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opéra-ballet en I Prologue, V Actes & Vingt Entrées représenté pour la premiere fois à Sainbt Germain en Laye le 21 Janvier 1680 livret pour le Ballet: Philippe Quinault Vers pour les Entrées: Isaac de Benserade musique de: Jean-Baptiste Lully |
Sire, SIRE, De
Vostre
Majesté, Le
tres-humble, tresèoneïssant, & tres-fidelle
Serviteur, & Sujet, Iean
Baptiste
Lully
Venus,
chante au milieu de cette Entrée: Fieres
Beautez, vos rigueurs sont vaines, [les
Nayades dancent, & font le Seconde
Entrée]
Si quelquefois l'Amour cause des peines,
Que c'est un danger qu'il est doux de courir !
Ce Dieu charmant sous ses plus rudes chaînes
Fait aimer les maux qu'il fait souffrir:
Faut-il les craindre ?
Faut-il s'en plaindre ?
Qui les ressent n'en veut jamais guerir.
Tout cede à l'Amour, tout se laisse attendrir.
Ce Dieu charmant sous ses plus rudes chaînes
Fait aimer les maux qu'il fait souffrir:
Faut-il les craindre ?
Faut-il s'en plaindre ?
Qui les ressent n'en veut jamais guerir.
Les
Plaisirs dancent, & font le Troisiéme
Entrée
Deux
Plaisirs, chantent au milieu de cette Entrée: Les maux
que fait l'Amour, ses chagrins, ses soupirs, Venus
& les Plaisirs: Venus: Venus
& les Plaisirs: Venus, les
Plaisirs, le Choeur de Divinitez & de Peuples: [ [les
Divinitez qui paroissoient les plus opposez à
l'Amour, & qui ont été contraintes
à ceder à sa puissance, sont obligées
d'avoüer leur défaire, & de servir
d'ornemens au Triomphe de ce Dieu victorieux.]
Un coeur toujours en paix, sans amour, sans desirs,
Est moins heureux que l'on ne pense:
Les plaisirs de l'indifference
Sont d'ennuieux plaisirs.
Ne sont des maux qu'en apparence
Les plaisirs de l'indifference
Sont d'ennuieux plaisirs.
Non, non, il n'est pas possible
De contraindre un coeur sensible
A n'aimer jamais;
C'est pour l'Amour que tous les coeurs sont
faits.
Contre un Dieu si charmant quel coeur est invincible
!
On fuit en vain d'inévitables traits.
C'est pour l'Amour que tous les coeurs sont
faits.
Non, non, il n'est pas possible
De contraindre un coeur sensible
A n'aimer jamais;
C'est pour l'Amour que tous les coeurs sont
faits.
[
[la
Déesse Amphitrite, aprés avoir long-temps
resisté à l'amour de Neptune, est contrainte
à la fin de s'y rendre] Amphitrite
[Mlle Rebel]: Neptune
[Mr Guillegaut]: Amphitrite: Neptune: Amphitrite: Neptune
& Amphitrite: Neptune: [les
Dieux de la Mer & les Nereïdes, viennent se
rejoüir du bonheur de Neptune, & témoignent
leur joie par leurs dances]
Fierté, severe honneur, vous défendez
d'aimer,
Mais pour garder nos coeurs nous donnez-vous des armes ?
Ah ! que m'empêchez-vous que l'Amour ait des
charmes
Si vous ne voulez pas qu'il puisse nous charmer.
Cedez, belle amphitrite à mes soins amoureux,
Cedez à ma perseverance.
Je tiens la vaste Mer sous mon obeïssance;
J'ouvre & je ferme à mon gré ses gouffres
les plus creux:
Je soûleve les flots, & je puis quand je veux
Calmer leur violence:
Mais quelle que soit ma puissance;
Si je ne puis flechir votre coeur rigoureux
Je ne puis jamais être heureux.
Ah ! qu'un fidelle Amant
Est redoutable !
J'avois juré de fuir ce tendre engagement,
Je ne le croiois pas un ma inévitable:
Pourquoi m'obliger à rompre mon serment ?
Ah ! qu'un fidelle Amant
Est redoutable !
Que n'aimez vous point constamment
Je goûtois un repos aimable,
Vous m'ôtez un bien si charmant.
Ah ! qu'un fidelle Amant
Est redoutable !
Quoi, je puis voir enfin cesser votre rigueur !
Malgré-moi, votre amour vainqueur
Me reduit à me rendre:
Vous n'auriez pas mon coeur
S'il pouvoir encor se défendre.
Il faut aimer, c'est un fatal destin,
Qui croit s'en affranchir s'abuse;
L'Amour arrache à la fin
Le tribut qu'on lui refuse.
Divinitez qui me faites la Cour
Admirez avec moi le pourvoir de l'Amour.
Amphitrite
& Neptune, chantent ensemble: C'est en
vain qu'à l'amour on se veut opposer. C'est en
vain qu'à l'amour on se veut opposer, Amphitrite: Neptune
& Amphitrite:
C'est en vain qu'à l'amour on se veut opposer,
L'atteinte de ses traits n'en est que plus profonde.
Son Empire est l'écueil où se viennent
briser
Les plus superbles coeurs du monde.
Il n'est rien de si froid qu'il ne puisse embraser,
Il brûle jusqu'au sein de l'onde.
L'atteinte de ses traits n'en est que plus
profonde.
