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Divertissement nouveau representé devant le Roy sur le Theatre des petits appartements, à Versailles le 13 Fevrier 1749 |
Ouverture
Scene
1
Zélie
Zélie J'accompagnois
Diane au millieu des forets, Heureuse
liberté, Mais je
vois l'amant que j'adore
Heureuse liberté,
Dont j'étois si contente,
Faut il vous perdre pour jamais ?
Mon ame indifferente,
Croyoit y fuir l'amour & braver ses attraits
Je vis Limphée
Et son ardeur constante
De mon coeur vint troubler la paix.
Dont j'étois si contente,
Faut il vous perdre pour jamais ?
Si je ne puis eteindre dans mon coeur
Le feu cruel qui me devore
Cachons du moins mon trouble à mon
Vainqueur.
Scene
2
Zélie, Limphée
Limphée Zélie Limphée Zélie
& Limphée Je fuis
l'amour je crains son esclavage Limphée Zélie Limphée Zélie Limphée Zélie
Nimphe dans cet azile,
Qui peut vous attirer !
Votre coeur tranquille
Ignore le plaisir qu'on goute à soupirer.
Ces bois épais, et leur silence,
Ne doivent plaire qu'à l'amour.
Et le charme de ce sejour
N'est pas fait pour l'indifference.
Libre de crainte & de desirs,
Mon coeur ne connoit point de peines.
Et comme l'amour à ses peines,
L'indifference a ses plaisirs.
Vous estes de l'amour le plus parfait ouvrage
Vous enchaines sous ses loix tous les coeurs
Quand tout cede par vous au plus doux des vainqueurs
Luy pouvez vous refuser votre hommage.
De la libertéLa tranquillité
Est l'heureux presage;
Un coeur qui s'engage
Est trop agité.
Je n'ay jamais mieux senti l'avantage
De la liberté.
Quand votre coeur resiste aux charmes
D'un Dieu dont tout sent les appas,
C'est moins l'amour qui vous allarme
Que l'amant qui ne vous plaist pas.
Vous voyés sans pitiéLe feu qui me devore,
Mais malgré mes feux meprisés
Mon coeur cherit encoreLes tourments que vous luy
causés.
Cessez une plainte inutile,
Cherchez à triompher d'un amant malheureux
Mon ame si je puis sera toujours tranquille,
Epargnés des discours qui nous genent tous deux.
Evittés de me voir.
Eh ! le pouray je insgratte,
Envain votre mepris l'eclatte
En vain vous m'accablez d'une injuste rigueur
Ne vous point voir est mon plus grand malheur,
Vos yeux ont fait mes maux
Vos yeux seuls les soulagent
J'adore leur appas, en craignant leur couroux,
Et mon coeur que l'amour et le depit partagent,
Redoute de vous voir et ne cherchent que vous.
Serez vous insensible à l'amour le plus tendre,
Vous detournés les yeux, vous ne m'ecoutez
pas.
Je souffre trop a vous entendre.
Vous me quittez.
Ne suivez point mes pas.
Scene
3
Limphée
Limphée Mais ces
Concerts m'annoncent sa presence,
Elle fuit la cruelle.Toy qui causas mes maux,
Tu peux seul les guerir.
Vole amour, viens me secourir,
Triomphe d'un coeur rebelle
Lance tes traits pour l'attendrir.
Ce Dieu daigne ecoutter ma voix:
Je sens naitre l'esperance
Pour la premiere fois.
Scene
4
Limphée, l'Amour & sa Suite
L'Amour Vous qui
suivez toujours mes traces,
Je viens recompenser tes feux & ta constance,
Livre ton coeur au plus flatteur espoir.
Diane trop longtemps a braver ma puissance,
Que tout ce qui la sert eprouve mon pouvoir:
En comblant tes desirs, j'exerce ma vangeance:
Tendres soins, plaisirs enchanteurs,
Accourez, conduisez les graces,
Unissez vos attraits vainqueurs.
Scene
5
Limphée, les Graces,
Troupe de Jeux & de Plaisirs
L'Amour L'Amour
& Le
Choeur L'Amour Limphée L'Amour Limphée Elle
paroit, et sa presence
Servez un amant fidelle
Par vos charmes puissants qu'il triomphe en ce jour,
D'une Nymphe cruelle
Qu'elle apprene à son tour que tout cede à
l'amour.
Servons un amant fidelle
Par nos charmes puissants qu'il triomphe en ce jour,
D'une Nymphe cruelle
Qu'elle apprene à son tour que tout cede à
l'amour.
Reçois cette guirlande:
D'aimables Enchanteurs viennent de la former,
A son charme invincible il faut qu'un coeur se rende
La beauté qui sçait t'enflamer,
Va ressentir l'effet de sa puissance:
Dieu charmant, tes faveurs egalent mes souhaits.
L'amour ne veut de la reconnoissance
Que l'usage de ses bienfaits.
De l'aimable objet qui m'enchante,
Je vais en lui toucher le coeur:
Que pour mon ame impatiente
Tous les moments ont de lenteur.
Vient embellir ces lieux,
Pardonne Amour, si malgré ta puissance
Je tremble encor en voyant ses beaux yeux.
Scene
6
Zélie, Limphée
Zélie Limphée Zélie Limphée Zélie Limphée Zélie Limphée Zélie Limphée Zélie Limphée Zélie Limphée Zélie Limphée Zélie Limphée Zélie Limphée Zélie Ensemble Limphée Zélie Ensemble Limphée Le
Choeur L'Amour Regnés
amours, brillez aimables jeux,
Je combats vainement le penchant qui m'entraine,
J'appelle à mon secours la raison, le devoir,
Contre Limphée ils n'ont plus de pouvoir;
L'amour malgré moy me rameine
Dans les lieux où je puis le voir.
