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Vers du Ballet Royal,
Dansé devant leurs Maiestez
entre les Actes de la grande Tragedie de l'Hercule Amoureux
Livret de Isaac de Bensérade
le Prologue est de Camille Lilius, 1662

Les permiers Empereurs, furent de Rome, & d'Italie; Il y en esut apres qui tirerent leur Origine de la grece & de l'Asie,, quoy que quelques-uns d'eux eussent pris naissance en Italie: Et ceux là par l'Election de Nerva établirent l'usage de les choisir dans leur Nation. Ensuitte dequoy M. Vulpius Trajanus envoya regner dans les Proveinces & Royaumes de l'obeissances des Romains toutes les grandes Familles de la Grece & de l'Asie desquelles (comme d'autant de testes couronnées) Claudian dit, en parlant du quatriesme Consulat de l'Empereur Honorius,

Nec nuper cognita Marti,
VULPIA progenies & quae diademata Mundo sparsit, &c.

De l'une des ces Familles est sortie la Royale Maison de France, qui dans le cours de la Monarchie Romaine s'est trouvée unie de parenté & d'aliance avec plusieurs & diverses Familles Imperiales, & à elle mesme esté plus d'une fois adoptée à l'Empire, ce qui a fait dire qu'elle estoit née dans la Pourpre, & qu'elle avoit eu le Berceau des Cesars, ayant joüy de leurs honneurs & de leurs prérogatives: d'où vient que les plus anciens Roys de France s'appeliient Roys d'origine, & prenoient ces grands Noms de Palladiens, Minerviens, & Basiliens, qui sentoient l'Empire & la gloire de l'adoption. De ce mesmerang furent ces Familles. La Giulia, l'Oitavia, la Coccia de Nerva, la Vulpia de Trajanus, la Flavia de Vespasianus, la Quintilia, la Vitellia, l'Aurelia, la Constanza, l'Amala, la Claudia, la Domitia, l'Annia, ou Ceionia, la Settimia de Lucius Septimius Severus, la Vipsannia, la Gordiona, la Calfurnia, &c., dont les sept dernieres ont porté & soûmis à celle de France des Nations & des Estats qui estoient sous leur puissance: Et comme elles ont contracté entr'elles diverses alliances, il semble quequelques-unes sont sorties de la mesme Tige, ce qui se prouve par les authoritez, les statuës, les vieilles inscriptions, les Medailles, les Monnoyes d'or de France confrontées aux mysterieux ornemens qui se voyent encore dans les anciennes Eglises, & autres vieux edifices de Paris, & du Royaume, qui ont esté bastis sous la conduite des plus sçavans Hommes de leur Siecle. Ce que l'on verra plus amplement dans cette Royae Genealogie, composée par le Sieur Camillo Lilii. De toutes ces Illustres Familles, voicy celles qui non sans raison ont esté choisies pour representer l'Origine de la Maison de France.

Les idées de ces Familles Imperiales accompagnent la Maison de France, & brillent toutes ensemble dans les fonds du premier Ciel, avec l'Amour & l'Hyménée qui les ont unies. Le Theatre represente des Rochers aux deux costez, & dans le fonds une Mer en esloignement: Diane apres les loüanges deuës à tant de pompe, & à tant de Majesté, les convie à descendre là, pour y faire honneur aux Nopces Royales, en s'humiliant devant la Reyne Mere, & rendant à sa personne ce qu'on doit à la source, & au principe du Couple Auguste. De là elle ordonne qu'Hercule Amoureux paroisse sur la Scene, comme la Figure du Grand Monarque, pour y estre marié à la BEAUTE', en suite de ses Travaux & des ses Triomphes. Cette divine Troupe ayant dansé s'en retourne dans la mesme Machine, cependant que quatorze Fleuves qui arousent les Estats, lesquels ont esté ou sont encore sous la domination de la France,, applaudissent aux louanges, à la Paix, & au Mariage, & finissent le Prologue avec l'admiration des Felicitez de ce Grand Estat, arrivées à leur comble par la Naissance de Monseigneur le Dauphin.

