accueil
|
contact
|
contributions
|
liens

ballets
|
cantates
|
divers
|
opéras
|
oratorios
|
pastorales
|
sérénades

Le Triomphe de l'Amour
opéra-ballet en I Prologue, V Actes & Vingt Entrées
représenté pour la premiere fois à Sainbt Germain en Laye
le 21 Janvier 1680

livret pour le Ballet: Philippe Quinault
Vers pour les Entrées: Isaac de Benserade
musique de: Jean-Baptiste Lully

AU ROY

Sire,

C'est pour moyune joye bien sensible de connaistres que VOSTRE MAJESTE' ne se lasse point de mes Ouvrages, & qu'Elle continüe à les recevoir favorablement. Il est bien juste, SIRE, que je travaille sans cesse poue avoir suovent l'honneur de vous en presenter de nouveaux; Il ne me suffit pas de vous les faire entendre dans les Festes galantes & magnifiques que Vous donnez à Vostre Cour, je ne puis m'empescher de vous les offrir encore dans l'Impression que Vous me permettez d'en faire voir au Public; ils sont tousiours à Vous de quelque façon qu'ils puissent paraistre, & il vous appartiennent par tant de droits, que je croy ne vous les pouvoir consacrer en trop de manieres. JE suis obligé de l'avoüer hautement, SIRE, je vous suis redevable du bonheur qui m'a fait trouver tant d'Airs differens quine vous ont pas semblez indignes de vostre attendtion, & que vous avez tesmoigné escouter avec plaisir: l'inclination que j'ay tousiours euë pour la Musique ne m'a pas tant animé que l'ardente envie que j'ay euë de vous plaire, & mon genie seroit demeuré foible & languissant s'il n'avoit esté eslevé & soûtenu par la force que VOTRE MAJESTE' communique à tout ce qui se dévoüe à la servir. I'ay bien jugé que j'avois besoin d'un puissant secours, & j'ay voulu suivre l'exemple des Muses, qui toutes sçavantes qu'elles estoient dans le bel Art de l'Harmonie, ont eû recours à un Dieu qui les esclairroit de ses lumieres, & qui presidoit à leurs Concerts; mais j'ay ressenty dés mes plus jeunes années que l'Apollon qui me devoit inspirer les Chants que j'avois dessein de composer, n'estoit ny dans les lieux de ma naissance ny sur les sommets du Parnasse; j'ay crû le pouvoir trouver dans le plus florissant Empire de la Terre, & je n'ay pas eû de peine à le reconnaistre aussi-tost que j'ay este aßez heureux pour voir VOTRE MAJESTE'. Vous avez bien voulu, SIRE, me permettre de me donner à vous, & de choisir un Maistre si digne de l'estre de toutes les Nations du Monde: Cét avantate a eté suivy de mille autres graces que j'ay receuës de VOSTRE MAJESTE', & dont je ne perdrayjamais la memoire; Souffrez SIRE, que je ne cesse point de vous en remercier, & que je me serve encore de l'occasion du nouveau present que je vous fais pour renouveller la protestation d'estre toute ma vie avec un zele tres-ardent & un tres-profond respect,

SIRE,

De Vostre Majesté,

Le tres-humble, tresèoneïssant, & tres-fidelle Serviteur, & Sujet,

Iean Baptiste Lully

 

Le Theatre represente un lieu magnifiquement orné, & que l'on a disposé pour y recevoir l'Amour qui doit y venir en triomphe: un grand nombre de Divinitez, & une multitude de Peuples differens y sont accouris, & s'y sont pacez pour assister à ce pompeux Spectacle. Venus commence cette agreable Fête; elle fait entendre que la Paix est le tems destiné pour faire éclater la gloire de son Fils; elle appelle les Graces, les Plaisirs, les dryades, les Nayades, pour prendre part avec elle, aux réjoüissances du Triomphe de l'Amour, & elle invite tout le Monde à rendre hommage à ce Dieux vainqueur des Hommes & des Dieux.


PREMIERE ENTRE'E

Venus, chante au milieu de cette Entrée:
Si quelquefois l'Amour cause des peines,
Que c'est un danger qu'il est doux de courir !
Ce Dieu charmant sous ses plus rudes chaînes
Fait aimer les maux qu'il fait souffrir:
Faut-il les craindre ?
Faut-il s'en plaindre ?
Qui les ressent n'en veut jamais guerir.

Fieres Beautez, vos rigueurs sont vaines,
Tout cede à l'Amour, tout se laisse attendrir.
Ce Dieu charmant sous ses plus rudes chaînes
Fait aimer les maux qu'il fait souffrir:
Faut-il les craindre ?
Faut-il s'en plaindre ?
Qui les ressent n'en veut jamais guerir.

[les Nayades dancent, & font le Seconde Entrée]

II. ENTRE'E

Les Plaisirs dancent, & font le Troisiéme Entrée

III. ENTRE'E

Deux Plaisirs, chantent au milieu de cette Entrée:
Un coeur toujours en paix, sans amour, sans desirs,
Est moins heureux que l'on ne pense:
Les plaisirs de l'indifference
Sont d'ennuieux plaisirs.

Les maux que fait l'Amour, ses chagrins, ses soupirs,
Ne sont des maux qu'en apparence
Les plaisirs de l'indifference
Sont d'ennuieux plaisirs.

Venus & les Plaisirs:
Non, non, il n'est pas possible
De contraindre un coeur sensible
A n'aimer jamais;
C'est pour l'Amour que tous les coeurs sont faits.

Venus:
Contre un Dieu si charmant quel coeur est invincible !

Venus & les Plaisirs:
On fuit en vain d'inévitables traits.
C'est pour l'Amour que tous les coeurs sont faits.

Venus, les Plaisirs, le Choeur de Divinitez & de Peuples:
Non, non, il n'est pas possible
De contraindre un coeur sensible
A n'aimer jamais;
C'est pour l'Amour que tous les coeurs sont faits.

[

dans le temps que Venus, les Plaisirs & les Choeurs chantent; les Graces, les Plaiairs, les Dryades, & les Naïades dancent ensemble]

[les Divinitez qui paroissoient les plus opposez à l'Amour, & qui ont été contraintes à ceder à sa puissance, sont obligées d'avoüer leur défaire, & de servir d'ornemens au Triomphe de ce Dieu victorieux.]