Un coeur qui veut être volage
Se laisse aisément engager:
Mon coeur mal-aisément s'engage,
Mais c'est pour ne jamais changer.
Avant que de prendre une chaîne,
Peut-on trop long-tems y songer ?
Il faut s'engager avec peine,
Quand c'est pour ne jamais changer.
[
[
[Diane
en habit de Chasse chante, & fait connoître
qu'elle méprise la puissance de
l'Amour] Diane
[Mlle Ferdinant la cadette]: [
Va, dangereux Amour, va, fui loin de ces Bois,
Je veux y conserver la paix & l'innocence.
Les plus grands Dieux t'ont cedé mille fois,
Et je prétens toujours te faire resistance.
Plus on voit degrands coeurs asservis à tes loix,
Plus il est beau de braver ta puissance.
Va, dangereux Amour, va, fui loin de ces Bois,
Je veux y conserver la paix & l'innocence.
Diane: [Diane
continuë à chanter au milieu de ses Nymphes qui
dancent] Dans ces
Forêts venez suivre nos pas, [ [la
Nuit vient obscurcir la Terre, & invite toute la Nature
à joüir des douceurs du repos. Plusieurs
instruments forment une douce harmonie, qui se mêle
& qui s'accorde avec la voix de la Nuit La Nuit
[Mlle de Saint Christophe]: [le
Mystere vient trouver la Nuit, & la sollicite de
favoriser ses secrettes amours] Le Mystere
[Mr Fernon le cadet]: La
Nuit: Le
Mystere: La
Nuit: [le
Silence s'aproche du Mystere & de la Nuit, & les
exhorte à se taire] Le Silence
[Mr Guillegaut]: Le
Mystere: Le
Silence: La Nuit,
le Mystere & Le Silence: [Diane
vaincüe par l'Amour, & honteuse de sa
défaite, vient prier la Nuit de lui donner du
secours] Diane: La
Nuit: Diane: [Diane
se retire] La
Nuit:
Un coeur maître de lui-même
Est toûjours heureux.
C'est la liberté que j'aime,
Elle comble tous mes voeux,
Un coeur maître de lui-même
Est toûjours heureux.
Fuions la contrainte extrême
D'un esclavage amoureux.
Un coeur maître de lui-même
Est toûjours heureux.
Vous qui voulez fuir l'amour & ses flames;
C'est vainement qu'il menace nos ames,
Tous les efforts n'en triomphent pas,
Malgré l'amour, au mépris de ses armes,
Notre fierté ne se rend jamais,
Malgré ses traits,
Nous vivons sans allarmes,
Malgré ses traits
Nous vivons en paix.
Ce Dieu si fier, si terrible, & si fort,
Perd son pouvoir quand on veut s'en défendre,
S'il est des coeurs su'il oblige à se rendre,
C'est qu'en secret ils en sont d'accord.
Malgré l'amour, au mépris de ses armes,
Notre fierté ne se rend jamais,
Malgré ses traits,
Nous vivons sans allarmes,
Malgré ses traits
Nous vivons en paix.
Voici le favorable temps
Où tous les coeurs doivent être paisibles.
Le Silence revient, fuiez les bruits éclatans:
Reposés-vous travaux penibles
Coeurs agités de soins & de desirs flotans,
Soiés calmés dans ces heureus instans:
Oubliez vos ennuis, coeurs tendres, coeurs sensibles
Que l'Amour ne rend pas contens.
Voici le favorable temps
Où tous les coeurs doivent être
paisibles.
On ne peut trop cacher les secrets amoureux.
Etends, obscure Nuit tes voiles les plus sombres:
Prens soin de redoubler tes ombres
En faveur des Amans heureux !
On ne peut trop cacher les secrets amoureux.
Il est des nuits charmantes
Qui valent bien les plus beaux jours.
Le calme & le repos sont un puissant secours
Pour soulager les ames languissantes,
L'ombreest favorable aux Amours;
Il est des nuits charmantes
Qui valent bien les plus beaux jours.
L'amour heureux doit se taire
Son bonheur ne dure guére
Lors qu'il ne se cache pas.
Le Mystere
En doit faire
Les plus doux appas.
Amans, ne craignez rien, l'ombre vous sert d'azile,
Veillés, heureux Amans, les plaisirs les plus
doux
Veilleront avec vous.
Que tout soit tranquile,
Taisons-nous.
L'éclat des dangereux, le secret est utile,
Amans veillés sans bruits, il n'est que trop
facile
D'éveiller les fâcheux jaloux.
Que tout soit tranquile,
Taisons-nous.
Que tout soit tranquile,
Taisons-nous.
Je ne puis plus braver l'Amour & sa puissance,
Endymion m'a paru trop charmant;
Mon trouble s'accroît quand j'y pense,
Et malgré moi j'y pense à tout moment.
Dans des liens honteux il demeure engagé:
Je trouve mon coeur si changé
Que j'ai peine à le reconnoître,
J'ai trop bravé l'Amour & l'Amour s'est
vangé.
Nuit charmante & paisible
Tu rends le calme à l'Univers
Helas ! rends-moi s'il est possible
Le repos que je pers.
L'Amour veille quand tout repose:
Il va troubler les coeurs qu'il a contraint d'aimer.
Le premier trouble qu'il cause,
Est difficile à calmer.
Malgré tous mes efforts un trait fatal me blesse
Et du fonds de mon coeur je ne puis l'arracher.