 

PROLOGUE

Premiere Entrée

Le Roy, representant la Maison de France,
La Valeur, inseparable de la Maison de France,
representée par
le Comte de St. Aignan, qui suit sa Majesté, et luy dit:

Des Royales Vertus Grande & noble Demeure,
Ie me suis atachée à vous de si bonne heure,
Que dans vos glorieux & penibles explois
I'ay suivy pas à pas vos jeunes Destinées,
Et c'est pour ce sujet qu'on a dit tant de fois,
La Valeur n'attend pas le nombre des années.


II. Entrée

Pour leurs Maiestez, representant les Maisons de France, & d'Austriche

Deux puissantes Maisons pour qui tout se partage,
Les armes à la main s'entre-poussoient à bout,
Mais l'Amour, & l'Hymen ont pacifié tout,
Et de ces deux
Maisons ne font plus qu'un Mesnage.

Leur Eloge se mesle, & l'on prise à tel point
L'auguste Majesté du noeu qui les assemble,
Qu'on ne sçauroit faillir de les loüer ensemble
Pour ne pas separer ce que le Ciel a joint.

Maisons, que l'Universa toûjours adorées,
En suitte d'un lien si charmant & si doux,
Que d'Heureuses Grandeurs vont sortir de chez vous,
Et respondre aux Grandeurs qui chez vous sont entrées.

De-ja ce beau Dauphin nous est en arrivant
Le presage asseuré d'une longue bonace,
De-ja quoy que de loin, sa Naissance menace
D'un furieux débris les costes du Levant.

Il faut que l'Art s'esleve au dessus de ses Regles,
Pour dire de vous deux les charmes acomplis,
L'une a plus de blancheur que n'en ont tous vos
Lys,
L'autre a plus de fierté que n'en ont tous les
Aigles.


pour
Monsieur, representant l'Hymen

Sans faire icy contester
La Fable avecque l'Histoire,
Dire l'Hymen est blond cela ne se peur croire,
Il est fait comme un Ange, on n'en sçauroit douter,
Mais c'est comme un bel Ange à chevelure noire:
Ce doux Charmeur par qui tout le monde est lié,
Luy-mesme à son profit ne s'est pas oublié,
Les Dieux sont ce que nous sommes
Interessez, amoureux,
Et de mesme que les Hommes
Gardent le meilleur pour eux.


Pour
Monsieur le Duc, representant l'Amour

Sorty du plsu pur sang des Dieux,
Vous faites parestre en tous lieux
L'authorité que vous y donne
Vostre Rang & vostre Personne.
Qui vous refuseroit ses voeux ?
Vous aveez des dards & des feux;
Mais pour gagner une Maistresse,
Et dans son coeur vous faire iour,
Vous avez la grande jeunesse,
C'est un des beaux traits de l'
Amour.


pour
Mademoiselle, Famille Imperiale

Un seul de ses divins regars
A plus de Majesté que les douze Cesars,
Elle a beaucoup de l'air d'une fiere Amazone
Qui marche droit au premier Throsne.

C'est l'objet des plus nobles voeux,
Si l'Hymen & l'Amour en estoient crûs tous deux,
On n'attendroit pas moins de cette augsute Fille,
Qu'une Imperaile
Famille.


Mademoiselle d'Alençon, Famille Imperiale

Quelle gloire pour une Fille,
Pour la Fortune quels efforts,
Si j'entre dans une
Famille,
Esgalle à celle dont ie sors !


pour
Mademoiselle de Valois, Famille Imperiale

Vous égalez les plus belles Personnes,
Vous estes née entre mille Couronnes
Dont l'éclat veut que vous le portiez haut,
Et seulement qu'il plaise à la Fortune
Que vous puißiez en avoir encor, une,
Vous en aurez autant qu'il vous en faut.