IV. ENTRE'E

[

Mars armé, & accompagné d'une Troupe de Guerriers, paroît furieux, & témoigne ne pouvoir aimer que les Combats, le sang, & le carnage. Il est environné d'une Troupe d'Amours qui écartent le Guerriers. Ces petits Amours désarment ce terrible Dieu de la Guerre, & se joüent avec les armes qu'ils lui ôtent: ils l'enchaînent avec des liens de fleurs; & dancent en réjoüissance de leur victoire.
]

V. ENTRE'E

[la Déesse Amphitrite, aprés avoir long-temps resisté à l'amour de Neptune, est contrainte à la fin de s'y rendre]

Amphitrite [Mlle Rebel]:
Fierté, severe honneur, vous défendez d'aimer,
Mais pour garder nos coeurs nous donnez-vous des armes ?
Ah ! que m'empêchez-vous que l'Amour ait des charmes
Si vous ne voulez pas qu'il puisse nous charmer.

Neptune [Mr Guillegaut]:
Cedez, belle amphitrite à mes soins amoureux,
Cedez à ma perseverance.
Je tiens la vaste Mer sous mon obeïssance;
J'ouvre & je ferme à mon gré ses gouffres les plus creux:
Je soûleve les flots, & je puis quand je veux
Calmer leur violence:
Mais quelle que soit ma puissance;
Si je ne puis flechir votre coeur rigoureux
Je ne puis jamais être heureux.

Amphitrite:
Ah ! qu'un fidelle Amant
Est redoutable !
J'avois juré de fuir ce tendre engagement,
Je ne le croiois pas un ma inévitable:
Pourquoi m'obliger à rompre mon serment ?
Ah ! qu'un fidelle Amant
Est redoutable !
Que n'aimez vous point constamment
Je goûtois un repos aimable,
Vous m'ôtez un bien si charmant.
Ah ! qu'un fidelle Amant
Est redoutable !

Neptune:
Quoi, je puis voir enfin cesser votre rigueur !

Amphitrite:
Malgré-moi, votre amour vainqueur
Me reduit à me rendre:
Vous n'auriez pas mon coeur
S'il pouvoir encor se défendre.

Neptune & Amphitrite:
Il faut aimer, c'est un fatal destin,
Qui croit s'en affranchir s'abuse;
L'Amour arrache à la fin
Le tribut qu'on lui refuse.

Neptune:
Divinitez qui me faites la Cour
Admirez avec moi le pourvoir de l'Amour.

[les Dieux de la Mer & les Nereïdes, viennent se rejoüir du bonheur de Neptune, & témoignent leur joie par leurs dances]

VI. ENTRE'E

Amphitrite & Neptune, chantent ensemble:
C'est en vain qu'à l'amour on se veut opposer,
L'atteinte de ses traits n'en est que plus profonde.
Son Empire est l'écueil où se viennent briser
Les plus superbles coeurs du monde.

C'est en vain qu'à l'amour on se veut opposer.
Il n'est rien de si froid qu'il ne puisse embraser,
Il brûle jusqu'au sein de l'onde.

C'est en vain qu'à l'amour on se veut opposer,
L'atteinte de ses traits n'en est que plus profonde.

Amphitrite:
Un coeur qui veut être volage
Se laisse aisément engager:
Mon coeur mal-aisément s'engage,
Mais c'est pour ne jamais changer.

Neptune & Amphitrite:
Avant que de prendre une chaîne,
Peut-on trop long-tems y songer ?
Il faut s'engager avec peine,
Quand c'est pour ne jamais changer.

VII. ENTRE'E

[

Borée couvert de glaçons & de frimats, & accompagné des vents froids, & glacez, témoigne qu'il croit être en sureté contre les feux de l'amour; il fait cacher les vents qui le suivent, & se retire à l'écart pour considerer Orithie, fille du Roy d'Athenes, qui vient se divertir en dançant avec une troupe de filles Atheniennes
]

VIII. ENTRE'E

[

Borée s'approche d'Orithie, & tout frois qu'il est, se sent enflamer d'amour pour elle. Cette Princesse s'épouvente à la vûë de Borée, elle veut l'éviter; les Atheniennes se rangent autour d'Orithie pour la défendre: les vents qui suivent Borée écartent les Atheniennes, & donnent moien à Borée d'enlever Orithie
]

IX. ENTRE'E

[Diane en habit de Chasse chante, & fait connoître qu'elle méprise la puissance de l'Amour]

Diane [Mlle Ferdinant la cadette]:
Va, dangereux Amour, va, fui loin de ces Bois,
Je veux y conserver la paix & l'innocence.
Les plus grands Dieux t'ont cedé mille fois,
Et je prétens toujours te faire resistance.
Plus on voit degrands coeurs asservis à tes loix,
Plus il est beau de braver ta puissance.
Va, dangereux Amour, va, fui loin de ces Bois,
Je veux y conserver la paix & l'innocence.

[

les Nymphes de Diane dancent, & témoignent leur joie qu'lles ont d'être exemptes des peines de l'Amour. Diane chante au milieu de leurs dances
]

X. ENTRE'E

Diane:
Un coeur maître de lui-même
Est toûjours heureux.
C'est la liberté que j'aime,
Elle comble tous mes voeux,
Un coeur maître de lui-même
Est toûjours heureux.
Fuions la contrainte extrême
D'un esclavage amoureux.
Un coeur maître de lui-même
Est toûjours heureux.

[Diane continuë à chanter au milieu de ses Nymphes qui dancent]

Dans ces Forêts venez suivre nos pas,
Vous qui voulez fuir l'amour & ses flames;
C'est vainement qu'il menace nos ames,
Tous les efforts n'en triomphent pas,
Malgré l'amour, au mépris de ses armes,
Notre fierté ne se rend jamais,
Malgré ses traits,
Nous vivons sans allarmes,
Malgré ses traits
Nous vivons en paix.
Ce Dieu si fier, si terrible, & si fort,
Perd son pouvoir quand on veut s'en défendre,
S'il est des coeurs su'il oblige à se rendre,
C'est qu'en secret ils en sont d'accord.
Malgré l'amour, au mépris de ses armes,
Notre fierté ne se rend jamais,
Malgré ses traits,
Nous vivons sans allarmes,
Malgré ses traits
Nous vivons en paix.

