Les
Surprises
de l'Amour
Ballet
composé de III Actes séparés:
l'Enlèvement
d'Adonis
la Lyre Enchantée
Ancaréon
représenté
pour la premiere fois par
l'Academie Royale de Musique
me Mardi trente-un Mai 1757
les
Paroles sont de Pierre Joseph Bernard
musique
de: Jean-Philippe
Rameau
|
|
Les deux
premiers Actes de ce Ballet ont été
représentés à Versailles devant le Roi,
sur le Theâtre des Petits Appartemens en 1748.
L'on y a fait des chagemens considérables.
L'Acte d'Anacréon que l'on donne ici, n'a point
encore paru.
|
Premiere
Entrée
L'Enlèvement
d'Adonis
|
|
les
personnages:
|
les
interprètes:
|
|
|
|
|
Venus
|
Mlle
Davaux
|
|
L'Amour
|
Mlle
Lemiére
|
|
Diane
|
Mlle
Jacquet
|
|
Adonis
|
Mlle
Dubois
|
|
Mercure
|
Mr
Godart
|
|
Une
Nimphe
|
Mlle
L'Heritier
|
|
|
|
Les
Graces
Nimphes & Chasseurs de la Suite de Diane
Amours, Jeux & Plaisirs de la Suite de
Venus
|
|
La
Scêne est dans les Bois de Diane
|
|
Le
Théâtre représente une vaste
Forêt
|
|
L'Amour:
Pour surprendre Adonis j'abandonne les cieux,
C'est l'Amour qui le suit, c'est Venus qui l'adore;
Diane trop long-tems le dérobe à nos yeux.
C'est ici chaque jour qu'il devance l'aurore,
Et je viens, plus touché de l'emploi glorieux
D'instruire un jeune coeur des secrets qu'il ignore,
Que de regner sur tous les Dieux.
[Adonis
paroît]
C'est
lui... que j'aime à voir l'ennui qui le dévore
!
[L'Amour
se retire un moment pour observer Adonis & pour quitter
ses armes]
|
|
Adonis:
O Diane ! O sombres Forêts !
Pourquoi n'avés-vous plus de charmes ?
Dans vos
jeux innocens je trouvois mille attraits.
Fiers habitans des bois ne craignés plus mes
armes;
Le trouble de mon coeur va vous donner la paix.
O Diane
! O sombres Forêts !
Pourquoi n'avés-vous plus de charmes ?
[l'Amour
paroît sans armes]
|
|
L'Amour:
Vous qui connoissés ce séjour,
De mes pas égarés daignés être le
guide.
En quels lieux sommes-nous ?
Adonis:
Diane ici préside,
Et ces bois menent à sa cour.
L'Amour:
Dans ces lieux écartés n'a-t-on point vu
l'Amour ?
Adonis:
L'Amour ! Qui ? Ce monstre terrible,
Ce fatal ennemi du repos des humains !
Ah ! qu'il éprouveroit un châtiment
horrible
S'il tomboit dans nos mains.
L'Amour:
Le Dieu qui des aimer, le Dieu qui rend aimable
est-il un monstre redoutable ?
Hélas
! Peut-on le craindre ? Il est fait comme vous.
Dans un âge si tendre, avec des traits si doux,
Le Dieu qui fait aimer, le Dieu qui rend aimable
Est-il un monstre redoutable ?
Adonis:
Il est armé de feux vengeurs...
L'Amour:
Ses feux sont de douces ardeurs
Qui brillent dans les yeux, qui couelt dans les
veines.
Adonis:
Il mêle à ses plaisirs des rigueurs
inhumaines.
L'Amour:
Jugés du prix de ses faveurs,
Puisqu'il fait adorer ses peines.
Adonis:
Il ne se nourrit que de pleurs.
L'Amour:
Il est le Dieu des Ris.
Adonis:
Ses liens sont des chaînes.
L'Amour:
Ses chaînes sont des fleurs.
Adonis:
Mais c'est un enchanteur... Ah ! Je l'éprouve
même
Au charme dangereux que vous tenés de lui.
L'Amour:
S'il enchantoit vos sens, s'il charmoit votre ennui
?
Adonis:
Non. Ma frayeur seroit extrême !
L'Amour:
Je vous entendois soupirer,
Quand vous rêviés sous cet ombrage;
C'est le reveil d'un coeur qui cherche à
s'éclairer.
Le votre enfin commence à murmurer
D'un trop long esclavage.
Adonis:
Si l'on connoît son coeur par ses désirs,
Je l'avourai, le mien se fait déja
connoître.
L'Amour:
Allons chercher l'Amour, il vous dira peut-être
D'où naissent vos premiers soupirs...
Que sa
mere, Adonis, vous feroit mieux entendre
Un mystere si tendre !...
Que vous lui trouveriés d'attraits !
Adonis:
Son nom n'est point encor connu dans ces
forêts.
L'Amour:
Diane à mille appas, & la cour qui l'adore
Offre les objets les plus doux.
Venus d'un seul regard les effaceroit tous.
Sur le char du matin vous avés vu l'Aurore,
Et Venus est plus belle encore.
Adonis:
Plus belle ! O ciel, que dites-vous ?...
De mes transports je ne suis plus le maître,
Allons chercher l'Amour...