pour
la Comtesse de Soissons, Famille Imperiale

Ces aymables vainqueurs, vos yeux, ces fiers Romains,
Semblent n'en vouloir pas aux vulgaires Humains,
Mais des plus eslevez permettre la souffrance,
Et ces grands cheveux noirs, alors qu'ils sont épars;
Ont un air de triomphe, & tout l'apparence
De sçavoir comme il faut enchaisner les Cesars.


pour
la Comtesse d'Armagnac, Famille Imperiale

Si l'Amour peut tout sans qu'on y trouve à mordre,
De Femmes d'Empereurs vouloit fonder un Ordre,
Qu'il fallut de beaux yeux, un teint vermeil & blanc,
Une vouche adorable entre les plus parfaites,
Qui vous emprescheroit de pretendre à ce rang ?
N'avez vous pas de-ja toutes vos peuves faites ?

L'on vous regarde icy joüer un Personnage,
Où vous eußiez n'aguere ezcellé davantage,
Et vous estes moins propre à de pareils emplois
Ayant si-tost repris vostre embonpoint de fille,
Vous estiez d'une Taille au bout de vos neuf mois
A bien representer le corps d'une
Famille.


pour
Mademoiselle de Nemours, Famille Imperiale

Ce grand air cette haute mine
Prouve quelle est vostre orogine:
Mais cette douceur qu'ont vos yeux
Est toute charmante, & respire
Ie ne sçay quoy qui vaut bien mieux
Que la Majesté de l'Empire.


pour
Mademoiselle d'Aumale sa soeur, Famille Imperiale

Vos yeux à qui de-ja tant de coeurs appartiennent
N'ont rien des Empereurs ces Tyrans anciens,
Sinon qu'à leur exemple on connoist qu'ils deviennent
Grands Persecuteurs de Chrestiens.


pour
la Duchesse de Luynes, Famille Imperiale

Les Miracles sont poßibles
A cette rare beauté,
Dans ses yeux doux & terribles
On voit en societé
Deux choses peu compatibles
L'Amour & la Majesté.


pour
la Duchesse de Sully, Famille Imperiale

Les riches ornemens, les superbes Couronnes
Ajoustent peu de chose à certaines Personnes,
Et ne pourriez-vous pas fort bien regner sans eux ?
Vous avez une Taille, & vous avez des yeux.


pour
la Duchesse de Crequy, Famille Imperiale

Vous abandonnez donc la Seine pour le Tibre ?
Rome va s'enrichir aux despens de Paris ?
Elle y perdra pourtant ce qu'elle avoit de libre,
Et se prendra sans doute où le reste s'est pris:
On ne peut s'échapper de cés aymable piege,
Et vous allez remettre avec vostre Beauté
L'Empire dans son premier Siege,
Mais bien plus florissant qu'il n'a jamais été.


pour
la Comtesse de Guiche, Famille Imperiale

Quoy que vôtre interest ne soit pas mon affaire,
Liassez-moy vous dire icy mon sentiment,
Vous estes belle & jeune, aymable infiniment,
Mais vous ne faites pas ce que vous devez faire.
Representer ainsi la
Famille d'un autre
Qu'à cette fonction d'agreable pour vous ?
Et ne vous en déplaise ainsi qu'à vostre Espoux,
Seroit-ce pas mieux fait de commencer la vostre ?


pour
Madame de Rohan, Famille Imperiale

Cette Belle à qui ne se peut comparer
En sa jeune personne a des graces divines,
Qui peut y parvenir n'a rien à desirer,
Quelquefois sur le Throsne on est sur des épines,
Qui sera dans son coeur fera plus doucement,
Et ne laissera pas d'estre außi noblement.


pour
Mademoiselle de Mortemar, Famille Imperiale

Dieux ! à quel comble est-elle parvenuë ?
Iamais Beauté n'eut de progrez si promts,
Comme elle y va si cela continuë
Ie ne sçay pas ce que nous deviendrons;
L'aymable Fille !
A tous les coeurs elle donne la Loy,
Et pour avoir une belle
Famille,
Voila dequoy.


pour
Mademoiselle Des-Autels, Famille Imperiale

De cette troupe en Beauté singuliere
On n'a pris que vous seule, & ce chois est bien doux;
Ce n'est pas sans raison qu'on peut dire de vous,
Que vous representez une
Famille entiere.