Qu ne peut vaincre sa foiblesse
Doit au moins la cacher.
Sombre Nuit, cache-moi s'il se peut à
moi-même;
Prête à mon coeur troublé tes voiles
tenebreux
Pour couvrir son desordre extrême;
Cache à tout l'Univers la honte de mes feux,
Dérobe ma foiblesse aux yeux de ce que j'aime,
Sombre Nuit, cache-moi s'il se peut à
moi-même.
Vous, qui fuiés la lumiere & le bruit,
Songes, r'assemblés-vous dans mon obscur Empire;
Secondés-moi, c'est l'Amour qui m'intruit
A charmer les rigueurs d'un amoureux martire.
Executés ce qu'il m'inspire:
Qu'Endymion en dormant soit conduit
Où Diane en secret soupire.
Songes, obeïssez aux ordres de la Nuit.
[les
Songes s'assemblent & se préparent à
servir Diane suivant les ordres de la
Nuit]
[ Le Choeur
de Peuples de Carie: Un des
Cariens [Mr de Puvigny]: Le
Choeur: [ Un Indien
de la Suite de Bacchus [Mr
Morel] Il aime
enfin, sa fierté se désarme; Bacchus
n'a triomphé du Monde qu'avec peine, Deux
Indiennes de la Suite de Bacchus [Mlles
Ferdinand la cadette & Rebel]: Non, la
plus fiere liberté Un
Indien: Un
Indienne: Une autre
Indienne: L'Indien: Ls deux
Indiennes: L'Indien,
les deux Indiennes, & le Choeur:
Diane, dissipez nos craintes;
Revenez briller dans les Cieux,
Revenez éclairer ces lieux.
Ecoutez nos cris & nos plaintes;
Rallumez vos clartés éteintes;
Revenez briller dans les Cieux,
Revenez éclairer ces lieux.
De quel funeste mal sentez-vous les atteintes ?
Qui vous a pû troubler ? est-ce un charme odieux ?
Qui par de fatales contraintes
Vous arrache du Ciel, & vous cache à nos yeux
?
Sommes-nous menacez par le couroux des Dieux ?
Diane, dissipez nos craintes;
Revenez briller dans les Cieux,
Revenez éclairer ces lieux.
Ecoutez nos cris & nos plaintes;
Rallumez vos clartés éteintes;
Revenez briller dans les Cieux,
Revenez éclairer ces lieux.
Bacchus revient vainqueur des Climats de l'Aurore,
Il traîne aprés son Char mille Peuples
vaincus;
Il méprisoit l'Amour, mais l'Aurore est encore
Un Vainqueur plus puissant mille fois que
Bacchus.
D'un seul regard Ariadne le charme;
A ce superbe coeur l'Amour donne des fers.
Et qu'aprés cent travaux divers;
L'Amour sans effort enchaîne
Le Vainqueur de l'Univers.
Contre l'Amour n'est pas en sureté
Entre les bras de la Victoire.
L'éclat de mille exploits d'éternelle
memoire
N'exempte pas des tourmens amoureux,
On n'est pas moins atteint d'un mal si dangereux
Pour être au comble de la gloire;
Non, la plus fiere liberté
Contre l'Amour n'est pas en sureté
Entre les bras de la Victoire.
Tout ressent les feux de l'Amour
Sa flâme va plus loin que la clarté du
jour.
Rien ne respire
Qui ne soupire.
Dans les plus froids climats
Est-il un coeur qui ne s'enflâme pas ?
Plus que le Soleil dans sa vaste carriere
Ne porte la lumiere,
De l'amoureuse ardeur on ressent les appas.
Tout l'Univers seroit sans Ame
S'il n'étoit penetré d'une si douce
flâme.
Tout ressent les feux de l'Amour
Sa flâme va plus loin que la clarté du
jour.
[
L'Indien,
les deux Indiennes, & le Choeur, chantent dans cette
Entrée: Une
Indienne: L'Indien,
les deux Indiennes, & le Choeur: Quelle
heureuse foiblesse ! Une
Indienne: L'Indien
& les deux Indiennes: L'Indien,
les deux Indiennes, & le Choeur: [Mercure
chante les loüanges de l'Amour, & sollicite tout le
Monde de se soûmettre volontairement à l'Empire
d'un si puissant Vainqueur] Mercure: Le Choeur
des Divinitez & Peuples placez autour du Theatre:
Pourquoi tant se contraindre
Pour garder son coeur ?
Eh ! quel mal peut-on craindre
De l'Amour vainqueur ?
On se plaint sans raison d'être sensible;
Tous les bienfaits de l'Amour sont des biens imparfaits,
On se lasse d'un coeur toujours paisible,
On s'ennuie à la fin d'une trop longue
paix.
Pourquoi tant se contraindre
Pour garder son coeur ?
Eh ! quel mal peut-on craindre
De l'Amour vainqueur ?
Quel heureux tourment !
Non, l'Amour ne nous blesse
Que d'un trait charmant.
Ses douleurs font verser de douces larmes;
Il accroît les plaisirs par des allarmes;
Il nous cause des maux dont les Dieux sont jaloux:
Ah ! quel coeur peut tenir contre ses charmes !
Ah ! cedons, redons-nous,
Rendons les armes:
Ah ! cedons à ses coups,
Il n'est rien de si doux.
Quelle heureuse foiblesse !