L'Amour:
Adonis, tu le vois,
Et Venus va paroître.
Adonis:
Au trouble de mon ame, au charme de sa voix
Pouvois-je, o ciel, le méconnoître !
[l'arrivée
de Venus est annoncée par une symphonie
agréable, & par la danse des Graces, qui la
précédent. Elles environnent Adonis, qui ne
sçait d'abord laquelle adorer. Venus paroît
& fixe ses regards]
|
Scene
4
Adonis, Venus,
l'amour & les graces restent au fond du
Theâtre
|
|
Venus,
à Adonis:
Vous parliés à l'Amour, quoi ? Vous ne
craignés plus
D'écoûter son tendre langage ?
Adonis:
Mon coeur risquera davantage
S'il écoute Venus.
Venus:
Vous plairés-vous toujours dans ce lieu solitaire
?
Adonis:
Avant ce jour, hélas ! J'y bornois tous mes
voeux.
Venus:
La Déesse des bois sans doute a sçu vous
plaire ?
Vous l'aimés ?
Adonis:
Je dois tout à ses soins généreux,
J'écoûte ses leçons, je lui marque mon
zele...
Mais fais-je encor ce que je veux ?...
Demandés à l'Amour s'il m'a parlé pour
elle.
Venus:
S'il étoit un autre séjour
Où la voix du plaisir se feroit seule entendre,
Où pour vous mille jeux renaîtroient chaque
jour,
Où toujours adoré, vous seriés toujours
tendre...
Quitteriés-vous ces lieux pour un séjour si
doux ?
Parlés.
Adonis:
Déesse, y seriés-vous ?
Venus:
Oui, charmant Adonis, j'y serois pour vous plaire,
Pour jouir d'un bonheur qui fixe tous mes voeux,
Pour y bruler de tous les feux
Qu'Amour peut allumer dans le sein de sa mere.
Fuyés
une loi trop sévere,
Je garde un sort plus doux au plus beau des mortels;
Venés partager à Cythere
Et ma tendresse & mes autels.
Adonis,
jettant son javelot:
Ah ! je vous suis par-tout. C'est l'Amour qui l'ordonne;
Eh ! Qui pourroit lui resister !...
Mais Diane que j'abandonne...
Mais vous que je ne puis quitter...
Pardonnés ce désordre à mon premier
hommage.
Adonis est à vous. Adonis est
charmé.
Venus:
Son coeur m'aimera davantage
Puisqu'il n'a point encor aimé.
Ensemble:
Dieux ! Quel bonheur sera le nôtre !
Hâtons l'instant de nos plaisirs.
Pourquoi languir dans les désirs ?
Quand deux coeurs sont faits l'un pour l'autre.
[le
Duo est interrompu par un bruit de Chasse. L'Amour qui est
sorti du théâtre, pour observer ce qui se
passe, rentre tout effrayé]
|
Scene
5
Adonis, Venus, l'Amour
les graces restent au fond du Theâtre
|
|
L'Amour:
Diane assemble ici sa Cour.
Fuyons, sortons de ce séjour,
Et cherchons dans les airs une route nouvelle.
Adonis:
La fuir ! Ah ciel, que dira-t'elle ?
L'Amour:
Que tout céde à l'Amour.
[l'Amour,
Venus & Adonis sortent ensemble. Des Chasseurs & des
Nymphes entrent sur le Theâtre en dansant, &
forment un Divertissement, qui est ensuite troublé
par l'arrivée de Diane, & par ses
plaintes]
|
Scene
6
Nymphes & Chasseurs
|
|
Une
Nymphe, avec le Choeur:
Le jour vient d'éclore
Diane est aux bois,
Son cor & sa voix
Nous pressent encore.
Courons si bien tous
Que l'Amour jaloux
Ne nous puisse atteindre.
Tranquille séjour
Tu n'as point à craindre
Les traits de l'Amour.
[les
Jeux des Chasseurs continuent, & leur voix se mêle
aux chants des Nymphes]
La Nymphe,
alternativement avec le Choeur:
L'oiseau de le plus tendre,
Discret dans ses chants,
Craint de faire entendre
Des sons plus touchants.
L'Amour nous offense
Même en ses chansons:
Chantons l'innocence
Dont nous jouissons.
[on
danse]
Le Choeur
des Nymphes, derriere le Théâtre:
Adonis, Adonis, pourquoi nous fuyés-vous ?
[Diane
arrive]
|
Scene
7
Diane,
Nymphes & Chasseurs
|
|
Diane:
O Dieux ! Quel ravisseur jaloux
Peut ici braver ma puissance ?
Courons, courons à la vengeance !
Volons sur ses pas; armons nous.
Le Choeur
des Nymphes & des Chasseurs:
Courons, courons à la vengeance !
Volons sur ses pas; armons nous.
[une
partie des Nymphes & des Choeurs sort du
théâtre pour suivre Adonis]
Diane:
L'Amour a-t'il séduit sa credule innocence ?
Cruel, je reconnois tes coups:
Courons, courons à la vengeance !
Volons sur ses pas; armons nous.
Jupiter,
prends-tu sa défense ?
Si tu ne punis qui t'offense,
Tout se ressentira de mon juste couroux.
La plus
affreuse nuit couvrira ces rivages,
J'obscurcirai mes feux qui brillent dans les airs.