PREMIER ACTE

III. Entrée
Des Foudres & des Tempestes

pour les Foudres

L'Impetuosité de la chaude vapeur
Nous transit & nous charme, on l'admire, on en tremble,
Et nous doutons encor qu'on puisse tous ensemble
Donner tant de plaisir, & faire tant de peur.

SECOND ACTE

IV. Entrée
Des Songes

pour les Songes

Belles illusions, agreables mensonges,
Combien de vrais plaisirs nous causez vous icy ?
L'on dit qu'il ne faut pas s'arrester à des Songes,
Le moyen de ne pas s'arrester à ceux-cy ?

III. ACTE

V. Entrée
Des Statuës

pour les Statuës

Les choses de ce monde estant bien debatuës,
Cecy resmoigne assez que chacune a son tems,
Les Gens sont quelquefois ainsi que des Statuës,
Les Statuës par fois sont ainsi que des Gens.

IV. ACTE

VI. Entrée
Des Zephirs

le Comte de Marsan, Zephir

Il me déplaist assez de n'estre qu'un Zephir,
Et de ne pouvoir pas encore à mon plaisir
Déraciner un Arbre, & le coucher par terre,
Abatre de mon souffle & tours & pavillons,
Renverser comme épis les plus gros bataillons,
Helas ! moy qui me sens si propre pour la guerre,
La feray-je long-temps encore aux Papillons ?


pour
le Baron de Gentilly, Zephyr

L'on me verra bien-tost pousser de vrais soûpirs,
Et n'estre plus du rang de ces petits Zephyrs
Dont la pluspart ne font encore
Que badiner avecque Flore.


pour
Monsieur Hesselin fils, Zephir

De-ja mon petit murmure
Fait treembler plus d'une fleur,
Iespere si le temps dure
Estre en assez bonne odeur.


pour
Monsieur Sanguin fils, Zephyr

Un Zephyr est mal propre aux navigations,
Mais quel vent je seray si je tiens de mes Peres
Qui de la grande Mer des conversations
Sont les uniques vents incessant contraires,
Ils vont par un chemin des autres different,
Et ne se laissent pas emporter au torrent.


pour
Monsieur d'Algre fis, Zephyr

Il seroit bien difficile
De le prendre par le bec,
Ie le donne au plus habille,
Et c'est un petit vent Grec.


VII. Entrée
Des Fantosmes & des Demoiselles

pour les Fantosmes & les Demoiselles

Mettez-moy d'un costé quatre Spectres d'Enfer
De l'autre nombre égal d'antiques Demoiselles
De celles que l'on croit faites par Lucifer
Pour la damnation des Jeunes & des Belles,
Ioignez-vous ce Troupeau dont je vous fais le plan,
Ie le donne au plus fin qui soit dans le Royaume
De pouvoir démesler en l'espace d'un an
Quelle est la Demoiselle, ou quel est le Fantosme.

IV. ACTE

VIII. Entrée
Pluton & Proserpine, avec Douze Furies

pour le Roy, representant Pluton

Qu'à son gré le Soleil regne sur l'Hemisphere
Vous ne l'enviez point, & la grande Clarté
Quoy que l'on ne soit pas resolu de mal faire
Ne laisse pas d'avoir son incommodité:
Chacun de ces bas lieux sent son mal qu'il expose
Seulement aux regars de celle qui le cause,
On soûpire en secret dans vos sombres Estas,
Et la flame qui brusle au moins n'éclaire pas.

Les Demons vos sujets endurent mille peines,
Car outre l'Interest, outre l'Ambition,
Amour leur fait sentir ses rigueurs inhumaines,
C'est une imperieuse, & forte paßion,
Tous en sont agitez d'une terrible sorte:
De s'enquerir comment le Monarque se porte
Parmy de si grands maux, & si contagieux,
La curiosité n'en apartient qu'aux Dieux.