Quel heureux tourment !
Non, l'Amour ne nous blesse
Que d'un trait charmant.
D'une affreuse fureur Mars n'est plus animé,
Et les Amours l'ont desarmé;
Amphitrite à son tour brûle au milieu de
l'onde:
Au milieu des glaçons Borée est
enflâmé;
Diane & Bacchus ont aimé;
L'Amour doit vaincre tout le Monde.
Que sert contre l'Amour de s'armer de fierté ?
Dans ses liens charmans il faut que tout s'engage;
Un si doux esclavage
Vaut bien la liberté.
Suivons l'Amour, portons sa chaîne,
N'attendons pas qu'il nous entraîne;
Tout reconnoît son pouvoir souverain,
Epargnons-nous la peine
D'y resister en vain.
Suivons l'Amour, portons sa chaîne,
N'attendons pas qu'il nous entraîne.
Suivons l'Amour, portons sa chaîne,
N'attendons pas qu'il nous entraîne;
Tout reconnoît son pouvoir souverain,
Epargnons-nous la peine
D'y resister en vain.
Suivons l'Amour, portons sa chaîne,
N'attendons pas qu'il nous entraîne.
[
[Pan
accompagné d'une Troupe de Faunes, vient faire
connoître qu'il se soumet avec plaisir à
l'Empire de l'Amour]
[Pan]
[
Nymphe de
Flore, qui chante, [Mlle
Rebel]: Goûtez,
Amans fidelles, [ L'Amour:
Que de fleurs vont éclorre !
Le Zephir aime Flore;
L'Amour vient rendre heureux
Les coeurs touchez par ses feux.
Nos plus charmans Boccages
N'ont pas toûjours leurs feüillages,
MAis les Amans contents
Ont de beaux jours en tout temps.
Des douceurs éternelles
Heureuses les Amours
Qui peuvent durer toûjours !
Nos plus charmans Boccages
N'ont pas toûjours leurs feüillages,
MAis les Amans contents
Ont de beaux jours en tout temps.
Tout ce que j'attaque se rend;
Tout cede à mon pouvoir extrême;
J'enchaîne quand je veux le plus fier Conquetant,
Et j'abaisse à mon gré la Majesté
suprême.
Dans le Ciel, Jupiter même,
Suis mes loix en soûpirant;
Plus un coeur est grand
Plus il faut qu'il aime.
[ Une Nymphe
de la Suite de la Jeunesse [Mlle
Rebel]: Ne
troublez pas nos Jeux, importune Raison ! Nous
devons à l'Amour les plus beaux de nos ans, [ Jupiter
[Mr Gaye]: Triomphez,
triomphez amours victorieux ! Vous
imposés des loix à toute la Nature; Triomphez,
triomphez amours victorieux !
Vous aurez votre tour, Fiere Sagesse !
Vos severes conseils ne sont pas de saison,
Reservez vos chagrins pour la Vieillesse !
Tous nos jours sont charmans, tout rit à nos
desirs;
C'est le temps des plaisirs
Que la Jeunesse.
Il prépare nos coeurs à la tendresse;
Il s'amuse avec nous à des Jeux innocens,
Nous laissons les chagrins à la Vieillesse.
Tous nos jours sont charmans, tout rit à nos
desirs;
C'est le temps des plaisirs
Que la Jeunesse.
Triomphez, triomphez des Mortels & des Dieux
!
Vous enflâmés le sein des Mers;
Vos feux percent la Nuit obscure
Du séjour profond des Enfers;
Vôtre chaîne s'étend aux deux bouts de la
Terre;
Vos traits s'élevent jusqu'aux Cieux;
Vos coups sont plus puissans que les coups du
Tonnerre;
Triomphez, triomphez des Mortels & des Dieux.
par
Isaac de Benserade
Ballet
du Triomphe de l'Amour
Dans la
noble fierté qui doit regner sans cesse Vous
êtes charmante & blonde, Non,
les autres Beautez ne sont point comme vous, Sous
l'écorce où je me voi C'est
notre sort d'être peu frequentées, Quelle
dommage ! quelle pitié Au
sortir de la Mer Venus eût-elle osé Qui
pourroit entrevoir vos membres délicats Nayade,
je n'ai point l'honneur de vous connoître,
Au coeur d'une Princesse,
L'on m'éleve; & déja le sang de mes
Ayeux
Respire dans mes yeux;
Au dessus, à côté de ce qui
m'environne
Tour est Sceptre, & Couronne,
Et nul, à la reverse ou des Dieux, ou des Rois,
N'est digne de mon choix.
Les Graces avec moi commencent de paroître,
Avecque moi vont croître,
Et, si j'ose aux flatteurs ajoûter quelque foi,
Embellir avec moi.
pour Mademoiselle de Commercy, un des Graces
Vous possedés mille appas,
D'autres qui comme vous ont un rang dans le monde
Parmi les Graces n'en ont pas.
pour Mademoiselle de Pienne, un des Graces
N'ont point je ne sais quoi de doux
Qui trouble un coeur, & l'embarasse;
En vous examinant voila ce qu'on soutient,
C'est aux Graces qu'il appartient
D'avoir bon air, & bonne grace.
pour Mademoiselle la Princesse Mariamne,
Dryade
Je me console, & me croi
Dans le fond de l'Allemagne,
Où mon orgüeil m'accompagne,
Où j'étale mes froideurs,
De titres, & de grandeurs
Fierement envelopée,
De mon seul rang occupée,
Et ne m'attachant qu'à lui,
Non sans un pompeux ennui.
pour des Filles de Madame la Dauphine,
Dryades
Et l'on nous laisse où l'on nous a
plantées
On n'ose qu'en passant nous dire un pauvre mot,
Attendons-nous quelqu'un, il nous arrive un sot.