Hécat ira dans les enfers
Des torrents du ténare exciter les ravages.
Et je déchaînerai du fond de ces deserts
Mille monstres sauvages
Qui désoleront l'univers.
[Mercure
descend du ciel]
|
Scene
8
Mercure, Diane,
Nymphes
|
|
Diane:
Mercure, venés-vous m'apprendre
Que mes pleurs ont touché les Dieux ?
Mercure:
Oui, l'objet de tes voeux va paroître en ces
lieux,
Venus consent à te le rendre,
Oses, si tu veux, le reprendre;
Mais garde-toi de l'erreur de tes yeux,
Et crains de te laisser surprendre.
[Venus
paroît sur un nuage ayant devant elle l'Amour &
Adonis déguisé sous les mêmes traits,
avec les armes & les attributs de ce Dieu: Venus est
accompagné de toute sa suite]
|
Scene
9
Venus, Adonis, l'Amour, Mercure, Diane,
Nymphes, Graces, Jeux & Plaisirs
|
|
Venus, se
presentant à Diane:
Je céde à tes désirs par une loi
suprême.
Sous les traits de l'Amour je te rends Adonis,
Tu le vois prés de l'Amour même;
Tu peux choisir.
Diane:
O Dieux ! Qu'entends-je ? JE frémis !
Adonis... repondés... il garde le silence...
Dieux ! Si j'allois choisir l'ennemi qui m'offense
!...
Venus, tu
l'emportes sur moi.
Garde un ingrat que je te livre:
Dés qu'il a pû te suivre,
Il n'est plus digne que de toi.
[elle
sort]
L'Amour:
Nous triomphons de sa colere.
Sombres forêts, triste séjour,
Disparoissés, laissés voir à
l'Amour
Des lieux plus dignes de lui plaire.
[le
théâtre change; on voit les Jardins
d'Amathonte, ornés de berceaux & de portiques
dorés]
|
Scene
10
Venus, Adonis, l'Amour,
Graces, Amours, Jeux & Plaisirs
|
|
Le
Choeur:
Chantons l'Amour & sa conquête,
Qu'il va combler d'heureux désirs !
L'Hymen en prépare la fête,
L'Amour ne promet les plaisirs.
Venus:
Votre bonheur fait ma gloire suprême,
Ah, quel plaisir de vous charmer !
Adonis:
L'Amour donne un coeur pour aimer,
Et c'est Vénus qu'il faut qu'on aime.
Quel amant
fut jamais épris
D'une ardeur si pure & si belle ?
Quel doit être l'excès d'une flâme
nouvelle
Dont l'Amour est l'auteur, dont Vénus est le
prix.
[la
suite de Venus forme un Ballet, auquel les Graces
président]
Venus:
Le premier trait de l'Amour lance
Est celui qui blesse le mieux.
Que ce Dieu plaît à sa naissance !
L'instant qui détruit l'ignorance
Est l'instant le plus précieux;
Quand on sort de l'indifference,
Le premier trait de l'Amour lance
Est celui qui blesse le mieux.
L'Amour,
à Adonis:
Diane que tu crois si fiere & si sauvage,
N'a pas toujours gardé son coeur,
Et je veux que ces jeux te retracent l'image
Du Berger qui fut son vainqueur.
[des
plaisirs déguisés executent les ordres
del'Amour; Endimion paroît endormi au fond du
théâtre sur un lit de gazon. Diane descend dans
son char avec un Amour à ses pieds, elle contemple le
Berger, dont elle devient amoureuse. Danse de Diane & de
l'Amour qui éveille Endimion. Surprise, enchantement
du Berger, action Pantomime représentant les amours
de Diane & d'Endimion, que la Déesse enleve dans
son char]
Le
Choeur:
Chantons l'Amour & sa conquête,
Qu'il va combler d'heureux désirs !
L'Hymen en prépare la fête,
L'Amour ne promet les plaisirs.
[ce
Choeur est accompagné d'une Danse
générale]
|

Seconde
Entrée
La
Lyre enchantée
|
|
les
personnages:
|
les
interprètes:
|
|
|
|
|
Apollon
|
Mr
Larrivée
|
|
Uranie,
Muse
|
Mlle
Chevallier
|
|
Parthenope,
l'un des Sirênes
|
Mlle
Fel
|
|
Linus,
fils d'Apollon
|
Mr
Poirier
|
|
|
|
Terpsicore
les Muses
Les Syrenes
Faunes, Driades & Sylvains
|
|
La
Scêne est au pied du Parnasse
|
Scene
premiere
Parthenope
|
|
Le
Théâtre représente un Vallon
champêtre, au pied du Mont-Parnasse, dont on voit les
deux côteaux couverts de Palmiers & des
Trophées qui conviennent aux Muses & aux Arts. On
voit la fontaine d'Hippocrêne qui y prend sa source,
& serpente dans le Vallon. Au sommet du Mont,
paroît le Temple de
l'Immortalité
|
|
Parthenope:
Charme de mon vainqueur, doux accens de ma voix,
Formés avec mes yeux un si tendre langage,
Qu'il puisse écouter mille fois
Et mes sermens & mon hommage.