IX. Entrée

pour le Roy, representant le Dieu Mars

Donc la guerre estant finie,
Loin d'estre les bras croisez
A des Travaux oposez
Mars aplique son genie;
Donc il met les armes bas,
Et ne se repose pas
Quand ses mains de sang sont nettes,
Mais dans un calme si doux
Aßis entre les Planettes
Il regne & veille sur nous.

Le Bon-heur en abondance
Par luy nous sera versé
De son Ciel où l'a placé
L'Eternelle Providence:
C'est là qu'il sçait présider,
Et qu'on luy voit décider
Des fortunes de la Terre,
Nul n'est parvenu si haut,
Il est Dieu de la Guerre,
Et gouverne comme il faut.

Venus aymable & charmante
Le domte sans l'affoiblir,
L'occupe sans le remplir
Soit presente, soit absente:
Plutost émeu que troublé
Son coeur n'est point acablé
Sous une indigne victoire,
Et mettant ses fers au jour
Il n'oste point à sa gloire
Ce qu'il donne à son Amour.


pour
Monsieur le Prince, representant Alexandre

Alexandre est cognu pour un grand Capitaine,
De cette verite l'Histoire est toute plaine,
Dés sa grand jeunesse enfin sans contredit
Dans le Monde il a fait ce que le Monde en dit,
Cent belles actions d'immortelle memoire
Comme à toute la terre ont pû luy faire croire
Qu'elles ne partoient pas d'une mortelle main,
Examinant son coeur il s'est crû plus qu'humain;
Mais comme on se réveille à la fin d'un long somme,
Prenant garde à son sang il ne s'est crû qu'un Homme,
Et depuis Iupiter n'a point ceu sous les Cieux
De zele plus soûmis, ny plus religieux.
Ce n'est q'un Homme enfin, mais un Homme admirable,
Il ne s'en verra point qui luy soit comparable,
Personne au champ de Mars iamais si loin n'alla.
Mais n'en disons pas plus, & demeurons-en là,
Abregeons des discours fleuris comme les nostres,
Ces Braves ont leur foible außi bien que les autres,
Et quelque si haut point que sa Gloire l'ait mis,
Luy qui seul tiendroit bon contre cen ennemis,
Fiez-vous-en à moy, quelque mine qu'il fasse
Il ne soustiendroit pas une loüange en face.


pour
le Comte de S. Aignan, representant Iules Caesar

Par tous mes ennemis ont monstré les espaules,
Ie me suis signalé dans la guerre des Gaules,
Ce Theatre fameux de tant d'exploits hardis:
Faire des improntus fût ma noble coustume,
Tantost par mon espée, & tantost par ma plume,
On parle de mes faits, on parle de mes dits.

Il n'est difficulté que mon bras n'ait franchie
Pour monstrer à quel point j'aymois la Monarchie
Dont selon mon pouvoir j'ay rehaussé l'esclat:
A tous les ennemis de la grandeur Royale
De bon coeur je souhaite une rencontre égale
A ce qui m'ariva jadis dans le Sénat.

Vostre force n'est pas une force commune,
Beaux yeux qui rappelez Cesar & sa Fortune,
Afin de les mener derriere vostre Char:
Personne de si loin n'est venu pour vous plaire,
Cette peine vaut bien quelque petit salaire,
Et comme vous sçavez il faut rendre à Cesar.


pour
le Marquis de Rassan, representant Marc-Antoine

Icy je represente
Un Romain qu'à la fin son malheur mit à bout
Qui voudra l'imiter il est bon qu'il s'exemte
Du dessein de vouloir le copier en tout;
Ce fût un noble coeur, une Ame grande & haute
Qui tomba neantmoins dans une lourdre faute:
Sa faute luy cousta son Empire & le iour,
Luy cousta son honneur qui vaut mieux qu'un Empire,
Luy cousta plus encor, luy cousta son Amour,
Et cela c'est tout dire.

