Vers
du Ballet
de l'Isle
de Louvier
1637
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Le
Dieu de la Seine
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AUX DAMES
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Recit
Souces
d'eternelles clartez,
Nymphes, que i'aime & que i'admire;
Le bruit de vos Divinitez
S'est respandu dans mon Empire,
Et m'a dépeint vos yeux si charmans & si
beaux,
Que i'ay senty leur feu iusqu'au fonds de mes
eaux.
J'ay
veu la Mere de l'Amour,
Quand elle a triomphé sur l'onde;
I'ay veu la Couriere du Iour
Apporter sa lumiere au Monde:
Mais n'ayans point vos yeux si charmans & si beaux,
Elles n'ont point de feu qui penetre les
eaux.
Parmy
tant de divers appas
Que ie voy dans vostre servage,
Ie crain que vostre coeur n'ait pas
La douceur de vostre visage,
Et qu'un desdain plus fier que vos yeux ne sont beaux,
Ne veüille esteindre un feu que respectent les
eaux.
Mais,
quoy qu'il arrive, ô Beautez
De qui i' espreuve la puissance;
Malgré les infidelitez
De ces flots où i'ay pris naissance,
I'adoreray vos yeux si charmans & si beaux,
Et mes feux n'auront pas l'inconstance des
eaux.
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pour
le
Batelier de l'Isle
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Que
i'aime cette vive glace
Où mon vaisseau passe & repasse
Tousiours de l'un à l'autre bord !
Dans cette demeure flotante,
Ie fay voir une Ame constante,
Puisque i'aime iusqu'à la mort.
Mais pendant que ce moite Empire
S'enfle du vent que ie souspire,
Et des larmes que ie respands,
Ie voy qu'une troupe de monde
M'appelle pour passer cette onde,
A dessein de passer le temps.
Tout beau, Peuple, qui vous empresse ?
entrez tous avec allegresse,
Mais il faut le droict du vaisseau,
C'est le seul poinct qui me recrée;
Et ma fortune est asseurée,
Quoy qu'elle roule dessus l'eau.
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pour
les deux Lacquais
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Les
Lacquais ont droit de passage,
Ils sont ennemis d'un peage
Que l'on fait payer aux niais;
Vieux reveur, sans tant de mystere,
Il faut nous passer & se taire,
Ou subir le sort de Briais.
Quand
il adviendra que la Parque
Nous fera tomber dans la barque
De l'inexorable Caron;
Lors heureux comme rats en paille,
Sans payer ny denier ny maille,
Nous traverserons l'Acheron.
Cette
grace est deuë au merite
De ceux dont les pieds vont si viste,
Qu'on les void tousiours en tous lieux;
Nocher, regarde qui nous sommes,
Le Ciel nous rend parmy les hommes
Ce qu'est Mercure entre les Dieux.
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pour
le
Vendeur de Cornets
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Approchés-vous
de moy, vous hommes & vous femmes,
Pour voir mon corbillon qui charme tout Paris;
Il a des cornets pour les Dames,
Et des cornes pour les Maris.
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pour
l'Hoste
du Cabaret,
qui se console pendant l'Hyver
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L'Hyver
est la saison de boire,
Entre le fromage & la poire
On peut bien rostir le maron;
Et dans une chambre secrette
On peut caresser la filette
et reposer en son giron.
L'Amant
fait tousiours grise mine
Quand il n'a pas le ventre plein;
Vive l'Amour, pourveu qu'on disne,
C'est ma devise & mon refrain.
Quoy
que le saison décreprite
Empresche qu'on ne me visite,
Pourtant ie n'en meurs pas d'ennuy;
Bacchus, l'Amour, flattent ma vie,
L'homme n'est pas sans compagnie
Lors que deux Dieux sont avec luy.
L'Amour
fait tousiours grise mine, &c.
Dés
que les douceurs souveraines
S'escoulent au fonds de mes veines,
Ie suis aussi content qu'un Roy;
Le bon vin, la belle Maistresse
Est une agreable richesse
Que l'on trouve tousiours chez moi.
L'Amour
fait tousiours grise mine, &c.
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pour
le
Ioueur de Gobelets
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AUX DAMES
Belles
qui dans mes mains habiles
Voyez ces instrumens mobiles,
Qui trompent l'oeil des plus accors;
Voicy le ieu qui vous doit plaire,
Puis qu'en tout temps ie peux bien faire,
Qu'un soit dedans, & deux dehors.