Imités
les oiseaux qui chantent dans ces bois,
Accompagnés leur chant, secondés leur
ramage;
Vous plairés davantage
A l'Amant dont je suis les loix.
Charme de
mon vainqueur, doux accens de ma voix,
Formés avec mes yeux un si tendre langage,
Qu'il puisse écouter mille fois
Et mes sermens & mon hommage.
Linus doit
pour me voir s'échapper aujourd'hui:
Il vient, mais Uranie est encore avec lui.
[Elle
se retire]
|
|
Uranie:
Eleve & fils du Dieu, que le Pinde révere,
Quand ma voix vous appelle aux concerts d'Apollon,
Pourquoi chercher dans ce vallon
Et le silence & le mystere ?
Linus:
J'y venois rêver à l'écart.
J'ai trouvé la nature en ce séjour plus
belle;
Pour mieux vous imiter je me conduis par elle;
Et pour être digne de l'art,
J'en viens consulter le modele.
Uranie:
Prenés un vol plus glorieux;
Venés lire avec moi dans les secrets des
Dieux.
Chantés,
Linus, chantés les faveurs éclatantes
Du Dieu qui brille aux yeux de l'univers,
Les Titans reversés, & la rage mourante
Du Serpent qui souillois les airs.
Linus:
Ce sublime effor m'épouvante.
C'est l'amant d'Issé que je chante.
Uranie:
Ce penchant aux douces erreurs
Annonce déja la tendresse.
Gardés-vous, gardés-vous sans cesse
Du piége des folles ardeurs.
S'il est
des Dieux que l'Amour blesse,
C'est un jeu dont ils sont vainqueurs,
Sans qu'il en coûte à leur sagesse,
Au lieu qu'à l'humaine foiblesse
Il coûte le repos des coeurs.
Gardés-vous,
gardés-vous sans cesse
Du piége des folles ardeurs.
Linus:
On peut chanter l'Amour sans ressentir sa flâme.
J'aime à peindre ses jeux sans éprouver ses
fers;
Il fait le charme de mes airs,
Sans faire encor le tourment de mon ame.
Je
craindrai toujours ses rigueurs.
Uranie:
Gardés-vous, gardés-vous sans cesse
Du piége des folles ardeurs.
Linus:
Rassûrés-vous, Déesse...
[on
entend une brillante symphonie. Uranie se retire, Parthenope
arrive, la Lyre à la main, suivie de Faunes, de
Sylvains & de Driades ses éleves, qui
l'accompagnent en dansant]
|
Scene
3
Parthenope,
Faunes, Sylvains & Driades
|
|
Parthenope:
Venés tous écouter ma Lyre.
Avec elle, écoutés mes chants.
L'Amour en forme les accens,
Et c'est le plaisir qu'elle inspire.
Les
Choeurs:
Ecoutons, écoutons sa Lyre.
L'Amour en forme les accens,
Et c'est le plaisir qu'elle inspire.
[on
danse au son de la Lyre de Parthenope; c'est un Ballet
champetre dans lequel les Faunes & les Driades qui le
composent montrent plus de gaïeté que de
régularité dans leurs pas]
Parthenope:
Ranimés vos sons & vos pas,
Dansés, chantés, le plaisir vous appelle;
Les ris font briller plus appas.
C'est la gaïeté qui rend la jeunesse
éternelle.
[pendant
le Chant de Parthenope, les Faunes & les Driades
continuent leur Danse, & répétent ensuite
le Choeur]
Les
Choeurs:
Ecoutons, écoutons sa Lyre, &c.
[Linus
paroît]
|
Scene
4
Linus, Parthenope,
Faunes, Sylvains & Driades
|
|
Parthenope:
Linus, que vous tardiés à répondre
à ma voix !
Ces Muses que je crains, ont sur vous trop d'empire:
Je vous perdrai.
Linus:
Non, ce n'est qu'à vos loix
Que Linus charmé veut se rendre.
Les trouverois-je ailleurs, ces charmes que je vois ?
Cette voix que j'adore, où pourrois-je l'entendre
?
Parthenope:
Ah ! si vous l'écoûtiez, vous la rendrez plus
tendre.
Linus:
Les Muses sur mon ame ont d'inutile soins.
Mon esprit envain se rappelle
Les chants que les neuf Soeurs m'apprennent chaque jour.
Mais que ma mémoire est fidéle
Quand vous chantés l'Amour !
Parthenope:
Répétons nos airs
tour-à-tour.
[elle
commence]
Lorsque
Venus sortit du sein de l'onde,
son regard sur la terre enfanta le desir.
L'espoir de tous les coeurs vint bientôt ses
saisir:
Et l'Amour achevant les délices du monde,
Donna la naissance au plaisir.
Linus:
Tout rend hommage à la beauté.
Pour éclairer ses traits, le jour se renouvelle;
Pour la chanter, s'éveille Philomèle;
Le Ruisseau qui fuyoit, devant elle arrêté,
Trace son image fidéle;
Des pavots du Sommeil, la douce volupté
Rend de son teint la fraîcheur éternelle.
L'ordre de l'univers semble établi pour elle.
Tout rend hommage à sa beauté.
Parthenope:
Charmant éleve que j'adore,
Si vous chantés l'Amour, qui peut y resister ?
Mais occupés-vous plus encore
A le sentir qu'à le chanter.