Dafné fut plus heureuse, elle eût un coeur de
marbre,
Ou du moins elle s'offença,
Qu'un Amant la suivit, un Amant l'embrassa
Toutesfois dés qu'elle fut Arbre,
Elle inclina la tête & lui fit quelque
accueil,
Nous l'avons dans la Fable assés souvent pû
lire,
Ou du moins l'aurons-nous peut-être entendu dire
A Madame de Monchevreüil.
pour le Filles de Madame, Dryades
De nous voir secher sur le pié !
Nos branches sont bien couvertes,
Ont de belles feüilles vertes,
Où le vent forme un doux bruit,
Ont des fleurs & point de fruit.
Qui n'en seroit indignée,
Et ne voudroit en ce cas
Que le Bucheron vint avecque sa cognée,
Si l'on pouvoit tomber sans faire du fracas ?
pour Mademoiselle de Châteautiers,
Nayade
Prétendre égaler un teint si
reposé,
Tel que jeunesse, & santé vous le donne ?
A voir enfin comme votre personne
Respire un air poli, net, frais, délicieux,
Ou vous sortez des eaux, ou vous venez des
Cieux.
pour Mademoiselle de Poitier, Nayade
D'une eaux claire & nette, & sur tout peu
profonde
De sa bonne fortune, & d'eux feroit grand cas,
C'est un morceau friand, s'il en est dans le
monde.
pour Mademoiselle de Rambures, Nayade
Il faudroit pour vous dire en effet d'où peut
naître
En vous certaine langueur,
Vous avoit pas à pas suivie,
Avoir été dans votre coeur,
Où je ne serai de ma vie.
Que de
plaisirs differens La
foule des plaisirs me suit, & m'environne, Le beau
sexe voudroit occuper mon loisir, Comme
selon le goût de tout tant que nous sommes,
La Troche, Mimurre, & le Comte de
Fiesques
Vont paroître sur les rangs !
Celui-là dance à merveille,
Ce que l'autre ne fait pas,
Et ne manque point d'oreille
µL'un est bien fait, grand & droit,
L'autre a la taille si fine,
Que s'il étoit mal-adroit,
Il paieroit de bonne mine.
Celui-ci descendu de ce fameux Genois
Qui voulut opprimer la liberté publique,
Fait bien, mais lors qu'il s'applique
Au soin d'exercer sa voix,
C'est-là sur tout qu'il charme, qu'il enchante,
Et les Rochers le suivent quand il chante.
pour Monseigneur le Dauphin, dançant parmi les
Plaisirs
Je me mêle avec eux, & j'y prends quelque
part;
Mais j'aspire à me voir digne d'une Couronne
Où je ne puis jamais parvenir assés
tart.![]()
Mais je vai suivre Mars, & ses durs exercices,
Et si l'Amour en moi rencontre son plaisir,
Je prétens que la Gloire y trouve ses
délices.![]()
Les solides plaisirs sont toujours des merveilles,
C'en est un de regner dans l'estime des hommes
Long-temps auparavant que de regner ailleurs.
[tous
ces jeunes Guerriers vers la Gloire s'avancent, Dans le
Rolle que vous faites Que
voulés-vous que fasse des Guerriers Brave,
& déterminé, vaillant, & genereux, D'audace
plein,
Et seroient bien fâchés, si l'on en croioit
pas,
Qu'avecque tant d'adresse à conduire meurs pas,
Ils savent mieux encor se battre qu'ils ne
dansent]
pour M. le Prince de Commercy, Guerrier
Vous joüez ce que vous êtes,
C'est une merveille enfin
Qu'un coeur fait comme le vôtre,
Mais s'en seroit bien un autre,
Etant à la gloire enclin,
Brave en un mot, fils de Maître,
Et du sang dont vous sortés,
Si vous alliez ne pas être
Ce que vous representez.
pour le Marquis d'Humieres, Guerrier
Le coeur boüillant, quand les choses sont calmes ?
Et voulés-vous qu'ils cueillent des Lauriers
Où l'on ne voit que Mirthes, & que Palmes ?
D'un autre sorte, & par quelque détour.
Il faut vaincre, & tâcher d'user de la
Victoire
C'est-à-dire qu'il faut se prêter à
l'Amour
En attendant qu'on se donne à la
Gloire.
pour M. le Marquis de Rhodes, Guerrier
Vos bonnes qualités à la Cour se
répandent,
Vous êtes grand, bien fait, l'air sain, &
vigoureux,
Noir, & tel que l'Amour, & Venus les demandent,
Dans une grande action
Homme d'expedition,
De bravoures& de proüesses,
Personne n'en ignore, excepté vos
Maistresses.
pour le Marquis de Nangis, Guerrier
Sans être vain,
Je puis me distinguer en quelque part que j'aille,
Et par ma taille,
Aider au gain
D'une Bataille
La Pique à la main.