[

Endymion s'approche de Diane & de ses Nymphes; cette Déesse si severe veut fuir avec ses Nymphes; mais elle ne peut s'empêcher de regarder Endymion, & se retire toute confuse de se sentir touchée d'amour pour lui]

[la Nuit vient obscurcir la Terre, & invite toute la Nature à joüir des douceurs du repos. Plusieurs instruments forment une douce harmonie, qui se mêle & qui s'accorde avec la voix de la Nuit

]

La Nuit [Mlle de Saint Christophe]:
Voici le favorable temps
Où tous les coeurs doivent être paisibles.
Le Silence revient, fuiez les bruits éclatans:
Reposés-vous travaux penibles
Coeurs agités de soins & de desirs flotans,
Soiés calmés dans ces heureus instans:
Oubliez vos ennuis, coeurs tendres, coeurs sensibles
Que l'Amour ne rend pas contens.
Voici le favorable temps
Où tous les coeurs doivent être paisibles.

[le Mystere vient trouver la Nuit, & la sollicite de favoriser ses secrettes amours]

Le Mystere [Mr Fernon le cadet]:
On ne peut trop cacher les secrets amoureux.
Etends, obscure Nuit tes voiles les plus sombres:
Prens soin de redoubler tes ombres
En faveur des Amans heureux !
On ne peut trop cacher les secrets amoureux.

La Nuit:
Il est des nuits charmantes
Qui valent bien les plus beaux jours.
Le calme & le repos sont un puissant secours
Pour soulager les ames languissantes,
L'ombreest favorable aux Amours;
Il est des nuits charmantes
Qui valent bien les plus beaux jours.

Le Mystere:
L'amour heureux doit se taire
Son bonheur ne dure guére
Lors qu'il ne se cache pas.
Le Mystere
En doit faire
Les plus doux appas.

La Nuit:
Amans, ne craignez rien, l'ombre vous sert d'azile,
Veillés, heureux Amans, les plaisirs les plus doux
Veilleront avec vous.

[le Silence s'aproche du Mystere & de la Nuit, & les exhorte à se taire]

Le Silence [Mr Guillegaut]:
Que tout soit tranquile,
Taisons-nous.

Le Mystere:
L'éclat des dangereux, le secret est utile,
Amans veillés sans bruits, il n'est que trop facile
D'éveiller les fâcheux jaloux.

Le Silence:
Que tout soit tranquile,
Taisons-nous.

La Nuit, le Mystere & Le Silence:
Que tout soit tranquile,
Taisons-nous.

[Diane vaincüe par l'Amour, & honteuse de sa défaite, vient prier la Nuit de lui donner du secours]

Diane:
Je ne puis plus braver l'Amour & sa puissance,
Endymion m'a paru trop charmant;
Mon trouble s'accroît quand j'y pense,
Et malgré moi j'y pense à tout moment.
Dans des liens honteux il demeure engagé:
Je trouve mon coeur si changé
Que j'ai peine à le reconnoître,
J'ai trop bravé l'Amour & l'Amour s'est vangé.
Nuit charmante & paisible
Tu rends le calme à l'Univers
Helas ! rends-moi s'il est possible
Le repos que je pers.

La Nuit:
L'Amour veille quand tout repose:
Il va troubler les coeurs qu'il a contraint d'aimer.
Le premier trouble qu'il cause,
Est difficile à calmer.

Diane:
Malgré tous mes efforts un trait fatal me blesse
Et du fonds de mon coeur je ne puis l'arracher.
Qu ne peut vaincre sa foiblesse
Doit au moins la cacher.
Sombre Nuit, cache-moi s'il se peut à moi-même;
Prête à mon coeur troublé tes voiles tenebreux
Pour couvrir son desordre extrême;
Cache à tout l'Univers la honte de mes feux,
Dérobe ma foiblesse aux yeux de ce que j'aime,
Sombre Nuit, cache-moi s'il se peut à moi-même.

[Diane se retire]

La Nuit:
Vous, qui fuiés la lumiere & le bruit,
Songes, r'assemblés-vous dans mon obscur Empire;
Secondés-moi, c'est l'Amour qui m'intruit
A charmer les rigueurs d'un amoureux martire.
Executés ce qu'il m'inspire:
Qu'Endymion en dormant soit conduit
Où Diane en secret soupire.
Songes, obeïssez aux ordres de la Nuit.

XI. ENTRE'E

[les Songes s'assemblent & se préparent à servir Diane suivant les ordres de la Nuit]

XII. ENTRE'E

[

les Peuples de Carie étonnez que la Déesse les éclaire durant la nuit, n'est plus dans le Ciel, comme elle avoit accoûtumé d'y paroître, s'efforcent de la rappeller par des cris, & par des sons de plusieurs instrumens d'airain
]

Le Choeur de Peuples de Carie:
Diane, dissipez nos craintes;
Revenez briller dans les Cieux,
Revenez éclairer ces lieux.
Ecoutez nos cris & nos plaintes;
Rallumez vos clartés éteintes;
Revenez briller dans les Cieux,
Revenez éclairer ces lieux.

Un des Cariens [Mr de Puvigny]:
De quel funeste mal sentez-vous les atteintes ?
Qui vous a pû troubler ? est-ce un charme odieux ?
Qui par de fatales contraintes
Vous arrache du Ciel, & vous cache à nos yeux ?
Sommes-nous menacez par le couroux des Dieux ?

Le Choeur:
Diane, dissipez nos craintes;
Revenez briller dans les Cieux,
Revenez éclairer ces lieux.
Ecoutez nos cris & nos plaintes;
Rallumez vos clartés éteintes;
Revenez briller dans les Cieux,
Revenez éclairer ces lieux.

[

Bacchus aprés avoir assujetti à son Empire la plus grande partie du Monde, & lors qu'il revient de la Conquête des Indes, dont il a soumis les Peuples à sa loix, est contraint de ceder au pouvoir de l'Amour, & ne peut s'empêcher d'aimer Ariadne au premier instant qu'il la voit. Les Indiens & les Indiennes qui ont suivis BAcchus admirent la puissance de l'Amour
]

Un Indien de la Suite de Bacchus [Mr Morel]
Bacchus revient vainqueur des Climats de l'Aurore,
Il traîne aprés son Char mille Peuples vaincus;
Il méprisoit l'Amour, mais l'Aurore est encore
Un Vainqueur plus puissant mille fois que Bacchus.

Il aime enfin, sa fierté se désarme;
D'un seul regard Ariadne le charme;
A ce superbe coeur l'Amour donne des fers.

Bacchus n'a triomphé du Monde qu'avec peine,
Et qu'aprés cent travaux divers;
L'Amour sans effort enchaîne
Le Vainqueur de l'Univers.