Linus:
Ah ! Vous m'êtes garent de ce talent
suprême,
Puisque c'est vous que j'aime.
Ensemble:
Aimons-nous, répéteons cent fois
Le charmant aveu de no flâmes.
Que l'accord touchant de nos voix
Egale celui de nos âmes.
Parthenope:
Linus, si ton coeur est à moi,
Je veux me venger avec toi.
Les Muses condamnent sans cesse
Les Syrenes & leur amour:
Je veux qu'Uranie à son tour
En éprouve tout l'yvresse.
Linus:
Vos efforts seroient impuissants.
Parthenope:
Par un enchantement plus doux que redoutable,
[en
montrant la Lyre qu'elle tient]
Qui touche
cette Lyre en tire des accents
Qui pénetrent les sens
D'un charme inévitable.
Uranie en
ces lieux va presser son retour.
Elle y trouvera cette Lyre...
Pour mieux jouir de son martire,
Cachons-nous; elle vient...
[Parthenope
suspend à un arbre la Lyre enchantée, &
sort avec Linus]
|
|
Uranie,
seule:
C'est ici le séjour
Où le fils d'Apollon doit bientôt
reparoître.
Attendons... Quel objet vient de frapper mes yeux !
Pourquoi cette Lyre en ces lieux ?
A l'une de mes soeurs elle appartient peut-être.
Voyons... en la touchant, amusons nos loisirs.
[Uranie
touchant cette Lyre, est étonnée du
prélude qu'elle entend, & qui lui inspire
aussitôt ces chants d'Amour]
Douce
volupté d'un coeur tendre
Triomphés de tous les plaisirs...
[Uranie
s'arrête avec surprise]
Ah, Dieux
! Que me fait-elle entendre !...
Mais je crains peu de m'y laisser surprendre:
Ce sont de vains accords qu'emportent les
Zéphirs.
Douce
volupté d'un coeur tendre
Triomphés de tous les plaisirs...
L'Amour
cause quelques soupirs,
Mais le bonheur doit en dépendre.
Douce
volupté d'un coeur tendre
Triomphés de tous les plaisirs...
Quels sons
touchants ! Je devrois les suspendre...
Linus,
cher Linus, quelle ardeur de te voir
Brûle mon ame impatiente !
Trop
d'interêt pour toi commence à
m'émouvoir,
Et mon amitié m'épouvante.
[après
avoir rêvé quelques-tems, elle touche encore
cette Lyre, qui rend des sons plus gais]
La
sagesse est de bien aimer,
Et d'aimer toujours sans partage.
On est
heureux si l'on peut s'enflâmer;
Si l'on est constant on est sage.
La
sagesse est de bien aimer,
Et d'aimer toujours sans partage.
[après
un moment de silence]
L'adorer
?... moi ? qu'ai-je dit ? je l'ignore.
Ma raison interdite accuse mes discours;
Et mon coeur les repete encore.
Il vient... comment cacher le feu qui me devore ?
|
|
Uranie:
Suivés, chantés le Dieu qui paroît vous
charmer;
Je ne lui ferai plus contraire.
Quand mon coeur brûle de vous plaire
Puis-je vous défendre d'aimer ?
Linus:
Ah, Déesse ! Le puis-je croire ?
Non, non, ce seroit en un jour
Trop d'ambition pour ma gloire,
Trop de triomphe pour l'Amour.
Amusons-nous
de la tendresse,
Qu'elle soit un jeu de nos coeurs;
Gardons-nous, gardons-nous sans cesse
Du piège des folles ardeurs.
Uranie:
Vous me lancés mes propres armes,
Quand je les mets aux piés de mon
vainqueur.
Linus:
Eh bien, connoissez donc mon coeur.
Comme vous de l'Amour j'éprouve tous les charmes,
Dans ces lieux, loin de vous, je venois soupirer...
J'adore...
Uranie:
Ah ! De quel trait m'allez-vous déchirer ?
Linus:
J'adore une Syrene, et je suis aimé d'elle.
Parthenope...
Uranie:
Quel nom ! Quelle honte mortelle !
Linus:
Apollon lui-même en ce jour
Va couronner notre esperance.
[un
prélude annonce l'arrivée
d'Apollon]
Mais ce
brillant concert annonce ici sa cour,
Et je vois le Dieu qui s'avance.
Uranie:
Comment éviter sa présence.
[le
Parnasse s'éclaire: Apollon descend d'un
côté de la Montagne, suivi des Muses,
Perpsicore arrive ensuite, suivie de ses éleves; les
Faunes & Driades qui ont formé le premier
Divertissement accourent à ce
Spectacle]
|
Scene
7
Uranie, Linus, Apollon, Parthenope,
les Muses, Faunes & Draides
|
|
Apollon,
à Uranie:
Muse, rougissés moins d'un piege de l'Amour;
Ce Dieu pour vous soumettre enchanta cette Lyre:
Sortés de ce délire,
et de votre raison célébrés le
retour.
[Apollon
donne sa Lyre à Uranie, à la place de celle
qu'elle avoit, & l'enchantement
finit]
Accourés,
Muses & Syrenes,
Venés seconder mes désirs.
Que vos talens unis forment les douces chaînes
Qui menent aux plaisirs.