Je l'aperçois, fuyons.
Arrestez, inhumaine, que craignez vous d'un amour malheureux
?
Je crains un amour dangereux.
Ah ! du moins d'un regard adoucicez sa peine.
Il diroit plus que je ne veux...
Laissez moy fuir.
Arrestez, inhumaine !
Non, vous me laissez.
Quel reproche, grands dieux
Lisez vous mémeDans mes yeux
Croyés vous y voir de la haine.
Du plus fidel amant partagez vous les feux.
J'éprouvois un cruel martire
A cacher le secret qui vous est decouvert;
Jugez de ce que j'ay souffert
Par le plaisir que j'ay de vous le dire.
Don fatal, ah ! ce n'est qu'à vous que je dois un
aveu si doux.
Dieux, d'ou nait cette indifference,
Vous vous troublés, vous gardez le silence
Quoy l'aveu de mes feux,
Quoy mon amour n'a plus rien qui vous flatte.
Helas, plus cet amour eclatte
Et plus il me rend malheureux.
Qu'entens-je ? de mon coeur quand j'estay rendu maistre
Quand ma flame a tes yeux ne craint plus de paroistre,
Ton froid dedain ne peut se deguiser;
N'étoit ce don que pour les mepriser,
Que tu bruslois, ingrat de les connoistre.
Ah ! voyés a la fois mon crime & mes remords.
Cet aveu charmant, ces transports
Font l'effet d'un charme invincible,
Ces fleurs ont le pouvoir de rendre un coeur sensible,
Mais peut on gouter un bonheur
Qu'on ne doit pas a ce qu'on aime
Je renonce a ce bien si cher a mon ardeur,
Si je puis l'obtenir de vous mesme.
Ou suis-je ! qu'ay-je dit ! quelle foiblesse extreme
Ah, pour jamais je dois vous fuir.
Non, laissés moy vous voir, pour me punir,
Votre coeur un instant a partagé ma flame
Dans vos beaux yeux par l'amour attendris
J'ay lû le bonheur de mon ame.
Je n'y verray que des mepris
Je pers un bien dont j'ay connu le prix,
Mais l'amour seul a fait mon crime,
L'amour ne peut-il l'excuser
Ah ! si rien ne peut l'apaiser
Le couroux qui vous anime
Plaignez du moins les maux qui me sont
reservés.
Helas !
Vous soupirez.
Ah ! Limphée...
Achevez...
Je devrois punir une offence
Que je pardonne a l'excés de vos feux,
Quand l'amour m'a forcé a rompre le silence
Il nous servoit egalement tous deux,
Un charme vous a fait connoitre
Les sentimens de mon coeur amoureux
Mais vous seul les avez fait naistre.
Amour, lance tes traits vainqueurs
Qu'il est doux de porter tes chaisnes
Qu'un seul moment de tes douceurs
Recompense bien de tes peines.
Habitans de ces lieux tranquilles
Faunes, Silvains, accourez a ma voix.
Nimphes de ce sejour,
Divinités de ces bois,
Abandonnez vos doux aziles.
Avec nous de l'amourVenez chanter les loix.
Du plus charmant des Dieux,
Celebrés la victoire:
Que par vos chants harmonieux
Son triomphe & sa gloire,
Retentissent jusques aux Cieux.
Du plus charmant des Dieux,
Celebrons la victoire:
Que par nos chants harmonieux
Son triomphe & sa gloire,
Retentissent jusques aux Cieux.
J'aime a voir eclatter votre reconnoissance,
Que tout ressente dans ces lieux
Les doux plaisirs qu'inspirent ma presence.
C'est en rendant les coeurs heureux
Que je me plais a montrer ma puissance.
Zélie Cedons au
plus charmant des dieux,
Les traits que l'amour lance
Sont toujours des traits vainqueurs,
Il regne sur tous les coeurs,
Pourquoy luy faire resistance.
L'effort qu'on fait pour s'en deffendre
Ne sert qu'à rendre
Son triomphe plus glorieux.
qui luy peint la tendresse& l'Amour qui la force a se
rendre
L'Amour Le
Choeur L'Amour Le
Choeur L'Amour Le
Choeur
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de page
Est-il sans aimer des biens qu'un coeur desire,
Non, l'amour seul peut charmer
Doit-on s'allarmer
Des transports qu'il inspire.
Est-il sans aimer des biens qu'un coeur desire,
Non, l'amour seul peut charmer
Doit-on s'allarmer
Des transports qu'il inspire.
Dans ces lieux j'ay choisy mon Empire,
L'air qu'on y ressent est rempli de mes feux,
Icy tous exprime des tendres desirs,
Qu'un coeur que ma flame anime ressent de
plaisirs.
Est-il sans aimer des biens qu'un coeur desire,
Non, l'amour seul peut charmer
Doit-on s'allarmer
Des transports qu'il inspire.
Dans ma chaisne
On s'engage sans peine
Et jamais
On evitte mes traits
Cedez, rendés les armes,
Goutés mes charmes,
Je ne puis que repondre a mes voeux
De mes feux, pourquoy se deffendre
Le coeur le plus tendre
Est le plus heureux.
Est-il sans aimer des biens qu'un coeur desire,
Non, l'amour seul peut charmer
Doit-on s'allarmer
Des transports qu'il inspire.