Tous
ces jeunes Amours tendent Ce
tendre Amour de l'Amour même issu, Cet
Amour éveillé s'y prend tout de son mieux, Si ce
n'est l'amour lui-même, Vous
brillerés bien-tôt comme un Soleil levant, Vous
qui representés l'Amour,
A pousser leurs grands projets;
Et tous ces jeunes Objets,
De pied ferme les attendent.
pour Monsieur l'Amiral, Amour
Et de ses mains par les Graces reçû,
Prépare aux coeurs une innocente guerre:
Et plus fier encor qu'il n'est beau,
Non content de briller sur terre,
Jusqu'au centre des mers va porter son
flambeau.
pour Monsieur le Marquis d'Alincourt, Amour
Et des plus galands en tous lieux,
Imitant les manieres fines,
Couvre de grands projets sous certaines mines:
Déja de quelques coeurs il exige un tribut.
Déja pour y faire des bréches
Il aiguise ses traits, il prépare ses
flêches,
Et déja même il a son but.
pour Monsieur le Comte de Veruë, Amour
A sa mine on le croiroit,
La ressemblance est extrême,
Et Venus s'y méprandroit.
pour Monsieur le Comte de Guiche, Amour
Et dans le monde en arrivant,
Aux plus fieres Beautez causerés mille allarmes;
Mais quand vous vous croirés digne de tous
charmer,
N'allez pas, s'il vous plaît, vous-même vous
aimer,
Et ne vous blessez pas avec vos propres
armes.
pour Monsieur le Marquis d'Haraucourt de Longueval,
Amour
Et qui pourés aimer un jour,
Craignant qu'une Maîtresse à la fin ne vous
quite,
Tenés-la de bien prés sans la quiter d'un
pas
Et ne vous reposez pas
Tout-à-fait sur votre merite.
Les
froides Nymphes des eaux, Elle
est charmante, elle est divine, Ces
Dieux Marins ont des charmes, De tous
ces Dieux Marins l'audace temeraire Examinons
bien la bande Charmante
Nymphe de Diane, Nymphe
toujours charmante, & d'une humeur tranquille, La
chaste Diane en ses bois, Vous
avés tous les traits d'une beauté divine, Belle
Nymphe, avec le carquois, Des
hommes vous craignez l'abord, Evitez
bien ces gens qui font les doucereux;
Touvent des Dieux marins beaux,
Ou pour mieux dire, estimables;
Dequoi ne viendroient-ils à bout ?
En barble bleuë ils sont aimables,
Et le sont encor plus n'en aiant point du
tout.
pour Madame la Princesse de Conty,
Nereïde
Et brille de vives couleurs
Qu'on ne voit point briller ailleurs,
Pure & blanche comme l'hermine,
Elle efface toutes les fleurs,
Jusqu'aux Lys de son origine.
pour Mademoiselle de Laval, Nereïde
Qui sont de puissantes armes;
Mais je les conte pour rien:
Que le plus hardi m'assaille,
Je me défendrai si bien,
Que je ne prétens pas qu'il m'en coûte une
écaille.
Que si l'un deux avoit tant de pouvoir
Il ne viendroit jamais à le savoir,
J'aimerois mieux echoüer à la côte,
Que d'avoüer une pareille faute.
pour Madame la Duchesse de Mortemart,
Nereïde
S'efforceroit en vain de tâcher à me
plaire,
Elle y réussiroit fort mal;
En mon coeur ne s'émeut que quand d'une galere
Je découvre de loin la Poupe, ou le
Fanal.
pour Mademoiselle de Pienne, Nereïde
De ces gens si dangereux,
Le seul que l'on apprehende
N'est pas peut-être avec eux.
pour Madame la Dauphine, Nymphe de Diane
Qui confond tout regard prophane,
Il n'est question sous vos Loix
Ni de flèches, ni de carquois,
Ni d'aller avec vos compagnes
Par les monts & par les campagnes,
Il en faut user sobrement,
Car il importe extrêmement
Au bien d'un Empire si vaste
Que vous ne soiez point trop chaste,
Quoi chez vous où tout est si pur,
N'avez-vous pas un moien sûr,
Un des plus beaux moiens du monde
D'être honnête & d'être feconde ?
Avec bien moins on vient à bout
De se pouvoir passer de tout.
Demeurés donc comme vous êtes
Le modele des plus parfaites
Fuiez le joug des passions,
Et gardez en vos actions
Cette conduite merveilleuse;
Soiez exacte, scrupuleuse
Sur tout ce que l'honneur défend,
Mais donnés-vous un bel enfant.
pour Madame la Duchesse de Sully, Nymphe de
Diane
Soit qu'il vous faille quelquefois
Quitter la Ville pour les bois,
Ou quitter les bois pour la Ville,
J'ai pourtant de la peine à me persuader,
Vous qui parez les Bals & les plus grandes
Fêtes,
Que vous soiez bien propre à vous accomoder
D'un long commerce avec les bêtes.
pour Madame la Princesse de Guimené, Nymphe de
Diane
Nous tient sous de severes loix,
Elle n'admet rien de prophane:
Qu'un mortel nous approche, & nous ose toucher ?
