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Ballet dancé par sa Majesté le 16. iour de Fevrier 1627 |

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Corps
de Musique. Grand
Ballet |

Le voicy ce grand
Personnage, AUX DAMES Voicy ce Cavalier de qui l'ame
n'aspire, Un Astrologue vient, qui jamais
n'eust de Maistre. Ce Docteur poursuivy de Chimeres
affreuses Voicy ces soldats si
vantés, Les Damoiselles: Les Suisses: Les Damoiselles: Les Suisses: Les Damoiselles: Les Suisses: Les Damoiselles: Les Suisses: La taverne est nostre
maison, Que voyons-nous ? que de
merveilles ! Monsieur le Temps vole sans
cesse, Ie suis un des plus vieux
Prophetes, Astrologues ambitieux, Cloris, ie voy dans ta main AUX DAMES Nous retenons vostre
beauté, AUX DAMES N'ayés point de peur de
nous voir, Chacun est ravy de vos
gestes, Nos sciences sont trop
petites pour Le Roy, representant une
Dame
Serieuse Chacun demande icy, pourquoy O que sous cette robbe est un
rare tresor !
De qui l'invincible courage
A tant de fourmis abbatus;
C'est luy seul dont la Renommée
A si haut chanté les vertus,
Qu'elle s'en est toute enrumée.
Sur le Suiet du
Grotesque
Qu'à vivre en vos prisons,
Bien qu'il merite assez pour pretendre à
l'Empire,
Des petites maisons.
Sa musique nouvelle, & qui fait des merveilles
Qu'on ne sait estimer,
A des traicts su puissans, qu' excepté le
oreilles,
Elle peut tout charmer
Et n'estudia point,
Et si ie vous promets qu'il ne laisse pas d'estre
Ignorant en tout point.
Est tout prest d'arriver,
Et predit que cét an les fievres amoureuses
Feront un peu resver.
Force choses encor occupent ma memoire;
Mais ie ne dis pas tout,
Car ie ne verrois pas la fin de ceste Histoire,
Que ie n'en fusse au bout.
Sur le Suiet des
Hallebardiers emmaillottez
Et qui sont si braves gendarmes,
Que s'ils n'estoient emmaillottés
Ie croy qu'ils s'enfuiroient aux premieres
allarmes.
Dialogue des Suisses
& des Damoiselles,
qu'ils trouvent dans des bouteilles
Faut-il que nous n'ayons de vous
Que des mespris pour des caresses ?
Cherchez d'autres amants que nous,
Les bouteilles sont nos maistresses.
L'Amour a des traits ravissans,
Qui de toute ame ont la victoire.
Ses traits sont beaucoup moins puissans
Que ceux que Bacchus nous fait boire.
Nostre teint n'est point sans appas,
D'oeillets & de naige il esclatte.
Et le nectar de nos repas
A faict le nostre d'escarlatte.
Nous pouvons iurer hardiment
Que d'aymer vous n'estes pas dignes.
Ne nous parlés point de sermens,
Si ce n'est de celuy des vignes.
Les Suisses à
leurs bouteilles
C'est là que tout plaisir abonde;
Mais nous y perdons la raison,
En la faisant à tout le monde.
Bacchus qui nous tient prisonniers,
Nosu faict combattre à coups de verres,
Et iamais tous les jardiniers
N'ont tant fait que nous de parterres.
Beaux corps, de qui l'ame est le vin,
Aymables & cheres bouteilles,
Que vostre pouvoir est divin !
Qu'il nous fait faire de merveilles !
Par vous toue ame s'amolit:
La fille la plus agreable
N'a point tant d'attraits dans le lict
Que vous en avez sur la table.
Que vos charmes donnent d'amour !
Que nous vous dressons de trophées !
Et que les Dames de la Cour
Au prix de vous sont mal coiffées !
Afin de monstrer clairement
Combien nous vous avons cheries,
Il faut qu'à nostre enterrement
Vous soyez à nos armoiries.
Mais du vin qui nous rend contens,
N'estant pas bonnes mesnageres,
Comme les filles de ce temps
Vous devenés bien-tost legeres.
Voilà pourquoy nous nous faschons
De vous voir de tous recherchées,
Et iamais nous ne nous couchons
Que nous ne vous ayons couchées.
Autre pour les
Suisses
O ! quel prodige, ô ! quel Devin
Eust iamais dit que ces bouteilles
Eussent des femmes pour du vin ?
Chacun rit de cette advanture,
Et s'estonne avecque raison,
De quoy le bon Bacchus endure
Ces Diablesses dans sa maison.
Les Electrices de
Scandinavie, portant des
Horloges;
Represnetées par Monsieur le Duc de Nemours,
& Monsieur le Comte de Carmail
Et fait d'insignes trahisons;
Ce grand avaleur de saisons
A devoré nostre jeunesse.
Mais quand nous venons à penser
Qu'il a nos beautez effacées,
Nous desirons de la passer,
Aussi bien qu'il nous a passées.
Nos rides font voir clairement
Combien il nous a mal traitées,
Pour garder plus soigneusement
Les heures qui nous sont restées,
Nous les tenons incessamment.
L'Astrologue
Serieux
Quel honneur ne dois-je obtenir,
Mou qui lis encor sans lunettes
Dans les livres de l'advenir ?
Que du Ciel ces funestes flames
Marquent une rude saison !
Déja les Sergens & les Dames
Mettent tout le monde en prison.