X. Entrée
Influences de la Lune & Pellerins

pour les Pellerins, aux Dames

Nous avons fait un voeur d'aller par tout le monde
Publier qu'il n'est rien de comparable à Vous,
Sur cet unique point le voyage se fonde,
Et de-ia pour partir nous nous preparons tous:
C'est à vous de songer à nostre subsistance,
Et mesme il ne faut pas y songer pour un peu,
Car si vous refusez d'en faire la despence,
Adieu le Pellerin, le Bourdon, & le Voeu.

XI. Entrée
Influences de Mercure, & Charlatans

pour le Charlatans

Dans un Siecle comme le nostre
Il ne se fait plus rien qui ne serve auiourd'huy,
Quand un homme est un sot, si c'est tant pis pour luy,
Du moins c'est tant mieux pour quelqu'autre.

XII. Entrée
Influances de Iupiter, accompagné de quatre Monarques, & de quatre Nations

pour le Duc de Guise, representant Iupiter

Malgré le rang que je tiens
Mon coeur est das [
dans ?] les liens,
I'ay mis les Geans en poudre,
La Beauté toute seule a pû m'assujettir,
Et mon Aigle ny ma foudre
Ne m'en ont sçeu guarantir.

XIII. Entrée
Venus & les Plaisirs

Concert de Venus & les Plaisirs

Les Plaisirs:
Vous, qui des seuls thresors comblez tous vos desirs,
L'avare faim de l'or peut bien estre assouvie,
Mais sans les vrays Plaisirs,
Qu'est-ce que la vie ?


Recit de Venus, chanté par
Mademoiselle Hilaire

Plaisirs, venez en foule
Vous qui sçavez si bien rendre les coeurs contens,
Le bel âge s'écoule,
Et vous passez außi de mesme que le Temps.
Acompagnez touiours le Royal Hyménée,
Vous estes faits pour luy, comme il est fait pour vous.
Gardez bien la chaleur qu'Amour vous a donnée,
Et pour estre permis n'en soyez pas moins doux.

Les Plaisirs:
Vous que tient la Fortune au rang de ses martyrs,
Elle peut vous payer quand vous l'avez suivie,

Mais sans les vrays plaisirs, &c.

Venus continuë:
Pourquoy faire des crimes
Quand on peut autrement soulager ses desirs ?
Les plaisirs legitimes
Enfin vont l'emporter sur les autres Plaisirs.
Accompagnez touiours, &c.

Les Plaisirs:
Vous qui faites l'amour, vous pouvez en soûpirs
Passer vos plus beaux iours, s'il vous en prend envie.
Mais sans les vrays plaisirs, &c


pour
Monsieur le Duc, representant un Plaisir

Bien que dans les Plaisirs s'envole ma jeunesse,
Elle & mon coeur iroient à des emplois meilleurs,
Il est formé d'un Sang ennemy de molesse,
Et ie les sens tous deux qui m'appellent ailleurs.


pour
le Prince de Lorraine, representant un Plaisir, aux Dames

Sexe charmant, voicy bien vostre affaire,
Et suposé que le Plaisir
Soit une chose necessaire,
Vous ne sçauriez pas mieux choisir.
Mais n'allez pas d'un air farouche
Dire que vous n'en voulez point,
Et niaisement sur ce point
En faire la petite bouche:
Le plaisir ayde à la santé,
La santé fait qu'on est plus belle,
Et n'est-ce rien que la beauté ?
A vostre avis, que feriez-vous sans elle ?


pour
le Comte d'Armagnac, representant un Plaisir

Les autres à leur gré feront cent & cent tours,
Ce n'est pas trop pour eux d'avoir toute une Ville,
Ie me contente à moins, & veut estre toûiours
Le
Plaisir d'une seule, & le Desir de mille.


pour
le Comte de Guiche, representant un Plaisir

Icy tous les Plaisirs sont ramassez ensemble,
La Nature qui fait les choses avec pois
En un mesme suiet les a tous mis ce semble
Afin de les pouvoir donner tous à la fois.