Helas ! qui diroit Diane,
Si Diane savoit que je viens d'accoucher !
pour Madame de Grancey, Nymphe de Diane
De beaux yeux, le poil noir, un teint vif &
charmant,
Une taille sur tout si legere, & si fine,
Que l'on ne vous sauroit attraper
aisément.
pour Mademoiselle de Gontaut, Nymphe de
Diane
Vous avez une mine au dessus du vulgaire;
Mais il me semble que les bois
Tous seuls ne vous conviennent guére.
pour Mademoiselle de Biron, Nymphe de Diane
Cependant je vous plaindrois fort,
Si je vous trouvois tête à tête
Dans un bois avecque une bête.
pour Mesdemoiselles de Clisson & de Broüilly,
Nymphes de Diane
Beaux ou laids, tous sont dangereux,
Et souvent on se perd quand on se les attire;
Défiez-vous également
De tout ce qui s'apelle Amant,
Soit le Berger, soit le Satire.
Ce
Bachus équipé pour plus d'une
conquête, Sur les
pas du Vainqueur qui triomphe par tout, Non,
rien ne vous égale, il n'en est point de tels Marchez
parés l'honneur de tous les Conquerans;
Au triomphe des coeurs & des Indes s'aprête:
Son vin est dangereux pour peu qu'on en ait pris,
Il en fera tâter à quantité de
Dames,
Et par ce vin nouveau qui plaît à bien des
femmes,
Donnera dans la tête à beaucoup de
maris.
pour Monseigneur le Dauphin, representant un Indien de la
Suite de Bachus:
Et qui plus loin que l'Inde établit sa puissance,
De quoi, jeune Heros, ne viendrés-vous à
bout,
Et par votre courage, & par votre
naissance.![]()
A la suite du Dieu qui lance le tonnerre,
Aussi ne sauriés-vous pour le bien des mortels
Trop long-tems demeurer le second sur la
terre.![]()
On voit à sa clarté toutes clartés
s'éteindre,
Bien loin derriere lui surpassés les plus grands,
Il s'agit de le suivre, & non pas de
l'atteindre.
Ce
n'est point Ariane aux solitaires bords, Bacchus
est le premier de ceux qu'elle a vaincus, pour
Mademoiselle de Lislebonne, Grecque Belle
Grecque, suivez la charmante Princesse, Vous
avez fait sous elle un digne aprentissage J'excuse
les soûpirs & les discretes flames, Deux
Epous qui s'aiment fort, Grecque,
ou non, suffit qu'en effet, Je suis
fiere à peu prés comme si dans ma main Au plus
bel endroit de la Grece
Qui gémit & se plaint d'un amant infidelle,
Celle-ci ne connoît l'amour, ni ses remords,
Elle est jeune, elle est pure, elle est vive, elle est
belle,
Et le monde, & la Cour ne sont faits que pour
elle.![]()
§Bacchus est top heureux de l'avoir
épousée,
Keur chaîne par le tems ne sauroit être
usée,
Et l'on dira toujours Ariane & Bacchus,
Mais l'on ne dira point Ariane, &
Thesée.
Grecques de la Suite d'Ariane
Où tant de vertu brille avec tant de jeunesse,
Madame votre Mere t consent-elle pas ?
Elle qui prend le soin d'éclairer tous vos
pas.![]()
De tout ce qui peut rendre une Princesse sage,
Jamais les passions n'ont osé l'assaillir,
Mais à son gré la pente est bien douce
à saillir.
pour Madame la Duchesse de Sulli, Grecque
Et femme je ressemble à la plupart des femmes
A qui l'on fait plaisir d'encenser leurs appas;
Sur ce qui peut toucher la veritable gloire,
J'y suis Grecque, & ne pense pas
Qu'on m'en fasse aisément accroire.
pour Madame la Duchesse de Mortemart,
Grecque
Sont separez dés l'abord;
Lui s'en va faisant sa plainte,
Elle beaucoup plus contrainte,
Sous les loix d'un dur devoir,
Pour le suivre, & pour le voir
Dans l'ennui qui la consomme
Auroit été jusqu'à Rome;
Mais c'est buen pis aujourd'hui
Qu'elle est rejointe avec lui,
Cette jeune & fine Grecque
Iroit jusques à la Mecque.
pour Madame de Segnelay, Grecque
Vous avez un esprit bien fait
Que vous êtes bonne, & sincere,
Chose au monde fort necessaire,
Et que surement sur l'apparence on croit:
Car pour elle, cela se voit,
Et saute aux yeux sans qu'on le die:
Toûjours de tout païs les vertus ont
été,
Mais sans vous j'aurois douté
Qu'il en vinet tant de côté
De la Basse Normandie.
pour Mademoiselle de Laval, Grecque
J'avois l'Empire Grec, & l'Empire Romain,
Aussi par dessus tout qui se fait mieux connoître
?
A qui ne puis-je pas disputer le terrain ?
J'ai l'air grand, le coeur noble, & tout cela pour
être
A la suite de l'autre, & pour grossir son
train.
pour Mademoiselle de Pienne, Grecque
Où d'une fort soigneuse adresse
Tant de Belles pour le besoin
D'un seul étroitement gardées,
Attendent d'être regardées,
Vous pourriés tenir votre coin.
Vous
vous joüez parmi les fleurs Zephir
tant qu'il vous plaira, Ce
tendre Zephir ne respire Tout
est perdu, si vous savés Toujours
ce Zephir D'abord
ne soufflez pas prés des jeunes Merveilles
Qui de mille, & mille couleurs
Pour vous plaire se sont parées !
Mais quoi que vous soiez si tranquille, & si doux,
Les Aquilons, & les Borées,
N'oseroient souffler devant vous.