Par ma science ie descouvre
Que quelque Courtisan nouveau
Ayant chaut au sortir du Louvre
Trouvera son porte-manteau.
Quiconque aura les fievres quartes
Ne passera pas bien son temps,
Et beaucoup prendront bien des cartes
Auparavant qu'ils soient contens.
Les
Influences
Maistres fous qui faites les sages,
Que vous estes malicieux,
De nous blasmer par vos presages !
Pouvons-nous mais si le Sergent
Prend le Courtisan pour ses debtes,
Et si quand il n'a point d'argent
Il n'escoute point les sornettes.
Que mal-heur qui nous est fatal,
Fait qu'auiourd'huy l'on nous accuse
De faire aller à l'hospital
Tant de favoris de la Muse ?
Quoy ? pouvons-nous mais des larcins
Des qui-pro-quo d'Apotiquaires,
Ny dequoy tant de Medecins
Font bossus tant de Cimetieres.
Contraignons-nous un amoureux
D'estre en plein minuit quand il gelle
A faire tant de langoureux
Sous les fenestres de sa belle ?
Et quand il s'y plaint de son feu,
Dira-t'on que nous soyons cause,
Si pour le rafraichir un peu
D'une eau de senteur on l'arrose ?
Faisons-nous que quelque fendant
Riche de mine & de langage,
Disne par fois d'un cure-dent,
Quand il n'a rien à mettre en gage ?
Est-ce encore nous qui portons
Les yvrognes à tant de choses,
Et si leur teint a des bouttons,
Empreschons-nous qu'il n'ait des roses ?
Pouvons-nous mai si quelquefois
Un vieil jaloux, un trouble feste
Bat les femmes d'un autre bois
Que du bois qu'il a sur la teste ?
Certes nous avons de l'ennuy
De voir qu'on nous croit si mauvaises,
Et nous pouvons mais auiourd'huy,
Si tous les veaux n'ont pas des fraises.
L'Astrologue
Grotesque,
representé par Monsieur le Commandeur de
Souvray
Qu'un iour ton coeur inhumain
S'efforcera de me plaire,
Ne remets pas à demain
Ce qu'auiourd'huy tu peux faire.
I'aymay Philis plus que moy,
Et luy predis comme à toy,
Qu'ayant cessé d'estre belle,
Soudain elle auroit pour moy
L'Amour que j'avois pour elle,
I'ay dit vray, j'en suis vainqueur,
L'Amour loge dans ons coeur,
Et n'est plus sur son visage;
Mais ie ris de sa langueur,
Elle est folle, & ie suis sage.
Elle n'a rien d'attirant,
Son nez est devenu grand,
Le temps a gasté sa taille,
Sa bouche est de bleu mourant,
Et son teint de jaune paille.
En vain au Louvre, au Palais,
Dans le Bal & les Balets
Elle fait de l'agreable,
Et ne voit plus de poulets
Que ceux qu'on sert sus sa table.
Ses yeux qui font les flatteurs,
N'ont plus tant d'adorateurs,
On mesprise son servage,
Et n'a plus de serviteurs
Que ses laquais & son page.
Cloris qui me sçais charmer,
Ne laisse pas consumer
Ta jeunesse inestimable,
Et n'attens pas à m'aymer
Que tu ne sois plus aymable.
Les Chimeres
De gouster une volupté
Qui vous sembleroit sans seconde,
Et vous ostons la liberté
Que vous ostés à tout le monde.
Faute d'un baiser seulement,
Vous laissés mourir un Amant,
Bien que vostre ame en soit ravie,
Et passez sans contentement
Le plus bel âge de la vie.
Mais la plus fine d'entre vous
S'fforçant de cacher à tous
L'Amour dont elle est enflamée,
Sans couleur, sans voix, & sans poux,
Tombe par fois toute pasmée.
Le Medecin qu'on va querir
Use en vain pour la secourir,
D'herbe, de fleur, & de racine,
Et ne faut point pour la guerir
Estre Docteur en Medecine.
Autres pour les
Chimeres
Beautés, à qui nostre pouvoir
Fait garder des loix si severes;
Dans la teste de vos jaloux
Vous trouveriés bien des Chimeres
Plus extravagantes que nous.
Compliment des
Courtisans Serieux aux Courtisans Grotesques
Ces habits vous rendent si laistes,
Qu'on ne peut assés les vanter;
Les chausses en sont tres-bien faites,
Et l'on n'y doit rien adjouster
Qu'une douzaine de sonnettes.
Responses des
Courtisans Grotesque aux Courtisans Serieux
Pour vous respondre dignement;
Car vous parlés si finement,
Qu'on n'entend point ce que vous dites.
Les plus grand Guerriers vous redoutent,
Vous en pouvés venir à bout,
Les muets vous prisent par tout,
Et par tout les sourds les escoutent.
De vos graces chacun s'estonne,
Vous pouvés donner de l'amour
A force Dames de la Cour,
Qui n'en donnent plus à personne.
Sur le Suiet des Dames Serieuses
En cet habit on voit un Roy
Si parfait du corps & de l'ame;
Mais ie le trouve bien vestu,
Puis que c'est d'un habit de femme
Que l'on habille la Vertu.
Pour Monsieur le Duc de la Roche-Guyon,
representant aussi une
Dame
Serieuse
La gloire de ce Duc par tout le monde esr sceuë,
Et luy voir cét habit, cét voir Hercule
encor
Porter une quenoüille au lieu d'une
massuë.
Le
Sieur de l'Estoille