[la
réunion des Muses & des Syrenes se forme par un
Ballet]
Parthenope:
Vole, Amour, prête-moi tes armes;
Que le coeur de Linus s'enflâme chaque jour.
Que ne puis-je augmenter mes charmes
Pour ajouter à son Amour.
Le
Choeur:
Enseignés -nous vis jeux, brillante Terpsicore,
Que nos voix, que nos chants accompagnent vos pas.
Rendés-les plus legers encore;
L'Amour vous suit, il vole & ne vous quitte
pas.
[Terpsicore
arrive: les leçons qu'elle donne aux Sylvains rendent
leur Danse plus réguliere; ils se mélent aux
Muses & aux Syrenes]
Parthenope,
aux Muses:
Souffrés les Amours sur vos traces,
Muses, souvenés-vous toujours
Que l'esprit est sans les amours
Ce qu'est la beauté sans les graces.
C'est
à l'Amour qu'il faut céder;
Quel autre charme vous arrête ?
L'esprit peut faire une conquête;
Mais c'est au coeur à la garder.
[Ballet
des Muses, des Syrenes, des Driades, des Sylvains ayant
Terpsicore à leur tête]
|

Troisieme
Entrée
Anacréon
|
|
les
personnages:
|
les
interprètes:
|
|
|
|
|
L'Amour
|
Mlle
Lemiére
|
|
Anacréon
|
Mr
Gélin
|
|
La
Prétresse de Bacchus
|
Mlle
Davaux
|
|
Agathocle,
Ami d'Anacréon
|
Mr
Poirier
|
|
Euriclés,
Ami d'Anacréon
|
Mr
Muguet
|
|
Deux
Convives
|
Mrs
Poussint & Robin
|
|
|
|
|
Lycoris
|
personnage
dansant
|
|
|
|
Troupe
de Femmes inspirées, représentant les
Menades
Esclaves
les Graces
Amours, Ris & Jeux
|
|
La
Scêne est à Théos, dans la Maison
d'Anacréon
|
Scene
premiere
Anacréon, Lycoris, Agathocle, Euricles,
Convives, Esclaves, jeunes Grecques
|
|
Le
Théâtre représente l'appartement
d'Anacréon orné pour une fête, on y voit
les statues de l'Amour & de Bacchus. Trois arcades
ouvertes laissent voir un salon d'architecture grecque, avec
des buffets garnis de vases, &c. Anacréon
paroît à table au milieu de ce salon avec
plusieurs Convives, environnés de jeunes Esclaves qui
leur versent à boire, qui les couronnent de fleurs
& qui dansent entour d'eux. Lycoris, maîtresse
d'Anacréon, est toujours à leur
tête
|
|
Anacréon,
Agathocle, Euriclés:
Regne, ô divin BAcchus ! Enflâme nos
esprits:
Que le transport de ton yvresse
A chaque instant renaisse
Avec la tendresse & les ris.
Regne,
ô divin Bacchus ! Enflâme nos
esprits.
Anacréon:
Le vol du tems qui nous presse,
Nous fait mieux sentir le prix
De l'instant fortuné que le Destin nous
laisse.
Anacréon
& les Convives:
Regne, ô divin Bacchus ! Enflâme nos
esprits.
Anacréon,
s'adressant à Lycoris dans le tems qu'elle danse
autour de lui & qu'elle lui verse à boire:
Nouvelle Hébé, charmante Lycoris,
Vole, repands sur nous les fleurs de ya jeunesse;
Par tes dons, par tes yeux rends nos coeurs plus
épris.
Verse nous le nectar, fais-le couler sans cesse.
Charmante Lycoris,
Sois dans ce temple heureux, l'adorable Prêtresse,
De tous les Dieux que je chéris.
Le
Choeur:
Regne, ô divin Bacchus ! Enflâme nos
esprits.
Anacréon,
à Lycoris:
Que l'amante d'Alcide au séjour du tonnerre
Soit jalouse de tes bienfaits,
Et vienne sur la terre
Voir les Dieux que tu fais.
[ici
la Danse de Lycoris devient plus vive, rend plus fais les
chants d'Anacréon]
Point de
tristesse:
Passons nos jours
Dans les amours
Et dans l'yvresse.
Buvons sans cesse,
Aimons toujours.
Le vin, la
tendresse,
Convive, maîtresse
M'invite à jouir.
Tout plaisir m'enchante,
Je bois, ris & chante;
Toujours dans l'attente
D'un nouveau plaisir.
[ces
Chants sont interrompus par une bruyante simphonie. La
Prêtresse de Bacchus paroît suivie d'une troupe
de femmes inspirées, representant les Menades,
portant des thirses & des flambeaux]
|
Scene
2
La Prêtresse de Bacchus, les Femmes
représentant les Menades,
Anacréon, Lycoris, Agathocle, Euricles,
Convives, Esclaves, jeunes Grecques
|
|
Anacréon:
Quel bruit ? Qu'elle clarté vient ici se
répandre !
Prêtresse, où courés-vous ? Quels
transports furieux ?
Le Choeur
des Menades, suivis de leur danses tumultueuses:
Détruisons un culte odieux.
La
Prêtresse, à Anacréon:
Favori de Bacchus, oses-tu faire entendre
Les chants qui profanent ces lieux ?
Le Choeur
des Menades:
Détruisons un culte odieux.