Deux Indiennes de la Suite de Bacchus [Mlles Ferdinand la cadette & Rebel]:

Non, la plus fiere liberté
Contre l'Amour n'est pas en sureté
Entre les bras de la Victoire.
L'éclat de mille exploits d'éternelle memoire
N'exempte pas des tourmens amoureux,
On n'est pas moins atteint d'un mal si dangereux
Pour être au comble de la gloire;
Non, la plus fiere liberté
Contre l'Amour n'est pas en sureté
Entre les bras de la Victoire.

Un Indien:
Tout ressent les feux de l'Amour
Sa flâme va plus loin que la clarté du jour.

Un Indienne:
Rien ne respire
Qui ne soupire.

Une autre Indienne:
Dans les plus froids climats
Est-il un coeur qui ne s'enflâme pas ?

L'Indien:
Plus que le Soleil dans sa vaste carriere
Ne porte la lumiere,
De l'amoureuse ardeur on ressent les appas.

Ls deux Indiennes:
Tout l'Univers seroit sans Ame
S'il n'étoit penetré d'une si douce flâme.

L'Indien, les deux Indiennes, & le Choeur:
Tout ressent les feux de l'Amour
Sa flâme va plus loin que la clarté du jour.

XIII. ENTRE'E

[

les Indiens de la Suite de Bacchus, & les Filles Grecques de la Suite d'Ariadne, se réjoüissent de vois Ariadne & Bacchus touchez d'une amour mutuelle
]

XIV. ENTRE'E

L'Indien, les deux Indiennes, & le Choeur, chantent dans cette Entrée:
Pourquoi tant se contraindre
Pour garder son coeur ?
Eh ! quel mal peut-on craindre
De l'Amour vainqueur ?

Une Indienne:
On se plaint sans raison d'être sensible;
Tous les bienfaits de l'Amour sont des biens imparfaits,
On se lasse d'un coeur toujours paisible,
On s'ennuie à la fin d'une trop longue paix.

L'Indien, les deux Indiennes, & le Choeur:
Pourquoi tant se contraindre
Pour garder son coeur ?
Eh ! quel mal peut-on craindre
De l'Amour vainqueur ?

Quelle heureuse foiblesse !
Quel heureux tourment !
Non, l'Amour ne nous blesse
Que d'un trait charmant.

Une Indienne:
Ses douleurs font verser de douces larmes;
Il accroît les plaisirs par des allarmes;
Il nous cause des maux dont les Dieux sont jaloux:
Ah ! quel coeur peut tenir contre ses charmes !

L'Indien & les deux Indiennes:
Ah ! cedons, redons-nous,
Rendons les armes:
Ah ! cedons à ses coups,
Il n'est rien de si doux.

L'Indien, les deux Indiennes, & le Choeur:
Quelle heureuse foiblesse !
Quel heureux tourment !
Non, l'Amour ne nous blesse
Que d'un trait charmant.

[Mercure chante les loüanges de l'Amour, & sollicite tout le Monde de se soûmettre volontairement à l'Empire d'un si puissant Vainqueur]

Mercure:
D'une affreuse fureur Mars n'est plus animé,
Et les Amours l'ont desarmé;
Amphitrite à son tour brûle au milieu de l'onde:
Au milieu des glaçons Borée est enflâmé;
Diane & Bacchus ont aimé;
L'Amour doit vaincre tout le Monde.
Que sert contre l'Amour de s'armer de fierté ?
Dans ses liens charmans il faut que tout s'engage;
Un si doux esclavage
Vaut bien la liberté.
Suivons l'Amour, portons sa chaîne,
N'attendons pas qu'il nous entraîne;
Tout reconnoît son pouvoir souverain,
Epargnons-nous la peine
D'y resister en vain.
Suivons l'Amour, portons sa chaîne,
N'attendons pas qu'il nous entraîne.

Le Choeur des Divinitez & Peuples placez autour du Theatre:
Suivons l'Amour, portons sa chaîne,
N'attendons pas qu'il nous entraîne;
Tout reconnoît son pouvoir souverain,
Epargnons-nous la peine
D'y resister en vain.
Suivons l'Amour, portons sa chaîne,
N'attendons pas qu'il nous entraîne.

XV. ENTRE'E

[

Apollon suivi d'une Troupe de Bergers héroïques, s'empresse de paroître entre les Captifs, qui doivent accompagner l'Amour triomphant
]

XVI. ENTRE'E

[Pan accompagné d'une Troupe de Faunes, vient faire connoître qu'il se soumet avec plaisir à l'Empire de l'Amour]

XVII. ENTRE'E

[Pan]

XVIII. ENTRE'E

[

le Zephire conduit Flore; & les Nymphes de Flore sont conduites par les Zephirs; ils viennent semer de fleurs le chemin du Dieu triomphant, & prennent part aux plaisirs de cette Fête. Une des Nymphes de Flore chante au milieu de ces dances des Zephirs, de Fore, & de ses Nymphes
]

XIX. ENTRE'E

Nymphe de Flore, qui chante, [Mlle Rebel]:
Que de fleurs vont éclorre !
Le Zephir aime Flore;
L'Amour vient rendre heureux
Les coeurs touchez par ses feux.
Nos plus charmans Boccages
N'ont pas toûjours leurs feüillages,
MAis les Amans contents
Ont de beaux jours en tout temps.

Goûtez, Amans fidelles,
Des douceurs éternelles
Heureuses les Amours
Qui peuvent durer toûjours !
Nos plus charmans Boccages
N'ont pas toûjours leurs feüillages,
MAis les Amans contents
Ont de beaux jours en tout temps.

[

l'Amour paroît, ce Dieu triomphant est porté par des Dieux & des Heros qu'il a soûmis à ses Loix. Il est élevé & assis sur une maniere de Trophée où sont attachées les armes dont les plus grands Dieux se servent. On y voit la Foudre de Jupiter, le Trident de Neptune, le Bouclier & l'Espée de Mars, l'Arc de Diane, les Fléches d'Apollon, le Thyrse de Bacchus, la Masse d'Hercule, & le Cadicée de Mercure. Ce petit Dieu s'aplaudit de la gradeur de sa puissance, & joüit de la gloire de triompher de tout le Monde
]

L'Amour:
Tout ce que j'attaque se rend;
Tout cede à mon pouvoir extrême;
J'enchaîne quand je veux le plus fier Conquetant,
Et j'abaisse à mon gré la Majesté suprême.
Dans le Ciel, Jupiter même,
Suis mes loix en soûpirant;
Plus un coeur est grand
Plus il faut qu'il aime.