Ils y sont tous, & Telle avec un air modeste
Pretend que sa Vertu soit un de ses apas,
Qui dans ce seul
Plaisir que vous voyez si leste,
Les a tous rencontrez & ne s'en vante pas
.


pour
le Comte de Sery, representant un Plaisir

Mieux que personne, au fond de mon desir
Ie sens combien la double peine est grande,
Soit quand il faut attendre le plaisir,
Soit quand il faut que le
Plaisir attende.


pour
le Marquis de Genlis, representant un Plaisir

Lequel de nos cinq sens pouvez vous delecter ?
Ce n'est pas nostre Oüye à vous oüir chanter,
Pour le Goust, il faudroit une faim effroyable
A qui vous mangeroit estant dur comme un Diable,
Quand à l'Atouchement, nous serions empeschez
A démesler icy les coeurs que vous touchez:
L'Odorat est subtil, mais aucun ne soupçonne
Qu'en ce point vous soyez incommode à personne,
On ne peut là-dessus vous accuser de rien:
Ha ! ie l'ay deviné c'est que vous dancez bien,
Et qu'ayant de beauté la face dépourveuë
Vous ne laissez pas d'estre un
Plaisir, pour la veuë.


pour
le Marquis de Mirepoix, representant un Plaisir

Encore que je sois d'un climat peu discret,
I'ayme à ne dire mot de ma bonne fortune,
Et si je suis jamais le plaisir de quelqu'une
Ie seray son
Plaisir secret.


pour
le Marquis de Villeroy, representant un Plaisir

La Troupe des plaisirs estoit presque passée,
Alors qu'un jeune Objet, aymable, tendre & doux,
Comme j'avois sur vous les yeux & la pensée,
Me vint dire à l'oreille, en me parlant de vous,
Il est asseurément le plus ioly de tous,
Et c'est en sa faveur que mon ame decide;
Mais fiez-vous à moy, me dit-elle entre-nous,
Ce n'est pas un
Plaisir extremement solide.


pour
le Marquis de Rassan, representant un Plaisir

Belle & charmante inhumaine,
Seul objet de mon desir,
Comme vous estes ma peine,
Que je sois vostre
Plaisir.


pour
Monsieur Coquet, representant un Plaisir, aux Dames

A iuger sainement icy de nostre dance,
Les Autres ne sont point du bal air dont ie vays.
Que chacune de vous dise ce qu'elle en pense,
Le dernier des
Plaisirs n'est pas le plus humain.


XIV. Entrée
Influances de Saturne, qui produit plusieurs Enchantemens

pour les Enchantemens

De tant d'Enchantemens dont le monde est charmé,
A mon gré le plus grand & le plus ordinaire,
C'est de pouvoir aymer quand on n'est point aymé,
Et de suivre toûjours la Cour sans y rien faire.

XV. Entrée
Influances du Soleil, accompagné des 24. Heures, de l'Aurore, & des Estoilles

pour le Comte d'Armagnac, representant une Heure de la Nuict

Une jeune Beauté qui n'a point de seconde
En vous seule a borné tous ses consentements
Et vous estes l'
Heure du monde
Qui passez les plus doux momens.

XVI. Entrée
L'Aurore, representée par Mademoiselle de Verpré

XVII. Entrée
Le Soleil & les Douze Heures du Iour

pour le Roy, representant le Soleil

Cet Astre à son Autheur ne ressemble pas mal,
Et si l'on ne craignoit de passer pour impie,
L'on pourroit adorer cette belle Copie
Tant elle aproche prés de son Original.

Ses Rayons ont luy le nüage écarté,
Et quiconque à présent ne voit point son visage,
S'en prend mal-à-propos au prétendu nüage
Au lieu d'en accuser l'excés de sa clarté.

N'est-on pas trop heureux qu'il fasse son mestier
Dans ce Char lumineux où rien que luy n'a place,
Mené si seurement, & de si bonne grace
Par un si difficile & si rude ssentier ?

Des secrets Phaëtons les grands a vastes soins
Pouroient bien s'atirer la foudre & le nauffrage,
Si pour la chose mesme il faut tant de courage,
Pour la seule pensée il n'en faut guére moins.