La
Prestresse:
Renversons cet autel.
Anacréon,
se levant pour s'opposer à leur fureur:
Ah, laissés-moi défendre
Le plus charmant de tous les Dieux !
La
Prestresse, en l'arrêtant:
Cesse ton criminel hommage;
Chasse l'Amour
Avec Bacchus point de partage:
C'est un outrage.
Anacréon:
Et, pourquoi donc les séparer ?
Quand la volupté les rassemble.
La
Prestresse:
L'Amour nous feroit soupirer.
Anacréon:
A la table des Dieux on les adore ensemble.
Eh, pourquoi donc les séparer ?
[on
voit ici dans un Ballet un combat entre les suivants
d'Anacréon & ceux de la Prestresse. Lycoris qu'on
veut arracher de ces lieux, paroît toujours au milieu
de la Danse, pourquivie par une Menade. La Symphonie exprime
la fureur des uns & les gémissements des autres.
Les Bacchantes ont enfin le dessus: Lycoris disparoît,
& l'on brise la statue de l'Amour]
La
Prêtresse:
Bacchus remporte la victoire.
Agathocle,
ramenant Anacréon à table:
Ce Dieu suffit à nos désirs:
Renouvellons nos chants, goûtons mieux ses
plaisirs.
Agathocle,
La Prestresse & les Choeurs:
Ne suivons que Bacchus; ne chantons que sa
gloire.
Agathocle,
à Anacréon:
L'Amour nous coûtoit trop de soins.
Ne suivons que Bacchus; ne chantons que sa
gloire.
[Lycoris,
qui s'est échappée, reparoit encore sur la
scêne, & vole vers Anacréon, qui lui tend
les bras]
Anacréon:
Ah, laissés-moi du moins,
Laissés-moi Lycoris me verser à
boire.
La
Prêtresse, à sa suite:
Eloignés cette objet qui blesse ici nos yeux.
Amis d'Anacréon, redoublés son yvresse.
Et nous pleins du Dieu qui nous presse,
Poursuivons l'Amour en tous lieux.
[on
enléve Lycoris. La Prêtresse & sa suite se
retirent. Anacréon reste plus rêveur, & les
chants reprennent]
|
Scene
3
Anacréon, Agathocle, Euricles,
Convives, Esclaves, jeunes Grecques
|
|
Le
Choeur:
Bacchus remporte la victoire.
Ne suivons que Bacchus; ne chantons que sa
gloire.
[une
Symphonie plus douce, annonce & prépare le
sommeil des Convives]
Agathocle:
Mais un divin sommeil vient calmer nos esprits:
Cédons à ce charme invincible.
Anacréon:
Mes yeux en se fermant auroient vu Lycoris.
Agathocle:
L'Amour ne donne point un repos si paisible.
Laissons veiller l'Amour & les jaloux.
Anacréon,
Agathocle & Euriclés:
Avec Bacchus endormons-nous.
[ici
les voix s'affoiblissent imperceptiblement; les lampes
s'éteignent. Lesrideaux tombent & ferment les
arcades. Anacréon paroît endormi qur un lit de
repos à l'un des côtés du
Théatre]
|
Scene
4
Anacréon, l'Amour
|
|
[la
plus douce Symphonie accompagne le sommeil
d'Anacréon, il est interrompu par le bruit du
Tonnerre, & l'on entend un Orage
terrible]
Anacréon:
Qui m'éveille ? J'entends le tonnerre qui gronde.
Quels siflemens ! Quel bruit ! Eole est
déchaîné:
Bacchus, que ne m'as-tu donné
Ton yvresse la plus profonde !
Envain Jupiter eut tonné.
L'Amour,
derriere le Théâtre:
Quelle nuit ! O ciel, quel orage !
Anacréon:
Quels sons plaintifs !
L'Amour:
Hélas ! Je vais périr.
Anacréon:
C'est la voix d'un enfant.
L'Amour:
Dieux, quel affreux ravage !
Anacréon:
La tempête redouble; allons le secourir.
[il
se leve pour ouvrir à l'Amour, qui paroît en
habit d'Esclave, & dans un grand
désordre]
Que
vois-je ? De pitié mon âme est attendrie.
Jeune infortuné, quel malheur
Expose votre vie ?
Parlez.
L'Amour:
Je suis encor tout glacé de frayeur.
Anacréon:
Où vîtes-vous le jour ?
L'Amour:
Cythere est ma patrie.
Anacréon:
A quel maître êtes-vous ?
L'Amour:
Je servois Lycoris;
J'étois son esclave fidele.
Un ingrat, qu'elle aimoit, la quitte avec mépris.
Le courroux s'est emparé d'elle;
J'ai moi-même éprouvé ses transports
furieux:
J'ai fui sa disgrace cruelle;
Et mes pas égarés m'ont conduit en ces
lieux.
Anacréon:
Quoi ! Lycoris brûloit d'une ardeur aussi tendre
?
L'Amour:
Si l'ingrat avoit pu l'entendre !
S'il eu vu son funeste sort !
Mais songe-t-il à son Amante ?
Dans les bras de l'Amour, Lycoris est mourante;
Et dans ceux de Bacchus le parjure s'endort.
Anacréon:
Quel est donc cet amant coupable ?