XX. ENTRE'E

[

la Jeunesse suit l'Amour, elle est accompagnée des Jeux; une partie des Zephirs & des Suivantes de Flore, dance avec la Jeunesse & les Jeux
]

Une Nymphe de la Suite de la Jeunesse [Mlle Rebel]:

Ne troublez pas nos Jeux, importune Raison !
Vous aurez votre tour, Fiere Sagesse !
Vos severes conseils ne sont pas de saison,
Reservez vos chagrins pour la Vieillesse !
Tous nos jours sont charmans, tout rit à nos desirs;
C'est le temps des plaisirs
Que la Jeunesse.

Nous devons à l'Amour les plus beaux de nos ans,
Il prépare nos coeurs à la tendresse;
Il s'amuse avec nous à des Jeux innocens,
Nous laissons les chagrins à la Vieillesse.
Tous nos jours sont charmans, tout rit à nos desirs;
C'est le temps des plaisirs
Que la Jeunesse.

[

le Ciel s'ouvre, il est illuminé d'une clarté brillante & extraordinaire, qui se répand sur le lieu qui sert de Scene à ce magnifique Spectacle. Jupiter est sur son Thrône, il est accompagné des plus considerables Divinitez de l'Univers, qui se sont assemblées dans le Ciel pour y celebrer cette grande Fête. Jupiter reconnoît l'Amour pour le plus puissant de tous les Dieux: les Divinitez du Ciel, de la Terre, des Eaux, & des Enfers, unissent leurs voix avec la voix des Hommes: ces deux Choeurs réunis repetent les paroles de Jupiter, & dans le temps qu'ils chantent les loüanges du Dieu Triomphant, Apollon & les Bergers héroïques, Pan, & les Faunes, les Zephirs, les Nymphes de Flore, & les Jeux dancent ensemble. C'est par ces Choeurs de Musique & par cette Danse generale que se termine la Fête du Triomphe de l'Amour
]

Jupiter [Mr Gaye]:

Triomphez, triomphez amours victorieux !
Triomphez, triomphez des Mortels & des Dieux !

Vous imposés des loix à toute la Nature;
Vous enflâmés le sein des Mers;
Vos feux percent la Nuit obscure
Du séjour profond des Enfers;
Vôtre chaîne s'étend aux deux bouts de la Terre;
Vos traits s'élevent jusqu'aux Cieux;
Vos coups sont plus puissans que les coups du Tonnerre;

Triomphez, triomphez amours victorieux !
Triomphez, triomphez des Mortels & des Dieux.

Vers pour la personne & le personnage de ceux qui sont du
Ballet du Triomphe de l'Amour

par Isaac de Benserade

pour Mademoiselle, un des Graces

Dans la noble fierté qui doit regner sans cesse
Au coeur d'une Princesse,
L'on m'éleve; & déja le sang de mes Ayeux
Respire dans mes yeux;
Au dessus, à côté de ce qui m'environne
Tour est Sceptre, & Couronne,
Et nul, à la reverse ou des Dieux, ou des Rois,
N'est digne de mon choix.
Les Graces avec moi commencent de paroître,
Avecque moi vont croître,
Et, si j'ose aux flatteurs ajoûter quelque foi,
Embellir avec moi.


pour Mademoiselle de Commercy, un des Graces

Vous êtes charmante & blonde,
Vous possedés mille appas,
D'autres qui comme vous ont un rang dans le monde
Parmi les Graces n'en ont pas.


pour Mademoiselle de Pienne, un des Graces

Non, les autres Beautez ne sont point comme vous,
N'ont point je ne sais quoi de doux
Qui trouble un coeur, & l'embarasse;
En vous examinant voila ce qu'on soutient,
C'est aux Graces qu'il appartient
D'avoir bon air, & bonne grace.


pour Mademoiselle la Princesse Mariamne, Dryade

Sous l'écorce où je me voi
Je me console, & me croi
Dans le fond de l'Allemagne,
Où mon orgüeil m'accompagne,
Où j'étale mes froideurs,
De titres, & de grandeurs
Fierement envelopée,
De mon seul rang occupée,
Et ne m'attachant qu'à lui,
Non sans un pompeux ennui.


pour des Filles de Madame la Dauphine, Dryades

C'est notre sort d'être peu frequentées,
Et l'on nous laisse où l'on nous a plantées
On n'ose qu'en passant nous dire un pauvre mot,
Attendons-nous quelqu'un, il nous arrive un sot.
Dafné fut plus heureuse, elle eût un coeur de marbre,
Ou du moins elle s'offença,
Qu'un Amant la suivit, un Amant l'embrassa
Toutesfois dés qu'elle fut Arbre,
Elle inclina la tête & lui fit quelque accueil,
Nous l'avons dans la Fable assés souvent pû lire,
Ou du moins l'aurons-nous peut-être entendu dire
A Madame de Monchevreüil.


pour le Filles de Madame, Dryades

Quelle dommage ! quelle pitié
De nous voir secher sur le pié !
Nos branches sont bien couvertes,
Ont de belles feüilles vertes,
Où le vent forme un doux bruit,
Ont des fleurs & point de fruit.
Qui n'en seroit indignée,
Et ne voudroit en ce cas
Que le Bucheron vint avecque sa cognée,
Si l'on pouvoit tomber sans faire du fracas ?


pour Mademoiselle de Châteautiers, Nayade

Au sortir de la Mer Venus eût-elle osé
Prétendre égaler un teint si reposé,
Tel que jeunesse, & santé vous le donne ?
A voir enfin comme votre personne
Respire un air poli, net, frais, délicieux,
Ou vous sortez des eaux, ou vous venez des Cieux.


pour Mademoiselle de Poitier, Nayade

Qui pourroit entrevoir vos membres délicats
D'une eaux claire & nette, & sur tout peu profonde
De sa bonne fortune, & d'eux feroit grand cas,
C'est un morceau friand, s'il en est dans le monde.


pour Mademoiselle de Rambures, Nayade

Nayade, je n'ai point l'honneur de vous connoître,
Il faudroit pour vous dire en effet d'où peut naître
En vous certaine langueur,
Vous avoit pas à pas suivie,
Avoir été dans votre coeur,
Où je ne serai de ma vie.

pour les Plaisirs, represntez par Messieurs les Comtes de Brionne, Tonnerre,
La Troche, Mimurre, & le Comte de Fiesques

Que de plaisirs differens
Vont paroître sur les rangs !
Celui-là dance à merveille,
Ce que l'autre ne fait pas,
Et ne manque point d'oreille
µL'un est bien fait, grand & droit,
L'autre a la taille si fine,
Que s'il étoit mal-adroit,
Il paieroit de bonne mine.
Celui-ci descendu de ce fameux Genois
Qui voulut opprimer la liberté publique,
Fait bien, mais lors qu'il s'applique
Au soin d'exercer sa voix,
C'est-là sur tout qu'il charme, qu'il enchante,
Et les Rochers le suivent quand il chante.


pour Monseigneur le Dauphin, dançant parmi les Plaisirs

La foule des plaisirs me suit, & m'environne,
Je me mêle avec eux, & j'y prends quelque part;
Mais j'aspire à me voir digne d'une Couronne
Où je ne puis jamais parvenir assés tart.