Voyant plus par ses yeux que par les yeux d'Autruy,
Il empeschera bien ces petits feux de luire,
PAr sa propre lumiere il songe à se conduire
Tour brillant des clartez qui s'échapent de luy.

Mais qu'il est dangereux pour ces tendres Beautez,
On ne l'évite pas bien que l'on s'en recule,
Et s'il faut une fois qu'il haste ce qu'il brusle,
Que de Teints délicats vont en estre gastez !


pour
Monsieur le Duc, representant une Heure

Si venant à sonner, je fais autant de bruit
Que l'Heure qui m'a precedée,
Quelle gloire pour moy , pour les autres quel fruit,
Ie ne sçaurois choisir une plus autre idée;
Il faut acheminer ce que j'ay de momens
A d'außibeaux evenements
Dont l'éclat bien avant dans l'avenir demeure !
Et remplir tous les Temps de l'outrage d'une
Heure.


pour
le Comte de St. Aignan, representant une Heure

Des Heures il en est de plaisir & d'affaire,
Celle dont il s'agit est une
Heure à tout faire,
Le Soleil qui les fit toutes ce qu'elles sont,
Y void je ne sçay quoy de brillant & de prompt,
Et sur ses ennemis au point qu'elle ne atrape
L'
Heure frape.

Mais est-il question de changer de maniere,
D'en prendre une plus douce au lieu d'une plus fiere,
Pour celebrer son Nom de bouche ou par écrit,
Et faut-il galamment payer de son esprit
Apres avoir ailleurs payé de sa personne ?
L'
Heure sonne.


pour
le Comte de Guiche, representant une Heure

Dans la Communauté des Belles,
Ce n'est pas tout d'estre avec elles
L'Heure de recreation,
Pour conserver leur bien-veillance
Il faut que par discretion
Vous soyez l'
Heure du Silence.


pour
le Marquis de Genlis, representant une Heure

La belle Heure du jour sans doute la voila,
Si ce n'est la plus belle aumoins c'est la meilleure,
On dit communement que l'Amour a son
Heure,
Mais je douterois fort que ce fût celle-là.


XVIII. Entrée
Des Estoilles

pour Mademoiselle Mancini, qui devoit representant une Estoille

Chacun dans son estat a sa melancolie,
Ne cachez point la vostre, elle est visible à tous,
Estre
Etoille pourtant c'est un Poste assez doux,
Et la condition me semble fort jolie:
Vous la deviez garder, ce goust trop delicat
A vostre feu si vif & si remply d'éclat
Mesme quelque fumée, & sert comme d'obstacle,
Les
Etoilles vos Soeurs vous diront qu'autre-fois
Une Etoille a suffy pour produire un miracle,
Et pour faire bien voir du païs à des Rois
.


pour
Mademoiselle de Touffy, representant une Etoille

Diroit-on pas que c'est l'Amour
Qui ne fait encor que naistre,
Où l'
Etoille du point du jour
Qui déja commence à parestre ?


pour
Mademoiselle de Brancas, representant une Etoille

Les Etoilles le jour ne se laissent pas voir,
Leurs tems de se monstrer est toujours vers le soir,
Ce qui de leur éclat peut causer de grands doutes:
Mais mon Teint devient plus hardy,
Et devant qu'il soit peu je feray voir à toutes
Les
Etoilles en plain Midy.


pour
Mademoiselle de Bailleul, representant une Etoille

Dans la suite bien-heureuse
De vos beaux & jeunes ans,
Vous serez pour quelque Gens
Une
Etoille dangereuse.


pour toutes les Etoilles

Le Ciel ne fut jamais en l'estat qu'il se treuve,
L'on diroit qu'il a mis une parure neuve,
De tous ces petits Feux l'éclat est pur & fin,
Et la Nuit aura beau tendre ses sombres voiles,
On ne laissera pas de faire du chemin
Avecque la pluspart de ces jeunes
Etoilles.