants;
Si vous êtes sensibles à l'ardeur qui m'inspire,
Vous pouvés, dès ce jour, partager mon empire;
Vous pouvés, posseder l'art des Enchantements:
Mais, malgré ce bonheur que je vous fai s connoître,
Dès que vous pourrés savoir
A quel prix le destin me permet de paroître;
Aimable Zirphée, peut-être,
Vous ne vousrez plus me voir.

Zirphée:
Quelle injustice extrême !
Le plaisir de vois ce qu'on aime
Récompense cent fois de ce qu'il doit couter:
Déclarez ce secret: Qui peut vous arrêtre ?

Zélindor, toujours invisible:
Hé bien, il faut céder à votre impatience.

A vos regards, dès que je m'offrirai,
Si pour moi votre coeur est dans l'indifférence
Ordonnez mon exil; hélas ! J'obéirai:

Plus heureux, si l'Himen nous unit l'un à l'autre,
Mon sort sera charmant; mais aprenez le votre.

Vos yeux, ces yeux si beaux, en redoublant mes fers
Perdront sur tous les coeurs leur empire ordinaire;
Je serai dans tout l'univers,
Le seul amant à qui vous pourrés plaire.
Parlez...

Zirphée, avec vivacité:
Oui j'y consens, je le veux, paroissez.

[elle apperçoit le Génie qui a jetté son scéptre; et qui tombe à ses genoux]

Zélindor, aux genoux de Zirphée:
Vous savez nos destins, hâtez-vous, prononcez...

Zirphée, relevant Zélindor:
Non, vous n'exigés pas assez
Pour le prix du plaisir qu'on trouve à vous connoître.

Zélindor:
L'empire de mon coeur pourra vous contenter ?

Zirphée:
Quand on charme l'amant qui fait nous enchanter,
A d'autres yeux, que sert-il d'être belle ?
Je n'aurai rien à regretter,
Si vous mêtes toujours fidéle.

Zélindor:
Elle aime ! Amour, je sens le plus heureux transport.

Zirphée, sortez d'erreur, et connoissez ma flamme:
C'étoit pour éprouver votre ame
Que je vous annonçois un vain arrêt du sort:
Oui, vous plairés, toujours, tout vous rendra les armes,
Mille coeurs vous seront offerts;
Hé ! Quel pouvoir dans l'univers,
Borneroit celui de vos charmes ?

Ensemble:
Ah ! Combien vous m'aimerés,
Si mon coeur sert de modéle !
Qu'avec plaisir vous formerés
Les noeuds d'une chaîne éternelle !

Zélindor:
Embellissez ce fortuné séjour
Peuples des Elemens, venez ici vous rendre;
Voyez unir, par les mains de l'Amour,
Le plus charmant objet, & l'amant le plus tendre.


Scene IV
Zirphée,Zélindor, Zulim,
Génies Elémentaires, Silphes, Gnomes, Ondains & Salamandres

Le théâtre change, et représente le palais du Roi des Silphes

Zélindor:
Que dans les airs vos chants harmonieux,
Que le feu, que la terre & l'onde,
Que tout rende hommage à des yeux.
Le charme & la gloire du monde.

Le Choeur:
Que dans les airs vos chants harmonieux,
Que le feu, que la terre & l'onde,
Que tout rende hommage à des yeux.
Le charme & la gloire du monde.

[on danse]

Zulim, à Zirphée:
Des Silphes vos sujets, les voeux vous sont effrets.
Sachez quel est leur sort dans l'empire des airs.

Notre art chaqu'instant fait éclore
Quelqu'évenement enchanteur;
Et l'habitude du bonheur
Nous le fait mieux gouter encore.

Animés des plus doux desirs,
Jamais l'ennui ne nous livre la guerre;
Tandis que tout dort sur la terre,
Pour tout repos nous changeons de plaisirs.

[on danse]

Une Silphide, à Zirphée:
Quel amant sous vos loix s'engage !
Que de fleurs vont former vos fers !
L'Enchanteur qui vous rend hommage
Vous éleve au trône des airs.
Quels plaisirs vous sont offerts !

Que votre empire
Doit vous charmer !
On n'y respire
Que pour aimer.

[on danse]

Le Choeur des Silphides:
Vos destins changent leurs cours;
Vous cessez d'être mortelle,
Pour n'avoir que de beaux jours,
Et pour être toujours belle.

La Silphide:
Ah ! Ah ! Quel bien est plus doux !
Ah ! Qu'il est digne de vous !
Que votre empire
Doit vous charmer !
On n'y respire
Que pour aimer.

Le Choeur:
Ah ! Ah ! Quel bien est plus doux !
Ah ! Qu'il est digne de vous !

La Silphide:
Que votre empire
Doit vous charmer !

Le Choeur:
On n'y respire
Que pour aimer.

[on danse]

Le Choeur des Génies:
Que dans les airs nos chants harmonieux,
Que le feu, que la terre & l'onde,
Que tout rende hommage à des yeux.
Le charme & la gloire du monde.