Le beau sexe voudroit occuper mon loisir,
Mais je vai suivre Mars, & ses durs exercices,
Et si l'Amour en moi rencontre son plaisir,
Je prétens que la Gloire y trouve ses délices.

Comme selon le goût de tout tant que nous sommes,
Les solides plaisirs sont toujours des merveilles,
C'en est un de regner dans l'estime des hommes
Long-temps auparavant que de regner ailleurs.

[tous ces jeunes Guerriers vers la Gloire s'avancent,
Et seroient bien fâchés, si l'on en croioit pas,
Qu'avecque tant d'adresse à conduire meurs pas,
Ils savent mieux encor se battre qu'ils ne dansent]


pour M. le Prince de Commercy, Guerrier

Dans le Rolle que vous faites
Vous joüez ce que vous êtes,
C'est une merveille enfin
Qu'un coeur fait comme le vôtre,
Mais s'en seroit bien un autre,
Etant à la gloire enclin,
Brave en un mot, fils de Maître,
Et du sang dont vous sortés,
Si vous alliez ne pas être
Ce que vous representez.


pour le Marquis d'Humieres, Guerrier

Que voulés-vous que fasse des Guerriers
Le coeur boüillant, quand les choses sont calmes ?
Et voulés-vous qu'ils cueillent des Lauriers
Où l'on ne voit que Mirthes, & que Palmes ?
D'un autre sorte, & par quelque détour.
Il faut vaincre, & tâcher d'user de la Victoire
C'est-à-dire qu'il faut se prêter à l'Amour
En attendant qu'on se donne à la Gloire.


pour M. le Marquis de Rhodes, Guerrier

Brave, & déterminé, vaillant, & genereux,
Vos bonnes qualités à la Cour se répandent,
Vous êtes grand, bien fait, l'air sain, & vigoureux,
Noir, & tel que l'Amour, & Venus les demandent,
Dans une grande action
Homme d'expedition,
De bravoures& de proüesses,
Personne n'en ignore, excepté vos Maistresses.


pour le Marquis de Nangis, Guerrier

D'audace plein,
Sans être vain,
Je puis me distinguer en quelque part que j'aille,
Et par ma taille,
Aider au gain
D'une Bataille
La Pique à la main.

pour l'Entrée des Amours

Tous ces jeunes Amours tendent
A pousser leurs grands projets;
Et tous ces jeunes Objets,
De pied ferme les attendent.


pour Monsieur l'Amiral, Amour

Ce tendre Amour de l'Amour même issu,
Et de ses mains par les Graces reçû,
Prépare aux coeurs une innocente guerre:
Et plus fier encor qu'il n'est beau,
Non content de briller sur terre,
Jusqu'au centre des mers va porter son flambeau.


pour Monsieur le Marquis d'Alincourt, Amour

Cet Amour éveillé s'y prend tout de son mieux,
Et des plus galands en tous lieux,
Imitant les manieres fines,
Couvre de grands projets sous certaines mines:
Déja de quelques coeurs il exige un tribut.
Déja pour y faire des bréches
Il aiguise ses traits, il prépare ses flêches,
Et déja même il a son but.


pour Monsieur le Comte de Veruë, Amour

Si ce n'est l'amour lui-même,
A sa mine on le croiroit,
La ressemblance est extrême,
Et Venus s'y méprandroit.


pour Monsieur le Comte de Guiche, Amour

Vous brillerés bien-tôt comme un Soleil levant,
Et dans le monde en arrivant,
Aux plus fieres Beautez causerés mille allarmes;
Mais quand vous vous croirés digne de tous charmer,
N'allez pas, s'il vous plaît, vous-même vous aimer,
Et ne vous blessez pas avec vos propres armes.


pour Monsieur le Marquis d'Haraucourt de Longueval, Amour

Vous qui representés l'Amour,
Et qui pourés aimer un jour,
Craignant qu'une Maîtresse à la fin ne vous quite,
Tenés-la de bien prés sans la quiter d'un pas
Et ne vous reposez pas
Tout-à-fait sur votre merite.

pour les Dieux Marins

Les froides Nymphes des eaux,
Touvent des Dieux marins beaux,
Ou pour mieux dire, estimables;
Dequoi ne viendroient-ils à bout ?
En barble bleuë ils sont aimables,
Et le sont encor plus n'en aiant point du tout.


pour Madame la Princesse de Conty, Nereïde

Elle est charmante, elle est divine,
Et brille de vives couleurs
Qu'on ne voit point briller ailleurs,
Pure & blanche comme l'hermine,
Elle efface toutes les fleurs,
Jusqu'aux Lys de son origine.


pour Mademoiselle de Laval, Nereïde

Ces Dieux Marins ont des charmes,
Qui sont de puissantes armes;
Mais je les conte pour rien:
Que le plus hardi m'assaille,
Je me défendrai si bien,
Que je ne prétens pas qu'il m'en coûte une écaille.
Que si l'un deux avoit tant de pouvoir
Il ne viendroit jamais à le savoir,
J'aimerois mieux echoüer à la côte,
Que d'avoüer une pareille faute.


pour Madame la Duchesse de Mortemart, Nereïde

De tous ces Dieux Marins l'audace temeraire
S'efforceroit en vain de tâcher à me plaire,
Elle y réussiroit fort mal;
En mon coeur ne s'émeut que quand d'une galere
Je découvre de loin la Poupe, ou le Fanal.


pour Mademoiselle de Pienne, Nereïde

Examinons bien la bande
De ces gens si dangereux,
Le seul que l'on apprehende
N'est pas peut-être avec eux.