L'Amour:
Ah, de tous les mortels il fut le plus aimable.
Avant ce
jour
C'étoit l'Amour
Qui tenoit chez lui son empire.
Les Graces montoient sa lyre;
Les Jeux venoient à l'entour
Danser, folâtrer & rire.
Aujourd'hui
la fureur, d'un bachique délire
Les a bannis de ce séjour.
Anacréon:
Le déclin de l'âge
Peut-être l'engage
A quitter leur Cour.
On suit avec moins de peine
Un vieillard comme Sylêne
Qu'un enfant comme l'Amour.
L'Amour:
L'infidele sur ses traces
Guideroit encor les Graces,
Et je fais que Lycoris
De l'Amant qui l'abandonne
N'auroit pas donné l'automne
Pour le printems d'Adonis.
Anacréon:
Quel plaisir je goûte à l'entendre !
Mais que mon coeur éprouve un rigoureux tourment
!
L'Amour:
Vous soûpirez !
Anacréon:
Je ne puis m'en défendre.
Je suis ce criminel Amant.
L'Amour,
avec vivacité:
Qu'entends-je ! Lycoris, peut-être, vit encore:
Hâtés-vous: ah ! Rendés le jour
A l'Amante qui vous adore.
Par la voix de l'Amour, la pitiés vous
implore.
Anacréon,
le considérant attentivement:
Mais vous, que j'observe à mon tour,
Enfant mystérieux, que je cherche à
connoître...
Esclave... Ah !... Vous êtes mon Maître:
Et je suis aux piés de l'Amour.
[il
s'y jette, & dit avec transport]
Rendés-moi
Lycoris; je quitte tout pour elle.
L'Amour:
Volés, Amours; venés troupe immortelle:
Rendés à ses desirs
Une Amante fidele.
Annoncés ma victoire, & chantés mes
plaisirs.
[les
rideaux se lévent. Le fond du Théâtre
reparoit. Une troupe de Jeux, de Ris & d'Amours entrent
gaîment sur le Théâtre. Les Graces
ramenent Lycoris, que l'Amour présente à
Anacréon]
|
Scene
5
Anacréon, l'Amour, Lycoris,
les Graces, Plaisirs, Ris & Lycoris
|
|
Anacréon,
entre l'Amour & Lycoris:
Sans Venus & sans ses flâmes
Tous nos beaux jours sont perdus:
Les vrais plaisirs ne son dûs
Qu'à l'yvresse de nos ames.
Si le
Dieu, rival des Amours,
Si Bacchus condamnoit l'ardeur qui me dévore,
En montrant Lycoris, je lui dirois encore,
Je luis dirois toujours:
Sans Venus
& sans ses flâmes
Tous nos beaux jours sont perdus:
Les vrais plaisirs ne son dûs
Qu'à l'yvresse de nos ames.
Si je
partage mon choix,
Si je bois,
Amour n'en prends point d'ombrage:
Ce breuvage
Donne plus de force à ma voix,
Pour chanter mille fois:
Sans Venus
& sans ses flâmes
Tous nos beaux jours sont perdus:
Les vrais plaisirs ne son dûs
Qu'à l'yvresse de nos ames.
[les
Choeurs chantent laternativement avec Anacréon ce
rondeau. Lycoris en dansant, rend grace à l'Amour
& à Anacréon. Un prélude annonce le
retour des Menades]
|
Scene
6
La Prêtresse de Bacchus, les Meandes, Egipans,
Anacréon, l'Amour, Lycoris,
les Graces, Plaisirs, Ris & Lycoris
|
|
Le Choeur
des Menades, qu'on entend d'abord derriere le
Théatre:
Le chant d'Anacréon, dans ces lieux, nous
rappelle:
Des autels de l'Amour, allons voir les
débris.
La
Prêtresse, surprise de voir cette Fête galante,
& de retrouver Anacréon entre Lycoris &
l'Amour:
Quoi, toujours Lycoris !
Anacréon:
Et toujours l'Amour avec elle.
L'Amour,
dont la presence en impose à la Prêtresse,
& à sa suite:
L'Amour est le Dieu de la paix:
Régne avec lui Bacchus, partage ses
conquêtes.
Il lance par tes mains de plus rapides traits;
Vien, triomphe, embellis nos Fêtes,
Mais ne les trouble jamais.
[les
Suivans de Bacchus vont au pied de la Statue de l'Amour, qui
est rétablie, porter leyr Tyrses & leurs
Couronnent. La Suite de l'Amour va de son côté
orner de Myrthes & de Fleurs la Statue de Bacchus. Les
Choeurs de Danse se mélent. Lycoris préside
à la fête]
Les
Choeurs:
Quel bonheur pour nous ! Quelle gloire !
Tout s'unit pour nous enflâmer.
Bacchus ne deffend pas d'aimer;
Et l'Amour nous permet de boire.
[ce
Choeur & la Contre-Danse qui le suit, sont
accompagnés du bruit des Systres & autres
Instrumens Bachiques]
|
|
J'ai
lû par ordre de Monsiegneur le Chancelier Les
Surprises de l'Amour, Balet Héroïque, en trois
Actes; je n'y ai rien trouvé qui ne doive en
favoriser l'impression.
A Paris, ce 5 Mai 1757
De
Moncrif
|