Jupiter voit avec plaisir
En vous qui n'êtes qu'un Zephir
L'impatiente ardeur de vaincre & de combattre:
Et ce que le foudre a laissé,
Où qu'elle a dédaigné d'abattre
Par vous sera bouleversé.
pour Monsieur le Prince de la Roche-Sur-Yon,
Zephir
Et soupire qui voudra
Bien long-temps aprés sa proie,
Mais je doute qu'on me voie
Comme ces autres Zephirs
Passer ma vie en soupirs.
pour Monsieur l'Amiral, Zephir
Que d'être sur le moite empire,
En attendant qu'il se soit renforcé,
Il ne fait que briser la surface des ondes,
Mais il sera connu des Mers les plus profondes,
Et d'un terrible joug Neptune est
menacé.
pour le Marquis d'Alincourt, Zephir
Le merite que vous avez,
Laissés au reste du monde
Cette science profonde
Soiez-vous dis-je moins savant,
De peur que le Zephir ne prenne trop de vent.
pour le Marquis de Richelieu, Zephirs
Plus gai que fidelle
Des fleurs à choisir
Prend la plus nouvelle,
Et de belle en belle
Vole son desir.
pour Messieurs de Moüy & d'Amilton,
Zephirs
Qui veulent que l'on soit tendre, & respectueux,
Pour peu que vos soupirs soient vains & fastueux,
Ils ne parviendront plus au coeur par les
oreilles.
Soiez
tous deux amoureux & constans, Soiez
tous deux amoureux & constans, Pour
vos plaisirs, déja tout se prepare. Soiez
tous deux amoureux & constans, Et dans
vos yeux, & sur votre visage Soiez
tous deux amoureux & constans,
et pour Madame la Dauphine, Flore
qui dancent ensemble
Soiez tous deux les Maîtres du Printemps.
Jeune Zephir, qui soupirés pour Flore,
Faites-vous part de quelque rejetton,
Mâtez ce tendre & premier bouton
Que de vous deux l'Amour doit faire éclore:
Ménagés des momens si doux,
Que les Jeux, les Ris, & les Graces
Ne se separent point de vous,
Et marchent toujours sur vos traces.
Soiez tous deux les Maîtres du
Printemps.
Et dans nos Bois qui redeviennent verds
Tous les Oiseaux prennent des tons divers;
L'air se parfume, & la terre se pare
Ainsi que vos pas, que vos coeurs
Soient dans une juste cadence,
Et que par vous aprés les fleurs
Viennent les fruits en abondance.
Soiez tous deux les Maîtres du
Printemps.
Nous apparoît ce qui nous flatte tant,
Et du beau don que l'Univers attend
Nous voions luire un bienheureux presage.
C'est pour avancer de tels fruits
Que l'Amour & les Destiniées
Composent de si douces nuits,
Et font de si belles journées.
Soiez tous deux les Maîtres du
Printemps.
pour
Madame la Duchesse de Sully A la
Déesse Flore il faut offrir nos coeurs, Il
n'est point de Beauté qui soit si naturelle, Votre
bonne fortune a passé votre attente Avec
une moitié dignement assortie, Belles,
vous possedez de si tendres appas,
Acquittons des devoirs pressans comme les nôtres,
Mettons-lui sur le front des Couronnes de fleurs,
Elle n'en veut point d'autres.
pour Madame la Duchesse de la Ferté
Vous la voiez briller des plus vives couleurs;
Et lors que le Printemps aura perdu ses fleurs,
On les peut retrouver chés elle.
Mais seroit-elle ainsi sous les armes pour rien ?
Il faut qu'elle ait au coeur quelque petite chose,
Si l'Amour vouloit il nous le diroit bien;
Mais le pauvre Enfant n'ose.
pour Madame la Duchesse de Guimené
D'avoir pû resister aux terribles douleurs
Qui des fruits de l'Hymen corrompent les douceurs,
Mais votre beauté s'augmente,
Voila ce qui s'appelle un serpent sous des fleurs,
Et l'on est pas toujours également
contente.
pour Madame la Marquise de Segnelay
Je goûte un bonheur pur que je fais en partie,
Ce ne sont que fleurs sous nos pas,
Tous nous plait, rien ne nous chagrine,
Ou si parmi ses fleurs se trouve quelque épine,
Elle pique si peu, que l'on ne s'en plaint
pas.
pour Mesdemoiselles de Loube & de
Slisson
Qu'il semble qu'eux & vous ne fassiez que
d'éclore,
Il faut que vous soiez de la suite de Flore,
A voir toutes les fleurs qui naissent sur vos
pas.
Aux
Belles avec adresse, Que de
naissantes fleurs ! ô que cette Princesse
Inspirez de la tendresse
Et faites leur sentir ce que vous merités:
Que dans vos yeux elles lisent,
Quelquefois les songes disent
De solides veritez.
Si vous n'allez au coeur par votre passion,
Echaussez pour le moins l'imagination
Des Belles contre vous quelquefois en colere:
Elles vous recevront sans s'en appercevoir,
Et par tous les talens que vous avez pour plaire !
SONGES, songez à vous pourvoir.
pour Mademoiselle de Nantes, representant la
Jeunesse
Represente bien la Jeunesse !
Et qu'elle aura de grace & de facilité
A representer la Beauté !
Heureuse de pouvoir un jour être fidelle
A tous les traits de son Modelle.