pour Madame la Dauphine, Nymphe de Diane

Charmante Nymphe de Diane,
Qui confond tout regard prophane,
Il n'est question sous vos Loix
Ni de flèches, ni de carquois,
Ni d'aller avec vos compagnes
Par les monts & par les campagnes,
Il en faut user sobrement,
Car il importe extrêmement
Au bien d'un Empire si vaste
Que vous ne soiez point trop chaste,
Quoi chez vous où tout est si pur,
N'avez-vous pas un moien sûr,
Un des plus beaux moiens du monde
D'être honnête & d'être feconde ?
Avec bien moins on vient à bout
De se pouvoir passer de tout.
Demeurés donc comme vous êtes
Le modele des plus parfaites
Fuiez le joug des passions,
Et gardez en vos actions
Cette conduite merveilleuse;
Soiez exacte, scrupuleuse
Sur tout ce que l'honneur défend,
Mais donnés-vous un bel enfant.


pour Madame la Duchesse de Sully, Nymphe de Diane

Nymphe toujours charmante, & d'une humeur tranquille,
Soit qu'il vous faille quelquefois
Quitter la Ville pour les bois,
Ou quitter les bois pour la Ville,
J'ai pourtant de la peine à me persuader,
Vous qui parez les Bals & les plus grandes Fêtes,
Que vous soiez bien propre à vous accomoder
D'un long commerce avec les bêtes.


pour Madame la Princesse de Guimené, Nymphe de Diane

La chaste Diane en ses bois,
Nous tient sous de severes loix,
Elle n'admet rien de prophane:
Qu'un mortel nous approche, & nous ose toucher ?
Helas ! qui diroit Diane,
Si Diane savoit que je viens d'accoucher !


pour Madame de Grancey, Nymphe de Diane

Vous avés tous les traits d'une beauté divine,
De beaux yeux, le poil noir, un teint vif & charmant,
Une taille sur tout si legere, & si fine,
Que l'on ne vous sauroit attraper aisément.


pour Mademoiselle de Gontaut, Nymphe de Diane

Belle Nymphe, avec le carquois,
Vous avez une mine au dessus du vulgaire;
Mais il me semble que les bois
Tous seuls ne vous conviennent guére.


pour Mademoiselle de Biron, Nymphe de Diane

Des hommes vous craignez l'abord,
Cependant je vous plaindrois fort,
Si je vous trouvois tête à tête
Dans un bois avecque une bête.


pour Mesdemoiselles de Clisson & de Broüilly, Nymphes de Diane

Evitez bien ces gens qui font les doucereux;
Beaux ou laids, tous sont dangereux,
Et souvent on se perd quand on se les attire;
Défiez-vous également
De tout ce qui s'apelle Amant,
Soit le Berger, soit le Satire.

pour Monsieur le Comte de Brionne, representant Bacchus conquerant

Ce Bachus équipé pour plus d'une conquête,
Au triomphe des coeurs & des Indes s'aprête:
Son vin est dangereux pour peu qu'on en ait pris,
Il en fera tâter à quantité de Dames,
Et par ce vin nouveau qui plaît à bien des femmes,
Donnera dans la tête à beaucoup de maris.


pour Monseigneur le Dauphin, representant un Indien de la Suite de Bachus:

Sur les pas du Vainqueur qui triomphe par tout,
Et qui plus loin que l'Inde établit sa puissance,
De quoi, jeune Heros, ne viendrés-vous à bout,
Et par votre courage, & par votre naissance.

Non, rien ne vous égale, il n'en est point de tels
A la suite du Dieu qui lance le tonnerre,
Aussi ne sauriés-vous pour le bien des mortels
Trop long-tems demeurer le second sur la terre.

Marchez parés l'honneur de tous les Conquerans;
On voit à sa clarté toutes clartés s'éteindre,
Bien loin derriere lui surpassés les plus grands,
Il s'agit de le suivre, & non pas de l'atteindre.

pour Madame la Princesse de Conty, representant Ariane

Ce n'est point Ariane aux solitaires bords,
Qui gémit & se plaint d'un amant infidelle,
Celle-ci ne connoît l'amour, ni ses remords,
Elle est jeune, elle est pure, elle est vive, elle est belle,
Et le monde, & la Cour ne sont faits que pour elle.

Bacchus est le premier de ceux qu'elle a vaincus,
§Bacchus est top heureux de l'avoir épousée,
Keur chaîne par le tems ne sauroit être usée,
Et l'on dira toujours Ariane & Bacchus,
Mais l'on ne dira point Ariane, & Thesée.


Grecques de la Suite d'Ariane

pour Mademoiselle de Lislebonne, Grecque

Belle Grecque, suivez la charmante Princesse,
Où tant de vertu brille avec tant de jeunesse,
Madame votre Mere t consent-elle pas ?
Elle qui prend le soin d'éclairer tous vos pas.

Vous avez fait sous elle un digne aprentissage
De tout ce qui peut rendre une Princesse sage,
Jamais les passions n'ont osé l'assaillir,
Mais à son gré la pente est bien douce à saillir.


pour Madame la Duchesse de Sulli, Grecque

J'excuse les soûpirs & les discretes flames,
Et femme je ressemble à la plupart des femmes
A qui l'on fait plaisir d'encenser leurs appas;
Sur ce qui peut toucher la veritable gloire,
J'y suis Grecque, & ne pense pas
Qu'on m'en fasse aisément accroire.


pour Madame la Duchesse de Mortemart, Grecque

Deux Epous qui s'aiment fort,
Sont separez dés l'abord;
Lui s'en va faisant sa plainte,
Elle beaucoup plus contrainte,
Sous les loix d'un dur devoir,
Pour le suivre, & pour le voir
Dans l'ennui qui la consomme
Auroit été jusqu'à Rome;
Mais c'est buen pis aujourd'hui
Qu'elle est rejointe avec lui,
Cette jeune & fine Grecque
Iroit jusques à la Mecque.


pour Madame de Segnelay, Grecque

Grecque, ou non, suffit qu'en effet,
Vous avez un esprit bien fait
Que vous êtes bonne, & sincere,
Chose au monde fort necessaire,
Et que surement sur l'apparence on croit:
Car pour elle, cela se voit,
Et saute aux yeux sans qu'on le die:
Toûjours de tout païs les vertus ont été,
Mais sans vous j'aurois douté
Qu'il en vinet tant de côté
De la Basse Normandie.