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pour
le
Garçon du Cabaret
qui regarde le Ioüeur de Gobelets
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Si mes
pieds alloient außi viste
Que les mouvemens de ses mains,
Il n'est point de Cerfs ny de Dains
Dont ie ne previnsse la fuite;
Il n'est point d'oiseaux passagers
Qui ne me semblent moins legers;
En cét Estat i'en vaudrois mille;
Et ces bons goinffres que ie vois
Faire carousse dans cette Isle,
Seroient tous servis à la fois.
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pour
un Yvrongne
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Quoy
qu'on vante l'Amour & qu'on luy fasse hommage,
Bacchus est à mon gré plus puissant & plus
fin;
Et tous les traits d'un beau visage,
Ne me plaisent pas tant que fait un trait de
vin.
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pour
la
Femme de l'Yvrongne
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Ie ne
sçay qui m'en a coiffee
De cét Yvrongne fieffé,
Que le feu de l'Amour n'a iamais eschauffé,
Et qui n'a pour ses Dieux que Bacchus &
Morphée;
Si la Table est son Element,
Que n'est-elle son monument !
Ma ieunesse avec luy vainement se conforme.
O Dieux qui voyez mon Destin,
Ay-je espousé le cors d'un homme,
Ou plustost un tonneau de vin ?
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pour
deux Courtauts
de Boutique
qui caressent deux Servantes
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Ainsi
que nos flâmes sont vives,
Nos paroles sont forts naïves,
Si nous aimons c'est constamment;
Soit en Amour, soit en Boutique,
Nous gardons tous la Foy publique,
Et nosu ne fuyons rien que le desguisement.
Quoy
que par fois on nous mesprise;
Avecque le drap & la frise,
Nous faisons la nique aux Edits;
Nostre mestier est sans reproche;
L'or esclatte dans nostre poche,
N'est-il pas là pour vous, mieux que sur nos habits
?
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pour
les Deux
Servantes
qui le laissent emmener par les deux
Courtauts
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A quoy
sert de tant resister ?
Leur langage innocent monstre leur prud'homie;
Ma compagne, ma bonne Amie,
Plumons ces persreaux qui pourroient s'escarter.
C'est chez eux que l'Amour assemble
La ioye & le profit ensemble,
Ils sont riches, ils sont dispos;
Apres tout il faut vivre, & vivre de finesse;
Un seul mouvement de ieunesse
Nous peut faire couler nos vieux iours en
repos.
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pour
le Patissier
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Petits
pastez & tartelettes,
Delices de nos Bavolettes,
Que vous servez à mon amour !
I'ay vostre puissance esprouvée;
Pour vous avoir, Philis m'offre son four,
Dés qu'elle void que pa paste est
levée.
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pour
l'Escolier
à sa Maistresse
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L'Amour
est plus ieune que moy,
Cependant chacun sçait qu'il aime,
Il est l'esclave de sa loy,
Et ses traits le blessent luy-mesme.
Hé qui me pourra donc blasmer
De me voir ardamment aimer
Cette belle & charmante Idole ?
Elle est mon estude & ma cour,
Et ie ne cognoy plus d'escole
Si ce n'est l'Escole d'Amour.
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pour
une Bohemienne,
aux Dames
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A voir
les lignes de vos mains,
Qui sont les miroirs de vos Ames,
Ie cognoy que vos flâmes
Menacent d'embraser tous les coeurs des humains.
Mais à mesme temps ie devine,
Que leur sort devenant heureux
Ils seront plus aimez qu'il ne sont amoureux;
Et pour empescher leur ruine,
Que vous prendrez plaisir d'esteindre tous leurs
feux.
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pour
le Fils
de la Bohbemeinne,
qui dance, pendant que ses Camarades dérobent ceux
qui s'amusent à le voir dancer
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Dressez
une embusche secrette
A tous ces badauts que ie voy;
Tandis qu'ils ont les yeux sur moy,
Ayez les mains dans leur pochette.
Nous feroins de grand loisir
De leur donner tant de plaisir,
Pour travailler sans recompense;
Certes nostre sortune iroit à reculons;
Quoy qu'ils ne soient pas de la dance
Ils en payrons les violons.
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pour
deux Savetiers
qui viennent ioüer à la
Poule
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Pour me
divertir quelques fois,
Ie viens icy rouler le bois:
Mais si i'y voy trop grande foule,
Cloris ie change de dessein;
Et ie quitte ce ieu de boule
Pour prendre celles de ton sein.
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pour
l'Eschevin
du Port au Foin
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Ie ne
sçay pas pourquoy ie demeure sans Maistre;
Veu que chacun sçait bien que ie suis un peu
traistre,
Et que ie suis yvrongne autant qu'iniurieux;
Que ie ne puis celer une chose secrette,
Que que ie suis en fin tousiours prest en tous lieux
De plier la toilette.
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