pour Mademoiselle de Laval, Grecque

Je suis fiere à peu prés comme si dans ma main
J'avois l'Empire Grec, & l'Empire Romain,
Aussi par dessus tout qui se fait mieux connoître ?
A qui ne puis-je pas disputer le terrain ?
J'ai l'air grand, le coeur noble, & tout cela pour être
A la suite de l'autre, & pour grossir son train.


pour Mademoiselle de Pienne, Grecque

Au plus bel endroit de la Grece
Où d'une fort soigneuse adresse
Tant de Belles pour le besoin
D'un seul étroitement gardées,
Attendent d'être regardées,
Vous pourriés tenir votre coin.

pour Monseigneur le Dauphin, representant un Zephir

Vous vous joüez parmi les fleurs
Qui de mille, & mille couleurs
Pour vous plaire se sont parées !
Mais quoi que vous soiez si tranquille, & si doux,
Les Aquilons, & les Borées,
N'oseroient souffler devant vous.
Jupiter voit avec plaisir
En vous qui n'êtes qu'un Zephir
L'impatiente ardeur de vaincre & de combattre:
Et ce que le foudre a laissé,
Où qu'elle a dédaigné d'abattre
Par vous sera bouleversé.


pour Monsieur le Prince de la Roche-Sur-Yon, Zephir

Zephir tant qu'il vous plaira,
Et soupire qui voudra
Bien long-temps aprés sa proie,
Mais je doute qu'on me voie
Comme ces autres Zephirs
Passer ma vie en soupirs.


pour Monsieur l'Amiral, Zephir

Ce tendre Zephir ne respire
Que d'être sur le moite empire,
En attendant qu'il se soit renforcé,
Il ne fait que briser la surface des ondes,
Mais il sera connu des Mers les plus profondes,
Et d'un terrible joug Neptune est menacé.


pour le Marquis d'Alincourt, Zephir

Tout est perdu, si vous savés
Le merite que vous avez,
Laissés au reste du monde
Cette science profonde
Soiez-vous dis-je moins savant,
De peur que le Zephir ne prenne trop de vent.


pour le Marquis de Richelieu, Zephirs

Toujours ce Zephir
Plus gai que fidelle
Des fleurs à choisir
Prend la plus nouvelle,
Et de belle en belle
Vole son desir.


pour Messieurs de Moüy & d'Amilton, Zephirs

D'abord ne soufflez pas prés des jeunes Merveilles
Qui veulent que l'on soit tendre, & respectueux,
Pour peu que vos soupirs soient vains & fastueux,
Ils ne parviendront plus au coeur par les oreilles.

pour Monsieur le Dauphin, Zephir
et pour Madame la Dauphine, Flore
qui dancent ensemble

Soiez tous deux amoureux & constans,
Soiez tous deux les Maîtres du Printemps.
Jeune Zephir, qui soupirés pour Flore,
Faites-vous part de quelque rejetton,
Mâtez ce tendre & premier bouton
Que de vous deux l'Amour doit faire éclore:
Ménagés des momens si doux,
Que les Jeux, les Ris, & les Graces
Ne se separent point de vous,
Et marchent toujours sur vos traces.

Soiez tous deux amoureux & constans,
Soiez tous deux les Maîtres du Printemps.

Pour vos plaisirs, déja tout se prepare.
Et dans nos Bois qui redeviennent verds
Tous les Oiseaux prennent des tons divers;
L'air se parfume, & la terre se pare
Ainsi que vos pas, que vos coeurs
Soient dans une juste cadence,
Et que par vous aprés les fleurs
Viennent les fruits en abondance.

Soiez tous deux amoureux & constans,
Soiez tous deux les Maîtres du Printemps.

Et dans vos yeux, & sur votre visage
Nous apparoît ce qui nous flatte tant,
Et du beau don que l'Univers attend
Nous voions luire un bienheureux presage.
C'est pour avancer de tels fruits
Que l'Amour & les Destiniées
Composent de si douces nuits,
Et font de si belles journées.

Soiez tous deux amoureux & constans,
Soiez tous deux les Maîtres du Printemps.

Suite de Flore

pour Madame la Duchesse de Sully

A la Déesse Flore il faut offrir nos coeurs,
Acquittons des devoirs pressans comme les nôtres,
Mettons-lui sur le front des Couronnes de fleurs,
Elle n'en veut point d'autres.


pour Madame la Duchesse de la Ferté

Il n'est point de Beauté qui soit si naturelle,
Vous la voiez briller des plus vives couleurs;
Et lors que le Printemps aura perdu ses fleurs,
On les peut retrouver chés elle.
Mais seroit-elle ainsi sous les armes pour rien ?
Il faut qu'elle ait au coeur quelque petite chose,
Si l'Amour vouloit il nous le diroit bien;
Mais le pauvre Enfant n'ose.


pour Madame la Duchesse de Guimené

Votre bonne fortune a passé votre attente
D'avoir pû resister aux terribles douleurs
Qui des fruits de l'Hymen corrompent les douceurs,
Mais votre beauté s'augmente,
Voila ce qui s'appelle un serpent sous des fleurs,
Et l'on est pas toujours également contente.


pour Madame la Marquise de Segnelay

Avec une moitié dignement assortie,
Je goûte un bonheur pur que je fais en partie,
Ce ne sont que fleurs sous nos pas,
Tous nous plait, rien ne nous chagrine,
Ou si parmi ses fleurs se trouve quelque épine,
Elle pique si peu, que l'on ne s'en plaint pas.


pour Mesdemoiselles de Loube & de Slisson

Belles, vous possedez de si tendres appas,
Qu'il semble qu'eux & vous ne fassiez que d'éclore,
Il faut que vous soiez de la suite de Flore,
A voir toutes les fleurs qui naissent sur vos pas.

pour les Songes

Aux Belles avec adresse,
Inspirez de la tendresse
Et faites leur sentir ce que vous merités:
Que dans vos yeux elles lisent,
Quelquefois les songes disent
De solides veritez.
Si vous n'allez au coeur par votre passion,
Echaussez pour le moins l'imagination
Des Belles contre vous quelquefois en colere:
Elles vous recevront sans s'en appercevoir,
Et par tous les talens que vous avez pour plaire !
SONGES, songez à vous pourvoir.


pour Mademoiselle de Nantes, representant la Jeunesse

Que de naissantes fleurs ! ô que cette Princesse
Represente bien la Jeunesse !
Et qu'elle aura de grace & de facilité
A representer la Beauté !
Heureuse de pouvoir un jour être fidelle
A tous les traits de son Modelle.